SALLE DES SEPT CHEMINÉES
Cette salle ainsi nomùiée on ne sait pourquoi, contient une collection de toiles choisies parmi les œuvres les plus remarquables des peintres qui ont illustré notre École dans le commencement du siècle. Aussi, examinerons*nous presque toutes les œuvres qui la décorent, comme nous l'avons fait déjà pour le salon carré; Ces deux pièces, en effe^, constituent dans le grand musée, deux espèces de musées privilégiés, où les individualités les pins connues sont représentées par leurs peintures les plus célèbres.
Le premier tableau qu'on rencontre en entrant à gauche, et qui perte le — n® t4« — est VEnl^emenit des
Sabines de David. Sous les murs du Gapitole la lutte ed engagée ; Romulus va frapper' Tatius de son javeU^ lorsque sa femme se préeipite entre les deux combattaiil| et essaie de les séparer. C'est peut-être l'œuvre la ploi populaire du maître, sinon la meilleure ; elle réunit toutes les qualités caractéristiques de son talent et tous les dé*i fauts qu'on lui reproche. La correction du dessin, la pureté des lignes, et la science de composition frappent, ainsi que la sécheresse de l'exécution et l'emphase ch«^ chée du style qui est exclusive du naturel.
Tout k côté, au-dessus, — le n® 14» — est la dernière œuvre que David exécuta en France ;. Léonidas et sa troupe, pris dam les gorges des ThermopyleSy se préparent à combattre Varmée de Xerxès. Assis près de l'autel d'Hercule, le chef tient ses armes à la main. Agis, son beau-frère, va remplacer par un casque la couronne de fleurs qu'il portait au sacrifice. Un groupe de Spartiates s'avance au son des trompettes, et, sur le rocher, un guerrier grave la fameuse inscription : « Étranger^ « va dire aux Lacédémoniens que nous sommes morts « ici pour obéir à leurs ordres. »
A droite et à gauche de ces toiles, se trouvent deux Sujets allégoriques^ peints par Gérard. Le premier, — n® ••» — représente la Victoire et la Renommée, l'autre — n° «•• — VHistoire et la Poésie.
La toile que nous trouvons sur le panneau] voisin, et
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jl^ortant le — n* «50 — est le Déluge, de Girodet — (1767-1824), —qui l'emporta sur les Sabines, de David, lu concours décennal de 1810. Pendus en grappe à Tex- Irémité d'une branche qui rpmpt, tous les membres d'une femille, depuis Taïeul jusqu'au nourrisson, vont tomber dans l'abîme où flotte déjà le corps d'une jeune fille expirante. Cette composition révèle de grandes qualités, et a joui longtemps d'une réputation un peu surfaite. L'effet dramatique y est outré, et la recherche trop évidente enlève au sujet le naturel sans lequel on ne peut produire d'impressions profondes. Mais Girodet y a fait preuve d'une grande science de dessin, et même d'une certaine originalité qui explique l'engouement dont cette œuvre a été l'objet.
Au milieu du même panneau, sous le — n** tUS — voici la grande toile de Gros : Napoléon visitant le fhamp dé bataille d'Eylau. Entouré de son état-major, où se remarquent entre autres Soult, Murât, Berthier et Davout, l'empereur, monté stir un cheval isabelle, occupe le centre de la composition. A ses pieds les vaincus implorent sa clémence. Disposés sur les divers plans, un blessé qui porte la main au cœur en signe de recon*^ naissance, un canonnier mort sur sa pièce, et plusieurs ; groupes très-habilement traités, conduisent l'œil jusqu'au village d'Eylau, qui brûle dans le lointain, et concourent i produire une scène très-émouvante. C'est que Gros fut le premier de nos peintres qui revint à l'étude de la
nature, et chercha antre chose que 4és effets de convenu, tioQ. Cette toile, qu'on peut sans crainte r$knger au nombre des plus belles, ne fut cependant pas pour le maître, la source d*un succès aussi écla|ant que le
— N® tVA — placé en face ; Le général en chefBo^ naparte visitant les pestiférés de Jaffa. Il est accompagné des g^éraux Berthier et Bessière, et touche sans crainte les plaies d'un pestiféré. Les malades placés à sa gauche semblent attendre la santé de sa visite ; ceux du premier plan, au contraire, restent indifférents, et quelques-uns expirent au paroxysme de la douleur. Gros ne mit pas plus de six mois à exécuter ce grand tableau qui lui valut de la part de ses confrères, et de David en pai^ ticulier, les éloges les plus mérités.
Si maintenant nous nous retournons, et si nous nous plaçons de nouveau en face la Bataille d'Eylau, nous remarquerons, à sa gauche, et sous le— n** «51 — k Sommeil d'Endymion^ de Girodet. L'amour écarte les branches qui recouvrent le jeune hQmme, et le chaste baiser de Diane, sous la forme d'un rayon de lune, vient inonder son visage et sa poitrine. Cette peinture, trèsmaniérée, a moins contribué que les autres à la réputation de son autejir. Girodet pourtant y a mis, comme ' partout, une élégance de forme et une certaine science de coloris qui la rendent digne d'attention.
Examinons ensuite à droite, to -^ n^ âMI •*«• la Jm^ Heefoursidvant le Crime ^ qui est une des compositions bB plus connues de notre École et à juste titre Tune des pins appréciées. Dans un paysage désolé, éclairé par les lueurs blafardes de la lune', un meurtrier fuit devant la Vengeance qui va le saisir aux cheveux, et la Justice qui s'apprête à le frapper de son glaive.
* Ce tableau, exécuté pour la salle criminelle du palais de Justice, est un des meilleurs de Prudhon, qu'on sur« nomma le Corrége français. On y trouve la grâce du style unie au pittoresque de la composition. L'effet général est saisissant, et la tendance à se rapprocher du vrai ea abandonnant les errements de l'école de Dayid ressort .dune manière évidente.
Sous le — n^ tà± — nous trouvons, peint par Gérard, le Portrait du fameux sculpteur Canova.
Toujours sur le même panneau^ à droite de ]à Bataille i'Eylau est placé, — n" »»» — le Retawr de Marcus S^tuSyq^i est peut-être la meileure toile de Guérin. Ce peintre, contemporain de David et écrasé par lui, n'en fut pas moins un girand artiste et un vrai poète. — Assis sur le bord du lit où sa femme vient d'expirer, Mapcus, échappé aux proscriptions de Sylla, est en proie au plus violent désespoir. Sous l'apparente placidité des traits perce la haine et le besoin de vengeance. Il reste insensible aux caresses de sa fille qui lient ses geaoux embrassés. Une particularité singulière^ c'est que
€e Romain, Marcus, a été primitivement un Bélisaire, que Guérin n'opéra la transformation qu'une fois Toeuve achevée, en ouvrant les yeuX de son personnage prjnc pal qui naturellement était aveugle.
Au-dessus de la porte, le — n** t^t — moins remarquable que le précédent, est aussi dû au pinceau de GuÉRiN. Clytemnestre cédant aiix excitations d'Égisthe* son complice, va frapper son époux Ayamemnon quire* pose au dernier plan.
Nous avons déjà examiné deux côtésde la salle, il nous en reste deux autres, et celui qui se présente à nous n'est pas le moins intéressant. Il est en effet aux trois quarts rempli par un élève deCuérin, qui dépassa singulièrement son maître, Géricault, dont nous allons examiner les œuvres, fut ainsi que Gros, l'un des réformateurs de notre École. Il poursuivit comme ce dernier le but difficile que se sont proposé tous les artistes vraiment grands : atteindre le style en puisant dans la nature et en s'inspirant de la réalité.
Le Naufrage de^ la Méduse, — n® «4« — est l'œuvre capitale de Géricault — (1791-1824) ; — elle ne fut pas très-bien accueillie au début, mais depuis elle est, à juste titre, considérée comme une des plus belles pages de l'art contemporain. Cette peinture nous donne la mesure de ce qu*eût pu faire ce grand artiste, mort à treifte-trois ans, dans la plénitude de son talent.
Le tableau que nous examinons est l'épisode le plus
^coanu et le plus émouvant du naufrage de la frégate la I Méduse, qui se brisa, le 2 juillet 1816, sur le banc d'Arguin, ayant à son bord quatre cents hdmmes qui se réfugièrent, après la perte du navire, dans les canots et sur le radeau devenu célèbre.
Sous un ciel sombre et chargé de nuages, vingt malheureux, accablés par douze jours de supplices inexprimables , aperçoivent une voile à Thorizon. Un nègre, monté sur iin tonneau, fait des signaux désespérés. Au pied du mât, un .officier (M. Corréard), montre, avec un geste d'espoir, au chirurgien Savigny, le salut qui peut encore leur échapper. Au premier plan, un vieillard met la main sur le cœur de~ son fils expirant ; tout près, le cadavre d'un des naufragés est , entraîné par les flots.
Merveilleuse de composition, cette œuvre est empreinte d'un sentiment de haute poésie, et il est impossible de I faire ressortir avec plus de talent l'horreur d'une pareille scène.
) Le — n** 948 — Officier de la garde impériale à j cheval, valut à Géricault une médaille d'or. L'auteur, qui n'avait pas vingt ans, s'y révèle dans toute la fougue de son talent. Au salon de 1^12^ cette composition produisit plus d'étonnement que d'admiration, mais aVec le — n° 844 — ie Cuirassier blessé, elle suffit à placer te tpeintre au premier rang des coloristes et aussi des peiii' res d'animaux. .
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Au-dessous sont placés deux portraits^ de M"** LfiftROK Le premier porte le— n** »• — ^ c'est celui de Taxitei qui s'e3t réprésentée avec sa fille dans les bras. L'auti n'est pas numéroté. On remarque généralement la rivacité des physionomies de la mère et de l'enfant. Au mî^ lieu de ces deux portrait* est placé — n" **• — celui de PieVII, peint par DAVm aux Tuilerie^, pendant le sé^ jour du pontife eu France.
Au bas de ce panneau, à droite, soas le — n^ tS0^-^ nous l'encontrons de David, Bélisaire demandant Paumâne; ce tableau n'est qu'une réduction faite par Gmo- DET d'une toile que David avait exécutée à son retour de .Rome, ettlont les personnage» étaient de grandeur nata* relie.
Nous arrivons au quatrième côté de la salle, et la première toile qui s'offre à nous est le — n® 9119 — placé au-dessus de là porte. C^ tableau est dû à Guérin ; il représente Phèdre et Hîppolyte, La première tient en main le glaive qu'elle vient d'ari^acher à Hippolyte, que Thésée regarde avec colère. Le jeune homme repousse l'accusation calomnieuse de sa belle-mère.
Plus bas, et sous le — n** «SO — voici une toile de GérarK), qui a été reproduite à l'infini par la gravure et la lithographie: c'est Psyché qui reçoit le premier baiser de PÂmour. Une certaine élégance de formes et une grande l^^abileté de touche distinguent ce tableau. Là draperie qui
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recouvre les jambes de Psyché fait l'admiration de beaneonp de gens, mais une grande a^éterîe laisse cette composition maniérée au second plan.
^a-dessous se trouvent les Chevaux de course de Gé- RiCAULT, qui se distinguent comme tous c«ux que traita ce maître, par une élégance de forme et une vérité d'allure très-remarquables.
Nous voici en présence d'un des tableaux les plus populaires du musée. Cette peinture --- n® t&t — représente on épisode tiré du roman de Chateaubrfapd» les Natchez —de Girodet; — Chactas et le père Aubry vont déposer dans un tombeau creusé de leui*s mains le corps d'Âtala ; Chactas tient embrassés les genoux d'Atala, et Termite la soutient du côté opposé.
Cette composition est pleine d'un sentiment mystique qui tient de la religion et de l'amour. Les tons adoucis de la couleur et le clair-obscur qui domine dans toutes les parties de la toile sont bien dans les données de la scène pleine de mystère et d'angoisses que chacun se rappelle.
VAssomption de la Vierge qui se trouve inscrite sous le — n' 45» — est une des toiles qui ont le plus contribué à la réputation de Prud'hon. JElle est en effet, comme on le reconnaîtra, plus propre que toute autre à justifier le titre qu'il reçut de Corrége français. Dans cette vierge qui s'élance vers les deux soutenue par les anges, on retrouve comme un reflet de ce sentiment religieux qui
anime les compositions des grands maîtres italiens. La figure doucement extatique de la mëre du Christ n'a point la sérénité placide que lui donnait Raphaël, mais plut<^t l'expression de bonheur ingénue qu'on trouve dans les tableaux religieux du maître auquel on s'est plu à comparer Prud'hon.
En avançant toujours à droite , nous rencontrons — n** •&« — un tableau de Granet qui représente l'intérieur delà basilique basse de Saint-François d'Assise, à Assise.
Le — n® «^O — est le Portrait d'Isabey, le fameux peintre de miniature. Gérard l'a représenté debout, tenant à la main sa fille âgée de cinq ans.
Enfin, au côté gauche de la porte, et à hauteur d'appui, voici un admirable petit tableau de Decamps, par lequel nous allons terminer notre visite du salon carré moderne.
Cette petite toile dont le sujet est insignifiant : Detix chevaux qui passent un gué, est une merveille de coloris. Il est impossible de rendre aVec plus de talent ce moment des chaudes journées d'été, qui n'esjt plus le jour et pas encore la nuit. Il faut avouer du resté que pour faire valoir ce petit chef-d'œuvre, on ne pouvait choisir une place meilleure. Les maîtres qui l'entourent cherchaient leurs effets dans des moyens tout autres. Beaucoup plus , préoccupés de la ligne et du style que du charme poétique des couleurs, le ton général dé leurs œuvres s'en res-
sent, et je sois heureux qa*aa moment de les qoitter notre œil, débarrassé des tons m<Miotones et gris, emporte rimpression saine et gaie qne loi foumit le bi)oa de De* camps.
Après avoir terminé notre lisite dans la salle des Sept- Cheminées, deux chemins se présentent à nons pour continoer notre promenade dans le LooTre. Si nons prenons la porte à droite, nons traverserons nne série de salles remplies d*ane grande quantité de vases antiques, dits étrusques, très-remarquables par Félégance de leurs formes et par les dessins dont ils sont recouverts. Mais arrivés à la dernière de ces salles, nous devrons revenir sur nos pas jusqu'au point où nons sommes, pour examiner les salles d'antiquités grecques, romaines et égyptiennes dans lesquelles on pénètre par la porte placée à gauche, du même côté.
Comme ces dernières salles sont d'une ornementation beaucoup plus riche* et qu'elles contiennent aussi quel^ ques beaux spécimens de vases antiques, je propose, si nous n'avons pas le temps de faire un double trajet, de ' nous borner à les visiter.
Prenons donc la porte à gauche, à côté de VEndyniion de GiRODET, qui nous donne accès dans les salles des antiquités grecques, romaines et égyptiennes.