GRAND SALON DE L'ÉCOLE FRANÇAISE
En eommençant par la droite, nous verrons d'abord,
— if B^K — une Citasse au loup^ d'OuDRY — (1686- 1768),— et— n® %Wi— une Chasse au cerf de Desportes -(1661-1743).
U est inutile de faire Téloge de ces deux peintures, dont la beauté et la vérité d'exécution frappent tous les yeux. Les amateurs de cbasse constateront avec intérêt la pureté de race des cbiens qui y figurent. Tous ces animaux sont des portraits rigoureusement exacts des plus beaux chiens de la vénerie royale.
AuMiessous est placée — n* a©^— la MélancoUe^ ée Laorenée — (1740-1821). —■ Après un coup d'œil donné à cette agréable figure, arrêtons-nous devant le Bénédicité^
— n® •• — et la Mère laborieuse^ . — n° S» — ^ deux petits chefs-d'œuvre de Chardin — (1699-1779). — Ce sont deux sujets bien simples, bien humbles ; mais ils sont traités avec tant de vérité, les attitudes des personnages root si justes et la couleur si harmonieuse, qu'ils peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures produc-
tibns du même genre des plus célèbres petits mattres hoh landais.
En face de ces tableaux, sur le mur opposé, voici d'abord, — n*»* tSO et 18t — deux toiles sur lesquelles Desportes a peint des pièces de gibier y des fleurs et des fruits, disposés avec beaucoup de goût.
Un chien gardant des pièces de gibier, — n® Sd« — est encore, dans le même genre, une bonne peinture
d'OUDRY.
Un peu plus loin, du même côté, le — n** 95 — Vé" nus commandant à Vulcain des armes pour Énée, va nous faire faire connaissance avec Boucher ^-(1704-1770), — le peintre des scènes galantes, le décorateur renommé des boudoirs du dix-huitième siècle. Il y a bien de l'afféterie dans ces déesses qui ressemblent à des marquises du temps de la Régence. Le dessin n'est pas d'une précision irréprochable et la couleur est de pure convention ; malgré tout, cette. composition, traitée avec esprit et une facilité extrême, fournirait, si elle avait de plus grandes dimensions, une très-agréable et trèç-gaie peinture de plafond. .
Nous retrouvons ensuite Chardin avec une charmante petite peinture : la Ménagère revenant du marché.
Ce tableau, qui a fait récemment son entrée au Louvre, réunit les qualités de dessin et de couleur des au-
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très œuvres du même peintre que nous avens déjà vues. C*est la nature interprétée exactement, avec un accent de poésie intime.
A côté est exposé, — n® €40 — le Pèlerinage à Cythère, de Watteau — (1684-1721). — Des groupes de jeunes gens et de jeunes femmes, revêtus de la cape des pèle* rins, se dirigent vers une barque qui doit les transporter dans Vile de Gythère. Quelle élégance et quelle souplesse dans ces personnages de fantaisie. Avec quelle désinvolture victorieuse, les pèlerins entraînent les jeunes femmes qu'ils ont séduites par leurs beaux .discours ; Tune d'elles résiste encore ; la tête baissée, et tenant à la main an éventail pour cacber son visage, elle reste assise, mais un pèlerin agenouillé à ses pieds fait taire ses derniers scrupules, et cédant à l'amour qui la tire par le 'bas de sa robe, elle suivra bientôt ses compagnes.
Cette composition est pleine de fantaisie et d'imagination. Sous l'apparence d'une exécution rapide, le dessin est correct, et la CQuleur rappelle par son barmonie lumineuse les productions de l'École vénitienne.
En face, sur la paroi opposée, regardons une toile très-' agréable, une Halte de chasse, — n*» »«• — de Carle Vanloo— (1705-1765).
Puis un peu plus loin, du môme côté, — n®» »© et •• — deux de ces scènes pastorales^ qui ont valu à Boucher une réputation si exagérée.
En avançant de quelques pas, nous trouverons au-dessus d*une Diane, — n® f 4 — du même artiste, deux compositions de Greuze — (172S-180S) , — que la gravure a popularisées.
La première, — n** f •! — est désignée sous le nom de la Malédiction paternelle. Un vieillard, dans le paroxysme de rindigaation et de la colère, maudit son fils qui vient de s'engager. La mère de ce dernier fond en larmes et le conjure de rester. A la porte, un sergent recruteur assiste avec indifférence à cette scène émm^ vaioe,.
Dans le — n** »•• — le Fils puni, nous retrouvoBS i«s mêmes personnages. Le fils repentant arrive dans la maison de son père, qui vient d'expirer au milieu de sa famille éplorée. Il parait anéanti par la douleur et le re* mords. Les sentiments des personnages sont rendus avec beaucoup d'énergie, "mais dans le goat mélodramatique des romans et des drames de Tépoque.
La Cruche cassée — n® «08 — r- est ua taWeau du même peintre encore plus connu que les deux précédents^ Elle est bien charmante cette jeune fille ; elle est si innocente et si simple que nous lui pardonnerons sa grâce un peu maniérée. On remarquera que Greuze a donni à cette figure^ un sena allégorique tout à /ait dans le gout de la société de son temps.
Passant aux peinlures exposées en face de celles-ci, re* gardons — n^ àHH -— une toile sur laquelle TocûuÉ
— (1696-1772)— a peint le Porfrart de Marie Lec%inska, réponse délaissée du roi Louis XV.
Les traits de cette reine ont été également reproduits par Vaï^loo , dans le tableau — n<* SSII — exposé en face de celui-ci.
Du même côté que ce dernîep portrait, nous trouvons ^n' #• — un Portrait de madame Lebrun et de sa fille
— par madame Lebrun — (1755-1842). — C'est une composition dans laquelle le sentiment maternel est vivement exprimé. Avec quelle tendresse et quelle douce joie, cette charmante jeune mère jlresse sa fille dans ses bras !
Nous arrivons maintenant à David et à son école.
Examinons d'abord sur la paroi de gauche — n° t50 — kSermentdes Horaees — par David — (1748-1828). — Les trois Horaees font le serment de vaincre les trois Curîaces ' ou de mourir. Leur sœur Camille qui aime un des Curîaces, est plongée dans la douleur ; quelle que soit l'issue du combat, elle perdra un frère ou son fiancé.
Ce tableau, dans lequel les sentiments héroïques des personnages sont exprimés avec une grande énergie, fut le point de départ de la réputation de David. A Rome où iJ fut fait, il excita l'admiration générale ; expédié ensuite à Paris, il obtint le même succès, et plaça son auteur à la
tête de l'École française. Plusieurs parties de cette œu?re coûtèrent beaucoup d'efforts à David. On raconte qu'il recommença plus de vingt fois le pied gauche du père des Horaces.
Dans le tableau — n® t*t — exposé au-dessus, David a représenté une autre scène de Tbistoire romaine : les Licteurs rapportant à Brutus les corps de ses /îfe.
A droite de ce tableau est placée — n® •)• t — une gigantesque toile de Lethière — (1760-1832). — C'estBrtttus condamnant à mort ses deux fils qui avaient conspiré contre la République. Le premier a déjà subi le supplice et vainement on invoque le père pour sauver les jours du second. Brutus reste inflexible.
Cette toile longtemps roulée et reléguée dans les greniers du Louvre, a revu le jour depuis quelques années seulement. Un dessin lâché dans certaines parties, et une couleur un peu violacée sont peut-être les seuls défauts . qu'on puisse lui reprocher; mais dans toute cette scène règne un sentiment dramatique si profond et la science du peintre est poussée si loin, qu'on peut sans crainte placer ce tableau au rang des chefs-d'œuvre de notre École.
Nous n'en pouvons pas dire autant du — n® 8f f — 'placé en face et qui est dû au pinceau du même artiste.
Pour la soustraire aux poursuites d'Appius Clauams, Virginius vient de plonger dans le sein de sa fille un coueau qu'il retire sanglant. Il lance à la face du décemvir
sa terrible imprécation : « Par ce sang innocent, je voue ta tête aux dieux infernaux. »
Cette œuvre qui révèle des qualités magistrales, est d'une composition un peu diffuse et d*un dramatique outré. Elle eut pourtant beaucoup de succès et quelques personnes la préfèrent à la précédente qui* à mon avis, lui est bien supérieure.^
Le Christ en croix — n® A&t — qui vient ensuite, est la première œuvre que nous rencontrons de Prud'hon — (1758-1823) — qui passe ajuste titre pour un des peintres les plus célèbres de notre École, C'est aussi la dernllre qu'iUexécuta. Elle ne peut donner qu'une faible idée du talent de ce peintre que nous apprécierons mieux dans la salle des sept cheminées. Le Christ, aux contours indécis et aux tons violacés, n'est pas agréable d'aspect; mais si Ton examine attentivement et surtout si l'on connaît d^à les autres œuvres de ce maître, on y trouvera encore les qualités de style et d'élégance qui, distinguent sa peinture. -
A côté, se trouve Y Accordée de village — n® un des tableaux les plus connus et les plus reproduits deOREUZE.
Un vieux paysan tenant à la main une bourse qui contient la dot de sa fille, la remet au fiancé. Le notaire rédige le contrat, et l'une des sœurs, appuyée sur le dos du fauteuil; regarde l'accordée d'un air d'envie.
Ûki trouve d»ns cette peinture, avec le sentiment mélodramatique qui perce dans toutes les compositions de Greuze, une certaine fraîcheur de coloris et un enjouement qui ne sont pas dans les données habituelles de son tal^t.
Un peu plus loin et sous le — n* îtf • — nous rencontrons un tableau de Gros — (1771-1835), — Charles- Quint et François V' visitant les tcmbeaux de Saint-Denis.
Les deux souverains, accompagnés du dauphin ^ de Charles d'Orléans, $ont reçus par le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Denis. Sur les marché de l'escali^^ en remarque le connétable de^Montmorency entouré de fJusieurs grands personnages, et dans les tribunes du îai une grande quantité de dames, au nombre desquelles se trouvent Catherine de Médicis, la belle FérohnièreJ Diane de Poitiers, etc. •
Eu suivant toujours du même côté, nous trouvons — n" t&A — les Amours de Paris et d' Hélène ^ par David.
Ce tableau que David copia presque littéralement sur un ba% relief antique, est un petit chef-d'œuvre dans son genre, et laisse bien loin derrière lui toutes les productions tant vantées de l'École actuelle, qu'on désigne par k dénomination de néo-grecque,
Le.n^W» —est uuq. Chasse, d$ Cabu& V^b^t, — (1758-1838) — le pèye de notre Horace Vernet.
Dana les premiers plans de cette composition figurent le comte d* Artois et le duc de Berry.
Sous le — n° »8t — nous trouvons une toile de Guéuin — (1774-1833). — Énée fait à Didon le récit de la guerre de Troie, Cette peinture est remarquable par la transparence et la finesse du coloris. Les clairs-obscurs, délicatement ménagés, donnent au tableau un charme particulier qu'on ne retrouve pas dans les autres œuvres du même artiste.
Avant ji'examiner le panneau voisin, il faut nous retourner du côté de la grande toile — n^ •«!. — Nous trouverons ai^-dessous — n® tOO — le Portrait de madame Récamier, dont la réputation d'esprit et de beauté fut universelle au commencement de ce siècle.
Cette peinture, qui n'est qu'une esquisse, mérite cependant une mention spéciale. Elle semble s'écarter en effet du procédé ordinaire de David, et elle est traitée avec une franchise d'allure qu'on n'est pas habitué à rencont!:^r chez ce maitre. .
Voici au — n° !• — l'œuvre la plus connue de Boilly — (1761-1845). — Dans la première moitié du siècle, il n'était pas un visiteur du Louvre qui ne cherchât cette fameuse Arrivée de la Diligence. G est qu'eu effet, dans ce tableau qui "pourrait être l'objet de bien des critiques, se trouve un sentiment de vérité rendu sans prétention, et la peinture d'une scène familière qui tranche avantagea-
sèment sar les œuvres un peu guindées que produisaient uniformément- les peintres de, la même époque. L'émotion avee laquelle la jeune femme, entourée de ses enfants, se jette au cou de son mari qui débarque, est prise sur le fait.
Les autres groupes sont également traités avec beaucoup de naturel. — Ce n'est pas de la grande peinture, mais c'est de la peinture vraie tf faite dans une donnée qui a le mérite de caractériser une époque.
A quelques pas de là est exposée — n® «SI — une toile de Gérard — (1770-1837) — qui représente l'idylle bien connue de Daphnis et Chloë,
Le n® ©•• — placé plus, haut, est une grande toile de ViNCEiNT, le peintre Zeuxis choisissant pour modèles les plus belles filles de la ville de Crotone.
, Tout à côté — n^'«»» — se trouve l'Entrée d'Henri IV à Paris, en 1594. G'est une réduction du grand ta^ bleau de Gérard placé dans les galeries de Versailles. — Le roi reçoit les clefs de la ville des mains du prévôt des marchands Luillier. Sur un balcon situé à Textrémité de la galerie d'Apollon au Louvre (balcon où nous nous sommes arrêtés nous-mêmes) se trouve Gabrielle d'Estrées, qui assiste à l'entrée du roi.
Le portrait désigné par le -^ n® 899 — estdePAGNEST (1790-1819), élève de David.
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. Les qualités de premier ordre qui set rouvent dans cette œuvre font regretter que Fauteur, mort à vingt-huit ans, n*ait pas eu le temps de fournir une carrière qui sans doute eût été brillante, à en juger par le début.
D nous reste -à voir, pour" terminer notre visite dans ce salon, quatre des tableaux placés sur ce dernier panneau: deux sont de Sigalon et deux dé Léopold Robert.
Le Saint Jérôme — n® 499 — placé en haut, à gauche de la porte^ est une des œuvres qui caractérisent le mieux la Qature du talent de Sigalon --(1781-1837).— Ce peintre, qui professait une profonde admiration pour Michel Ange, s'en assimila la manière et Timita par ses grands cdtés. — Sain^ Jérôme, réveillé par la trompette du jugement dernier, est saisi de terreur. Les membres raidis de ce corps admirablement traité, Taspect terrifiant des anges qui surgissent dans la nuit, tout concourt à produire un grand effet.
La seconde toile de ce peintre, la Courtisane — n* 499 — placée en bas, à droite de la porte, est d'un tout autre caractère.
Cette jeune femme est charmante, et le tableau un peu noir est bien composé.
Enfin, voici des deux côtés de la porte les deux toiles si connues de Léopold Robert — (1794-1835).— A gauche - n** 498 — l'Arrivée des Moissonneurs dam les marais
Pantim^ et à droite — n"" 494 — le Retour du pilorinage à la madone de VArc.
Ces deva eompositions qui caractérisent, la première . Rome et TEté, la seconde Naples et le Printemps, devaient être soiYies de deux antres, Florence ou l'Automne, Venise ou rHiver. L'artiste n*eut pas le temps de les exéenter. Une maladie nerveuse, qui le mena jusqu'au suicide, arrêta le cours de ses travaux.
Le tableau des tfots^ônn^rs,^ bien supérieur à la Mch done de l'Arc^ valut à son auteur un très^grand succès. La gaieté de la composition, unie à une grande sévérité de ligues, lui imprime un cachet singulier que ne rehausse pas médiocrement la ehaleur un peu outrée dès tons. Malgré eela, rien ne justifie Tengouement dont cette peinture fut Tobjet, et depuis quelques années lé pubdic, tout en rendant aux grandes qualités de Tartistela justice qu'elles méritent, ne lui accorde plus, comme il y a vingt ans, une des premières places parmi les plus grands peintres de notre Ëcole.
Le sujet du — n® ••A — est le pèlerinage que les habitants de la campagne de Naples sont dans Thabitude de faire à la Madone de FArCj-pour la prier d'ètrë favorable aux récoltes. Les qualités de Robert se retrouvent dans cette toile, mais à un degré biea inférieur. La composition phisl&chée et en même temps plus cherchée rend la scène un peu ^ffus*^ et les tMs bleutores répandus Si# le tout
enlèvent à la coaleur le charme que l'on trouye dans le tableau des Moissonneurs.
Âpres cet examen^ il nous reste à visiter une dernière «die contenant d'autres œuvres des peintres de notre pays. Pénétrons dans le couloir que nous trouvons devant QoqSf traversons la petite galerie des maîtres italiens, pais eh tournant h gauche, nous revenons dans le grand salon carré. De là nous passons dans la galerie d'Âppdon, et après ravoir franchie ainsi que son vestibule et le cabinet des bijoux antiques/nous arrivons dans la