SCULPTURE ANTIQUE
La Salle des Cariatides^ dans laquelle nous pénétrons d'abord, tire son nom des belles cariatides de Jean Goujon qui en font le principal ornement. Elle servit dan$ l'origine de salle des Gardes. Plus tard, sa grandeur et sa beauté la firent choisir pour les grandes solennités de la cour. Ce fut là que se célébrèrent les fêtes données à l'occasion du mariage d'Henri IV et de Marguerite de Valois, quelques jours avant la Saint-Bartbélemy. En 1598, pendant la ligue, le duc de Mayenne lui donna une destination d'une tout autre nature ; il y fit pendre quatre des Seize. En 1658, Molière y joua la comédie en présence du roi et de la reine. Enfin, rappelons aussi que cette pièce servit de lieu de réunion à l'Institut. Comme on voit, la salle des cariatides fût le théâtre d'événements bien différents ; tout le monde sans doute préférera sa destinalion actuelle qui, on doit l'espérer, est définitive.
Après ces quelques instants donnés aux souvenirs historiques, examinons ce que cette salle célèbre renferme de plus remai*quable. Regardons d'abord, en entrant, la porte de bronze, œuvre de Riccio, scupteur italien du seizième siècle. Elle avait élé faite pour orner le tombeau d'un personnage dont la vie est retracée en bas-reliefs traités avec une grande habileté de main et beaucoup 4e Iwurdiease.
Admirons ensuite les célèbres cariatides de Jean Goujon, qui supportent une tribune. Ces magnifiques statues, dans lesquelles notre grand artiste ^ réuni la force et l'élégance, peuvent rivaliser avec les œuvres de l'art grec. Jamais Hgures plus majestueuses et plus puissantes ne sont nées sous le ciseau d'un sculpteur. Les draperies qui les recouvrent sont aussi très-remarquables ; elles enveloppent bien les corps sans en dissimuler les formes. L'absence des bras peut choquer au premier abord, mais" , elle s'explique facilement par la destination de ces statues qui, d'après les vues de l'arlisle, sont simplement des sujets de décoration et ne représentent pas des figures humaines.
Au-dessus de la tribune, se trouve ki Nymphe de Fontainebleau, de Benvenuto Cellim, célèbre sculpteur ifaliCD qui passa une partie de sa vie en France. Ce beau bas-relief en bronze avait été commandé par François l^' pour le palïiis de Fontainebleau. Mais comme il n*avait pas encore reçu sa destination à la mort de ce roi, Diane de Poitiers le demanda h Henri II et le fit placer à son château d'Anet (1). , .
Passons mai Qtenant. à l'examen de quelques-unes des plus belles sculptures l'enfermées dans cette salle.>
11) On voit dans la conr de l'École des beaux- arts, rue Bonaparte, une partie dfi, la façade de ce château, construit en lo4S par de Philibert Lorme, l'architecte dû Palais des Tuileries.
A droite en entrant, regardons d'abord — ri** ^H9 — Une Lotwe en marbre rouge antique (1). Elle allaite Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome. Cette belle statue, qu'on a placée au, milieu des œuvres de l'antiquité, semble appartenir à l'art italien du seizième siècle.
Passant au milieu de la salle, nous trouvons une magnifique vasque ou coupe en albâtre fleuri, qui fait pendant ^ une autre semblable placée à l'autre extrémité.
Indépendamment de leur beauté, ces deux énormes vases sont bien connus des visiteurs, parce qu ils* donnent lieu à un phénomène d'acoustique curieux. Si Ton se penche au-dessus de Tun d'^ux, et que l'on prononce quelques motsji voix basse, on sera entendu par une personne qui se sera placée dajos la même attitude près de l'autre vase.
A côté de cette vasque, au milieu de la salle se trouve,
— n*» 91» — une célèbre statue dite le Germanicus. Cette statue est d'un modelé merveilleux. Sous ce rapport, le bras droit surtout, est considéré comme un chef-d'œuvre irréprochable.
Un peu plus loin, dans le centre de la pièce, est placé un admirable vase dit vase Borghè$e, qui appartient au plus beau temps de l^art grec ; il est orné de Faunes et de Bacchantes d'une suprême élégance, et traités avec
- (1) On appelle marbres antiques, ceux dont les carrières sont épuisées on perdues.
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tant de facilité, qu'on les croirait modelés dans la cire. Ce vase a été trouvé sur l'emplacement des jardins de Salluste, rbistorien romain.
En continuant notre marche au milieu de la salle, nous voyons un peu plus loin — n° 910 — le Jason, dit Cincinnatus. La pose de cette figure a sans doute été choisie par le sculpteur pour développer la beauté du dos et des épaules. Malheureusement le bras et l'épaule gauches, une partie du bras droit et de la jambe droite, qui sont modernes, nuisent à la beauté de ce chefd-oeuvre.
À gauche, près de la fenêtre, regardons — n"©!!* — un joli gcouçe désigné sous le nom de VEnfant à VOie^ La tête de l'enfant et celle de l'oie sont modernes. Cette belle scupture servait autrefois à l'ornement d'une fou*taine.
Sous le portique, au milieu de la colonnade, est placé — n° "ÎO© — le Silène portant Bacchus. Le naturel de l'attitude, l'expression de la tête, et surtout laT)eauté des formes, qui sont en. même temps pleines de vigueur et d'élégance, font du Silène un rare chef-d'œuvre. On cite surtout les jambes, comme les plus beaux modèles qu'on puisse proposer aux artistes. Ne semble-t-il pas que l'auteur inconnu de cette statue, en donnant au Silène des formes fines et nerveuses, a voulu rappeler que ce demidieu participe de la nature du bouc ?
Plus loin — n* 194 --^le Centaure^ les mains liées
derrière le dos, porte TAmour qui la vaincu.
Passons à côté d'un Sanglier en marbre gris, répétitfon antique du fameux Sanglier de Florence, et dirigeons nos pas vers la fenêtre à droite. Là, nous trouverons une admirable statue couchée qui ne représente ni un jeune ^omme ni une jeune fille, et dans laquelle sont résumées les beautés particulières ajux deux sexes. C'est la plus belle figure d'hermaphrodite que Ton connaisse.
Contre le mur, à droite de THermaphrodite, est placé
— n" 599 ,— un buste d'Homère, d*une élévation de style et d*une poésie saisissantes. Ce buste précieux était placé, autrefois, comme moellon 4,ans le mur d*un jardin à Rome. Il fut recueilli au milieu des gravats par l'antiquaire Ficoroni.
Regardons aussi , de l'autre côté de la fenêtre
— n" *•• — le portrait de Socrate^ dont le visage difforme reflète la hay.te intelligence et la belle âme.
/• Passons maintenant dans la salle du Tibre, qui suit
celle que nous quittons.
Cette salle qui a subi de grands changements, est une
des plus anciennes du Louvre, car elle existait au temps
de Charles V. Elle était contigiie aux appartements des
reines de France qui se trouvaient autrefois à droite, à
Textrémité de la salle des Cariatides. Cette pièce et celles
qui la suivent, ont été disposées telles qu'elles sont au-
jourd*hui, par Percier et Fontaine, sous TEmpire. On y voit une grande quantité de colonnes de marbres précieux.
En nous dirigeant d'abord du côté du mur à droite, nous rencontrons — n" Mé9 — une colossale statue t[ui^ représente le Tibre.
Celte statue qui paraît appartenir à Tart romain, a été découverte à Rome au commencement du quinzième siècle. C'est une des premières sculptures qui aient révélé Part antique a,n\ âges nouveaux.
. Au milieu de la salle, une magnifique statue à'Achille — n® 144 — passe pour être une imitation antique de rAchille-en bronze d'Alcamène, un des plus grands sculpteurs de l'École de Phidias.
La salle suivante tire son nom d'un chef-d'œuvre, le Gladiateur combattant — n® ••• — placé au milieu. Ce personnage a été réprésenté au moment où il combat un ennemi à cheval. Du bras gauche, il pare avec son bouclier le coup qui le menace, tandis que de la main droite armée, il va frapper .5on adversairCé Cette figure, pleine de mouvement et de vie, révèle une science anatomique poussée aux dernières limites. Elle a été découverte au dix-septième siècle, sur remplacement d'un palais des empereurs romains. Sur le tronc qui sert de support, on lit le nom du sculpteur, Agasias d'Éphèse, fUs de Dosithée.
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Regardons à gauche, avant de sortir de cette pièce, un Bacchtis — n® 154 — qui a les formes délicates et arrondies, et la langueur Voluptueuse qui étaient chez les anciens le caractère distinctif de ce dieu.
Entrons ensuite dans la sall^ dite de la Pallas. La charmante jeune femme que nous voyons à gauche, ac-^, coudée dans l'attitude de la méditation, et qui s'enveloppe chastement dans sa draperie, est la muse Polymnie, une des statues grecques que les. reproductions ont le plus vulgarisées. Les plis de la partie inférieure du vêtement sont fouillés avec un talent et uiî goût exquis. Il faut dire d'ailleurs que cette partie seule est antique. Toute la partie supérieure a été rétablie avec beaucoup d'habifeté, il est vrai, par un sculpteur de Rome, Augustin Penna, qui s'est servi, pour cette restauration^ de basreliefs antiques représentant Polymnie dans la même attitude.
Regardons à côté -7 n«» 313 — un superbe buste d'-Antinoûs, puis arrêtons-nous devant la Pallas de Velletw, — n® 3tO. — Le style élevé et sévère dé cette statue lui donne un caractère de beauté majestueuse qui convient bien à la fille de Jupiter.
Nous passons ensuite devant une belle statue — n® 39t — représentant Uranie, la muse de l'Astronomie, puis nous entrons dans la salle de la Melpomène au fond de laquelle est placée une magnifique statue colos-
sale (de 4 mètres de hauteur) de la muse de la Tragédie. La mosaïque qui recouvre en partie le sol de cette salle, est composée de marbres précieux et de substances vitrifiées. Elle a été faite sous l'Empire, d'après les deçsins du peintre Gérard, par Belloni. Le sujet principal représente Minerve suivie par la Paix et l'Abondance.
Maintenant écartons les plis d'une draperie que nous voyons à gauche, et nous nous trouverons en présence de la Vénmde Milo, l'œuvre d'art la plus parfaite, la plus sublime que l'on connaisse. La déesse est seule comme dans un temple, et des banquettes ont été disposées, pour qu'on puisse l'admirer sous tous les aspects.
Cette incomparable statue, auprès de laquelle les autres Vénus des musées d'Europe ne sont que des œuvres secondaires, a été découverte par hasard, en 1820, dans nie de'Milo, par un paysan qui travaillait à son champ.
L'amiral Dumont d'UrvilJe, alors lieutenant de vaisseau i à bord d'un bâtiment en statfondans l'Archipel, et M. Brest, consul à Milo, signalèrent la beauté de cette sculpture^ à Tambassadeur de France à Constantinople, qui eut beaucoup de peine à l'acquérir pour le compte de notre gouvernement.
On à beaucoup discuté sur la position que devaient avoir les bras de la déesse : les uns pensent qu'elle retenait d'une main sa draperie, et que de l'autre elle touchait sa chevelure ; d'autres veulent qu'elle ait été représentée montrant de la main gauche la pomme, prix de
sa victoire sur Junou et Minerve. Sans avoir la prétention de nous prononcer à ce sujet, disons pour terminer que ce trésor inestimable a certainement été créé au plus beau temps de l'art grec,, c'est-à-dire il y a environ deux mille deux cents ans.
Franchissons l'arcade sous laquelle sont placées deux Vénus — n*' 194 et 3IMI — dans l'altitude de la célèbre Vénus de Médicis. Nous regarderons à gauche — n® 999 — une Psyché implorant la pitié de Vénus par qui elle elle est persécutée.
L'arcade qui conduit dans la pièce suivante contient aussi quatre Vénus, reproductions ou imitations d'un type très-répandu dans Tantiquité. Regardons dans cette salle un sarcophage orné de beaux bas-reliefs représentant le Combat des Amazones^ puis, près de la fenêtre,, une élé- ^gante Niobide, et en face — n® !*• — un Ba>cchus dans l'ivresse.
Signalons dans la petite salle suivante un hermaphrodite — n« 4©t — répétition de celui que nous avons déjà vu, et en face un Hercule — n*' 4&4I — tenant dans ses bras son fils Télèphe.
Il ne faut point oublier de s'arrêter ensuite dans l'entrecolonnade, à gauche, devant une très-jolie et très-célèbre statue en marbre de Paros — n» tâO — Faune jouant de la flûte. C!est une des sculpttires antiques qui ont été le plus souvent reproduites.
Dans la salle qui soit, il faat s'arrêter à gauche devant un Silène — n? 4ttS — La démarche chancelante du compagnon de Bacchus indique qu'il est entièrement ivre. Regardons eflsuite — n^ 41f« — un groupe trèsélégant des Trois Grâces ; puis — n" 41» — un admirable bas-relief représentant en quatre scènes la Vengeance de Médée : Creuse qu'avait épousée Jason après avoir abandonné Hédée, reçoit la robe empoisonnée que sa rivale lui envoie pour ses enfants. — Elie ressent les effets du poison. — Médée est sur le point de massacrer les enfants qu'elle a eus de Jason. — Médiée après sa vengeance s'enfuit dans un char traîné par des^dragons. — Enfin, avant de quitter cette pièce, il ne f^ut pas oublier une Tête de Satyre enfant, placée dans le fond à gauche, sur un piédestal. La beauté du modelé et la puissance de Texpression font de cette sculpture un petit chef-d'œuvre.
Enfin, dans les pièces un peu obscures qu'il nous reste à traverser, nous regarderons en passant une sculpture polychrome — n® ftfift — d'un travail savant et qui, d'après certaines personnes, serait un Portrait de Sénèque, qui, comme on sait, est mort dans un bain.
Au bout de cette série de salles, nous rencontrons kdroite la porte qui va nous ramener dans la salle des Cariatides, d'où nous sortirons du palais.
Après cette promenade dans les galeries des antiques, il nous reste à visiter les salles consacrées aux sculptures
françaises du moyen âge, de la Renaissance et de l'art moderne; les salles égyptiennes et assyriennes.
Sans suivre Tordre des temps et pour n*avoir pas à revenir sur nos pas, nous visiterons en premier lieu les salles de la sculpture moderne, que nouç trouverons dans la cour du Louvre, à gauche du pavillon de l'Horloge.