GALERIE D'APOLLON
où nous attendent d'autres chefs-d'œuvre dus à un art plus récent.
La galerie d*Âpollon a été constroite sous Henri IV, à la place d'une terrasse à l'italienne, qui était la promenade favorite du roi Charles IX. Détruite en partie par un incendie pendant l'année 1661, elle fut rétablie sous la direction du peintre Lebrun. Mais après cette époque, elle avait été abandonnée comme le reste du Louvre, et c'est dans ces derniers temps seulement qu'on lui a rendu son ancien éclat. Un architecte de beaucoup de talent, M. Du-^. ban, a été chargé de cette restauration.
Avec son ornementation somptueuse et les objets précieux qui y sont exposés, la galerie d'Apollon est sans rivale en Europe. *
Donnons d'abord un moment d'attention à la belle grille en fer repoussé sur laquelle un artiste inconnu a modelé des serpents qui s'enroulent autour de feuillages traités avec beaucoup de souplesse, et de vérité; puis, après avoir embrassé d'ensemble l'effet général de la galerie, saluons en passant les portraits des artistes qui ont contribué à l'édification du Louvre. Ces tapisseries, qui sortent de la manufacture des Gobelins, simulent à s'y méprendre des peintures. N'oublions pas de nous arrêter au milieu de la pièce pour voir l'immense foile de plafond, pleine de verve et d'éclat, sur laquelle Eugène Delacroix a représenté Apollon perçant de flèches le serpent Python.
Ceci fait, passons aux objets d'art exposés dans la galerie.
Voici d'abord dans les vitrines disposées contre les
murs, la collection d'émaux la plus variée et la plus complète qui soit au monde.
On sait que les émaux sont des plaques de métal (cuivre; argent ou or) recouvertes d'une pâte de cristal vitrifiée ^ laquelle on a ajouté des oxydes métalliques pour la colorer.
Le secret de l'émail appliqué aux métaux resta inconnu aux Grecs comme à toute l'antiquité. Les premiers émaux qui furent fabriqués ne remontent guère au delà du quatrième siècle de notre ère. Vers le milieu du onzième, Limoges donnait un rapide essor à cette industrie qui - prit son nom, et depuis cette époque jusqu'au dix-septième siècle, la France a produit des chefs-d'œuvre qui ont été recherchés de toute l'Europe.
Examinons maintenant les émaux de Limo'ges placés dans les vitrines à droite.
Voici dans les premières vitrines des assiettes à sujets coloriés, rehaussées d'or, de Jean Courtois.
Dans. la seconde, je signale les deux tableaux votifs de la Sainte-Chapelle, œuvre de Jeau Limosin. Au bas de ces plaques se trouvent les portraits de François 1" et de la reine Eléooore.
La troisième vitrine contient des portraits historiques curieux. La grande plaque du milieu représente le conné-^ table de Montmorency. — Le n° ^54, le duc François de Guise —et le n® «4G est l'austère figure de Calvin.
Tous ces objets qui^ datent du seizième siècle ont été é maillés suB cuivre.
 gauche, du côté des fenêtres, sont exposés des émanx
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très-rares et très-anciens d'une espèce particulière que se disputent les collectionneurs. Ce sont des émaux dits cloisonnés. On les appelle ainsi parce que les contours du dessin y sont formés par de petites lames de métal qui ont été soudées à la plaque. C'est dans lés cloisons formées par ces lames qu'on a disposé l'émail. Approchez-vous 'de la seconde vitrine à gauche de la galerie, vous y reconnaîtrez facilement ces sortes d'émaux, aux contours des figures qui paraissent avoir été tracés avec un crayon d*or. Le métal des plaques des éniaux cloisonnés est l'or ou l'argent doré.
Quant- aux trois grandes vitrines centrales, on y a réuni une merveilleuse cpUection de bijoux qui, commencée sous Charles V au quatorzième siècle, a été successivement augmentée par chacun de nos rois. Je n'entreprendrai pas une description, même sommaire, de tous ces objets; tous sont dignes de notre attention. Regardons un à un ces vases en onyx, enrichis de pierres fines et d'émaux, ces aiguières en cristal de roche ciselé, ces hanaps (1) et ces coupes en argent doré au milieu desquelles brille la fameuse coupe dite de Cellini, dont la beauté justifie la réputation. Chacun de ces objets est un des plus beaux spécimens de l'art de l'époque où il a été créé.
Après cet examen, il ne nous reste plus qu'à voir les laques de Chine et du Japon exposés à l'extrémité de la
(1) On appelait hanaps des verres qa'on réser^rait dans les festini aux principaux convives.
galerie? La laque est un vernis particulier dont on recouvre des coffrets et autres objets habituellement en carton. Les ' objets en laque fabriqués par les Européens ne peuvent pas rivaliser avec ceux qui nous sont venus de Textrème Orient.
Avant de quitter la galerie d'ÂpoUon, accoudons-nous quelques instants au balcon de la fenêtre qui donne sur la Seine. De ce point, Paris présente un panorama splendide : à nos pieds, la Seine avec ses innombrables ponts et ses quais bordés d'arbres. — En face de nous, le palais de Tlnstitut et la Monnaie. — A gauche, Ttle de la cité audessus de laquelle se détachent les tours et les flèches de Notre-Dame et de la .Sainte-Chapelle. — Au fond du tableau, le Panthéon élève vers le ciel son énorme dôme.
Si avant de vous retirer, vous vous penchez un peu sur la balustrade, vous pourrez voir au rez-de-chaussée la fenêtre d'où, d'après Brantôme, Je roi Charles IX, armé d'une arquebuse, prit part aux massacres de la Saint- Barthélémy.
La porte à. droite, à l'extrémité de la galerie, va nous donner accès dans le