AVANT-PROPOS
L'accueil favorable qu'on a fait aux six précédentes éditions de cet ouvrage, et la rapidité avec laquelle elles se sont écoulées, en ont suffisamment démontré l'utilité. Encouragé par ce succès et jaloux de m'en rendre de plus en plus digne, j'ai cherché à améliorer mon travail, en y faisant entrer des développements nouveaux et plus complets que ceux qui se trouvent dans les premières éditions. J'en ai élargi le cadre, en y introduisant un aperçu général des propriétés thérapeutiques, avec l'indication et la contre-indication de l'emploi des eaux. J'ai noté les effets nuisibles produits sur l'organisme par l'influence des maladies chroniques, ainsi que les résultats statistiques obtenus concernant l'action des eaux à l'égard de chaque espèce de maladie, appuyés sur les effets consécutifs confirmés par le temps, afin d'indiquer, aussi exactement que possible, les limites de la puissance médicale de ces eaux, et d'éviter, par ce moyen, l'abus général de présenter les eaux minérales comme dés panacées propres à guérir toutes sortes de maladies. Ce n'est, il faut le dire, qu'après une ou plusieurs années d'épreuves qu'il est permis d'apprécier la valeur réelle d'une médication thermale quelconque; car vouloir enregistrer comme vrais des résultats obtenus aussitôt après la cure, c'est, le plus souvent, le moyen d'exagérer ou de discréditer les effets salutaires des eaux, attendu que les succès peuvent n'être qu'éphémères, et les insuccès obtenir plus tard des résultats complets de guérison. En négligeant de s'appuyer sur des faits confirmés par une action ultérieure, c'est vouloir faire de la concurrence ou do la spéculation en fait de santé, ce qui est mal.
J'ai exposé avec le plus de précision et de clarté possible les causes des maladies, ainsi que les soins hygiéniques qu'elles réclament pendant et après la cure. Je me suis attaché également à écarter tous les termes techniques, afin de me mettre à la portée des malades qui n'ont pas fait une
élude spéciale de la médecine; persuadé qu'il y a plus d'avantage à éclairer les gens du monde, sur la science médicale, qu'à leur cacher une foule de renseignements qui peuvent leur êlre utiles, et leur épargner dans un grand nombre de circonstances les dangers qu'il y a à négliger certains malaises, en apparence sans gravité, et qui plus tard finissent par des maladies mortelles.
C'est à l'opportunité, plus encore qu'au mérite de cet ouvrage, que je dois de pouvoir offrir aujourd'hui celte septième édition au publie ; c'est par les conseils qu'on y trouve sur le danger qu'il y a de prendre sans discernement des eaux douées de propriétés aussi actives que celles de Vichy, que ce guide est devenu indispensable aux personnes qui se proposent d'en faire usage ; car tout remède qui peut faire beaucoup de bien, peut aussi, lorsqu'il est inopportunément administré, faire beaucoup de mal.
Les eaux minérales, il faut le dire, sont des médicaments, préparés de longue main par la nature, dont l'emploi fait avec prudence constitue, sans aucun doute, l'une des médications les plus puissantes que nous connaissions et les mieux appropriées en même temps à la délicatesse de nos organes. Les résultais de guérison obteuus par ce moyen sont si nombreux et si remarquables, que le gouvernement, ainsi que les sociétés savautes, encouragent l'élude et recommandent tous les ans l'emploi des eaux minérales, qui sont incontestablement pour quelques maladies les seules ressources de guérison. Les populations, de leur côté, sont si bien pénétrées de leurs salutaires effets, que le nombre des malades augmente annuellement dans tous les établissements d'eaux minérales ; cet accroissement a pris des proportions telles, qu'il est difficile aujourd'hui d'en calculer le nombre, et cela est si vrai, que Vichy, où se réunissaient à peine deux mille malades en 1840, en attire aujourd'hui vingt-mille. Il est vrai qu'aucun établissement thermal n'est situé dans un pays mieux favorisé des dons de la nature et n'appelle à lui plus d'affections diverses.
J'ajouterai ici ce que je disais dans l'avant-propos d'une précédente édition : « J'ai cherebé, par de nombreuses expériences, à mieux préciser qu'on ne l'a fait jusqu'à présent
l'action physiologique que l'eau de Vichy exerce sur nos organes, soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie ; à éclaircir et à mettre en ordre sous ce rapport quelques idées éparses ou peu connues, de manière à permettre aux médecins de mieux connaître la valeur thérapeutique de ces eaux, et aux malades de les prendre avec plus d'efficacité. J'ai fait de toutes ces expériences un résumé aussi précis que substantiel, que j'ai indiqué seulement, les bornes de cet ouvrage ne permettant pas de les rapporter dans leur entier développement.
« J'ai agrandi mon travail par un aperçu concernant les questions historiques, géographiques et géologiques de Vichy et de ses environs, dont les éléments ont été puisés dans les ouvrages des auteurs qui se sont le plus occupés de ces diverses questions : de tous ces travaux réunis je me suis efforcé d'extraire brièvement un tout harmonique afin de les compléter les uns par les autres, en y ajoutant mes appréciations personnelles.
« Je ne sais si j'aurai réussi à rendre celte dernière partie aussi intéressante que je me le suis proposé pour l'agrément des baigneurs, désireux naturellement de connaître d'avance les lieux qu'ils doivent habiter; mais toujours estil que j'ai cherché de bonne foi à apporter dans ce livre toute l'exactitude désirable ; à réunir et à coordonner dans un seul et même volume tous ces éléments épars dont l'ensemble doit former un tout complet, de manière à offrir aux malades tout à la fois l'utile et l'agréable.
« Ce guide était d'autant plus nécessaire, que les ouvrages qui avaient été publiés sur les eaux de Vichy par les anciens médecins n'étaient plus au niveau des connaissances médicales de notre époque, et que les conseils donnés alors ne pouvaient aujourd'hui recevoir aucune application , par suite deschangements qui, peu à peu, se sont introduits dans noire manière de vivre et dans nos habitudes.
« J'ai pensé, d'après ces considérations, qu'il serait également utile, pour les personnes qui se rendent à Vichy, de tracer les règles hygiéniques à suivre et d'indiquer sommairement ce qu'il convient défaire pour seconder l'action salutaire des eaux ; car, il faut bien le dire, si nous n'ob-
tenons pas toujours des résultats favorables, si ces eaux restent souvent sans effet, ou deviennent parfois nuisibles, nous devons nous en prendre bien moins aux qualités incontestables qu'elles possèdent qu*à l'oubli, pendant le traitement, des précautions hygiéniques, du régime et de la nature des aliments, toutes choses indispensables au bienfait de la cure.
« Le travail que je présente est loin d'être parfait, je le sais ; mais si, malgré cet aveu, qui n'est pas celui d'une fausse modestie, il se trouvait encore des esprits disposés à le critiquer, je leur dirais que l'art de guérir n'est point une profession purement littéraire, mais bien une espèce de sacerdoce que chaque médecin doit pratiquer selon ses propres forces, sans trop se préoccuper des efforts de la critique, et sans perdre jamais de vue ces paroles d'Alibert : « Le médecin des eaux doit être le prêtre du temple; il est « là pour éclairer les malades, les diriger par une bonne « méthode et rectifier les idées ou les préjugés qu'ils pour- « raient y apporter. »
C'est en se conduisant d'après ces principes que le médecin pourra remplacer aujourd'hui, auprès des baigneurs, le génie bienfaisant, la naïade compatissante, le souvenir d'un saint révéré, ainsi que tous les agents mystiques qui, chez les peuples anciens ou dans le moyen âge, présidèrent successivement aux propriétés bienfaisantes des eaux minérales.
Origine de Vichy ou Vichy d'autrefois.
Les premières notions historiques qui existent sur l'origine de Vichy sont enveloppées de ténèbres, comme tout ce qui se rapporte à des faits très-anciens ; elles ne reposent donc que sur des hypothèses, qu'il serait inutile, par conséquent, de chercher à approfondir; car ce n'est véritablement qu'à partir du treizième siècle qu'il est permis de suivre, avec quelque certitude, les traces de son existence.
Disons d'abord, avant d'aller plus loin, d'où vient le nom de Vichy. D'après de vieilles chroniques^ ce nom dérive de gwich ou wich, qui signifie, dans le langage druidique, force, vertu, et de y, eau. Selon d'autres, et cette origine me semble se rapprocher davantage de la vérité, Vichy viendrait de viens calidus (village chaud). Quoi qu'il en soit, c'est sous le nom de Aquce
calidœ qu'on désigne Vichy dans la Table théodosienne ou Table de Peutinger.
L'histoire écrite, les routes romaines, les débris de toute espèce qu'on découvre journellement à Vichy, tels que piscines, baignoires, poteries, pilastres, chapiteaux, fragments de colonnes et de pierres taillées, urnes et lampes funéraires, statuettes en terre, petits bronzes du bas-empire, monnaies grecques et romaines, tout, en un mot, prouve suffisamment que Vichy formait autrefois un établissement considérable. Les plus belles médailles qu'on y ait rencontrées, en grand et moyen bronze, sont à l'effigie d'Auguste, d'Agrippa, de Claude, de Trajan et des Antonins.
Ces thermes, après avoir été très-fréquentés pendant le premier et le deuxième siècle, perdirent de leur importance vers le troisième.
César, dit l'histoire, aurait passé sur le pont de Vichy, situé sur l'Allier, en suivant la route romaine qui allait de Clermont à Roanne, à son retour du siège de Gergovie des Arvernes.
C'est au vainqueur de Vercingétorix qu'on fait remonter le premier établissement thermal, très-fréquenté par les Romains. Tous les édifices construits par eux furent détruits plus tard par les hordes du Nord, à l'époque où celles-ci firent, irruption dans les Gaules. Il serait difficile de dire ce que devint Vichy pendant toutes ces guerres fie dévastation : or, comme toutes ces
recherches nous jetteraient encore dans le doute et le vague des hypothèses, il vaut mieux, je pense, aborder de suite la partie positive de cette histoire, et remonter d'un seul trait jusqu'au douzième siècle, puisque ce n'est qu'à partir de cette époque seulement que nous trouvons, suivant Coiffier {Histoire du Bourbonnais), que Vichy, dans ce temps-là, était déjà le siège d'une des châtellenies du Bourbonnais. Il est dit aussi qu'en 1208 une famille considérable, portant le nom de Vichy, descendant des seigneurs d'Albret, possédait la majeure partie des terres qui avoisinaient ces thermes, et que ces biens furent confisqués par le roi de France, sur les descendants de cette famille, vers le quinzième siècle.
A cette époque, la ville se divisait en plusieurs quartiers, à cause de son étendue. Le premier portait le nom de Moustier, point occupé aujourd'hui par l'établissement thermal ; le deuxième était appelé le quartier des Juifs : il était situé entre Vichy et Cusset ; le troisième portait le nom de Ville; le quatrième, enfin, était connu sous le nom de Château-Franc : c'est ce quartier qui forme la ville actuelle.
En 1410, Louis XI, duc de Bourbon, qui fut, à toutes les époques de sa vie, le protecteur zélé de Vichy, fonda le monastère des Célcstins, ainsi que son église, avec l'intention d'y fink ses jours au service de Dieu. Il fit paver les rues, creuser des fossés et élever des niurs au-
tour de la ville ; Vichy devint ensuite une place forte avec remparts, tours crénelées, fossés et pont-levis ; on y entrait par trois portes, dont la dernière a disparu en 1848. De sept tours qui existaient, il n'en reste plus qu'une, la plus élevée de toutes, qui se trouve placée au milieu de la ville actuelle. Cette tour servait anciennement de vigie ; aujourd'hui elle sert de clocher et de support à l'horloge de la ville. On trouve encore, en parcourant les rues, quelques maisons offrant des traces de l'architecture du douzième siècle, ainsi que la fontaine des Trois- Gornets, sur la place de ce nom, qui porte le millésime de 1583.
De tous les anciens monuments il ne reste plus maintenant que l'église paroissiale, chapelle de l'ancien château, placée sous l'invocation de saint Biaise, et la tour dont nous venons de parler.
En 1446, pendant la guerre de la Praguerie, dite du bien public, guerre dont Charles Ier, duc du Bourbonnais, fut le principal instigateu'r, le duc de Bourbon, alors dauphin, ayant manqué à la promesse qu'il avait faite de se soumettre, lui et les seigneurs ses complices, le roi Charles VII, son père, mécontent de la conduite de son fils, rassembla ses états d'Auvergne, et partit, cette même année, de Clermont, pour étouffer la révolte. Vichy, une des places les plus fortes des rebelles, attira naturellement
l'attention et le ressentiment du roi ; il se porta à marches forcées sur Vichy, dont il fit le siège, après avoir fait passer son armée sur le pont. Le commandant de la ville ouvrit les portes au roi, dès la première sommation. Les habitants, étrangers, comme toujours, à ces querelles de famille, demandèrent au monarque vainqueur, par l'organe de leurs magistrats, comme grâce spéciale, de n'être ni pillés ni égorgés, conditions, dit un écrivain du temps, que le monarque bénignement leur octroya, avec cette réserve toutefois que les vivres seraient partagés entre ses soldats, et que huit cents d'entre eux y tiendraient garnison : ce qui, dit également le même auteur, revenait à peu près au même.
Vichy ayant fait sa soumission, le roi partagea son armée en deux parties ; la première fut dirigée sur Varennes pour en faire le siège, et avec l'autre il marcha sur Cusset, où le dauphin s'était réfugié. La ville s'étant soumise au pouvoir du roi, ce fut alors qu'eut lieu la fameuse entrevue de Charles VII avec son fils, le dissimulé Louis XI, et le chier sire, duc de Bourbon, prince insubordonné, qui se soumit, disent les historiens, par la raison qu'il n'était pas le plus fort, et dont le pardon termina, fort heureusement pour les populations, la guerre du bien public.
En 1565, le couvent des Célestins fut pillé, à la suite de la bataille de Coguat.
En 1568, le 5 janvier, Vichy vit arriver dans ses inurs l'armée des princes confédérés, forte de 6,000 hommes, venant du Forez et allant à Chartres, se joindre aux troupes du prince de Condé.
En 1576, le pont de Vichy, qui avait été rompu dans lâ guerre précédente, fut rétabli, car le prince palatin passa l'Allier sur ce pont, pour aller au secours du parti protestant. A son passage, là ville, selon l'usage, fut mise à contribution.
La même année, le couvent des Célestins fut encore complètement ruiné par les huguenots. Ces religieux adressèrent alors au roi Henri III une demande pour obtenir des secours. Ce prince, après un rapport favorable, ayant pris en grande considération les malheurs arrivés au couvent, releva le monastère de ses ruines. De nombreuses donations, faites par des personnages riches, qui se rendaient déjà tous les ans à Vichy , vinrent s'ajouter à la munificence royale. Au moyen de ces secours, de grandes réparations furent faites, le jardin fut planté d'arbres, l'enclos entouré de murs, et la bibliothèque remplie d'un grand nombre de volumes, pour occuper les religieux en dehors des moments consacrés à la prière.
En 1590, le grand prieur de France, qui, d'après une donation testamentaire faite par la reine Catherine de Médicis, disait avoir des
droits sur le comté d'Auvergne, vint encore mettre le siège devant Vichy. Pendant ce temps, des excès de tout genre furent commis dans la ville, indépendamment des contributions que chaque parti lui imposait.
Le couvent, parfaitement situé pour la défense comme pour l'attaque, fut toujours le point de mire de l'ennemi, et, par conséquent, du pillage de tous lès partis, depuis sa fondation en 1410 jusqu'à sa suppression en 1774.
Malgré toutes ces dévastations, et grâce aux revenus fixes en terres considérables apportées en dotation par les ducs du Bourbonnais, ce couvent resta toujours puissant. Les rétributions offertes par des personnes pieuses, qui demandaient à être enterrées dans cette sainte maison, venaient encore l'enrichir.
Au nombre des privilèges dont jouissait le couvent, se trouvait l'exemption de péage accordée à tous ceux qui venaient faire moudre leurs grains au moulin dû Chisson, appartenant au monastère : ce privilège, accordé par le duc Louis de Bourbon, en 1410, fut renouvelé par Louis XIV.
Charles VI exempta à son tour le couvent de l'impôt sur le vin, en sorte, dit Coiffier, que de privilège en privilège les religieux étaient parvenus à ne payer aucun impôt. Cet historien ajoute qu'ils avaient encore le droit de prendre, sans payer de gabelle, trois setiers de sel au
grenier de Vichy, auquel toutes les paroisses des environs venaient s'approvisionner; ils avaient aussi, comme tous les couvents d'alors, le droit d'asile pour tous les criminels : ces droits et privilèges disparurent lors de la suppression du couvent, ordonnée par Louis XV.
En 1594, Henri IV confirma tous les privilèges accordés à ce couvent par l'édit du 5 octobre 1465, en vertu duquel Vichy jouissait de l'exemption de la gabelle, du logement des troupes, etc.
En 1603, ce même roi institua les inspections thermales, afin de remédier à divers abus dont la vente des eaux minérales était l'objet. Le titre intendant, qui, depuis la création, avait été donné aux médecins des eaux, fut changé à l'époque de la nomination de Lucas, en 1802, en celui à! inspecteur .
En 1614, un second couvent de capucins, ou mieux une maison de retraite, s'installa près de l'établissement thermal. Ces religieux avaient pour obligation de recevoir les malades de leur ordre qui se rendaient à Vichy pour y prendre les eaux. Une partie de ce couvent existait encore en 1853 ; l'Etat, qui en était propriétaire, a permis aux concessionnaires d'achever sa démolition, afin d'y construire le nouvel établissement des bains.
Mesdames de France, tantes de Louis XVI, pendant leur séjour à Vichy, en 1785, firent
encore leurs dévotions dans la chapelle de ce couvent.
En 1696, Vichy était déjà très-fréquenté par les seigneurs de la cour. Dans cette même année, Louis XIV créa, par lettres patentes, un hospice appelé hôpital des paumes de Vichy . Avant cette époque, les malheureux et les militaires étaient reçus dans une maison située au milieu de la ville et abandonnés à la bienfaisance publique. Cette maison ne pouvant recevoir tous les malades qui se présentaient, ni être agrandie, à cause de sa situation, l'hospice fut tranféré, en 1747, à la place Rosalie, où il existe en ce moment. Le local fut donné par M. Délabre, curé de Vichy, et le reste payé par l'administration, avec l'argent des bienfaiteurs ; mais Louis XIV, en créant cet établissement, y avait attaché certaines redevances, entre autres celle de dix-huit deniers perçue par l'administration de l'hospice par chaque bouteille d'eau transportée. Ce droit des pauvres n'a pas été aboli, il existe encore de nos jours.
En 1676, plusieurs personnages illustres vinrent visiter ces thermes. Tout le monde sait qu'à cette époque Mme de Sévigné vint y boire les eaux et y prendre les douches. On connaît aussi la manière dont elle parle de ce dernier mode de traitement, dans ses lettres à Mme de Grignan, sa fille, et la description qu'elle fait du séjour délicieux qu'offrent les environs de Vichy, On
voit encore la inàison, la chatnbre et le cabinet qu'elle occupait dans le vieux Vichy ; cette maison appartient aujourd'hui à M"11' Soalhat ; elle est située sur la place de la Mairie.
L'éloquent Fléchier fit aussi, à la même époque, usage des eaux de Vichy; mais comme les écrits de ce grand orateur ne sont pas aussi répandus que les lettres de Mme de Sévigné, je crois être agréable au lecteur en citant quelques fragments extraits du livre qu'il à laissé sur cette localité thermale.
ce II n'y a pas dans la nature, dit-il, de paysage plus beau, plus riche et plus varié que celui de Vichy. Lorsqu'on arrive, on voit d'un côté des plaines fertiles ; de l'autre, des montagnes dont le sommet se perd dans les nues et dont l'aspect forme une infinité de tableaux différents ; mais qui vers leur base sont aussi fécondes en toute sorte de productions que les meilleurs terrains de la contrée... Ce qu'il y a de plus remarquable en ce lieu, c'est qu'on n'y trouve pas seulement de quoi récréer la vue lorsqu'on le contemple et à s'y nourrir délicieusement lorsqu'on l'habite, mais encore à se guérir quand on est malade ; en sorte que toutes les beautés de la nature semblent avoir voulu s'y réunir avec l'abondance de la sauté. »
En 1706, la ville comptait 190 feux et 700 habitants ; tandis que sous l'ancienne monarchie, alors que Vichy était le siège d'uno châtellcnie
royale, d'un grenier à sel, d'un bureau de traites, etc., on y comptait 1,431 feux. Ce bureau de traites était établi pour percevoir les droits de transport des marchandises qui voyageaient jusqu'à destination sur la rivière d'Allier.
En 1774, après la suppression du couvent, dans lequel il ne restait plus que six religieux, l'évêque de Clermont s'empara de tous les biens qui appartenaient à la communauté, en payant à chaque religieux, jusqu'à sa mort, 1,800 livres de pension ; le dernier de ces religieux mourut à Vichy en 1802. Le couvent et ses dépendances subirent pendant la Révolution le sort commun à tous les établissements religieux, c'est-à-dire qu'il fut démoli, et les matériaux vendus pour la construction de divers hôtels de Vichy-les- Bains. Il n'en reste plus aujourd'hui que la portion que l'on voit au-dessus de la source des Gélestins, servant de grange et de hangar, et qui bientôt disparaîtra, comme le resté de l'édifice, par l'influence du temps.
En 1787, Mesdames Adélaïde et Victoire de France vinrent encore à Vichy, pendant la saison des eaux. Ces thermes, qui ont été fondés par ces deux princesses, se trouvaient avant elles presque abandonnés ; une seule source était recueillie, c'était celle du puits Carré; on avait eu le soin de la mettre à l'abri dans un petit bâtiment, que l'on appelait alors la Maison du Roi.
Histoire do l'établissement thermal.
Le grand établissement thermal que l'on voit aujourd'hui, et dont la construction date, pour ainsi dire, de nos jours, a succédé à la Maison du Roi, dont nous venons de parler, laquelle renfermait dans son intérieur tout l'appareil balnéaire, des bains, des douches et des étuves. Le fermier des eaux avait pour obligation de tenir deux lits à la disposition des pauvres qui recevaient la douche. Sur la porte de ce modeste établissement on lisait :
Lava te, et porta grabatum.
Chacun pouvait alors y prendre des bains, c'était au premier occupant. Les buveurs n'y avaient aucun agrément, la seule promenade des malades se trouvait dans le couvent des capucins ; les riches et les pauvres étaient reçus indistinctement dans de mauvaises auberges. Le besoin de se guérir et l'efficacité des eaux faisaient oublier pendant la cure, aux riches leur fîerté, aux nobles l'orgueil de leur naissance. Cinq ou six maisons particulières autour de la Maison du Roi, formaient les hôtels de l'époque ; les habitants du lieu tenaient à la disposition des personnes toutes les choses nécessaires pour « bai-
gner et cornetter les malades, » dit Claude Mareschal, intendant des eaux.
C'est dans cet état que Mesdames de France, en 1785, trouvèrent l'établissement de Yichy. Elles résolurent alors de remédier â tous les inconvénients d'une pareille situation. L'architecte Janson fut chargé de dresser un plan, dans lequel se trouvait une galerie couverte, pour mettre les malades à l'abri des intempéries de l'air; les baignoires d'hommes et de femmes, qui jusque-là étaient placées dans le même cabinet, au grand désagrément des baigneurs, furent séparées pour toujours. D'autres améliorations avaient été projetées par les fondatrices, dont la présence, dit le baron Lucas, fut un bonheur pour le pays, et surtout pour les pauvres ; mais la Révolution ayant tout détruit, Vichy resta sans secours jusqu'en 1806, époque à laquelle les thermes et les terres qui les environnaient, sur lesquelles on a bâti plus tard le grand établissement actuel, devinrent la propriété de l'Etat.
En 1812, Napoléon, pendant la campagne de Russie, affecta, par un décret daté de Gumbinnen, une petite somme aux thermes de Vichy : cette somme fut employée à l'acquisition des maisons qui gênaient les abords de l'établissement, ainsi qu'à celle du terrain du parc, sur lequel, à la même époque, on a dessiné et planté ce?, belles allées d'arbres qui font aujourd'hui les délices des baigneurs.
Èn 1814, Mmo la duchesse d'Angoulême étant venue à Vichy, des projets d'embellissement et d'agrandissement furent de nouveau arrêtés, ce qui permit à la duchesse dé poser la première pierre' de l'établissement actuel, et de contribuer de ses propres deniers à la construction de cet édifice, d'après les plans de M. Rose-Beauvais, dont les dispositions devaient s'adapter aux anciennes constructions. Ces plans ayant été approuvés, les travaux furent commencés et terminés en 1829 ; ils ont donné pour résultat l'édifice que l'on voit aujourd'hui en face du parc. Mme la duchesse était venue de nouveau à Vichy en 1830, pour y reprendre les eaux, lorsque la révolution de Juillet éclata. C'est de là qu'elle partit pour se rendi'e èn exil.
En 1846, M. Cunin-Gridaine, alors ministre du commerce, encouragé par la prospérité toujours croissante de ces thermes, introduisit dans l'établissement des améliorations importantes; il y fit exécuter des embellissements dirigés avec goût par M. Isabelle, architecte du gouvernement, dans les salons de la rotonde.
Cet établissement avait été construit en prévision d'avoir à fournir de 45,000 à 50,000 bains par saison ; mais comme l'affluence des malades a dépassé toute prévision, et que vers 1852 le nombre des baignoires devenait insuffisant, c'est alors que le gouvernement, ne voulant pas lui-même pourvoir aux besoins urgents de la
situation, a abandonné à une compagnie, comme nous le verrons plus loin, l'exploitation des bains et sources de Vichy.
Au nombre des personnes qui ont le plus contribué à la prospérité de Vichy, nous ne devons pas oublier le célèbre Strauss ; c'est lui qui, venu à Vichy en 1843, fit le plus de bien au pays et donna la plus grande impulsion à ses thermes, eD y attirant par sa réputation musicale et ses brillantes soirées, données dans l'établissement thermal, l'élite de la société parisienne ainsi qu'un grand nombre de visiteurs venus de toutes parts ; depuis lors Vichy n'a fait que grandir dans des proportions considérables. Ce précédent nous conduit à dire que la reconnaissance des malades pour leS bons effets des eaux augmente sans doute le nombre des baigneurs, mais qu'il ne faut pas oublier non plus que les distractions, les bals, les fêtes, soit dans l'établissement, soit dans les hôtels, constituent •aussi la publicité la plus séduisante que l'on puisse faire agir. Avec de pareils éléments de ' succès, à peine est-il besoin de publicité extérieure par les annonces et les affiches ; c'est du reste ce que le directeur de l'établissement thermal, M. Gallou, a parfaitement compris.
Vichy d'aujourd'hui.
L'ancienne et petite ville de Vichy, située sur la route impériale de Paris à Nîmes, à 245 mètres au-dessus du niveau de la mer, fait partie du département de l'Allier (arrondissement de la Palisse, canton de Cusset) ; elle est à 78 lieues de Paris, à 4 6 lieues de Moulins, à 15 lieues de Clermont-Ferrand, à 38 lieues de Lyon, et par le chemin de fer, à huit heures de Paris, à une heure de Moulins et de Clermont-Ferrand et à six heures de Lyon. *
La situation de ces thermes dans un joli vallon, orné d'une végétation des plus riantes, offre de tous côtés des boulevards et des promenades très-variées; ses abords sont faciles. Grâce à l'embranchement de chemin de fer construit par la compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon, partant de Saint-Germain des Fossés pour venir se terminer par une belle gare au milieu de Yichy. Cette ville aujourd'hui se trouve en rapport direct avec tous les chemins de fer de l'Europe. Des omnibus appartenant à l'administration ou des voitures particulières conduisent les arrivants à l'hôtel que chaque voyageur désigne.
Yichy se divise en deux parties : Vichy-la- Ville et Vichy-les-Bains ; elle est assise sur la rive droite de l'Allier, dont la direction, par rapport à la ville, est du sud au nord. La vallée qui l'entoure est riche en productions de toute
espèce ; l'air y est pur, le climat doux et tempéré. Les habitants y sont polis, bons et affables, qualités qu'ils doivent sans doute au contact annuel du grand monde et de la noblesse qui de tous les pays se donnent rendez-vous à ces thermes si justement renommés. Les personnes qui recherchent les eaux dans le but d'étendre leurs relations sociales doivent se rendre particulièrement à Vichy : c'est là en effet que l'on rencontre la bonne compagnie, et les plaisirs qu'on y trouve font naître tous les ans des mariages imprévus, ou des affections qu'on dit être constantes.
Les habitants, au nombre de S, 000 environ, sont généralement d'une taille peu élevée, d'un tempérament plutôt lymphatique que sanguin ; leur système musculaire est peu développé.
On n'y a jamais vu de maladies épidémiques, et quoique plusieurs personnes, en 1849, y soient mortes du choléra qu'elles y avaient apporté, cette cruelle maladie n'a pu s'y propager.
La nature sablonneuse du sol et la digue de protection construite pour empêcher toute inondation rendent plus que jamais Vichy hors de toute inquiétude de maladies endémiques.
Les femmes sont d'une taille moyenne, plus jolies que belles, d'une franchise amicale et naturelle qui plaît; elles ont la peau blanche, de beaux yeux, Ha physionomie agréable, douce, spirituelle, et de belles dents.
Indépendamment delà campagne, qui offre au baigneur le plus riant séjour, des routes agréables, bien entretenues et faciles viennent y aboutir de toutes parts.
Autrefois, dit M. Bourdon, une ricbe héritière se réservait presque toujours, par clause expresse insérée au contrat de mariage, d'être conduite, une fois au moins, aux eaux de Fyrmont, alors si célèbres par leur affluence et leurs plaisirs; aujourd'hui, c'est pour aller à Vichy que cette clause devrait être imposée aux fiancés, dans ces sortes de contrats.
« Cette situation est si belle, disait en 1676 Mme de Sévigné, alors que Vichy n'était qu'une pauvre bourgade, que si les bergers de l'Astrée étaient encore dans ce inonde, il ne faudrait pas les chercher ailleurs qu'à Vichy. » Que dirait aujourd'hui cette femme célèbre, s'il lui était permis de revoir ces thermes ? Avec quel charme elle raconterait, dans son style imagé et parfois louangeur, les embellissements que la civilisation y a apportés depuis cette époque et dont la plus grande part est due à la présence de S. M. Napoléon III, qui, par sa haute intelligence et sa générosité personnelle pour tout ce qui peut agrandir son règne aux yëux de la France et de l'étranger, a su transformer, avec une rapidité miraculeuse, l'avenir de Vichy !
Un aperçu des travaux exécutés par les ordres de Sa Majesté fera mieux ressortir encore là re-
connaissauce des habitants et les droits de l'Empereur au titre du plus grand et du plus magnanime des bienfaiteurs decette^cité. Napoléon III, venu à Vichy pour la première fois en 1861, pour y prendre les eaux, a, par un décret du 27 juillet de la même année, doté les thermes de Vichy d'un grand nombre de bienfaits et d'embellissements. La teneur de ce décret dit : « Considérant que l'importance toujours croissante de Vichy rend nécessaire le développement des voies de circulation, etc., avons décrété et décrétons ce qui suit :
« 1° Il sera procédé à l'exécution de routes thermales établissant des voies de communication entre les divers quartiers de Vichy.
« 2° Uri nouveau parc d'une étendue de onze hectares sera créé le long de la digue de l'Allier.
« 3° Une église avec son presbytère et un hôtel de ville seront construits dans la commune de Vichy.
« 4° Il sera procédé au rachat du pont -à péage établi sur l'Allier. »
Tous ces projets aujourd'hui sont terminés, et le nouveau parc, avec ses ruisseaux et ses lacs qui le baignent en serpentant dans toute son étendue, offre déjà une des plus agréables promenades à ses nombreux visiteurs. En supprimant le péage du pont, qui était très-onéreux à la classe pauvre, l'Empereur a rendu un service immense aux deuxrivcs del'AllierJPar cette
exonération, l'approvisionnement de Vichy est devenu plus facile, les cultivateurs et les jardiniers de toute la contrée, beaucoup plus riches.
Après une seconde saison passée à Vichy en 1862, Sa Majesté, désirant prendre droit de domicile parmi nous, chargea M. Lefaure, architecte, de lui construire un chalet dans le genre des cottages anglais, qu'il a habité pendant la saison de 1863; un nouveau chalet, communiquant avec le premier, a été construit en 1864, pour être prêt à l'arrivé de l'Empereur. M. le comte de Clerm ont-Tonnerre, S. Exc. M. Fould, ainsi que M. E. André, ont fait construire, dans le voisinage de l'habitation impériale, des chalets analogues.
A toutes ces constructions nous devons ajouter la création d'un hôtel pour la poste aux lettres, un autre pour l'administration du télégraphe, et une écurie pour soixante chevaux, destinée à mettre à l'abri les chevaux et les équipages de l'Empereur.
Sa Majesté, en arrivant à Vichy le 4 juillet 1861, en réponse au discours du maire, lui dit : « Je tâcherai que mon séjour soit favorable à Vichy. » Ces paroles, comme nous venons de le voir, se sont complètement réalisées, et Vichy désormais n'a plus rien à désirer pour être le premier établissement thermal de l'Europe.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de toutes les misères cachées que Sa Majesté à soulagées,
ni d'exprimer toute la respectueuse gratitude de tous ceux qui l'ont approchée ; disons seulement qu'aucun des bienfaiteurs de Vichy n'a mérité autant de reconnaissance de la part de la population et de l'humanité. Ajoutons encore que Vichy manquait d'eau douce potable et que l'Empereur a fait construire sur un point trèsélevé, sur le plateau des Garets, propriété de M. Bulot, un réservoir couvert pouvant contenir 2,000 mètres cubes d'eau d'une excellente qualité puisée dans l'Allier, pour alimenter la ville pendant toute l'année. Tous ces travaux, comme ceux des voies de communication, ont été exécutés sous l'habile direction de M. Ration If de Lafosse, ingénieur des ponts et chaussées du département.
Vichy-la- Ville se ressent de son antiquité : elle est d'un aspect triste et malheureux ; les rues y sont étroites, désagréables, escarpées, et la plupart mal pavées. Plusieurs maisons tombent en ruine ; mais de nouvelles constructions, fort élégantes et à plusieurs étages, les remplacent tous les jours. On trouve néanmoins dans les maisons, malgré leur triste apparence, des appartements et des chambres qui ne laissent rien à désirer aux malades, sous le rapport des soins, de la propreté et des prévenances des maîtres du logis.
Vichy-les-Bains se distingue, au contraire, par l'élégance de ses nombreux hôtels et la co-
quetterie de ses maisons particulières, propres, bien tenues, ayant toutes un jardin d'agrément. Les rues y sont larges, et l'air y circule librement. Les tables d'bôtes sont servies avec recherche et abondance.
La vie y est facile et pas plus dispendieuse qu'ailleurs ; les produits de tout genre y abondent ; le pauvre et le riche y trouvent une nourriture, un logement et les soins convenables. Les indigents, indépendamment de l'hôpital civil, qui au besoin pourrait les recueillir, peuvent s'y loger et y être nourris moyennant 1 franc par jour ; la dépense journalière du riche, pour y être convenablement nourri et logé, est de 6 à 12 francs.
De nombreux marchands des villes voisines, et même de Paris, viennent, pendant la saison, ouvrir des magasins où l'on trouve toutes sortes de produits, parmi lesquels on distingue particulièrement les incrustations ou pétrifications de Saint-Nectaire ou de Saint-Alire, près Clermont, ainsi que les dentelles du Puy.
Des salons publics destinés à la lecture des journaux, des livres les plus instructifs et les plus amusants, sont à la disposition des étrangers; et des voitures élégantes, des chevaux et des ânes sont à toute heure de la journée aux ordres des baigneurs.
L'industrie du pays consiste à tenir un hôtel ou des appartements garnis, des chambres ou
des maisons particulières ; il en résulte que le nombre des visiteurs constitue la bonne ou la mauvaise fortune des habitants ; car, une fois la saison terminée, chaque propriétaire ferme sa demeure et va solitairement se réfugier dans un coin de sa maison, attendant silencieusement le retour de la saison prochaine. Les rues ellesmêmes sont désertes, le parc est silencieux, et ce n'est qu'à de longs intervalles qu'on rencontre, le soir, quelques habitants attardés. Mais aussitôt que le soleil du mois d'avril apparaît, Vichy s'anime tout à coup d'une physionomie de fête. Chacun s'apprête à recevoir ]a foule de baigneurs que le chemin de fer amène tous les jours, en disposant de la manière la plus'séduisante et la plus coquette les hôtels, les chalets et les appartements meublés , qu'ils espèrent louer aux étrangers.
Le produit du sol suffit ordinairement à la nourriture des habitants, qui sont très-sobres ; chacun récolte à peu près pour la consommation de son année, en sorte que Vichy n'a véritablement d'importance que celle qu'elle tire de ses eaux, les plus fréquentées de France, et qui font incontestablement de cette ville la métropole de nos établissements thermaux.
Grand établissement thermal.
L'établissement que l'on voit aujourd'hui en face du parc, et dont nous venons de faire l'historique, offre un parallélogramme rectangle, ayant cinquante-sept mètres de côté sur soixanteseize de large. La façade principale regarde le midi ; elle présente dix-sept arcades qui donnent entrée dans une galerie au rez-de-chaussée ; au premier étage existe un nombre égal de fenêtres cintrées; l'intérieur, au niveau du sol, contient des cabinets de bain très-élégants, garnis de tout le confortable nécessaire à la toilette, enrichis de peintures, ornés de glaces, revêtus de carreaux de porcelaine, avec des étuves à côté, pour y chauffer le linge. Cet édifice renferme actuellement cent baignoires ; huit douches avec baignoires , quatre à percussion et quatre ascendantes. Des promenades ou salles d'attente régnent autour des cabinets ; ces salles communiquent entre elles par une galerie centrale, d'où l'on découvre quatre cours ornées de fleurs. La partie du bâtiment en face de l'hôtel des bains est consacrée aux dames, tandis que le côté opposé est réservé au service des hommes.
Au premier étage, donnant sur le parc ainsi que sur une partie de la grande galerie de communication du rez-de-chaussée, se trouvent de vastes salons, décorés avec le meilleur goût et la plus grande richesse. A côté de ces beaux
salons on voit également un cabinet de lecture avec tous les journaux, une salle de billard et au milieu une vaste rotonde qui sert de salle de bal, de théâtre et de concerts ; elle est ornée de glaces et enrichie de superbes peintures allégoriques.
La façade principale de ce bâtiment donne sur le parc, qui s'ouvre aux promeneurs par cinq grandes allées plantées de beaux platanes, de tilleuls, et ornées de fleurs. Dans celle du milieu, on voit plusieurs rangs de chaises où viennent s'asseoir les malades, pour respirer l'air frais du jour et attendre, le soir, l'heure du concert.
Du côté gauche de cet établissement, en face de l'entrée réservée aux dames, on voit la nouvelle rue Montaret, ornée de riches magasins, dans lesquels on trouve tout ce que peuvent offrir en objets utiles et de bon goût les galeries parisiennes les mieux assorties, tels que bijoux anciens ou modernes , livres de choix, lingerie, modes, toilettes de femmes les plus ravissantes, venant de Paris ou fabriquées à Vichy par des mains parisiennes. Comme produits dé la localité, on y trouve également les étoffes des Grivats, les incrustations, ainsi que le fameux sucre d'orge de Larbaud et Mercier.
Sur ce même côté, longeant l'établissement thermal jusqu'à la source de la Grande-Grille, on voit aujourd'hui, à la place de l'ancien hôtel
des postes, un nouvel édifice à trois étages, façade style Louis XIII, ornée de balcons, portant pour enseigne : Hôtel des Bains, dont l'élégance, l'espace donné aux chambres et l'aération ne peuvent qu'être favorables à la santé des malades.
Plus loin, à l'angle nord de la galerie des sources, on remarque, de l'autre côté de la rue, un grand pavillon servant à loger les réservoirs d'eau minérale et d'eau douce des deux établissements de bains, pour le service courant des bains et des douches. A gauche, on remarque un vaste laboratoire, dans lequel se préparent, par l'évaporation des eaux minérales, les sels naturels de Vichy ; plus loin, de vastes constructions, où se trouvent la buanderie, la lingerie, les magasins pour l'expédition dps eaux transportées et la machine à vapeur. Au-dessous de toutes ces dépendances se trouvent de vastes réservoirs ou bâches de réserve, creusés et maçonnés dans la terre, dans lesquels viennent se rendre les eaux du puits Lucas, de la Grande- Grille et du puits Carré, formant ainsi une masse d'eau considérable, pour assurer le service et tenir en réserve le chiffre de dix mille bains.
Nouvel établissement thermal.
Le nouvel établissement, exécuté sur les plans de M. Badger, architecte de la ferme on 1858,
est un vaste rectangle de soixante-sept mètres de longueur sur une profondeur de soixante-deux mètres. La façade de devant regarde l'est, et fait, pour ainsi dire, la continuation du côté ouest du grand édifice thermal ; il s'ouvre par un jardin que sépare de la voie publique une grille en fer. On y compte quatre galeries, dont deux latérales et deux transversales, où sont placés les cabinets de bain. La galerie principale règne dans toute la profondeur de cette vaste construction. Toutes les conditions d'hygiène ont été parfaitement observées. La hauteur des voûtes, la grandeur des cours, qui mesurent chacune six cent vingt -cinq mètres carrés, contribuent à l'aération si essentielle à un établissement de bains. Les cours elles-mêmes sont destinées à recevoir des plantations utiles à la salubrité de l'atmosphère. Deux pavillons semblables terminent chaque extrémité de la grande galerie. Les pilastres et le fronton peuvent être rapportés à l'ordre toscan. Le centre du frontispice est orné d'un écusson sur lequel se trouve la date de 1858. Le nouvel établissement thermal renferme cent cinquante baignoires et vingt cabinets de douches ; d'où il résulté qu'en ne consacrant que douze heures aux bains, oil peut en donner, par jour, dix-huit cent quarantehuit de plus. Les malades, par conséquent, trouvent aujourd'hui des heures plus favorables au résultat de leur traitement. On a joint en 1864,
à cet établissement trente-six baignoires pour les bains à 60 centimes, conformément au décret du 23 mai 1863.
Etablissement balnéaire de l'hôpital civil.
En 1819, on créa, comme annexe, l'établissement thermal de l'hôpital, bâti sur une portion du jardin appartenant à l'hospice, et situé sur la place Rosalie. Cet établissement se compose d'une jolie salle d'attente, de onze cabinets de bain et de sept cabinets de douches ascendantes, ainsi que d'une élégante piscine destinée aux dames, pouvant contenir seize personnes. Ces cabinets renferment actuellement vingtcinq baignoires. L'eau minérale qui alimente cet établissement provient de la source que l'on voit au milieu de la place., et qui porte le nom de source de l'Hôpital.
Depuis le 26 juillet 1830, époque à laquelle Mmc la duchesse d'Angoulème quitta Vichy, le gouvernement n'a pas cessé de faire des sacrifices considérables pour l'entretien des bâtiments et la conservation des sources.
En 1833, les frères Brosson devinrent, à titre de fermiers, adjudicataires des eaux pour neuf ans, moyennant une somme annuelle de 26,000 francs. Mais, à partir du 1er février 1842, l'État a administré pour son compte, jusqu'au mois de juin 18S3. Depuis cette époque, le gou-
vernement a cédé ses droits à une compagnie fermière, représentée par MM. Lebobe et Callou, pour une durée de trente-trois ans, en leur imposant des charges et des conditions dont nous ne devons pas nous occuper ici, mais qu'on trouvera dans le Bulletin des lois du 10 juin 1853. Il nous suffira de dire que de grands travaux ont été faits, que d'importantes améliorations et perfectionnements ont été introduits dans le service des bains portés à trois cent six baignoires, avec quarante cabinets de douches diverses, par MM. les concessionnaires, afin de remplir leurs obligations envers l'Etat et de venir au secours des malades, pour lesquels l'administration est pleine de sollicitude.
A cette époque aussi, par suite d'immenses travaux de captage exécutés sous la direction de l'ingénieur en chef des mines M. François, on a obtenu une augmentation dans le débit des sources. De l'ensemble de ces améliorations il résulte que les malades envoyés à Vichy sont certains d'y trouver, sinon la guérison, du moins une facilité plus grande dans le traitement, et un bienfait plus notable dans les résultats de la cure.
Le gouvernement toutefois s'est réservé le droit exclusif des travaux d'aménagement, de l'entretien et de la conservation des sources, sous la direction de l'ingénieur des mines du département de l'Allier.
Tarif des eaux minérales.
Lë prix de l'exportation des bouteilles d'eau minérale est fixé à 60 centimes le litre, emballage compris, et à 50 centimes le demi-litre.
Chacun peut, en outre, faire remplir des bouteilles d'un litre ou d'un demi-litre, à raison de 30 centimes pour les premières et de 25 centimes pùur les autres, plus 5 centimes pour la capsule et le bouchon.
Tarif des bains, des douches et du linge supplémentaire, d'après la loi du 10 juin 1853 et du décret du 23 mai 1863.
(Extrait du cahier des charges.)
Les bains et douches de lre classe avec fond de bain, un peignoir, deux serviettes et une robe de chambre. 3 fr. » c. Les bains et douches de 2e classe avec peignoir
et deux serviettes 2 »
Douche ascendante sans linge » 40 c.
Baiu de pieds sans linge » 20
Linge supplémentaire ou pris séparément.
Un fond de bain 20 centimes.
Un peignoir 15
Une serviette 10
Selon les besoins, le service des bains et des douches peut commencer à quatre heures du
matin et se prolonger jusqu'à neuf heures du soir.
La durée des bains est d'une heiire Quinze minutes, y compris le temps nécessaire pour la toilette ; au delà d'une heure quinze minutes, le bain doit être payé double.
Les bureaux sont ouverts au public depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, excepté les dimanches et fêtes.
La délivrance des cartes, pour bains gratuits, a lieu depuis une heure jusqu'à quatre heures du soir.
Des mesures sont prises pour donner des bains à domicile, en cas de besoin.
Quelques baignoires sont réservées, pour donner des bains d'eau douce, au prix de 75 centimes.
Les cachets de bains et de douches, pour les detix établissements, sont distribués dans la grande galerie de l'établissement.
Le nombre de bains donnés par l'administration progresse tous les ans d'une manière si remarquable, qu'en 1855, seconde année de l'exploitation de la Compagnie, elle a donné 139,737 bains, et qu'en 1863, le chiffre s'est élevé à 180,000.
Les bouteilles d'eau transportées ont suivi également ce mouvement ascensionnel : en 1855 il a été expédié, des diverses sources de Yichy, 557,540 bouteilles d'eau ; sur ce nombre,
19,738 pour l'étranger, dont 11,000 pour l'Angleterre ; en 1856, 656,271 ; sur ce nombre il y en a eu 50,384 expédiées à l'étranger, dont 38,000 en Angleterre; en 1857, 674,482, dont 85,369 hors de France, et sur ce nombre, 67,000 pour l'Angleterre ; en 1858, 795,000, dont 195,000 pour l'étranger, y compris l'Angleterre pour 82,000 ; en 1863, le total des bouteilles expédiées s'est élevé à 1,460,000.
D'après une nouvelle convention passée entre le ministre de l'agriculture et du commerce et la Compagnie fermière, annexée au décret impérial du 23 mai 1863, il a été convenu que la Compagnie exécuterait à ses frais, risques et périls, pour suppléer à l'insuffisance des salons de l'établissement, un casino garni de meubles en rapport avec sa destination, à reconstruire les bains de l'hôpital, dans l'ancien parc, devant contenir trente baignoires au moins. Ce casino, situé à l'autre extrémité du parc, sera terminé en 1865.
« Dès que le nouveau bain de l'hôpital, dit le décret, aura été construit dans l'emplacement indiqué au paragraphe 4 de l'article 1er, la Société installera le service des indigents dans l'établissement actuel de l'hôpital et elle y amènera à ses frais l'eau minérale nécessaire à ce service.
« La Compagnie devra, dans le délai d'un an, à dater du décret qui homologuera la pré-
sente convention, établir en prolongement de l'établissement thermal n° 2 deux salles contenant chacune douze baignoires au moins, séparées par des cloisons dont la hauteur sera fixée par le ministre, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes, et où le prix de chaque bain, avec deux serviettes, ne dépassera pas 60 centimes.
« Par dérogation à l'article 3 du cahier des charges annexé à la loi du 10 juin 1853, la Compagnie est autorisée à n'avoir, à l'avenir, dans l'établissement thermal de Vichy, que des bains et des douches de deux classes.
« La première classe, avec un fond de bain, un peignoir, deux serviettes et une robe de chambre, payera 3 francs.
« La deuxième classe, avec peignoir et deux serviettes, payera 2 francs.
« Le prix des bouteilles de demi-litre d'eau minérale expédiées par la Compagnie, qui est fixé à 35 centimes, par le cahier des charges ci-dessus rappelé, est porté à 50 centimes.
« La Compagnie est en outre autorisée à percevoir pour l'emballage des caisses contenant moins de cinquante bouteilles de litre ou demilitre, un droit fixe de 1 franc.
« H n'est rien changé d'ailleurs au nombre de trois cents baignoires fixé par le cahier des charges annexé à la loi du 10 juin 1853.
« Iildépondamment des avantages stipulés au profit de la Compagnie, dans les articles 7 et 9 ci-dessus, la durée du bail fixée à trente-trois ans, par le cahier des charges annexé à la loi du 10 juin 4853, est augmentée de dix-huit années et portée à cinquante et un ans.
« La Compagnie s'engage à verset au Trésor public, en sus de son prix de ferme, qui est de 100^000 francs par an, au 1er janvier et au 1er juillet de chaque année, tant pour les grosses réparations de l'établissement thermal que pour les frais d'entretien des routes thermales, du nouveau parc, de la rivière qui le traverse et des serres qui doivent y être construites, une somme de 53,000 francs.*
« Toutes ces dispositions sont applicables à partir du 1er janvier 1864.
« Toutes les clauses du cahier des charges annexé à la loi du 10 juin 1853, auxquelles il n'est pas dérogé par la présente convention, continueront de recevoir leur pleine et entière exécution. »
La Compagnie fermière, créée en vertu de la loi du 10 juin 1853, sous la raison sociale Lebobe, Callou et Ca, a été transformée en société anonyme. Par décret du 27 décembre 1862, un conseil d'administration de douze membres a été formé parmi les actionnaires, lesquels ont désigné M. A. Callou comme directeur. Un commissaire spécial du gouvernement, M . Leroy,
maire de Vichy, est chargé de veiller à la stricte exécution des obligations imposées à la société fermière et à l'expédition des eaux, qui doivent être puisées et mises en bouteilles, scellées et expédiées par les concessionnaires sons la surveillance de l'administration.
Hôpital militaire.
Cet hôpital a été ouvert le 1er juillet 1847, pour y recevoir tous les militaires, particulièrement ceux qui revenaient d'Afrique ou des colonies.
Le ministre de la marine envoie également à cet hôpital les malades de son département, dont le nombre est aussi considérable que celui de l'armée de terre, par suite du séjour que les marins font dans les diverses régions des pays chauds, localités où les maladies du foie, dp l'estomac et des intestins sont si fréquentes, et pour lesquelles les eaux de Vichy sont si salutaires.
En 1843, trente officiers, jusqu'au grade de capitaine seulement, pouvaient être dirigés sur Vichy ; ils se logeaient à leurs frais et recevaient gratuitement les bains de l'établissement.
En 1844, M. le baron Dubouchet, intendant militaire de la division, ayant vu à Vichy un simple soldat prendre les eaux sous les habits d'indigent, écrivit immédiatement au ministre
de la guerre, M. Moline de Saint-Yon, pour réclamer en faveur des sous-officiers et soldats une position officielle et digne en tout point d'hommes qui sacrifient leur santé pour soutenir l'honneur de leur pays et défendre les intérêts de la nation. M. le ministre, secondé par M. le baron Martineau des Chenez, soussecrétaire d'État, partageant la sollicitude de M. l'intendant de la division, il fut décidé que les sous-officiers et soldats seraient envoyés officiellement à Yichy dans un établissement militaire, et que ces derniers jouiraient des mêmes avantages que MM. les officiers.
Par suite de ce concours unanime, une commission fut organisée, composée d'un sous-intendant, M. Duplantier, d'un capitaine du génie, M. Davoust, et d'un médecin militaire, l'auteur de ce livre. Cette commission s' étant réunie à Vichy vers la fin de la saison de 1846, et ayant reconnu que l'hôtel Cornil, qu'elle avait pour mission d'examiner, convenait sous tous les rapports à la destination d'un établissement hospitalier, le marché fut conclu, moyennant la somme de 140,000 francs.
M. le ministre du commerce, désirant, de son côté, concourir à cette œuvre de bienfaisance en faveur de l'armée, s'empressa de concéder le droit de puiser 24,000 litres d'eau; 12,000 au puits Lucas et 12,000 au puits Carré, pour l'usage des malades de cet hôpital.
L'hôtel Corail, transformé en hôpital, ne possédait alors pour tonte construction que le hâtim eut A, que l'on trouve en entrant, et quelques dépendances, il ne pouvait recevoir en tout que trente officiers et soixante sous-officiers ou soldats. Depuis lors, grâce à la sollicitude incessante de l'Empereur pour venir au secours de toutes les institutions qui se rattachent au Lien-être de l'armée, ou qui peuvent soulager toutes les classes de la société, cet hôpital, tout d'ahord de modeste apparence, s'est successivement agrandi par de vastes constructions, et complété en 1861, sur les indications fournies par Sa Majesté, sous la direction du génie militaire. Cet hôpital aujourd'hui se compose de sept hàtiments. Quatre sont destinés au logement des malades. Les rez-dechaussée sont occupés, dans le premier en entrant, par la pharmacie, la dépense et les réfectoires des sous-officiers etsoldats : dans le second, le plus important de tous, se trouvent la cuisine, la salle à manger de MM. les officiers, le salon de conversation, la salle de jeu et le fumoir.
Les étages supérieurs sont divisés en chamhres ; chaque chambre est occupée par un seul officier, toutes sont meublées, non pas avec luxe, mais avec tout le confort désirable, et la plupart sont ornées de cheminées de marbre, utiles quelquefois au commencement ou h la fin des saisons.
Le bâtiment carré qui se trouve h gaucho
avant d'arriver à l'escalier qui conduit à la terrasse du jardin, renferme la machine à vapeur, la buanderie, avec un séchoir à air chaud, ainsi que les réservoirs de distribution d'eaù douce et minérale pour le service des bains.
Dans le jardin, à droite de l'allée des tilleuls, on voit un pavillon qui renferme vingt-quatre chambres d'officier; à gauche, on aperçoit l'établissement des bains qui, en outre de ses grandes galeries construites dans le sous-sol, présente au rez-de-chaussée deux séries de cabinets de bain séparées par une grande galerie centrale servant de promenoir. Ce bâtiment contient cinquante baignoires, quatre cabinets de douches de toute espèce et un cabinet pour les bains de vapeur avec son sudatorium.
Les dispositions actuelles de cet hôpital permettent de recevoir cent quatre-vingts malades, cent vingt officiers et soixante sous-officiers ou soldats par saison. L'Empereur, pour venir au secours d'un plus grand nombre de malades, a ordonné, sur diverses propositions qui lui ont été adressées parle service médical, que l'ouverture de l'hôpital, à partir de 1862,, aurait lieu tous les ans du lor mai au 1er octobre. Cet intervalle do cinq mois, divisés, comme cela a lieu, en quatre saisons, donne à chaque malade trente-huit jours pour faire sa cure, ce qui permet de recevoir six cent quarante malades par-saison.
Une alimentation variée de bonne nature et
appropriée à l'état des malades, vient seconder ensuite l'action des eaux et consolider le bienfait de la cure.
Ajoutons ici que cet établissement n'est pas seulement réservé à l'armée de terre et de mer, mais qu'il reçoit également, par assimilation, les employés du ministère de la guerre, de l'administration de la douane, ainsi que les malades des divers services civils de l'Algérie.
Hospice civil.
L'hospice civil de Vichy, situé sur la place Rosalie, peut recevoir toute l'année soixante et dix malades, vieillards ou enfants des deux sexes. Sa chapelle, dont la façade stylemoyen âge est d'assez mauvais goût, reçoit plus particulièrement, pendant la saison, les dévotions des étrangers. En 1848, un étage a été ajouté au bâtiment de droite en entrant dans la cour, de façon à pouvoir y loger commodément et sainement soixante malades indigents, venus de toutes les parties de la France. Dans ce nombre, trente lits sont destinés aux hommes et autant aux femmes ; mais ce nombre se trouve réduit à cinquante-quatre, à cause de six lits réservés par droit de fondation.
Si, pendant la saison, quelques malades quittent l'hôpital, par suite de guérison ou par tout autre motif, d'autres peuvent les remplacer immédiatement, jusqu'à la fin de la saison, la-
quelle commence le 1" juin et finit le 1er septembre. Les malades se baignaient autrefois dans des piscines qui n'existent plus; aujourd'hui ils prennent leurs bains dans le petit établissement'consacré à l'assistance publique.
Pour être admis à jouir du bénéfice de l'admission à l'hospice, le malade, dont la cure est de vingt jours, doit être muni d'un certificat d'indigence, délivré par le maire de sa commune et légalisé par le sous-préfet ; ou bien d'un certificat du percepteur des contributions, légalisé par le maire, constatant que la personne n'est pas imposée à plus de dix francs. Si le malade est mineur, il doit être porteur d'un extrait des impositions du père ou de la mère. Il est nécessaire toutefois, pour que les malades soient assurés d'y trouver de la place, en arrivant à Vichy, qu'ils adressent à l'avance leur demande par l'intermédiaire du préfet de leur département, lequel est prévenu, par l'administration . de l'hospice, de l'époque à laquelle le malade pourra être reçu.
Cet hospice est aujourd'hui desservi par sept sœurs de charité de l'ordre de Saint- Vincent de Paul. Elles préparent dans leur pharmacie, qui est parfaitement tenue, d'excellentes pastilles de Vichy, dont le produit sert à augmenter leurs ressources pour le soulagement des pauvres ; elles dirigent en même temps une école gratuite de jeunes filles, fondée en 178o.
Etablissement hydrothérapique.
Il existe également à Vichy, depuis 1858, un établissement de douches froides, dirigé par le docteur Jardet ; ce nouveau moyen de secours ne pourra qu'être utile aux malades et favorable, par conséquent, aux habitants de Vichy.
Excursions.
Toutes les promenades des environs de Vichy peuvent se faire à pied, à âne ou en voiture. Tous les jours, après chaque repas, des troupeaux d'ânes bien harnachés et des voitures élégantes viennent stationner à la porte des principaux hôtels, et offrir aux baigneurs le plaisir de faire une promenade ou une excursion dans les environs.
La montagne Verte.
Cette promenade, à 4 kilomètres de Vichy, est la plus fréquentée des environs ; c'est aussi une des plus faciles, à cause de la distance. On peut s'y rendre à pied, en voiture ou à âne ; le chemin qui y conduit commence à la rue Ballore; quelques pas plus loin, on traverse les doux bras du Sichon, qui verse, non loin de là, son tribut à la rivière de l'Allier ; puis on com-
mence-à gravir, au milieu des vignes, des vergers et des fermes, un chemin agréablement accidenté, qui conduit à un petit village appartenant à la commune de Creuzier-le-Vieux. Lorsqu'on a atteint les limites de ce hameau, on tourne à droite, et quelques instants après on est au pied d'un monticule entouré de vignes, au sommet duquel se trouve un plateau, limite de l'excursion, d'où la vue jouit du panorama ravissant qu'offrent le bassin de Vichy, les détours fantasques de l' Allier, les bois et les villages environnants à plusieurs lieues à la ronde. Depuis quelques années, un habitant du hameau voisin a construit sur le plateau un kiosque, où l'on trouve à satisfaire tout à la fois la vue, la soif et la faim.
Allée de Mesdames.
Cette promenade, la plus rapprochée de Vichy, est située au bout de la rue Ballore, en face de l'établissement hydrothérapique ; c'est la plus fréquentée, comme aussi la plus favorable aux rêveries de l'imagination. Elle consiste en une belle allée plantée de très-beaux peupliers, qui rappellent le séjour de Mesdames Adélaïde et Victoire de France, en l'honneur desquelles furent commencées, en 1785, les premières plantations, restaurées par les soins du docteur baron Lucas lors du premier séjour de la duchesse d'Angoulême.
Indépendamment de l'air pur et frais qu'on y respire, la vue s'étend sur un paysage charmant. Rien, en effet, n'est plus capricieux que ces belles prairies ém aillées de fleurs ; l'oreille, en même temps, se trouve agréablement flattée par le bruit des eaux vives du Sichon, bordé d'arbres ombreux, qui ornent ses deux rives jusqu'au pont de Cusset.
Le premier objet qui se présente à la vue du promeneur est unmoulin à farine, autrefois destiné au blanchiment des toiles; plus loin est un moulin à farine, à huile et à cidre, le même qui jadis procurait de si grands bénéfices à la communauté du couvent des célestins. On rencontre ensuite, à côté d'un autre moulin désigné sous le nom de moulin de Presle, une humble et bien triste fabrique destinée à carder et à filer une laine grossière pour tisser des draps de même nature, vendus aux habitants de la campagne; plus loin, l'élégante usine à gaz et la fabrique hydraulique de chocolat de MM. Larbaud et Mercier. A droite, entre le Sichon et la grande route, on voit un chalet renfermant l'ancienne source Pajot, dont les eaux alcalines ferrugigeuses et gazeuses jaillissent aujourd'hui sous le nom de source de Mesdames, à l'angle nord de la grande galerie des sources de l'établissement des bains. En continuant cette belle avenue on arrive aux portes de Cusset.
Cnsset.
La ville de Cnsset est située à 3 kilomètres de Vichy, entre deux petites rivières que l'on appelle : l'une, le Sichon, et l'autre, le Jolan. Elle est dominée de tous côtés, excepté du côté de l'ouest, par les dernières parties des montagnes du Forez.
Cusset est le chef-lieu du canton et le siège du tribunal de première instance. Son nom lui vient, dit-on, de Cuzey, qui, enlangue celtique, signifie caché.
Cette ville est très-ancienne ; son existence remonte au neuvième siècle ; une foule d'événements qu'il est inutile de rapporter ici, mais que le lecteur trouvera dans l'ouvrage du docteur Giraudet, se" rattachent à son histoire.
Nous dirons cependant, à cause des monuments qui existent encore et qui rappellent ces époques reculées, que ce fut à Cusset qu'eut lieu, en l'année 1440, la fameuse entrevue de Charles YII avec le dauphin son fils, plus tard Louis XI, et le duc de Bourbon. La maison où ces personnages illustres se réunirent est située sur la place ; elle appartient à M. Bélot. Les personnes qui l'habitent se font un vrai plaisir d'admettre les étrangers à la visiter. Il en existe une autre de la même époque, du côté opposé ; toutes deux sont reeonnaissables à leur construc-
tion particulière, style du quinzième siècle, moitié en bois, moitié en maçonnerie; leurs toits sont très-aigus et soutenus par de gigantesques pignons faisant saillie au dehors.
L'église, qu'on aperçoit enface, est un ouvrage du douzième siècle ; elle va bientôt disparaître pour faire place à une nouvelle, dont l'architecture et les développements seront plus en rapport avec notre époque et l'accroissement de la population. Napoléon III, dans une visite faite à Cusset, et comme toujours plein de sollicitude pour tout ce qui entoure Vichy, a donné 80,000 francs pour l'achèvement de cette église. A droite on voit le couvent des chanoinesses avec son cloître, dont quelques parties datent de l'époque romane ; il est aujourd'hui occupé par le tribunal et la mairie ; la chapelle a été transformée en halle au blé.
On remarque encore avec intérêt, dans les diverses rue de Cusset, quelques maisons construites dans le style de la fin du quinzième siècle.
En venant de Vichy, après avoir passé le pont pour entrer dans Cusset, on aperçoit à droite une tour noire, massive, profondémeut enracinée dans le sol, et dont les murs ont vingt pieds d' épaisseur jusqu'àla plate-forme, laquelle, autrefois garnie de créneaux et de mâchicoulis, abrita Louis XI pendant la guerre du Bien public. C'est la dernière des quatre tours qui
servaient à défendre l'entrée d'une des quatre portes principales de la ville, la plus fortifiée sous Louis XI ; ce monarque en fit une place d'armes révélant de son autorité royale, et bien lui en prit, dit l'histoire, car, lors de la révolte des seigneurs du Bourbonnais, de l'Auvergne et du Berry, Cusset tint bon et resta fidèle à son protecteur. L'intérieur de cette tour sert aujourd'hui de prison ; les étages sont voûtés et les cachots placés dans ces divers étages sont taillés dans l'épaisseur des murs.
Les rues de la ville sont étroites et tortueuses. Dans beaucoup de maisons les habitants du rez-de-chaussée se trouvent au-dessous du niveau du sol, et les ruisseaux nombreux qui sillonnent les rues, contribuent à entretenir une humidité nuisible dans ces maisons.
Les promenades publiques sont larges, aérées et garnies de très-beaux platanes.
Le blé et le vin sont les seules productions du pays. Ce dernier, qui est fortement chargé en couleur, s'acidifie très-promptement.
Cusset possède également plusieurs puits artésiens d'eau minérale alcaline, ferrugineuse et gazeuse, ainsi qu'un établissement de bains appartenant à M. Bertrand, garni de vingt-cinq baignoires, connu sous le nom d'établissement thermal Sainte-Marie. Ces bains ne sont guère fréquentés que pendant le trop plein de la saison de Vichy.
L'Ardoisière.
Cette excursion, une des plus agréables des environs, à 9 kilomètres de Vichy, commence au delà du faubourg de Cusset ; le trajet se fait sur une route neuve, qui se rend à Ferrières et à Bourbon-Busset. Le chemin que l'on a à parcourir se trouve encaissé et dominé à droite et à gauche par deux séries d'épaisses montagnes, dont les pentes inférieures descendent jusqu'au bord du Sichon. Celles de gauche sont formées par des roches primitives de porphyre verdâtre, ou d'un brun rougeâtre quartzifère, parsemées de cristeaux de feldspath, de quartz et de talc, entièrement arides et sans traces de végétation. Le chemin est formé par des accidents de terrain d'une imposante majesté, variant à chaque instant d'aspect. A droite et en bas on voit l'eau du Sichon, qui se reud à l'Allier, couler à travers les plis profonds de la vallée, au milieu d'une luxuriante verdure, d'abord en nappes tranquilles, plus loin en se précipitant comme un torrent et se brisant avec fracas à travers les rochers; de ce côté s'élèvent rapidement de hautes montagnes, les dernières de la chaîne du Forez, recouvertes d'arbustes et de chênes toujours verts, dont l'aspect forme, avec l'aridi(V> du sol du côté opposé, un contraste frappant. L'ensemble de cette délicieuse vallée a quelque
chose de si majestueux, qu'elle n'a rien à envier aux sites les plus pittoresques de la Suisse. Le premier objet qui jadis arrêtait le voyageur dans cette promenade était un rocher connu sous le nom de Saut de la Chèvre.
Comme tous les historiens qui ont écrit sur Yichy font mention d'une légende qui s'y rattache, je crois nécessaire d'en dire ici un mot, bien que ce rocher n'existe plus, la mine l'ayant fait disparaître depuis 1846, pour ouvrir un passage plus large à la nouvelle route. Voici cette légende : « Sur ce lieu existait jadis un rocher qui fermait l'entrée de la vallée. Un jour, sur la partie la plus élevée, une chèvre s'était avancée pour y brouter quelques restes d'une maigre végétation, mais à peine avait-elle achevé, qu'un loup affamé s'élançait pour en faire sa proie. La lutte ne pouvant être égale, la chèvre se précipita dans l'espace et vint tomber, sans accident, sur le bord du Sichon. Le loup voulut en faire autant; mais, moins heureux que la chèvre, il se tua dans sa chute. » Avant la destruction du rocher, une pauvre femme, Gilberte, avait fait de cette histoire son gagne-pain ; placée là pendant toute la saison des eaux, elle racontait cette légende pour prouver que Dieu protège toujours la douceur et l'innocence contre le projet d'une action mauvaise ou cruelle, et l'auditeur, en partant, lui laissait toujours un témoignage de sa charité.
Bientôt, après avoir franchi cet espace, on arrive au hameau des Grivats, à 5 kilomètres de Vichy, connu par sa belle filature de coton et sa fabrique d'étoffes communes , mais très-estimëes. Cette fabrique, qui occupe ordinairement de deux cent cinquante à trois cents ouvriers, est d'une grande ressource pour le pays, à cause du travail qu'elle procure à toutes les familles pauvres des environs, à l'exception des étrangers, qui n'y sont pas admis.
En avançant de plus en plus dans la vallée, d'autres sites, toujours plus pittoresques, conduisent jusqu'au pont jeté sur le Sichon. Après l'avoir franchi, on gravit un chemin assez escarpé, du haut duquel on aperçoit l'Ardoisière; jolie petite maison bâtie au milieu d'un jardin anglais, entourée des eaux vives du Sichon; elle est voilée, dans son bas fond, par un rideau de verdure d'une hauteur prodigieuse et impénétrable par la richesse de sa végétation.
L'hôte et l'hôtesse , du nom de Guibard , viennent à votre arrivée vous offrir, dans les bosquets ou les salons de l'hôtel, un déjeuner ou un dîner confortable , dans lesquels entrent comme mets particulier les truites succulentes du Sichon.
A peu de distance de l'habitation se trouve la cascade connue sous le nom de Gour-Saillant, formée par les eaux du Sichon, qui se précipitent d'une auteur~de;plusieurs mètres et
se transforment en poussière d'eau à travers une gorge de rochers. On arrive à la cascade par un chemin bordé par le Sichon d'un côté, et de l'autre par d'énormes quartiers de roches tapissés de mousse, plantés d'arbres et réunis par des lianes, qui couvrent la montagne. L'Ardoisière, qui a donné son nom à cette excursion, est une immense excavation pratiquée dans le flanc de la montagne vers la fin du dernier siècle pour l'exploitation de l'ardoise ; mais, les produits ayant été trouvés d'une nature trop fragile, l'exploitation fut abandonnée. Un large puits d'une grande profondeur se trouve au fond de la caverne ; ce puits, qui est constamment rempli d'une eau noire et glacée, devrait être entouré d'une grille, pour la sûreté des curieux, qui ne manquent jamais de rendre visite à ce puits abandonné.
En sortant de la grotte creusée au pied de la colline, on aperçoit, en montant, les ruines d'un vieux château que la chronique du pays dit avoir appartenu à l'ordre des Templiers : c'est le mont Peyroux ; la vue qu'on découvre de là est si étendue, qu'on se trouve suffisamment dédommagé de ce surcroît de fatigue ascensionnelle en voyant autour de soi les plus riches perspectives, et au delà un horizon d'une splendide beauté.