SI
M.ilavaux et le Casiiio.
Après avoir quitté l'Ardoisière, du haut des ruines du château des Templiers, on voit en face une vallée profonde, étroite, triste et aride : c'est la vallée du Jolan; son aspect lugubre lui a valu, dans le langage populaire, le nom de Malavaux ou vallée Maudite.
Si, au lieu de rétrograder, comme c'est l'usage, on désire continuer le chemin qui est tracé sur la crête de la montagne pour rejoindre Cusset, on se trouve sur un terrain qui porte le nom de la côte de Justice, à cause des exécutions capitales, qui avaient lieu autrefois sur cette colline. A cette localité se rattache un autre souvenir, celui d'une jeune fille qui, victime, il y a seulement quelques années, d'un trop violent amour, et honteuse de sa faiblesse, se précipita dans un lac voisin. Une croix de bois a été posée, en souvenir, dans ce lieu abandonné, qui n'offre au visiteur, pour tout dédommagement, qu'un de ces immenses panoramas trop communs aux environs de Vichy pour aller en chercher un aussi loin.
Mais si, au lieu de suivre le chemin de ] 'Ardoisière lorsqu'on arrive aux dernières maisons du faubourg en sortant de Cusset, on prend a gauche le chemin qui gravit la montagne jusqu'au sommet, on parvient au Casino, lieu
de distraction dont la vue est des plus ravissantes ; les beaux salons et l'excellent buffet font de ce séjour le plus agréable lieu de rendezvous. En suivant cette route, on se trouve bientôt aussi au milieu des gorges sauvages de la vallée Maudite, à 7 kilomètres de Vicby.
La côte Saint-Arnaud.
On appelle côte Saint-Amand une belle colline située à 4 kilomètres de Vichy. Cette promenade, qui est une des plus fréquentées, ne peut se faire qu'à pied ou à âne. Cette excursion a pour avantage d'offrir au visiteur, de ce point élevé, les plus beaux sites qu'il soit possible de voir. Du côté de l'ouest, on aperçoit à ses pieds le flanc de la colline, entièrement planté de vignes, qui s' étendent jusqu'au village d'Abrest ; plus loin, et dans la même direction, le cours sinueux de la rivière d'Allier, le village et les sources de Hauterive, la forêt de Randan, et, à l'horizon, la riche et fertile Limagne d'Auvergne. Si la transparence de l'air le permet, on découvre également, de ce point élevé, les tours de la cathédrale de Clermont, le puy de Dôme, le mont Dore et le Cantal; à gauche, les montagnes de Thiers et le sombre Montoncelle ; à droite, Vichy, son établissement thermal, ses beaux hôtels entourés de jardins ; au delà, le Sichon, et plus loin enfin les vignes du Creuzier.
Château de Kaudau.
Ce château est situé au milieu de la forêt do ce nom, à 16 kilomètres de Vichy. Sur la rive gauche de l'Allier, un chemin facile et bien entretenu conduit, à travers la forêt, à cette résidence princière.
L'histoire du château nous apprend qu'il a été bâti et occupé par les religieux de l'ordre de Saint-Benoît, vers le sixième siècle ; mais d'autres historiens pensent qu'il a été commencé sous François Ier ou sous Henri II, son fils. Quoi qu'il en soit, Grégoire de Tours rapporte que ce couvent était célèbre par les vertus de ses religieux. Vers le douzième siècle, il fut transformé en château féodal, et devint en 1491 la propriété d'Anne de Polignac, veuve du comte de Sancerre., tué à la bataille de Marignan.
En 1518, cette veuve ayant épousé François de La Rochefoucauld, cette terre passa, par héritage, dans cette maison.
En 1566, elle fut érigée en comté, et en 1590 elle devint la propriété du comte de Randan.
Ce n'est qu'en 1821 que ce domaine, vendu un si grand nombre de fois , fut acheté par Mme la princesse Adélaïde d'Orléans, sœur du roi Louis-Philippe, à M. le comte de Choiseul- Praslin. De grands travaux et des embellissements ont été exécutés dans cette belle résidence
pendant la vie de la princesse, qui l'a léguée par testament à M. le duc de Montpensier, son neveu. Cette propriété appartient aujourd'hui à M. le duc de Galiera.
En arrivant, on voit en face la cour d'honneur, garnie d'une helle grille en fer soutenue par des piédestaux que surmonte un lion combattant un serpent. Au fond est la façade du château, élevé de deux étages couronnés par des tourelles en briques. La façade du côté opposé présente trois étages, d'où l'on voit le panorama le plus agréable des environs. A droite et à gauche, l'œil s'étend dans une vallée baignée par les eaux de l'Allier, et enrichie par une abondante végétation. La grosse tour de l'ouest est la seule partie qui reste des anciennes constructions ; elle est occupée par les appartements désignés sous le nom de logis du roi. Les autres parties de ce château ont été modifiées suivant le goût moderne, et les fossés entièrement comblés.
L'intérieur est remarquable par sa décoration, ses riches peintures et ses armoires garnies d'une foule d'objets de curiosité. Après avoir parcouru le grand salon de famille, la bibliothèque et la chambre dite du Roi, on passe sur une terrasse qui conduit à la chapelle. Cette chapelle fixe l'attention des visiteurs par ses belles verrières, représentant les trois vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité. Dans un petit ora-
toire, on remarque également un tableau de grand prix, représentant le martyre de sainte Dorothée ; les personnages qui ont servi de modèles sont Mme de Genlis et ses trois élèves : Louis-Philippe, alors âgé de douze ans, et ses deux frères.
La salle à manger actuelle, anciennes cuisines du château, manque d'élévation et de lumière ; les salons qui la précèdent sont revêtus de stuc imitant, par la diversité des couleurs, les plus beaux marbres connus, et ornés d'arabesques décorant les voûtes et les panneaux.
Le parc est de toute beauté ; l'air y est toujours frais ; des allées, grandes et bien sablées, laissent voir de temps en temps de petites chaumières ou des cabinets rustiques. Les bois qui font partie de ce séjour lui donnent une valeur considérable, dont le revenu était consacré, tous les ans, à l'amélioration ainsi qu'à l'agrandissement du domaine, au grand avantage des petits propriétaires voisins. La princesse était la bienfaitrice des pauvres de Randan et des villages environnants. Elle avait fondé des maisons d'asile pour les vieillards et des écoles pour les enfants. Un registre, qu'elle s'empressait de consulter à son arrivée à Randan, est encore déposé dans le salon pour recevoir les noms des visiteurs du château.
Naguère cette riche habitation offrait un intérêt de plus par les tableaux de famille, les
aquarelles, les trophées d'armes et les curiosités de toute espèce rapportées des voyages lointains. Tous ces objets ont disparu aujourd'hui des salles qu'ils ornaient autrefois
Maumont.
En sortant de Randan, on peut se diriger vers le château de Maumont, ou rendez-vous de chasse, dépendance de Randan, à 6 kilomètres de distance. Ce monument, modèle de château gothique, avec tourelles, donjon, créneaux et armoiries, a été bâti par les ordres de Mme Adélaïde, pour être agréable à ses neveux, sur l'emplacement d'une ancienne cornmanderie de Templiers. On l'a surnommé le rendez-vous de chasse, parce que telle était sa destination, lorsque dans la belle saison les princes venaient rendre visite à Mme Adélaïde. En quittant Maumont, on peut regagner Yichy par la route de Nîmes, en traversant l'Allier sur le beau pont de Ris, dont l'architecture moyen âge s'harmonise parfaitement avec Maumont, bâti à la même époque.
Château d'Efliat.
Le château du maréchal d'Efliat, père de Cinq- Mars, exécuté à Lyon, par ordre de Richelieu, le 12 septembre 1042, est situé à 20 kilomètres de Vichy. Pour s'y rendre, on traverse le pont
de Vichy, le village de Vesse, le bois Garot et une partie de la forêt de Randan, on arrive ensuite sur le sol de la riche Limagne, et bientôt après on est en vue du château d'Effiat, de ses,, pavillons couverts d'ardoises, tels qu'ils existaient dès 1557.
On se rendait, il y a quelques années, au château d'Effiat pour y voir la chambre à coucher du maréchal. Tout y était alors parfaitement conservé, bien que plus de deux siècles eussent passé par là. On y voyait encore le lit et le fauteuil qui avaient servi au maréchal, le tout orné de riches tentures en velours et soie cramoisis brodés d'or et d'argent. Tous ces objets ayant été vendus, depuis cinq ou six ans le public a dû renoncer à cette excursion, qui n'offre plus aujourd'hui à la curiosité des visiteurs que les murs et les dispositions des salles de l'ancien château.
Châteldon.
La petite ville de Châteldon est située à 21 kilomètres environ de Vichy, arrondissement de Thiers, sur la route de Paris à Nîmes et sur la droite de l'Allier. On traverse, avant d'y arriver, les villages d'Abrest, de Saint-Yorre et de la Maison-Blanche ; à peu de distance de là, et après avoir passé le second pont, on prend le premier chemin à gauche, qui vous conduit directement à Châteldon. Cette petite ville est
bâtie au bas d'une colline, sur un sol granitique ; les rues sont étroites, les maisons noires et mal construites, le tout d'un aspect triste et malheureux : un ruisseau d'eau vive, le Vauziron, qui baigne les maisons, traverse la ville dans toute sa longueur. La population y est souffreteuse ; on y voit un grand nombre de femmes affectées de goitres, maladie attribuée à l'eau • du torrent, dont les habitants font usage. Toutes les collines environnantes sont couvertes de vignes, et le vin qu'on y récolte est, sans contredit, le meilleur de l'Auvergne : il est léger et agréable au goût. Du haut de ces coteaux on découvre un magnifique panorama : les montagues de Tbiers, la chaîne du Forez, le vieux Montoncelle et ses riches sapins, les châteaux de la Motte, de Chabannes, du Périger et de Randan, le mont Dore, Clermont, Riom, le puy de Dôme et les montagnes du Cantal.
Dans la partie supérieure du village se trouve le vieux château, monument du moyen âge, d'un aspect sombre. L'épaisseur des murs, l'entrée des portes, la distribution intérieure des salles et des corridors, tout retrace le souvenir des vieux manoirs de la féodalité. On y voit encore un de ces puits obscurs appelés oubliettes, au fond desquels la mort par la faim arrivait lentement aux malheureuses victimes que la barbarie du temps y précipitait.
Les chroniques du pays rapportent que c'est
en 1108, sous le règne de Louis le Gros, que fut bâtie cette forteresse.
L'église, que l'on aperçoit en entrant dans le village, faisait partie de l'ancien couvent des cordeliers ; elle" à été Bâtie, dit-on, en 1557. Dans tous les cas, il est facile de voir qu'elle est fort ancienne, aux sculptures du moyen âge que l'on remarque sur son portail, lesquelles représentent d'un côté un moine, et de l'autre un satyre écorché.
Châteldon est principalement connu par ses sources d'eau minérale froide et ferrugineuse, dont les propriétés sont depuis longtemps justement appréciées. Ces sources sont au nombre de deux : celle des vignes et celle de la montagne ; toutes les deux sont placées sur le bord du torrent dont nous avons parlé. La première appartient à là famille du docteur Desbrest, de Cusset; et la seconde, à M. Papon, propriétaire du château. L'analyse chimique qui en a été faite a constaté que cette eau ferrugineuse avait la plus grande analogie avec les eaux de Spa, avec cette différence que celles de Châteldon renferment beaucoup plus de matières salines. On les boit peu surplace, parce qu'elles supportent très-bien le transport et se conservent en bouteilles plusieurs années sans se décomposer. On trouve auprès des sources un petit hôtel avec deux cabinets de bain, pour y recevoir les quelques malades qui s'y présentent tous les ans.
— no —
Château de Busset.
Cette belle propriété, à 14 kilomètres de Vichy, est bâtie sur les dernières montagnes du Forez. La partie la plus élevée du château est une tour gothique, dans le style du quatorzième siècle ; elle est connue sous le nom de tour de Riom. Ce château présente tous les caractères d'un manoir féodal; l'entrée principale, étroite et flanquée de deux grosses tours carrées, conduit à la première cour.
L'histoire rapporte qu'en 1374 Guillaume de Vichy en était le seigneur ; que de cette famille ce château passa dans la maison d'Allègre et enfin dans celle des ducs de Bourgogne, dont les propriétaires actuels sont les descendants, par suite du mariage de Marguerite d'Allègre avec Pierre de Bourbon-Busset. Cette branche de la maison de Bourbon eut pour auteur Louis de Bourbon, fils de Charles Ier et d'Agnès de Bourgogne, nommé évêque de Liège, ce qui ne l'empêcha pas d'épouser la veuve du duc de Gueldres, ni d'obtenir plus tard que ce mariage fût déclaré légitime, par lettres patentes du roi Louis XIII, sur la demande de Philippe de Busset, en 1618. Les descendants de Louis de Bourbon furent reconnus légitimes héritiers de la maison royale de Bourbon, et qualifiés du titre de cousins du
roi, titre qui leur fut confirmé, en 1661, par Louis XIV.
De loin, ce château offre une perspective d'une grande étendue, et le panorama qui se présente à l'horizon, lorsqu'on est arrivé sur la vaste terrasse qui s'étend sur le côté occidental de la cour, forme le tableau le plus ravissant et le plus varié des environs de Vichy.
Les points principaux vus de ce site élevé et sur lesquels l'œil s'arrête avec le plus de plaisir sont : Saint-Jore et ses eaux minérales, l'élégant pont de Ris, le château de Maumont, la Limagne tout entière, et puis, au loin, la cathédrale de Clermont, le puy de Dôme, le mont Dore et le cours sinueux de l'Allier, qui tantôt se montre, et tantôt disparaît sous la verdure des taillis.
L'intérieur du château est remarquable par le bon goût qui a présidé à sa décoration ; les salles, les corridors et les terrasses offrent dans leur ensemble le type le plus parfait des beaux et riches manoirs d'autrefois.
Cette propriété appartenait au général François-Louis-Joseph comte de Bourbon-Busset, mort le 14 décembre 1836 à Paris, transporté à Busset le 15 septembre 1857, au milieu d'une nombreuse population accourue de toutes parts pour lui adresser un dernier adieu et le remercier de tous ses bienfaits. Dans ce cortège funèbre se trouvait également le corps de sa belle-fille, la femme de son fils Gaspard, morte quelques jours
auparavant par suite d'un accident affreux, au printemps de sa vie.
Les deux cercueils furent déposés le même jour dans le caveau de famille creusé dans la chapelle du château nouvellement construite, où l'on remarque quelques peintures anciennes et une trihune élégante qui communique avec une des salles du château, réservée à la famille pendant l'office divin.
MM. Charles et Gaspard de Bourbon-Busset, les deux fils jumeaux du général, nés le 21 janvier 1819, habitent aujourd'hui ce château où les visiteurs sont sûrs de trouver un accueil courtois ; le premier est marié avec la petite-fille de Mme la duchesse de Gontaut-Biron, dont la présence est si utile aux pauvres du pays, qui, par ses soins, trouvent dans cette demeure bienveillance, secours et protection.
Château de Charmeil.
Ce château, situé sur la route de Saint-Pourçain, à 6 kilomètres de Yichy, sur la rive gauche de l'Allier, est une des plus jolies propriétés des environs, sa Situation est des plus agréables : du côté de l'Allier, la vue, après avoir parcouru une étendue considérable de belles prairies, vient se reposer agréablement sur les coteaux du Creusier ; à droite et à gauche, on voit, dans l'espace, un horizon charmant formé
par les jardins, les bois et les terres de ce beau domaine.
La construction du château n'est pas trèsancienne ; elle date du temps de Louis XV, si l'on en juge par les peintures placées sur les parties supérieures des portes et des cheminées, représentant des sujets de Boucher et de Watteau. La distribution intérieure est parfaite, et l'ameublement d'un très-bon goût.
Le château de Charmeil appartenait à Mme la marquise douairière d'Evry, morte en 1851. Elle venait tous les ans l'habiter pendant la saison des bains.
Ce domaine appartient actuellement à Mme d'Evry, sa belle-fille, aujourd'hui Mme la marquise de Monteynard, dont le nom continue, comme autrefois, à être béni par tous les malheureux du pays.
Géologie.
Par sa situation, Vichy fait incontestablement partie de l'Auvergne connue sous le nom de Limagne. On suppose que la vallée de Vichy, depuis Cusset jusqu'à Gannat, a été longtemps submergée ; qu'elle formait un grand lac dont l'eau s'est peu à peu dirigée par des rivières et des ruisseaux jusqu'à la mer, et qu'enfin toutes ces voies d'écoulement se sont réunies en une seule pour former l'Allier.
Les diverss produits souterrains trouvés à
toutes les époques dans cette contrée ont donné un grand poids à cette opinion. Ces produits, par leur nature, indiquent que ce bassin était rempli par une eau douce : ce sont des cailloux roulés et trouvés sur des montagnes, des assises calcaires, des traces de squelettes d'animaux antédiluviens, de poissons d'eau douce, d'oiseaux aquatiques et de plantes inconnues, enfouis et conservés par la chaux dans les dépôts calcaires. Ce grand lac se trouvait borné par des montagnes de diverses natures, mais particulièrement de nature granitique, et des roches primitives, comme celles que l'on trouve sur la route de l'Ardoisière.
On pense aussi que le niveau de ce lac aurait été déplacé par des secousses dues à des mouvements volcaniques, et que des montagnes se seraient montrées par suite de ces ébranlements souterrains. Dans tous les cas, c'est ainsi que se seraient manifestées ces masses calcaires, dures, compactes et verticalement ondulées d'arragonite que nous voyons au-dessus de la source des Célestins. On trouve dans les diverses parties du sol de Vichy, qui appartient aux terrains diluviens et postdiluviens, le calcaire siliceux et argileux pouvant fournir d'excellente chaux hydraulique. Le sol proprement dit est formé par de l'argilo-calcaire plus ou moins plastique ; il appartient au terrain tertiaire moyen et au terrain d'alluvion.
Du climat et de la végétation de Vichy.
Le climat de Vichy est doux et tempéré ; pendant l'hiver, on y voit souvent de la neige, à cause du voisinage des montagnes de l'Auvergne ; le printemps, néanmoins, y commence de bonne heure. C'est pourquoi les malades feraient bien, dans l'intérêt de leur santé, de se rendre à Vichy à partir du mois de mai, qui est ordinairement le plus beau et le plus agréable de la saison. Les bords de l'Allier et du Sichon sont alors plus fleuris qu'à toute autre époque de l'année.
Pendant l'été, on y éprouve parfois des chaleurs assez fortes, mais qui heureusement se trouvent tempérées le soir par la brise de l'Allier et du Sichon ; des orages violents éclatent souvent aussi, à cause des hautes montagnes del' Auvergne. En automne, le mois d'octobre est ordinairement très-beau, et ce n'est qu'au mois de novembre que des brouillards, venant des plaines de la Li magne, s'étendent parfois comme un voile épais sur la vallée de Vichy.
Les espèces végétales qui croissent dans les environs sont semblables à celles du Bourbonnais et de l'Auvergne. La flore de Vichy diffère peu de celle de Paris, attendu que l'élévation de Cusset au-dessus du niveau de la mer, dit le docteur Giraudct, est égale à celle de Paris, ainsi que la moyenne des deux températures,
Du règne animal.
Il suffira, je pense, pour atteindre le but que je me suis proposé, de donner un aperçu des diverses espèces animales qu'on trouve dans les environs de Vichy, afin de faire connaître aux visiteurs les ressources du pays. Au nombre des produits de ce genre, j'aurai à signaler particulièrement parmi les crustacés : l'écrevisse commune ; parmi les poissons, fournis par le Sichon, l'Allier et le Jolan, ainsi que par les étangs environnants : le saumon, la truite, le brochet, la carpe, le goujon, la tanche, l'anguille et là lamproie.
Dans la famille des oiseaux on voit : le canard sauvage, la sarcelle, le pluvier, le vanneau , la bécasse , le foulque des bords des étangs, là perdrix rouge et la grive.
Parmi les quadrupèdes, on trouve, comme partout ailleurs, le mouton, dont l'espèce est petite, ainsi que le bœuf. Les veaux seraient de très-bonne qualité si, pour économiser le lait des vaches, les propriétaires ne les vendaient pour être abattus aussitôt après leur naissance, à ce point qu'à Vichy le veau le plus âgé n'a jamais plus d'un mois.
Le sanglier y est très-rare. Parmi les animaux nuisibles on rencontre la vipère, le loup et le renard.
Du règne minéral.
Vichy est bâti en grande partie sur un terrain qui a pour hase principale une roche calcaire, formée par les dépôts salins successifs et ascensionnels laissés par les diverses sources thermominérales qui sourdent de toutes parts ; le rocher d'arragonite de la source des Célestins en offre un exemple indiquant suffisamment les phénomènes qui ont dû s'opérer anciennement sous ce rapport.
La découverte des puits artésiens nous met heureusement à l'abri des inquiétudes qu'il seraitpermis d'avoir, au sujet de l'occlusion future des sources naturelles, occlusion qui ne pourrait se produire que dans un temps fort éloigné.
La roche des Célestins est une sorte de muraille de huit à dix mètres d'épaisseur, et de plus de cent mètres de largeur ; sa disposition représente une suite de couches concentriques, peu épaisses et complètement verticales, à surface mamelonnée. Sa composition est de calcaire cristallisé, basilaire et translucide, dont les fibres sont perpendiculaires aux plans des couches ; sa texture est fibreuse ou compacte, ayant la forme et les propriétés de l'arragonite. Sur d'autres points, on voit des cellules oblongues, produites sans doute par un dégagement de gaz, au moment où la matière calcaire était encore à l'état de pâte,
On a vu, en creusant le puits de Lardy, dans l'enclos des Célestins, que plus profondément cette couche verticale devient tout à fait horizontale. Ce travertin, ou masse calcaire concrétionnée, est exploité comme moellon ; le plus récent, qui est cristallisé et grisâtre, sert à faire de la chaux. Il est composé de carbonate de chaux, de magnésie, de fer, de manganèse et d'argile.
Il est permis de croire, d'après les divers trous de sonde qui ont été pratiqués, depuis quelques années, dans les environs de Vichy , que l'étendue de la nappe d'eau minérale peut avoir 10 kilomètres de superficie.
D'après le docteur Giraudet, le terrain de Vichy est formé de marne grisâtre dans les environs du Sichon, et partout ailleurs de calcaire blanchâtre.
Sur la hauteur de la côte Saint-Amand, on trouve un terrain peu épais, formé de marne jaunâtre, avec des débris de roches primitives, de quartz et de galets ; plus bas, tous ces produits sont mélangés avec une grande quantité de sable, des scories volcaniques de diverses couleurs, des grès ferrugineux, des fragments de porphyre quartzifère variés et des poudingues anciens.
Le lit de l'Allier est formé par du sable, du quartz et des galets ; la nature de ce sol et le cours rapide de la rivière, dans les environs de
Vichy, sont deux circonstances qui ne permettent pas, comme quelques personnes l'ont avancé, de supposer qu'on doive attribuer à l'Allier les nombreuses fièvres d'accès qui se manifestaient autrefois vers l'automne. Tout indique, au contraire, que le territoire de Vichy est un pays très-sain ; mais il faut dire aussi que le rouissage du chanvre qu'on y cultivait jadis, opération dont on connaît l'insalubrité, devait être considéré comme la cause déterminante des fièvres dont on a tant parlé, et ce qui le prouve, c'est que, depuis que cette culture a diminué dans les environs de Vichy, les fièvres ont dis* paru.
Origine des sources.
Que de théories n'a-t-on pas imaginées pour expliquer la chaleur constante des eaux minérales ! Mais comme il serait trop long d'entrer dans des détails à ce sujet, je me contenterai de rapporter les explications qui paraissent se rapprocher le plus de la vérité, et qu'on doit admettre comme vraies, jusqu'à ce que des faits plus positifs soient venus nous démontrer le contraire.
Plusieurs ingénieurs des mines, M. Tetra en particulier, ont remarqué depuis longtemps que plus on s'enfonce dans la terre et plus satempéture est élevée, dans la proportion de 1 degré de chaleur par 25 ou 30 mètres de profondeur.
M. Arago a également constaté ce fait dans le forage du puits artésien de Grenelle, dont l'eau, à une température de 32 degrés centigrades, provenait d'un sondage qui avait 540 mètres de profondeur, ce qui prouve qu'il existe au centre de notre globe un foyer de calorique, dont le maximum de température doit nécessairement tenir tout en fusion, même les métaux les moins fusibles. Nous voyons également, d'autre part, que les matières vomies par les volcans nous arrivent toutes en fusion. Ces faits étant parfaitement démontrés, il doit en résulter, par conséquent, que les eaux pluviales, en s'infiltrant plus ou moins profondément dans le sein de la terre, s'échauffent d'autant plus, qu'elles arrivent plus près de ce foyer central, et qu'à leur retour sur la surface du globe elles ont suivi, en même temps, une direction plus perpendiculaire. Cette théorie explique évidemment la cause probable de la chaleur toujours égale des eaux minérales.
Il existe, en outre, une grande différence entre les eaux thermo-minérales et les eaux douces, en ce que celles-ci augmentent ou diminuent suivant que les pluies sont plus ou moins abondantes, tandis que rien de semblable n'a lieu avec les eaux thermales, dont le débit, ne varie pas. Un autre fait également constant, c'est que, quelle que soit la température de l'atmosphère, celle des eaux thermales ne
varie jamais. Une seule circonstance, cependant, peut la faire varier; c'est un grand tremblement de terre ou une éruption volcanique. Nous ajouterons enfin, comme dernière remarque, que toutes les sources d'eaux thermales se rencontrent généralement dans les environs des lieux où existent des foyers volcaniques.
Il est prouvé aussi que toutes les eaux minérales de Yichy, même les sources jaillissantes de Hauterive, sourdent du calcaire d'eau douce, calcaire qui forme le fond de la vallée de l'Allier, et qu'elles proviennent des terrains primordiaux qui, d'après M. Boulanger, constituent, avec le dépôt lacustre, une nappe plus ou moins étendue, d'où elles arrivent ensuite à la surface du sol, après avoir traversé les couches des terrains tertiaires par des fissures naturelles.
Dans un rapport adressé en 1852 à M. le ministre du commerce, par M. Dufrénoy, inspecteur général des mines, il est dit : « Partout où l'on a sondé dans une étendue de 10 kilomètres autour des sources de Yichy, on a trouvé des sources alcalines gazeuses analogues à celles de Vichy. Il y a donc dans ce bassin une quantité d'eau minérale considérable. Les sondages ont appris que ces différentes sources sortent toutes d'un terrain d'alluvion qui couvre la vallée de l'Allier ; elles se sont arrêtées à une couche argileuse rougeâtre, paraissant régner
partout au même niveau et divisant le terrain d'alluvion en deux parties. La sonde, après avoir traversé cette couche , a, en eiFet, constamment rapporté des sables analogues à ceux de la partie supérieure. On peut donc considérer le terrain d'alluvion situé au-dessous de la couche argileuse comme formant une espèce d' éponge, qui reçoit les eaux minérales de la cheminée d'ascension, et les transmet à la surface, soit par des puits artésiens naturels, comme le puits Carré, soit par des ouvertures tnbulaires qu'on pratique dans sa masse au moyen de forages. »
D'après M. Bouquet, la proportion de sels fournis par les seize sources d'eau minérale du bassin de Vichy amenées à la surface du sol, est évaluée par ce chimiste à 5,102 kilogrammes par jour, ce qui fait 1,862,230 kilogrammes par année, dont la plus grande partie se perd dans les eaux de l'Allier.
TABLEAU indiquant les diverses températures qui ont été observées à diverses époques à Vichy.