CATARRHE VÉSICAL AVEC INCONTINENCE D'URINE
Le nommé G***, âgé de vingt-quatre ans, d'un tempérament lymphatique, fut atteint en 1848 d'une irritation du canal, pour laquelle il fut traité sans succès pendant deux mois. Au bout de ce temps, il fut pris de tous les symptômes du catarrhe vésical, que l'on traita par la térébenthine et les bains ; mais la maladie, au lieu de céder, ne fit que s'aggraver, et l'urine, à partir de cette époque, n'étant plus retenue par la vessie, s'échappait goutte à goutte, de telle sorte que le malade était forcé de garder nuit et jours un vase entre ses jambes pour la recevoir ;
le plus léger effort ou la plus légère fatigue suffisait pour amener avec les urines des stries de sang et de mucosités très-épaisses. Outre cette affection, G*** était atteint d'une éruption furonculeuse, pour laquelle on avait employé simplement les bains gélatineux. C'est dans cet état que je vis le malade, le 15 mai 1849. Il fut mis le même jour à l'usage de l'eau des Célestins, à la dose progressive de six verres, avec un bain quotidien. Le 29 mai, on remarque déjà une amélioration très-sensible dans l'état catarrhal des urines. Le 10 juin, elles sont parfaitement claires ; plus de douleurs vers la région vésicale, et l'éruption de la peau est presque guérie. Le 18, l'incontinence d'urine a cessé; dès ce jour, le malade urine à volonté, son état général est très-satisfaisant; il quitte Yichy vers la fin de juin, complètement guéri. Un an après, au mois de mai 1850, son médecin écrit que G***, atteint de catarrhe de vessie avec incontinence d'urine, maladie qui avait résisté à plusieurs traitements avant d'aller à Vichy, n'éprouvait plus , depuis son retour des eaux , qu'un peu de gêne lorsqu'il restait plus d'une heure sans uriner ; que ses urines étaient limpides, et que sa guérison, enfin, s'était consolidée.
Sans doute, comme je le disais plus haut, tous les malades ne doivent pas s'attendre, en venant a Vichy, à une guérison certaine ; mais
il doit suffire, ce me semble, que quelques personnes se soient bien trouvées de ce moyen, et que d'autres en aient obtenu des guérisons radicales, pour encourager ceux qui sont atteints de cette affection à essayer ce traitement, qui, dans tous les cas, ne pourra avoir qu'un résultat plus ou moins avantageux, mais jamais nuisible, en ayant soin d'agir avec prudence, par petites doses et de cesser les eaux pour les reprendre ensuite, suivant l'état ou la situation du malade, le traitement ne pouvant dans ces cas être dirigé d'après l'alcalinité des urines, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Hygiène. — D'après la nature des causes dont j'ai parlé plus haut, il sera facile de prendre les précautions nécessaires pour éviter le retour de la maladie, sans oublier qu'après l'action des eaux, les soins hygiéniques sont, pour ainsi dire, les meilleurs éléments de succès. Ainsi, les malades feront bien, après la cure, de se nourrir d'aliments doux, légers, faciles à digérer, renfermant, en même temps, une forte proportion de principes nutritifs ; de prendre une assez grande quantité de boissons adoucissantes ; de se livrer à un exercice modéré au milieu de la journée ; de pratiquer des frictions sèches sur la peau ; de porter des gilets et des caleçons de flanelle ; de faire en sorte surtout de vider la vessie au moindre besoin, en se rappelant qu'il vaut encore mieux attendre, si l'urine ne vient
pas facilement, que de faire de violents et inutiles efforts pour l'expulser.
Le relevé statistique concernant les cystites chroniques que j'ai traitées par les eaux de Vichy démontre que, sur quatre-vingt-dix-sept malades, onze n'ont obtenu aucune amélioration, cinquante-et-un ont été plus ou moins soulagés, et trente-cinq ont été guéris.
Diabète sucré.
On désigne sous le nom de diabète sucré ou de glycosurie une maladie caractérisée par la présence du sucre dans les urines, accompagnée d'une excrétion plus abondante de ce liquide, laquelle peut s'élever parfois jusqu'à quarante litres, mais qui varie ordinairement entre six et huit litres par jour.
Les signes qui indiquent l'existence de cette maladie sont des urines abondantes, inodores, très-limpides, d'une couleur de petit-lait clarifié, d'une saveur plus ou moins sucrée. Ces urines, soumises à l'analyse, ne fournissent point de composés azotés, c'est-à-dire qu'elles ne renferment ni urée, ni acide urique ; car, s'il existe une réaction acide, c'est à l'acide lactique libre qu'il faut l'attribuer : elles sont formées d'une grande quantité d'eau, de très-peu de sels, et d'une proportion plus ou moins considérable de sucre ou glycose. Lorsqu'elles sont, soumises à
l'ébullition avec une dissolution de potasse caustique ou de chaux, elles prennent une couleur brune rougeàtre, dont l'intensité varie suivant la quantité de matière sucrée; elles dévient à droite la lumière polarisée, et décomposent en rouge le tartrate de cuivre potassique.
Sous l'influence de cette affection, les malades sont tourmentés par un besoin continuel de boire et d'uriner ; la soif augmente surtout après l'ingestion des substances amylacées et pendant la digestion stomacale, elle devient nulle ou insignifiante si le repas se compose de viande pure; l'appétit est exagéré au début et perverti vers la fin ; la bouche est constamment sèche et pâteuse ; les sueurs sont rares, la peau est souvent sèche; les reins et le foie sont ordinairement le siège d'un malaise local ; les forces physiques et génératrices s'affaiblissent rapidement, de même que la vision ; la constipation est habituelle ; l'amaigrissement augmente avec les progrès de la maladie ; la peau devient flasque, mince, le tissu cellulaire et graisseux disparaît, et le malade arrive ainsi, dans un temps plus ou moins long, à une consomption complète, et souvent à la phthisie pulmonaire. Si la maladie n'est pas arrêtée, cette affection peut entraîner aussi, comme conséquence d'un état général diathésique, diverses maladies, telles que des anthrax, des abcès, le charbon, l'albuminurie, des furoncles, de l'œdème, et parfois une espèce
de prurigo signalée par M. Hervez deChégoin; cet érythèrae diabétique se présente plus particulièrement du côté des parties sexuelles chez la femme. Cet état diathésique, qui est le produit du mélange d'une grande quantité de sucre avec le sang, détermine parfois des hémorrhaies passives des gencives, qui sont spongieuses; /haleine, la transpiration deviennent douceâtres et fétides ; d'autres fois la cataracte, l'amaurose, ainsi que diverses formes de gangrène ; on ne peut évidemment attribuer la coïncidence de ces divers états morbides avec la glycosurie qu'à l'altération du sang, à l'imprégnation des tissus par la matière sucrée et aux modifications que le pricipe fait subir aux malades en changeant les conditions physiologiques.
Toutefois, comme il n'est pas toujours possible de reconnaître aux signes dont nous venons de parler l'affection diabétique^ alors qu'ils se présentent isolément, il faudra avoir soin d'examiner les urines toutes les fois qu'une personne éprouvera de l'amaigrissement, avec affaiblissement général des extrémités et des organes de la virilité, suivi d'un trouble amaurotique de la vision, sans s'arrêter ni à la quantité d'urine rendue, ni à la faim ou à la soif ; car on trouve souvent du sucre dans les urines de certains malades, sans que la soif ou les urines soient augmentées, symptômes qu'on regarde cependant comme caractéristiques de l'affection dia-
bétique. On a vu quelquefois aussi l'élimination du sucre se faire alternativement par les urines et par les sueurs, qui seules renferment alors le principe sucré. Toutes ces particularités sont importantes à connaître , parce que leur ignorance pourrait conduire à une triste illusion ; mais si l'élimination du sucre est peu considérable, l'individu peut rester longtemps sans qu'il paraisse en ressentir les atteintes.
Le diabète peut être confondu avec la polyuiïe; dans ces deux affections, la soif et les urines constituent un véritable flux urinaire; c'est pourquoi on a donné à ces maladies le nom de diabète non sucré ou de diabète in&ipide.
La quantité de glycose varie aux différentes beures de la journée ; après les repas, l'urine est très-cbargée de glycose : son apparition commence quatre beures après, et finit au bout de buit, pour reparaître après un autre repas ; celle de la nuit, ou urine du sang, ne contient pas de sucre cbez le diabète commençant, mais à une époque plus avancée de la maladie ce produit se manifeste dans les mêmes proportions, à toutes les beures de la journée. Quant à l'étude de la pesanteur de l'urine, son poids ne peut avoir aucune valeur, attendu qu'elle contient un très-grand nombro de substances autres que le glycose , dont Jes quantités peuvent faire varier la pesanteur, la proportion de sucre restant la même. Nous savons seulement qu'elle est
plus dense que l'urine normale, sans pouvoir fixer le degré d'augmentation.
Causes. — Disons ici, avant d'aller plus loin, que le sucre, en petite quantité, existe dans le sang, ainsi que dans tous les fluides à l'état normal. Il est probable qu'on en trouverait aussi dans l'urine ordinaire, si nous avions des réactifs plus sensibles que ceux qui sont à notre disposition. Il y a, sous ce rapport, unanimité d'opinion parmi les auteurs ; mais un point sur lequel ils ne sont pas d'accord, c'est de savoir au juste quelles sont les causes qui donnent lieu à cette exagération du sucre dans l'économie. Cette question fait encore aujourd'hui le sujet de nombreuses contestations. On sait seulement, et tout le monde en convient, que par l'acte de la digestion, il se forme du sucre dans l'estomac, aux dépens des aliments de nature végétale renfermant un principe amylacé, et que le sucre ou glycose ainsi formé passe de l'estomac ou des intestins dans les veines, pour se rendre au foie et disparaître ensuite, après avoir traversé les poumons, où le sucre normal se trouve brûlé. C'est là l'état physiologique ou naturel. Mais il arrive parfois que la quantité de sucre est tellement abondante, ou bien si incomplètement détruite, dans l'appareil respiratoire, qu'il continue à circuler avec le sang et les urines. C'est alors seulement qu'il y a maladie sucrée. Maintenant, quelle est la cause de ce change-
ment dans la composition chimique de nos sécrétions humorales? Voici, à cet égard, l'opinion des personnes qui se sont le plus occupées de cette question.
M. Bouchardat pense que le sucre que Ton trouve dans les urines est le résultat d'une modification maladive, d'un trouble des organes de la digestion et du foie, qui produirait plus de sucre qu'il ne peut en être assimilé.
M. Alvaro-Reynoso croit que le diabète provient de la gêne des phénomènes respiratoires, qui ne brûlent pas suffisamment le sucre, et que la partie non brûlée passe dans les urines.
M. Cl. Bernard, tout en admettant que le sucre se produit dans l'estomac, aux dépens des matières amylacées, par le fait de la digestion, produit qu'il n'a jamais trouvé dans l'estomac et les intestins des animaux soumis au régime de la viande, déclare que, indépendamment de cette source intermittente d'une alimentation féculente, il en existe une autre permanente et tout à fait spéciale, qui s'opère dans le foie de tous les animaux à l'état normal, quelle que soit la nature des aliments, mais qui se manifeste d'une manière exagérée chez les diabétiques, par suite d'une hypersécrétion d'un principe analogue à l'amidon végétal appelé glycogène, lequel, après avoir été sécrété par le foie, est repris ensuite par cet organe et transformé en sucre diabétique. Cette matière amylacée, qu'on
peut extraire avec abondance du foie normal par une simple décoction, se change facilement en sucre, en présence d'un ferment quelconque, de la salive, par exemple.
Mon collègue et ami, le docteur Poggiale, n'a jamais trouvé de sucre dans la veine porte, comme le dit M. Figuier, après un repas composé de viande, l'animal ayant été soustrait à l'influence d'une alimentation amylacée ou sucrée, ce qui vient confirmer les faits annoncés par M. Cl. Bernard, et prouver que le foie seul est l'organe chargé de la formation du sucre.
M. Miahle croit que la présence du sucre dans les urines a pour cause un vice d'assimilation de la glycose normale ou exagérée, par défaut d'alcalinité suffisante dans le sang, devenu neutre ou acide dans cette maladie.
Le docteur Prout, de son côté, fait observer que le diabète n'est pas constitué par la formation du sucre dans l'estomac, ce qui est normal, mais bien par la plus ou moins grande altération des fonctions assimilatrices de cet organe. Il est également porté à croire que, dans le diabète, le foie est toujours gravement attaqué. Ajoutons ici l'opinion de M. Andral, qui, après avoir fait cinq ouvertures de corps de diabétiques, déclare que le foie, chez chacun d'eux, au lieu de présenter la couleur normale, avait une coloration d'un rouge brun très-foncé et congestionné, d'un aspect toutparticulier ; ce qui démontre que,
chez les diabétiques, le foie se fait remarquer par une très-grande quantité de sang qui gorge son tissu ; un coup reçu sur cet orgnne détermine souvent des urines sucrées : « Or, dit ce célèbre professeur, si le foie sécrète du sucre, il est logique d'admettre qu'il est le siège d'une suractivité dans la fonction glycogénique. »
Le docteur Jones dit que cette maladie prend souvent une forme intermittente, et, que le sucre disparaît quelquefois pendant plusieurs mois, pour reparaître ensuite. L'automne et le printemps paraissent plus favorables à cette maladie.
D'autres auteurs ont également trouvé du sucre dans les urines des personnes atteintes de la maladie de Bright, ou maladie des reins. Cette maladie peut se développer aussi sous l'influence du système nerveux et spécialement à la suite de lésions du cerveau, du quatrième ventricule, ainsi que des altérations de la partie supérieure de la moelle et du centre nerveux. Il est évident que l'état diabétique n'est pas un état normal et qu'il doit y avoir là un trouble quelconque dans le système nerveux de la vie organique, le pneumogastrique, le grand sympathique, ou le système cérébro-spinal, de même que dans les affections morales tristes, la monomanie, l'hypocondrie et l'hystérie. Chez la moitié des femmes enceintes ou en couches, aussitôt que commence la lactation, on remarque que plus la sécrétion laiteuse est abondante, plus aussi le sucre aug-
mente dans les urines des nourrice». Ce signe, qui varie de l à 12 grammes par litre d'urine, pourrait servir à apprécier la richesse du lait d'une bonne nourrice. On a dit aussi que les épileptiques, les aliénés en démence, ou paralytiques, présentaient du sucre ; je dois déclarer que, d'après mes recherches, faites à Bicètre en présence de mon savant confrère le docteur Delasiauve, il m'a été impossible d'y trouver, sur plus de trente malades examinés, des traces de sucre dans les urines, dans ces trois groupes de maladies mentales, ce qui met au néant pour moi les assertions publiées à ce sujet.
On a dit aussi que le séjour dans un climat froid et humide, l'abus des boissons froides et qu'un défaut de transpiration étaient de nature à provoquer le diabète, car les chevaux et les brebis des pays humides y sont fort sujets.
Le sucre qui apparaît dans le cours de ces diverses maladies n'est qu'un épisode, dont la quantité ne dépasse jamais 25 grammes par litre ; l'urine n'est pas ordinairement augmentée, l'appétit ni la soif ne sont pas exagérés.
D'autres ont écrit que la dyspepsie, l'intempérance dans le vin, les liqueurs alcooliques, la bière ou le cidre, pouvaient également produire la maladie sucrée, laquelle est plus fréquente chez les habitants qui font usage de boissons fermentées; l'âge adulte de trente à quarante ans est l'époque de la vie où cette nia-
ladie se manifeste le plus souvent; l'hérédité paraît être aussi une des causes réelles de cette infirmité. «Le diabète, dit M. Landouzy, affecte principalement les individus pourvus d'embonpoint et d'une forte constitution. »
De toutes ces opinions, il ressort évidemment que la cause qui donne lieu à la présence du sucre dans les urines n'est pas encore bien déterminée; elle se compose de plusieurs éléments dont il est difficile de faire la part exacte. Mais si nous sommes peu avancés sous ce rapport, nous pouvons dire, avec la même sincérité, que nous connaissons parfaitement aujourd'hui les substances qui, introduites dans l'estomac, contribuent à la manifestation du sucre dans les urines ; car tout le monde sait que les matières qui renferment de la fécule sont de nature à se transformer en glycose par l'acte de la digestion, ce qui n'a pas lieu avec les matières animales.
Il résulte, d'après toutes les opinions que nous venons de passer en revue, que les organes et les fonctions qui paraissent le plus affectés dans cette maladie sont le foie et le système nerveux de la vie organique; de plus, la digestion et l'assimilation sont dérangées dans leur fonctionnement naturel, le sang et les fluides non-seulement sont altérés par la présence anomale du sucre, mais encore changés dans leur composition chimique, puisque l'alcalinité y est moindre et que la salive, qui est naturel-
lement alcaline, devient acide dans le diabète.
On appelle les aliments végétaux, féculents ou autres, aliments de respiration, parce que leur rôle dans les lois vitales est d'entretenir la respiration et la calorification en se combinant avec l'oxygène de l'air dans l'acte respiratoire, qui les détruit en brûlant leur principe sucré, pour donner naissance à de l'acide carbonique et à de l'eau ; mais si le sucre, aliment végétal provenant de la digestion, éebappe à la respiralion, soit à cause de sa trop grande quantité, soit par un défaut de combustion pulmonaire, le résultat est que ce produit passe en nature dans le sang et les urines. Ce sang, ainsi chargé de sucre, devant servir à la reconstruction matérielle du corps, ne peut fournir évidemment que de mauvais matériaux de réparation, ce qui explique l'affaiblissement considérable et progressif qui a lieu dans les organes et les fonctions des diabétiques et amène les diverses maladies consécutives dont nous avons parlé plus haut.
D'après cet exposé, faisant connaître que le foie et les organes digestifs ou leurs fonctions sont principalement en jeu dans cette maladie, il est inutile d'entrer ici dans aucune explication pour démontrer l'efficacité des eaux de Vichy, les bons effets obtenus d'ailleurs par les malades atteints de glycosurie viennent journellement en donner la meilleure preuve. Il en serait de
même si nous envisagions le diabète comme provenant d'un défaut d'alcalinité du sang, attendu qu'il est incontestable que les alcalis favorisent la décomposition de la matière sucrée, et que la combustion de ce principe par l'oxygène dans l'acte de la respiration est d'autant plus complète, que le sucre se trouve en présence d'un alcali libre ou d'un carbonate alcalin.
Traitement. — Les diverses indications à remplir dans le traitement du diabète consistent premièrement dans le choix d'aliments particuliers; ensuite dans l'emploi des moyens de nature à empêcher et à corriger les humeurs viciées par la présence du sucre, en introduisant dans l'économie tout le principe alcalin qui lui fait défaut.
En ce qui concerne la première de ces indications, tout le monde sait aujourd'hui qu'il faut supprimer généralement tous les aliments de nature végétale, renfermant de l'amidon ou du sucre, et faire usage d'une nourriture animale; remplacer le pain ordinaire par du pain de gluten, et boire, aux repas, du vin de Bordeaux plus ou moins étendu d'eau. Toutefois, comme l'alimentation constitue une des parties importantes du traitement, je crois qu'il est utile d'exposer en détail et de faire connaître en particulier les aliments dont les diabétiques doivent faire usage. Ces aliments sont : les bouillons,
gras ou maigres , transformés en potages par l'addition de légumes convenables, du fromage ou du gluten ; les viandes de toute espèce, de même que toutes les parties de l'animal dont on fait habituellement usage sur nos tables ; le foie seul doit être pris avec modération, par les motifs dont nous avons parlé plus haut. Le gibier, la charcuterie, le beurre, la graisse, l'huile, le poisson de mer et d'eau douce, les huîtres, le homard, les moules, etc., offrent une ressource variée et très-précieuse aux diabétiques. Les œufs sont permis encore, bien qu'ils renferment quelques traces de sucre.
Parmi les légumes dont ces malades peuvent également se nourrir, on trouve généralement tous les légumes herbacés, tels que les chouxfleurs ou les choux de Bruxelles, les épinards, la chicorée, la laitue, les cardons, les haricots verts, les champignons, les truffes, ainsi que les diverses espèces de salades, dans lesquelles on fera entrer une grande quantité d'huile et très-peu de vinaigre.
Pour les desserts, les fromages de toute espèce ; les noix, les noisettes et les olives, le thé et le café, sans sucre, sont permis ; on peut y ajouter une petite quantité d'eau-de-vie, de rhum ou de kirsch.
Le vin de Bordeaux, de Bourgogne, ou le vin blanc sont utiles aux repas ; il ne faudrait pas en abuser cependant, comme le font certains
malades ; une bouteille dans la journée me paraît une quantité suffisante.
Le pain de gluten, avons-nous dit, doit remplacer le pain ordinaire ; cependant il faut en faire usage avec modération, attendu qu'il est impossible de le débarrasser complètement d'une certaine quantité de farine ; un ou deux échaudés pourraient également dans la journée remplacer le pain ordinaire.
Au nombre des aliments nuisibles dans cette maladie, nous devons signaler, parmi les végétaux, le pain ordinaire, les pâtisseries, les pommes de terre, les navets, les carottes, la betterave, les oignons, les fécules de toute espèce, l'arrow-root, le tapioka, le sagou, le sucre, l'amidon, la farine, le vermicelle, la semoule, le riz et le macaroni, ainsi que les légumes secs, tels que les haricots blancs, les pois, les lentilles ; et la plupart des fruits , comme les pommes , les poires, les châtaignes, les glands, les confitures ou autres aliments sucrés ; les raisins doivent être complètement proscrits.
Le sel ordinaire, favorisant la sécrétion du sang, doit être employé avec modération ; il faudra éviter la farine dans toutes les sauces ; on peut la remplacer par des jaunes d'œufs ou de la crème. Le lait est nuisible, de même que la bière, le cidre, ainsi que les boissons acides. Les acides, que les diabétiques recherchent avec avidité, leur sont très-préjudiciables, ils saturent
en partie l'alcali libre du sang, ce qui nuit également, dit M. Chevreul, à la destruction des matières combustibles alimentaires.
A ce régime il faudra ajouter, pour étancher la soif dans le courant de la journée, des infusions amères, toniques et ferrugineuses non sucrées. Les boissons alcooliques augmentent notablement le sucre, disent les docteurs Gunsler et Harvey, et peuvent, si on en fait abus, produire le diabète cbez les individus prédisposés, de même que tous les aliments digérés avec peine. Toutefois, avant d'aller plus loin, ajoutons ici qu'une alimentation exclusivement animale ne peut être continuée trop longtemps sans avoir aussi ses inconvénients ; il faudra donc la mitiger avec des aliments de nature végétale, suivant la marcbe de la maladie et la constitution du malade. Le régime, ou mieux la sobriété aux repas, est une cbose utile, car il est d'observation que le sucre diminue par l'effet de l'abstinence , et qu'il disparaît même par l'inanition ; il faut aussi que les diabétiques boivent peu de liquide à la fois. On a remarqué, comme phénomènes de guérison spontanée, qu'une perturbation quelconque, un accès de fièvre, de goutte, de rhumatisme, de même qu'une émotion morale vive, pouvaient faire disparaître le sucre momentanément des urines, pour reparaître, il est vrai, dès que la perturbation s'est dissipée.
Pour remplir la seconde indication, celle qui a rapport au traitement proprement dit, il faudra administrer les alcalis; car ce sont eux qui, jusqu'à présent, ont donné dans le diabète les résultats pratiques les plus satisfaisants ; or, comme l'eau de Yichy est un médicament alcalin naturel, le plus chargé de tous ceux que nous connaissons, un modificateur particulier en outre de l'organisme et du foie, seul organe qui présente des signes d'altération dans cette maladie, il est donc évident qu'il sera préférable de l'employer, d'autant que de nombreux exemples de guérison en ont démontré déjà toute l'efficacité. Ces eaux ont un double avantage, celui de favoriser l'oxydation du sucre ou sa combustion dans la respiration, et de permettre, en même temps, aux malades, de varier l'alimentation en faisant usage de quelques végétaux renfermant des traces d'amidon ou de sucre ; c'est pourquoi M. Bouchardat les recommande comme un moyen qu'on ne doit pas négliger, soit pour faciliter et régulariser les digestions, soit pour permettre l'introduction d'une plus grande quantité d'aliments féculents. Le principe alcalin a, par sa nature, l'avantage en effet d'empêcher, dans l'estomac, la transformation de la matière féculente en sucre, et de diminuer, en même temps, la sécrétion exagérée du sucre hépatique.
M. Bernard a également démontré que le
sang des animaux, soumis à l'action du bicarbonate de soude recueilli longtemps après les repas, fournit beaucoup moins de matière sucrée.
M. Miahle cite quelques exemples de guérisons remarquables de diabète, opérées en trèspeu de jours sous l'influence d'une forte alcalisation, à l'aide du bicarbonate de soude, de la magnésie calcinée et de l'eau de Vichy, aussi s'oppose-t-il avec autant de force que de raison à l'usage des boissons acides dans cette maladie. C'est d'après ces données que beaucoup de malades aujourd'hui se rendent à Vichy pour y faire usage des eaux. L'efficacité du traitement doit être attribuée ici premièrement à l'influence des eaux sur la digestion, l'estomac et le foie ; secondement, à leur action sur la nature chimique du sang et sur l'acte respiratoire, car on a remarqué que le sucre normal paraît dans les urines aussitôt que l'alcalinité du sang diminue ou que la respiration est incomplète.
Il résulte en outre des expériences faites par M. Frémy, qu'en faisant varier les aliments acides ou alcalins, on peut déterminer à volonté la présence ou l'absence du sucre dans les sécrétions, ce qui vient corroborer les opinions émises sur l'utilité des alcalis dans le diabète. Quant aux moyens externes, il faudra agir sur la peau pour rétablir la transpiration, faire usage de bains avec le bicarbonate de soude, pratiquer
des frictions toniques et stimulantes, porter de la flanelle, faire usage de sudorifiques, respirer un air vif et pur, faire journellement de l'exercice par la marche et la gymnastique, afin d'activer la circulation, la respiration et la sueur ; il faut aussi surveiller les malaises du côté du foie, qui très-souvent signalent le début du diabète. On a reconnu que les eaux minérales sodiques sont particulièrement efficaces dans les cas de diabète compliqués de maladie du foie, et ce qui tendrait à confirmer cette opinion, c'est que si la sécrétion du sucre exagéré existe dans le foie, la quantité de bile diminue; cette double fonction dont cet organe est chargé doit toujours être dans des rapports normaux, sans quoi la santé est dérangée.
Dès que le sucre commence à diminuer, les malades ne tardent pas à s'apercevoir de ce changement par le retour général des forces physiques ; leur altération s'apaise, les urines sont moins abondantes ; l'urée, l'acide urique et l'oxalate de chaux reparaissent, ce qui est un des signes positifs d'une guérison prochaine ; puis la moiteur ou la transpiration de la peau ne tarde pas à revenir. Il ne faudra pas perdre de vue cependant que cette affection est du genre de celles qui reparaissent facilement ; c'est pourquoi le traitement alcalin et le régime devront être continués longtemps , voire même après que tous les signes de la maladie auront
disparu. 11 faudra, par conséquent, que les malades reviennent plusieurs années de suite à Vichy, attendu que les eaux, par la nature et la richesse de leur composition, sont encore aujourd'hui le meilleur de tous les traitements que l'on connaisse dans cette cruelle affection, plus facile à guérir dès le déhut que plus tard.
L'hydrothérapie et les hains de mer ont été conseillés également dans cette affection ; ces moyens peuvent être utiles lorsque la maladie sucrée est peu avancée et que les forces sont encore en bon état ; mais si le malade est affaibli, ces moyens sont nuisibles, parce qu'ils enlèvent du calorique à un état maladif qui en manque, car l'abaissement de la température chez les diabétiques est à peu près constant. Ce remède, dans ce cas, est un mal passager qui s'unit au mal principal.
D'après les causes et les théories diverses sur lesquelles on s'appuie pour expliquer l'affection glycosurique, il est évident que les malades ne doivent pas perdre de vue les soins de l'hygiène ni la thérapeutique des fonctions, après la cure de Vichy.
Le résultat du traitement des malades atteints de diabète me permet de conclure que ceux qui se présentent à Vichy n'ayant qu'une quantité modérée de sucre, une trentaino de grammes par exemple par litre d'urine, voient vers le milieu, ou à la fin de la cure, ce liquide débar-
rassé complètement de la matière sucrée. Mais si cette proportion est plus forte, et la maladie ancienne, la disparition du glycose devient dès lors beaucoup plus difficile à obtenir. Les épreuves analytiques destinées à faire connaître la situation des malades pendant la cure ont été faites, non pas avec la potasse ou avec l'eau de cbaux, qui ne font qu'indiquer approximativement la présence du sucre, mais bien à l'aide de la liqueur titrée de Fehling, qui permet de déterminer, aussi bien qu'avec le polarimètre, le poids exact du principe sucré contenu dans l'urine.
Nos observations à cet égard constatent que sur un chiffre, par exemple, de 100 malades traités par les eaux de Vichy, 50 voient leur sucre disparaître complètement, 16 en obtiennent une diminution plus ou moins notables et 34 restent comme avant la cure, ayant reçu cependant une amélioration sensible dans l'ensemble des fonctions nutritives, ainsi que dans l'état général des organes.
De la polyurie.
La polyurie, que l'on désigne sous le nom de diabète non sucré ou insipide, se confond avec la maladie sucrée et lapolydipsie. C'est une maladie dont l'origine est ignorée, mais dont les symptômes sont presque complètement identiques au diabète. Les malades qui se rendent à
Vichy pour cette maladie sont moins nombreux que ceux qui sont atteints du diabète, néanmoins j'ai pensé qu'il était utile dans leur intérêt d'en faire mention dans cette nouvelle édition, en exposant les signes différentiels qui la distinguent et les divers traitements qu'elle réclame.
L'appétit chez les polyuriques est plutôt diminué que augmenté ; la détérioration de la constitution ne se fait pas sentir aussi rapidement, mais la maladie est aussi persistante et tout aussi sujette à récidive; l'urine rendue est moins dense que l'urine normale ; ce qui est tout le contraire dans la maladie sucrée ; quant à la proportion des principes constituants solides, elle reste la même : ce sont des urines naturelles, plus abondantes seulement que dans l'état normal.
Le siège de la maladie, d'après un mémoire que j'ai publié à ce sujet, doit être placé dans les reins ; elle devrait être désignée, non pas sous le nom de diabète, nom qu'on devrait laisser uniquement à la maladie sucrée, mais bien sous le nom de néphrite polyurique ; quant à la polydipsie ou à la soif, ce n'est qu'un symptôme qui se trouve lié à la néphrite, qui précède la soif et la commande.
Traitement. — Le régime dans la polyurie n'a pas la même influence que dans le diabète, le malade peut faire usage d'aliments de nature animale ou végétale de toute espèce. Les ferru-
gineux, le quinquina et les amers paraissent être favorables à cette maladie, mais comme les digestions sont difficiles et que le malade éprouve certaines souffrances gastriques pendant et après les digestions, plusieurs médecins ont pensé que l'usage des eaux ferrugineuses de Yichy leur serait très -utile pour réveiller les forces vitales et s'opposer par de meilleures digestions et une assimilation plus complète au dépérissement du malade, c'est ce que nos observations , quoique peu nombreuses, ont paru confirmer.
Albuminurie.
On appelle albuminurie la présence de l'albumine au sein de l'urine, provenant d'une sécrétion anomale des reins , qui laisse passer la partie albumineuse du sang, ce qui n'a pas lieu dans l'état normal.
Si l'origine de cette maladie, qui paraît dépendre de divers phénomènes physiologiques de l'économie, est encore le sujet de nombreuses recherches , il n'en est pas de même de son diagnostic, dont les signes caractéristiques se traduisent par l'appauvrissement de l'albumine du sang et la présence d'une certaine quantité de cette substance dans les urines, avec ou sans globules sanguins. Lorsque ces derniers signes existent, elle porte plus particulièrement alors le nom de maladie de Bright, ou de néphrite albu-
mineuse. Dans tous les cas, cette affection est généralement suivie d'kydropisie des extrémités inférieures et, plus tard, d'hydropisie générale. Le sang, dans cette maladie, ne renferme pas d'urée. La perte de l'albumine, dans là maladie de Bright confirmée, est ordinairement de 6 à 12 grammes par 1,000 d'urines. Schmidt a trouvé que cette quantité pouvait s'élever de 4 à 25 grammes.
Causes. — Plusieurs causes ont été signalées comme étant de nature à produire cette affection, laquelle peut tenir à un état maladif permanent ou seulement passager. Les uns ont pensé qu'elle pouvait dépendre d'unoi.stacle au cours du sang, d'un anévrysme du cœur et des gros vaisseaux, de mauvaises digestions ou d'une maladie de la moelle ; on l'a signalée comme pouvant être consécutive à la diarrhée, à l'hépatite , au diabète , au rhumatisme , ainsi qu'à l'usage des alcooliques, de la bière et du cidre. D'autres ont cru pouvoir l'attribuer à un défaut d'oxygénation pulmonaire , à une respiration gênée et incomplète, comme dans le catarrhe pulmonaire, l'asthme ou les asphyxies lentes, dans la phthisie et le croup ; ou bien à l'exposition au froid et à l'humidité, à la suppression subite ou permanente de la trans-1piration. On a cru aussi qu'elle était consécutive aux maladies de nature à entraver les fonctions de la peau, à quelques maladies fébriles qui,
par un mode inconnu, peuvent déterminer des congestions rénales, telles que la fièvre typhoïde, les fièvres intermittentes, la cystite cantharidienne, la scarlatine, la rougeole et le choléra, maladies dans lesquelles divers auteurs ont constaté la présence de l'albumine dans les urines, ainsi que chez les enfants lymphatiques ou débilités par suite de maladies diverses. MM. Bouchut et Empis font observée chez les deux tiers des malades atteints de maladies couenneuses , le croup et la diphthérite. Ce phénomène coïncide avec la gravité de la maladie ; sa diminution, au contraire, annonce une guérison prochaine.
On a dit aussi que l'habitude des liqueurs fortes, un mauvais régime, l'abus des saignées, la cirrhose du foie, la chlorose et la grossesse pouvaient déterminer l'albuminurie. On l'a observée surtout après une nourriture trop animal isée, comme chez certains diabétiques ; les oiufs aussi déterminent facilement la présence de l'albumine dans les urines. Mais il est à remarquer que lorsqu'elle paraît dans ces divers états morbides, sa présence n'est que passagère; elle disparaît avec la maladie principale. Cette affection se montre à tous les âges, depuis la s ;:i.ssance jusqu'à l'extrême vieillesse ; mais les ( > institutions qui prédisposent le plus à l'albuminurie sont les constitutions scrofuleuscs , tuberculeuses et les cachexies syphilitiques.
D'autres interprétations physiologiques ont été données, par M. Miahle en particulier, pour expliquer ce détournement de l'albumine du sang. Ce chimiste a pensé que l'albumine des aliments cessait de se transformer en fibrine dans le foie, et privait la nutrition du malade de cet élément plastique.
Toutes ces causes passagères ou permanentes prédisposent à la néphrite albumineuse, maladie que M. Rayer a particulièrement étudiée avec le .plus grand soin en France, et qu'il attribue à l'inflammation directe, aiguë ou chronique, et souvent à la désorganisation du tissu des reins, à une congestion simple de cet organe, sans maladie de Bright. L'irritation produite par les canth arides peut également la déterminer. Le docteur Osborne fait remarquer, à ce sujet , que ce ne sont pas seulement les reins qui produisent une sécrétion albumineuse, mais aussi toutes les autres surfaces ou tissus organiques, lorsqu'ils sont enflammés.
De toutes ces opinions il résulte qu'on reconnaît aujourd'hui pour cause à cette maladie, comme fait matériel, la présence de l'albumine dans les urines, avec diminution de la matière fibrineuse ou plastique du sang, ce qui donne lieu aux hydropisies ou cachexies séreuses, à la diminution des forces et au trouble général des fonctions organiques dont ces malades sont atteints.
Dans l'albuminurie comme dans le diabète, le sang abandonne les substances, l'albumine ou le sucre, à son passage dans les reins, parce qu'elles sont en excès et, en quelque sorte, en dehors de lui , sans que l'état du rein soit ordinairement modifié ; ce n'est pas toutefois que l'albumine soit en excès, mais bien parce que les individus se trouvent sous l'influence d'une diathèse cachectique et que le pouvoir d'assimilation est diminué ou supprimé.
Traitement . — Les théories diverses sur la cause de l'albuminurie expliquent aujourd'hui la différence des succès obtenus par les divers moyens de guérison qui ont été adoptés. Quoi qu'il en soit, le traitement dans cette affection doit avoir pour but de rétablir dans l'économie l'albumine désorganisée, en dirigeant la médication suivant les causes déterminantes indiquées plus haut. C'est ainsi qu'on a préconisé, comme méthode générale de traitement, les aliments azotés, gras et fortifiants. D'autres conseillent la prédominance du régime végétal ; sans prétendre, dit M. Gubler, qu'on puisse supprimer les substances albuminoïdes, il faudra éviter les aliments dans lesquels entre l'albumine proprement dite. On a proposé, en outre, les saignées générales ou locales et les alcalis. Les médecins qui ont conseillé ce dernier traitement ont pensé que si la soude venait à manquer, il en résulterait bientôt une coagu-
lation albumineuse dans les vaisseaux capillaires, avec obstacle à la circulation ; ils ont voulu aussi favoriser la dissolution et l'écoulement de l'albumine dont les reins sont particulièrement pénétrés dans cette maladie. En recommandant particulièrement les eaux de Yicby, on a eu pour but également de rendre la digestion plus parfaite et de donner au foie plus de facilité dans la transformation de l'albumine alimentaire en fibrine, avec d'autant plus de raison que les affections gastriques , les dyspepsies, les catarrhes chroniques de l'estomac ou des intestins accompagnent presque toujours l'albuminurie ; il en est de même des maladies du foie et de la rate. On conseille les bains de vapeur pour remédier à la sécheresse de la peau et des diurétiques, comme modificateurs de l'état morbide des reins, maison a remarqué que la médication diurétique devait être employée avec prudence.
Les eaux de Vichy, dans toutes ces circonstances, obtiennent des résultats de guérison très-remarquables du côté des voies digestives, surtout parce que l'alimentation a une influence des plus évidentes sur le produit de l'albuminurie, au point, dit M.Luton, qu'elle peut l'entretenir ou l'exagérer, et amener, tôt ou tard, des lésions rénales incurables. On devra donc surveiller celte alimentation avec le plus grand soin toutes les fois que l'état du malade le permettra.
Il faudra, en outre, stimuler la peau par les bains alcalins et la membrane muqueuse digestive par l'eau de "Vichy en boisson et seconder leur action par l'usage de quelques toniques, tels que vins généreux , aliments fortifiants , préparations amères et ferrugineuses, de manière à relever les forces digestives et à ramener les humeurs de l'économie à l'état normal. Sous ce double rapport, les eaux de Vichy conviennent parfaitement. Il faudra en même temps que les malades aient soin de se couvrir le corps de flanelle, afin d'entretenir la circulation et de fortifier la transpiration cutanée. La durée de cette maladie est variable, la forme aiguë transitoire, alors qu'elle n'est qu'un symptôme , peut ne durer que quelques jours, mais la forme chronique a une durée qu'il est difficile d'évaluer ; on cite des cas qui ont duré plus de dix ans. Si l'albuminurie se présente avec le diabète, elle est considérée comme une coïncidence fâcheuse.
Mode d'administration des eaux.
Les eaux minérales de Vichy sont administrées sous diverses formes : en boisson, bains, douches et lavements , pures ou mélangées , selon l'indication du médecin traitant.
Leur efficacité, indépendamment des matériaux actifs qu'ellos renferment , dépend en
grande partie de leur mode d'application et des formes sous lesquelles on les présente aux malades ; c'est ainsi qu'il faudra préférer, chez certaines personnes, l'eau en boisson, et chez d'autres les bains ou les douches.
Parmi les malades destinés à faire usage plus particulièrement des eaux en boisson se trouvent : ceux qui sont disposés aux congestions pulmonaires cérébrales ou aux maladies du cœur, ceux également qui sont atteints d'hydropisic du ventre ou des jambes, les femmes enceintes , une certaine classe de goutteux , ceux, par exemple, qui présentent à leur arrivée une sensibilité trop grande des articulations, avec menace d'inflammation ; dans ces cas, l'effet des bains pourrait augmenter ou réveiller la fluxion goutteuse.
Il arrive souvent que des malades, à cause de l'état de leur estomac, ne peuvent supporter les eaux en boisson sans la vomir ou provoquer des coliques ou de la diarrhée. C'est alors que l'usage des bains sera très-utile en permettant à ces personnes d'attendre un moment plus favorable pour compléter la cure, par l'usage simultané de l'eau en boisson et en bains.
Lorsque les malades se trouvent en dehors des conditions indiquées ci-dessus, l'usage des bains doit être prescrit comme un moyen indispensable de compléter le traitement.
La quantité d'eau prise en boisson doit va-
rier, comme tous les médicaments pris dans les pharmacies, suivant une foule de circonstances, telles que l'âge, le sexe, la constitution, le tempérament , la nature de la maladie , son ancienneté. L'eau de Vichy, à cause de sa richesse en substances minérales, réclame, de la part du médecin et du malade, la plus grande surveillance et une grande habitude de direction, car leur emploi , par des mains habiles, intelligentes et exercées, est souvent une condition de succès. Le nombre des verres d'eau varie depuis deux jusqu'à cinq ou six ; il est très-rare qu'on doive aller plus loin , on s'arrête en moyenne à la dose de trois à quatre verres ; mais il arrive souvent que des malades sont assez imprudents pour en élever la dose jusqu'à douze et quinze verres et souvent plus ; cet excès d'intempérance, si peu conforme à l'expérience et à la raison, est des plus préjudiciables à la cure. Ces excès ont pour effet de déterminer ordinairement un trouble violent, une perturbation générale dans toutes les fonctions et de provoquer des inflammations gastriques ou intestinales des plus graves, tels que la diarrhée, la dyssenterie, des vomissements et parfois des inflammations de reins, avec fièvre consécutive. Une trop grande quantité de liquide,, quelle que soit d'ailleurs sa nature, fatigue l'estomac et rend les digestions plus pénibles.
En dehors 4es quantités, le succès du romède dépend aussi de son mode d'absorption; tout le monde comprend que les grandes doses doivent être digérées et absorbées avec plus de difficulté que les petites, c'est pourquoi l'eau de Vichy, médicament d'une grande puissance, doit être administrée de préférence par petites quantités à la fois, par demi-verre et souvent moins, avec la précaution de laisser un intervalle de quinze minutes au moins entre chaque prise d'eau ; de cette manière, les signes de l'alcalinité durent plus longtemps, tandis que bues en trop grande quantité et pour ainsi dire coup sur coup, les traces de leur absorption ne durent pas autant, elles fatiguent et glissent plus vite, ainsi que les anciens médecins l'avaient déjà observé.
En général, les malades doivent boire la quantité d'eau nécessaire dans la matinée plutôt que dans la journée, en se promenant, et non dans la chambre ni dans le bain ; le dernier verre d'eau sera pris une demi-heure ou une heure avant de se mettre à table. Dans tous les cas il faudra lire en sorte que la plus forte dose soit prise avant le déjeuner, à cause de la vacuité de l'estomac et de l'absorption plus facile alors des principes minéralisateurs de l'eau ; car il est démontré que les médicaments déploient une efficacité plus grande chez les malades qui sont h la diète ou au régime. Après le déjeuner, qui
sera toujours léger, ou après le dîner, elle peut troubler la digestion , à moins toutefois qu'un intervalle de deux ou trois heures ne se soit écoulé depuis le dernier repas. Il est cependant des malades dont les digestions sont accompagnées de rapports acides, ou qui digèrent difficilement; ceux-là pourront boire, après le repas, en guise de café, un demi-verre ou un verre entier d'eau minérale.
Il serait convenable aussi de prendre de préférence les bains dans le courant de la journée, lorsque la température est modérée ; par ce moyen , on n'aurait pas à craindre le refroidissement que peut causer l'air frais du matin. Dans les jours de chaleur, il serait préférable de les prendre le matin, l'absorption étant plus facile à cause de la vacuité de l'estomac; et, si rien ne s'y oppose, la personne se couchera dans un lit chaud pendant une heure après la sortie du bain, afin de favoriser la transpiration cutanée, si nécessaire à l'efficacité du traitement.
Il serait certainement possible d'obtenir, dans certains cas, la guérison des maladies par l'eau prise en boisson seulement ; mais il est préférable d'y joindre le secours puissant des bains.
En ce qui concerne la quantité d'eau nécessaire à chaque malade pour satisfaire aux exigences d'une cure complète et convenable, cette appréciation est tout à fait du ressort du médecin , qui seul peut diriger le traitement ; elle
doit être établie d'une manière , non pas invariable, mais assez générale cependant pour constituer une méthode de traitement, comme cela a lieu d'ailleurs pour toutes les grandes médications, afin d'arriver aussi promptement que possible et sans accident au rétablissement du malade. Ces principes, qui n'existaient pas à Vichy à mon arrivée, j'ai dû les établir, en prenant pour point de départ et pour base l'effet physiologique des eaux sur nos humeurs, comme le moyen le plus rationnel et le plus sûr d'arriver au résultat désiré.
Si cette manière de procéder dans l'administration des eaux et d'envisager leur mode d'action curative n'est pas rationnelle aux yeux de quelques personnes , intéressées sans doute à faire croire le contraire , je dois dire du moins que mes expériences sur des individus bien portants prouvent qu'elle n'a jamais fait du mal, et que mes observations sur les malades chez lesquels cette méthode est employée tous les ans démontrent, au contraire, qu'elle opère avec les plus grands avantages et les meilleurs résultats.
D'après cette méthode d'appréciation , basée sur des faits et non sur des hypothèses , qu'on trouvera décrite lorsqu'il sera question de l'eau prise en boisson , il est évident que le médecin et le malade auront du moins la conviction que le remède aura pénétré jusqu'à l'organe affecté, surtout quand cet organe no peut être mis en
rapport direct avec l'eau , comme cela a lieu pour l'estomac ou la peau. Dans ces derniers cas, on conçoit qu'il est moins important d'arriver jusqu'à l'alcalinité des humeurs , on peut même s'en dispenser complètement, sans nuire pour cela au résultat favorable de la cure.
Cette prédominance alcaline dans nos humeurs me paraît indispensable à la réalisation d'un traitement efficace et sérieux , toutes les fois du moins que la tolérance le permet ; agir autrement, c'est, selon moi, agir en aveugle, sans principes , naviguer sans boussole ou , mieux, traiter les malades au hasard.
Toutes ces indications sommaires démontrent suffisamment combien est utile et délicate la connaissance pratique du mode d'administrer les eaux de \ichy, ainsi que nous allons le voir d'ailleurs en commençant par les bains.