BAINS
Les bains, comme utilité hygiénique, ont été dans tous les temps reconnus indispensables à la santé publique. Montaigne, en 1570, les croyait déjà de la première nécessité. Son opinion, dans ses écrits, est exposée de la manière suivante : « J'ay veu, dit-il, par occasion de mes voyages, quasi tous les bains fameux de chrestienté , et depuis années, ay commencé à m'en servir. Car, en général j'estime le baigner
salubre , et croy que nous encourons non légères incommodités en notre santé pour avoir perdu cette coutume qu'estoit généralement observée au temps passé, quasi en toutes les nations, et est encore en plusieurs, de se laver le corps tous les jours ; et ne puis pas imaginer que nous ne vaillions beaucoup moins de tenir ainsi nos membres encroûtez et nos pores estoupés de crasse. . . A cette cause, j'ay choisyjusqu'à cette heure à m'arrester et à me servir de celles où il y avait plus d'aménité de lieu, commodité de logis , de vivre et de compagnie. » Cette observation des membres encroûtez et de nos pores estoupés de crasse, ainsi que le dit Montaigne, explique le besoin que les Romains avaient de construire en tous lieux des thermes magnifiques. Ce peuple agissait ainsi par mesure d'hygiène publique , attendu que les Romains n'avaient sur la peau qu'une étoffe de laine qu'ils renouvelaient rarement , comme font les Kabyles de nos jours, et des vêtements très-larges, sous lesquels la poussière, pouvant venir se mêler facilement à la transpiration, formait sur le corps un enduit désagréable et malsain , qui estoupait de crasse les pores du corps.
Anciennement les malades ne commençaient les bains qu'après avoir pris, pendant plusieurs jours de suite , l'eau minérale en boisson. Aujourd'hui les malades sont trop pressés de faire marcher ces deux moyens ensemble. Quoi qu'il
en soit, je dirai que l'eau de Vichy, sous forme de bains, possède de très-grands avantages: 1° celui d'exciter la peau , de déterminer une sueur abondante, suivie de chaleur avec picotements ; quelquefois , rarement , il est vrai , il survient une éruption de petits boutons de nature exanthémateuse , désignés sous le nom de psydrdcia thermalis ; 2° celui d'introduire dans l'économie les principes salins, seules parties de l'eau qui paraissent être absorbées parla peau. Ces principes salins doivent être considérés comme passant au travers d'un filtre laissant, dans les mailles du corps, les traces de leur présence, pour être expulsés ensuite par les diverses voies d'excrétion, après avoir purifié les parties touchées.
Ces bains peuvent aussi déterminer de l'insomnie, de l'agitation ou de la céphalalgie, et quelquefois un mouvement fébrile, ou réveiller d'anciennes inflammations cutanées. Ils sont surtout favorables aux personnes dont l'appareil digestif est trop irrité ou irritable ; dans les maladies des voies urinaires , des organes du ventre , dans les névroses hyposthéniques , les douleurs musculaires ou articulaires, ainsi que dans toutes les irritations ou inflammations viscérales, où l'eau, prise à l'intérieur, ne pourrait qu'augmenter le mal au lieu de lo détruire.
C'est au médecin à apprécier l'opportunité de
toutes ces indications : il devra déterminer la durée et la température du bain ; ceci est un point important à considérer, parce qu'un bain pris trop froid ou trop chaud fait varier singulièrement l'effet qu'il doit produire. Sans entrer ici dans toutes les considérations qui se rattachent à la température des bains, ce qui m'entraînerait trop loin, je dirai seulement, comme un fait d'observation, s' appliquant à tous les bains en général, que le bain tiède, de 34 à 35 degrés centigrades, agit plus avantageusement que ceux qui sont plus chauds ou plus froids , attendu qu'à cette température il est toujours suivi d'un sentiment de bien-être avec chaleur agréable , qu'il relâche et déprime doucement les tissus , en favorisant l'absorption et les sécrétions. Le bain, en général, trop chaud, c'est-à-dire qui dépasse la température ordinaire de l'intérieur du corps, qui est de 36 à 37 degrés centigrades, produit une excitation pléthorique vers la peau, diminue l'absorption et peut déterminer une congestion pulmonaire ou cérébrale, accompagnée d'accélération de la circulation, de sueurs abondantes et de lassitude générale.
Les bains froids de 20 à 25 degrés centigrades sont toniques, à condition qu'on y reste peu de temps, de quinze à vingt minutes, sans quoi ils sont débilitants, et refoulent vers les poumons et le cerveau le sang porté à la périphérie du
corps ; ils ont les mêmes inconvénients que les bains trop chauds, mais c'est en agissant dans un sens contraire.
Règle générale, les bains doivent être chauds pour les personnes faibles, et tempérés pour les sujets forts ; quant à la durée, elle doit être réglée d'après le tempérament du malade, son état de faiblesse ou de maladie. Elle varie aussi selon les habitudes et l'expérience des localités; à Vichy, elle est de une heure pour les bains de baignoire. Après ce laps de temps, on a remarqué que la peau cessait d'absorber, et qu'il n'y avait aucun avantage, sous ce rapport, à les prolonger au delà.
Le médecin doit également déterminer la quantité d'eau minérale à mettre dans les bains ; elle doit varier suivant la constitution, l'âge, la force du sujet, la nature de la maladie, et celle de la peau du malade. Ceci est à considérer pour les femmes, à cause de l'excitation plus facile et plus sensible, par suite de la délicatesse du système cutané; c'est pourquoi la transpiration chez elles est plus facile, et la sécrétion urinaire moins abondante que chez les hommes.
Ces bains sont très-utiles aussi, comme nous le verrons plus loin, dans certaines affections de la peau, accompagnées de prurit ou de démangeaisons sans inflammation cutanée. C'est en dissolvant, par son alcali, l' épidémie ou membrane mince, écailleuse, espèce de vernis qui
recouvre la peau ainsi que la matière grasse qui l'imprègne, et avec laquelle les sels alcalins forment un savon soluble, que les produits du bain sont plus facilement absorbés et qu'ils pénètrent plus facilement jusqu'au derme par imbibition, sans quoi l'eau pénètre difficilement dans l'intérieur du corps. Il convient de suspendre les bains pendant l'écoulement périodique. Cette fonction a trop d'influence sur la santé, et son dérangement est trop facile pour qu'on doive s'y exposer légèrement.
Il est utile que le malade, en sortant du; bain, soit essuyé promptement avec du linge chaud, pour que la peau ne reste pas exposée à l'actioii réfrigérante de la vaporisation qui s'échappe du corps ; ce soin est plus particulièrement recommandé aux personnes affectées de la goutte ou de douleurs rhumatismales.
Toutes ces indications devraient être connues des employés des bains, lesquels devraient être initiés aux inconvénients des bains trop chauds ou trop froids, ainsi qu'aux accidents auxquels ils peuvent donner lieu.
D'autres recommandations hygiéniques, concernant les bains en général, devraient être indiquées ici. Nous le ferons brièvement, pour satisfaire au désir manifesté par quelques malades, sans cependant dépasser les bornes de cet ouvrage. Ainsi il faudra être à jeun ou avoir soin de ne se mettre dans un bain tempéré qu'a-
près un temps suffisant pour que la digestion soit entièrement terminée.
Si le bain, au contraire, est froid, il ne faudra pas se trouver tout à fait à jeun, afin d'être en état de réagir contre l'impression d'une basse température ; après un court séjour dans un bain, il n'y a aucun inconvénient à prendre quelques aliments légers, un bouillon, un potage ou une tasse de chocolat. Cette alimentation est même utile dans les bains de piscine, quand ils doivent être prolongés, afin d'éviter la débilité qui est le résultat ordinaire de ces sortes de bains.
On peut également, sans aucun danger, manger immédiatement après un bain, à moins qu'il n'y ait utilité pour le malade à provoquer une transpiration douce et abondante, ce à quoi on parvient facilement en prenant une heure de repos dans un lit convenablement chauffé, sans beaucoup se couvrir.
L'augmentation du poids du corps d'une personne qui a fait un séjour plus ou moins prolongé dans un bain, a été l'objet des recherches d'un grand nombre de médecins. Ces recherches n'ont fourni, jusqu'à présent, aucun résultat positif ; car elles sont toutes différentes, et cela devait être, si nous examinons les difficultés qu'on rencontre dans cette appréciation, lesquelles dépendent d'une foule de causes, qui w.r'teiii, suivant les individus et empêchent la
réalisation de cette question : telle que l'état des capillaires de la peau, la nature de l'épidémie, c'est ainsi que l'enfant absorbe plus facilement que l'adulte, la femme plus que l'homme, à ces causes on peut ajouter l'état maladif de la personne, la plénitude ou la vacuité de l'estomac ou des vaisseaux sanguins, ainsi que les pertes éprouvées par l'exhalation pulmonaire et cutanée, durant les diverses heures de la journée, sous l'influence d'une atmosphère qui varie dans sa nature et par sa densité. Delà, on le conçoit, des difficultés sans nombre, que l'on rencontre dans l'appréciation exacte de cette question. Il est démontré, toutefois, que notre corps perd, dans l'air libre, de 24 à 30 grammes de son poids par heure ; et mes expériences à ce sujet me permettent d'énoncer, en tenant compte de cette diminution naturelle du poids du corps, que quelques individus augmentent de 30 à 60 grammes, après un bain d'une ou de deux heures, et que d'autres restent dans les mêmes conditions; c'est-à-dire qu'ils perdent, par l'exhalation pulmonaire, ce qu'ils gagnent par l'absorption cutanée. Quelques médecins cependant ont prétendu que le poids du corps diminuait, ce qui ne m'a pas été démontré.
Les causes qui favorisent l'absorption de la peau et qui peuvent augmenter le poids du corps après un bain, sont : une nourriture peu abondante, l'astomac vide ou peu chargé d'aliments,
les purgations, les saignées, les frictions exercées sur la peau et le massage pendant l'immersion dans le bain, pris à une douce température. Quant aux autres indications que nous aurions encore à ajouter, les malades les trouveront dans chaque localité balnéaire, d'après la nature des eaux et le genre de maladie qu'on a l'habitude d'y traiter.