‹ Guide pratique des malades aux eaux de Vichy [electronic resource]Chapitre 29 sur 39 · BOISSONS · texte numérisé non relu

BOISSONS

Après avoir passé en revue les divers moyens d'administrer les eaux , nous devons parler de celui qui consiste à les faire prendre en boisson. J'insisterai longuement sur ce point, parce que c'est la manière la plus avantageuse d'en faire usage. Mais auparavant disons un mot sur la difficulté que l'on rencontre à trouver la source qui convient à l'estomac du malade , ce qui exigo parfois quelques tâtonnements. Bien que l'analyse chimique n'indique , pour ainsi dire, entre elles aucune différence de composition , il n'en est pas moins vrai que leur manière d'être n'est pas égale pour toutes les personnes | ce qui prouve que les diverses sources doivent être considérées comme très-analogues?

mais non comme identiques. C'est ainsi, par exemple, que de deux individus placés dans les mêmes conditions maladives , l'un se trouvera bien d'une source, tandis que l'autre ne pourra pas la supporter. Ce résultat, qui se rencontre assez fréquemment , n'a pu jusqu'à présent trouver une explication satisfaisante. Voici , à cet égard, l'opinion du baron Lucas : «Les sept sources de Vichy, dit ce médecin , présentent dans leur emploi médical des différences bien plus importantes qu'on ne pourrait le croire d'après l'analyse chimique; et, bien qu'il soit difficile d'apprécier à priori la raison de cette différence , des observations nombreuses , renouvelées depuis vingt-trois ans, ne me laissent aucun doute à cet égard. Dans cet état d'incertitude, il faut interroger la susceptibilité des organes, la mobilité nerveuse des malades; il faut tâtonner pendant tout le cours du traitement. Cette même circonspection est nécessaire surtout, suivant les changements de l'atmosphère : la température , le degré d'humidité , l'état électrique de l'air, sont autant de causes influentes qu'il n'est jamais permis de négliger. »

Le second point à considérer, après avoir reconnu la source qui convient aux dispositions de l'estomac des malades, c'est de trouver les quantités nécessaires à la cure individuelle. Cette importante question, qui n'avait nullement éveillé l'attention des médecins jusqu'à monar-

rivée à Vichy, consiste à placer les malades dans des conditions régulières d'alciilinité. La seule indication que recevaient les buveurs était de se rendre à telle ou telle source , et d'y puiser trois ou quatre verres d'eau, soir et matin, et souvent plus ; car les malades sont toujours disposés à dépasser la dose prescrite par le médecin , tant ils sont désireux , et on le conçoit, de se débarrasser au plus vite de leurs infirmités et d'abréger le plus possible la durée du séjour ; de telle sorte que, s'ils arrivaient à la dose d'eau convenable , ils le devaient bien plus à un heureux hasard qu'à une direction raisonnée de leur part. Cette marche peu régulière avait deux inconvénients également funestes, qui étaient de prendre trop ou trop peu ; ce qui ne saurait arriver après l'examen chimique que j'ai le premier mis en usage d'une manière méthodique , avec le plus grand avantage et sans aucun des inconvénients attachés à la méthode habituelle dite à discrétion, ou bien suivant la tolérance de l'estomac des malades.

Cette méthode que j'emploie journellement, consiste à constater tous les matins, avant de commencer la cure du jour, dans les humeurs acides à l'état normal, dans l'urine en particulier, à l'aide des papiers réactifs de curcuma ou de tournesol, ce dernier rougi par un acide faible, la quantité d'eau minérale nécessaire à chaque individu pour modifier son état humoral et

l'élever au degré d'alcalinité convenable, afin de pouvoir, parce moyen bien simple, diminuer ouaugmenterla quantité d'eau minérale, suivant l'importance de la maladie ou l'état du malaun. L'acalinité n'est ici qu'un moyen précieux que la chimie nous offre pour mesurer, si je puis m' exprimer ainsi, la quantité d'eau minérale qui convient à chaque individu ; un thermomètre destiné à faire connaître l'état de nos humeurs pendant la cure ; une boussole, enfin, qui doit servir de guide aux malades ainsi qu'aux médecins, et non point seulement pour constater la présence d'un agent thérapeutique sur lequel doit reposer toute la puissance des sources de Vichy ; car, nous devons le reconnaître, les autres éléments de l'eau sont, sans aucun doute, tout aussi utiles à la guérison que le bicarbonate de soude, dont ou ne peut incontestablement les séparer sans détruire à l'instant la solidarité d'action du médicament, dont l'ensemble constitue le traitement par les eaux de Yichy.

A cet effet, j'engage les malades, particulièrement ceux qui sont atteints d'engorgement des viscères de l'abdomen, de goutte, de gravelle, de diabète, de cachexie palustre ou de toute autre maladie ayant altéré sa constitution, à porter jusqu'à l'alcalinité les humeurs acides du corps, l'urine en particulier. Cette transformation humorale permet de mesurer la dose du médicament à administrer pendant le traitement, et

donne la certitude que l'individu a été organiquement mis en rapport avec les éléments de l'eau, qu'il a vécu en un mot pendant la durée de la cure dans un milieu différent de celui dans lequel il se trouvait placé avant de faire usage des eaux. C'est durant le temps passé sous l'influence de cette transformation que l'état morbide disparait, pour faire place et permettre à l'état physiologique de reprendre le cours normal des fonctions organiques. Par ce changement momentané dans la nature de nos humeurs, on aura ainsi tout lieu d'espérer que cette modification amènera nécessairement par la suite un changement favorable dans la situation vicieuse dans laquelle le malade se trouvait placé avant de venir à Vichy, situation qui compromettait sa santé, minée sourdement et de toute part par la cause morbide.

Je dirai à ceux qui, a cet égard, se font un métier de critiquer à Vichy les idées des autres, s'imaginant par là faire sans doute étalage d'un grand savoir, qu'en toute chose, Une faut ni aller au delà, ni rester en deçà du but ; inconvénients

graves, dont le procédé que j'ai indiqué peut, à lui seul, mettre à l'abri les personnes qui désirent faire une cure sérieuse et convenable.

Cette manière régulière de doser les eaux de Vichy, comme il est d'usage de doser tout médicament, suivant la nature ou la gravité de la maladie, a été appliquée non-seulement aux

malades de l'hôpital militaire, mais encore aux personnes étrangères à cet établissement. J'ai été conduit, parce procédé, à m'assurer que les anciens médecins approchaient bien plus de la vérité que ceux d'aujourd'hui, relativement aux proportions d'eau nécessaires au traitement de chaque malade. Les anciens intendants ou médecins des eaux étaient, avec raison, très-réservés dans les doses qu'ils faisaient prendre en boisson ; car Fouet recommande très-expressément de ne les boire qu'à petites doses et de n'augmenter que par huit onces. D'autre part, il nous dit que si on veut les prendre avec fruit, il ne faut en boire que trois ou quatre verres par jour, pendant trente ou quarante jours, afin de donner au sel le temps d'agir sur les humeurs, qui lui résistent longtemps, et sur lesquelles, quand on les presse, dit-il, elles ne font que glisser et n'emportent rien. Nous voyons, en effet, tous les jours, que les petites doses d'un médicament pénètrent plus doucement dans le sang, et qu'elles ne provoquent point, ainsi administrées, d'action purgative, ni aucun trouble du côté de l'estomac.

Ce qu'il y a de surprenant c'est que, malgré ce qu'on vient de lire, écrit depuis des siècles et répété depuis seize ans dans ce Guide, certains critiques sans valeur, peu versés, il faut le dire, dans la science médicale, aient voulu se poser en réformateurs à l'égard des doses d'eau tandis

qu'ils n'étaient au fond que de pauvres copistes cherchant à faire du neuf, en attirant sur eux l'attention publique, et puis, voyant qu'il leur est impossible de rejeter ces faits, ils calomnient la bonne foi des hommes les plus honorables.

Comment, en effet, ne pas occasionner de violentes inflammations gastro-intestinales en buvant journellement des dix, quinze et vingt verres d'eau minérale pure, et quelquefois plus, . alors que la peau, organe beaucoup moins impressionnable que l'estomac, ne-peut supporter longtemps le contact de cette même eau pure sans s'emflammer? Ne sait-on pas, en outre, ainsi que l'a démontré M. Ed. Robin, qu'une trop grande quantité de sels dans le sang ralentit la circulation de manière à produire des effets hyposthénisants ou stupéfiants ?

A l'aide du procédé dont je viens de parler, basé sur la nature chimique des humeurs, je suis parvenu à reconnaître des différences individuelles bien grandes. C'est ainsi que j'ai vu des malades être complètement alcalisés avec deux verres d'eau minérale pendant vingt-quatre heures, chaque verre ayant une contenance de 200 à 250 grammes ; tandis que d'autres ne parvenaient h manifester des traces d'alcalinité qu'après en avoir avalé quinze ouVingt verres. Il est facile de concevoir par là combien, avec une eau aussi énergique, il eût été dangereux et compromettant d'en boire, dans le premier

cas, huit ou dix verres seulement , ainsi que cela se pratique journellement parmi quelques malades, et, à plus forte raison, si cette dose eût été poussée plus loin, comme on le voit très-fréquemment. Il faut cependant qu'elle soit assez élevée, sans quoi les acides de l'estomac pourraient s'emparer de tout l'alcali ; dans ce cas, le sang et par suite tous les organes s'en trouveraient privés, et Je traitement, dès iors, serait incomplet, toutes les fois du moins que l'état constitutionnel aurait besoin d'être modifié pour opérer une guérison profonde , diathésique.

J'ai vu également, à l'aide de ce moyen d'appréciation, que les constitutions délicates, que les malades les plus affaiblis par de graves ou longues souffrances, étaient ceux qui se trouvaient saturés avec des doses minimes ou homœopathiques, un ou deux verres par jour ; tandis que les personnes les plus fortes étaient relies qui se trouvaient le plus réfractaires à l'alcalisation.

Cette observation est ici de la plus haute importance pratique, car ce sont précisément les glus faibles et les plus malades qui, par ces motifs, se croient dans la nécessité d'en prendre des quantités plus fortes : ce qui explique les nombreux accidents qui arrivent si souvent aux malades, alors qu'ils ne prennent pour guide que leurs propres sensations, et pour règle de cou-

duite que les dérangements apportés par le traitement dans* l'ordre des fonctions.

Il peut se faire qu'en prenant les eaux à discrétion, comme les prescrivent encore, malgré les inconvénients que nous avons signalés, la plupart des médecins de Vichy, quelques malades supportent des doses considérables d'eau avec un amendement rapide dans les symptômes de leur maladie ; en agissant ainsi, il arrive souvent que ces personnes se trouvent tout à coup incommodées et forcées de cesser la cure pour la reprendre plus tard ; mais ce retour n'est pas toujours possible, soit par dégoût, soit par intolérance de la part de l'estomac, qui se trouve ordinairement fatigué par ces doses outre mesure administrées dès le début. Il est cependant quelques constitutions rebelles, rares à la vérité, qui ne sont nullement influencées par l'action des eaux, et chez lesquelles la manifestation alcaline ne se produit que très-difficilement. Dans ce cas, il ne faudrait pas insister pour ],' obtenir, dans la crainte d'irriter les voies digesfivos. Ces rares exceptions prouvent seulement au'il existe des constitutions dont les humeurs sont fortement acides et difficiles à être modifiées par les eaux.

L'alcalinité d^spara^t souvent quand les malades veulent dépasser certaines limites. Il sur- \ iint, dans ce cas, une espèce de fièvre générale ou locale, qui fnit que les urines, qui étaient

alcalines, peuvent, si le trouble général causé par l'eau ou par tout autre motif est assez prononcé, devenir acides bientôt après, et rester dans cette état, tant que la fièvre ou le malaise n'auront pas cessé.

L'odeur fétide que les eaux de Vichy communiquent parfois aux urines, pourraient faire penser qu'elles évacuent une matière étrangère à toute sécrétion, par une sorte de dépuration de quelques principes morbides. Ce principe fugace, dont nous ignorons la cause, est, dans tous les cas, inappréciable à l'analyse chimique, comme toutes les émanations de ce genre.

Je dois blâmer également l'usage, généralement répandu, de prendre les eaux alcalines coupées avec du vin, comme moyen de traitement ; ainsi que nous allons le démontrer plus loin, c'est un procédé auquel certainement ceux qui le conseillent n'ont point réfléchi, mais dont on comprendra l'inconvénient quand on saura que le vin, à cause de son acidité naturelle, détruit complètement et change la composition chimique de l'eau, en lui faisant perdre son alcalinité, qu'il importe tant de lui conserver, et qui constitue, pour ainsi dire, la vertu essentielle de l'eau. Cette action décomposante et neutralisante tout à la fois est tellement puissante, qu'un verre de vin rouge ordinaire de Bourgogne, qui n'est pas très-acide, détruit l'alcalinité de trois verres de la même dimension

d'eau des Célestins, la plus alcaline de toutes les sources. Si ce mélange d'eau minérale avec le vin a lieu, ]e traitement dès lors ne pourra avoir d'autre effet que de favoriser les digestions ; dans ce but unique, les malades peuvent en faire usage comme d'une chose très-utile, mais il ne faudra pas le considérer comme pouvant fournir les éléments d'une cure sérieuse générale, ayant pénétré profondément dans l'organisme, et susceptible par conséquent de fournir des résultats positifs de guérison ; puisque l'eau employée de cette manière n'est plus dans son état naturel, mais bien une eau décomposée, qui peut suffire ainsi pour guérir diverses affections de l'estomac, mais non pour combattre et détruire un état général diathésique.

Il est ici une remarque à faire, c'est que les malades prennent sans répugnance des quantités d'eau minérale chaude ou froide qu'ils ne pourraient jamais avaler si c'était de l'eau ordinaire.

Durée du traitement,

La durée de la saison des eaux est une question difficile à déterminer ; sa limite est subordonnée à une foule de circonstances que personne ne peut apprécier d'avance, vu que pour certaines affections la guérison pourra s'effectuer au bout de quelques jours, tandis que pour d'autres il faudra plusieurs mois, et même des

années. Cela dépend évidemment du plus ou moins de gravité des maladies et de la tolérance des malades pour ce médicament.

Tardy pensait, relativement à la durée du traitement, que, pour désobstruer les humeurs, il fallait huit jours seulement, en ne prenant jamais plus de quatre verres par jour; et encore, Jit cet auteur, cette dose est-elle trop considérable. Pour guérir une infirmité ordinaire, il faut quinze jours, et pour détruire les obstructions rebelles, les paralysies, les engorgements du foie, de la rate, etc., deux ou trois mois, en ayant soin de prendre, après chaque huitaine, quelques jours de repos. Il recommandait également à ceux qui partaient de faire usage des eaux pendant huit ou dix jours par mois dans le courant de l'année.

« On s'abuse étrangement, dit Tardy, si l'on pense qu'en prenant chaque matin six ou huit livres d'eau, ou trois ou quatre pintes pendant vingt jours consécutifs, on doive en attendre les mêmes succès que ceux qu'on a lieu d'espérer lorsqu'on emploie deux mois pour en consommer la môme quantité.

« Cet ahus, continue le même auteur, est beaucoup moins à craindre pour les personnes qui n'ont que de petites maladies à combattre que pour celles qui en ont de graves. »

Il arrive parfois aussi qu'en continu an l les eaux pendant un temps trop long, on voit, l'aiiiô-

lioration, qui s'était manifestée dans les premiers joursj cesser tout à coup et la maladie se réveiller, c'est-à-dire qu'après un effet calmant il survient une action trop vive, sous l'influence de laquelle l'état maladif tend à reparaître.

Dans tous les cas, voici, sous ce rapport, ce que l'expérience nous a permis de recueillir dans le service de l'hôpital militaire de Yicliy : tous les malades qui étaient atteints d'engorgement du foie ou de la rate ont été mesurés tous les quinze jours, ainsi que l'organe malade; cette opération a été faite avec le plus grand soin pendant une période de deux mois ; au bout de ce temps, il est résulté de nos diverses épreuves que ceux qui, après un mois ou quarante jours, n'avaient pas encore éprouvé de diminution dans le volume de l'engorgement, n'ont rien gagné par la suite, car leur état est resté stationnaire jusqu'à leur sortie de l'hôpital, malgré la continuation du traitement, qui a duré soixante jours pour les plus graves. 11 faut ajouter aussi que, dans les derniers jours, la faiblesse musculaire et l'espèce de dégoût que les malades éprouvaient pour l'eau nous ont mis dans la nécessité de ralentir et même de suspendre chez quelques-uns le traitement ; ce qui tendrait à prouver qu'après quarante jours de séjour bien employés, les malades peuvent, en général, se considérer comme ayant satisfait aux exigences d'une saison complète, de telle sorte que, si, à

cette époque, ils ne sont pas guéris, il vaut mieux les renvoyer à une autre année que de les obliger à continuer péniblement un traitement qu'ils finissent toujours par prendre avec dégoût et, par conséquent, sans bénéfice aucun pour leur santé.

Il est d'observation que les saisons à Vichy, sous le rapport de leur durée, peuvent être divisées en trois catégories : elles seront de vingt à vingt-cinq jours pour les affections légères, de trente au moins pour les moyennes, et de quarante pour les plus graves, les plus enracinées. C'est un moyen dont il ne faut pas abuser, car on voit souvent qu'une fois l'impulsion donnée, l'action vitale des organes malades, mise enjeu par les eaux, suffit ensuite pour achever la guérison. L'effet consécutif de la cure n'est pas toujours sensible au moment du départ des malades ; ce n'est ordinairement qu'un mois et même plusieurs mois après avoir cessé les eaux que la personne pourra juger du résultat définitif du traitement. Ce travail modificateur des eaux est tellement constant, que le médecin doit en avertir les malades, afin de les détourner de l'emploi, pendant ce même laps de temps, de toute autre médication active qui ne serait pas réclamée par une absolue nécessité.

Le retard que la nature apporte à manifester le bienfait des eaux peut s'expliquer de la manière suivante : le sang étant l'incitateur de tou-

tes nos fonctions et le réparateur matériel de tous nos organes, dont la vitalité est devenue inerte par l'effet des souffrances, ces organes, ayant reçu un commencement de régénération pendant la cure à l'aide du sang modifié par les eaux, et réveillés de leur engourdissement, ne peuvent être en état de fonctionner qu'après avoir acquis évidemment une certaine force de cohésion, laquelle, comme chez les enfants qui viennent au monde, ne s'obtient qu'après une durée de quelques mois.

Précautions observées anciennement.

Après avoir étudié tous les écrits qui ont été publiés sur les eaux de Yichy, on ne doit plus être surpris aujourd'hui des cures remarquables qu'on voyait autrefois, et qui se réaliseraient très-facilement de nos jours si l'on voulait se soumettre aux privations et aux précautions minutieuses des temps passés. Pour mieux faire ressortir à cet égard la différence qui existe entre ce qui se faisait autrefois et ce qui se fait actuellement, et comparer la différence des résultats obtenus aux deux époques, nous rappellerons que les anciens médecins recommandaient à leurs malades, plus dociles qu'aujourd'hui aux prescriptions du docteur, de vivre très-régulièrement quinze ou vingt jours avant de se rendre aux eaux ; de n'y arriver qu'à petites journées, de manière à ne pas perdre le sommeil pendant

tout le voyage ; de se reposer, en arrivant, deux ou trois jours de suite ; de se passer de domestique et d'éloigner toutes les inquiétudes, de quelque nature qu'elles fussent. Quelques malades se faisaient saigner , d'autres se purgeaient ; le tout pour se disposer à l'usage des eaux. D'autres fois, on leur faisait boire trois verres d'eau minérale, pendant trois ou quatre jours, avant de prendre le purgatif, afin de détremper les humeurs et de faciliter l'action purgative des médicaments. On conseillait aux malades de manger seuls, pour ne pas s'exposer à manger par complaisance ; de ne pas dormir après les repas ; de prendre les eaux par petites quantités, de 16 à 20 onces, et d'aller ensuite en augmentant,, de 0 en 6 onces, jusqu'à ce qu'on fût arrivé à la dose qu'on ne devait pas dépasser. L'eau en boisson devait être prise le matin, en s' arrangeant de manière à avoir fini le dernier verre à huit heures pendant les chaleurs, et à neuf heures dans les temps frais. On disposait les personnes en leur faisant prendre préalablement du bouillon de poulet ou de veau, dans lequel on ajoutait de la chicorée sauvage, de la laitue et de la poirée ; on avait remarqué que, par suite de ces précautions, les effets salutaires des eaux étaient beaucoup plus prompts, plus soutenus et plus sensibles. Lorsque la maladie n'était pas grave, on faisait prendre au xnalade, dans le premier verre d'eau minérale,

Page 1