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CHAPITRE VI

EXAMEN DES EVACUATIONS ALVINES J ENTERITES, FIEVRE TYPHOÏDE, CHOLÉRA, ETC.

L’examen bactériologique des liquides de l’estomac, montre un grand nombre de microbes apportés par la salive ou par les aliments. Les recherches faites jusqu'ici dans cette direction n’ont pas donné de résultats cliniques appréciables. Nous passerons donc immédiatement à l’examen des liquides et solides évacués par l’intestin, qui présente plus d’intérêt.

193. Bactériologie normale de V intestin. — A l'état de santé, l’intestin renferme une grande abondance de microbes pathogènes ou simplement saprogènes, appartenant à presque toutes les espèces que nous connaissons déjà et qui existent dans la salive ou à la surface de la peau et des muqueuses. Quelques heures après la naissance, des bactéries se montrent déjà dans les selles des nouveau-nés. Il importe de connaître les bactéries saprogènes pour ne pas les confondre avec celles qui sont réellement pathogènes.

194. Récolte des bactéries dans les selles. — L’échantillon qui paraît le plus convenable pour celte recherche ayant été prélevé selon les règles ordinaires, on aura

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soin de ne prendre, avec l’extrémité du fil de platine qu'une parcelle aussi petite que possible de matière que l’on diluera dans l’eau distillée avant de faire des ensemencements sur plaque. On devra employer concurremment les procédés de cultures propres aux microbes aérobies et anaérobies.

Dans les préparations faites immédiatement on constate une multiplicité très grande de microbes. Une culture dans le bouillon à 37° donne au bout de quelques heures le même résultat. Mais la plupart de ces bactéries sont apportées du dehors par les ingesta, et deux jours après on ne trouvera plus généralement dans le bouillon que le Bacillus coli à l’état de culture pure. Il est probable que ce microbe détruit, déjà dans l’intestin, les autres microbes ingérés avec les aliments.

Après le Colibacille, qui d’ordinaire est un simple saprophyte mais qui devient pathogène à l’occasion, les espèces les plus communes sont le Proteus vulgaris , le streptobacille que nous figurons (lîg. 32, g), un gros diplocoque (fig. 32, h) et quelques autx-es, qui ne sont pas considérés comme pathogènes.

195. Renseignements préliminaires. — Les microbes que l’on considère comme pathogènes dans les Entérites sont les suivants :

1° Le Bacillus coli , ou colibacille, est le plus fréquent bien qu’il ne soit pas considéré comme spécifique. On le trouve dans l'entérite des nourrissons, le Choléra infantile, le Choléra noslras, la Diarrhée cholériforme et l’Appendicite.

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'2° Le Bacille de la diarrhée verte , qui n’est, très probablement, qu’une variété chromogène du colibacille. C’est dans les élémente gras du lait (beurre) que ce microbe trouve des aliments pour subir celte transformation.

Fig. 32. — Schéma bactériologique des selles (entérites' :

fl, bacillus colin, t de la diarrhée verte; — bacille typhique: — r. vibrion du choléra: — ’ </, bacillus lactis ; — e, bacille de Gærtncr ; — f , bacille acétique: bacille vulgaire

des matières fccales ; — /t, gros diplocoquc [ces deux derniers non pathogènes] (X 1000).

3° Un microbe du genre Tyrolhrix a été trouvé par Lesage dans les formes pyrétiques et algides de l’entérite des nourrissons.

4° Le Bacille pyocyanique se trouve dans les mêmes entérites.

5° Le Bacillus lactis aeror/enes , se montre dans le

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choléra infantile, associé généralement aux microbes suivants :

Proteus vulgaris ,

Staphylococcus alhus et aureus et aux espèces déjà signalées (Colibacille, etc.).

On a signalé en outre des Protozoaires tel que Monocercomonas hominis, des Amibes, etc.

196. La Diarrhée cholériforme contient le colibacille : on n’y a jamais trouvé le bacille virgule du choléra asiatique (Netter).

197. La Dysenterie a été attribuée tantôt à des vers, tantôt à des amibes, tantôt à des Microbes (co libacille ou espèce voisine, etc.). Il est donc probable que l'étiologie de celte maladie est multiple. Dans tous les cas, elle réclame de nouvelles recherches.

198. Fièvre typhoïde. — Le bacille d’Eberth ou bacille typhique ressemble -absolument par sa forme et ses principales propriétés au Bacillus coli, aussi a-t-il été souvent confondu avec lui par les anciens auteurs. Nos figures le représentent comme un peu plus petit que ce dernier (fig. 3'2 , Z>), mais la taille est variable suivant les circonstances, notamment dans les cultures.

Le seul moyen qui permette de distinguer sûrement les deux bacilles, est le Procédé du lactose indiqué par Chantemesse etWidal et modifié de la façon suivante par Wurtz :

199. On prend des tubes de gélose ou de gélatine additionnés de’2 p. 100 de sucre de lait (lactose). Après

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avoir fait fondre le contenu de ces tubes, on y ajoute assez de teinture de tournesol bien neutre, pour les colorer en violet améthyste. On stérilise à 100° (pas davantage) pendant un quart d’heure. On sème le bacille à déterminer, puis on met à l’étuve à 37°. Au bout d’un temps variable, on constate la couleur des tubes. Si le tube contient le bacille typhique, la couleur reste bleue dans toute la partie ensemencée. Au contraire si le tube contient une culture de colibacille, la couleur passe au rouge vif et le tube montre dans sa profondeur de nombreuses bulles de gaz, qui, parfois, décolorent la gélose en contact avec le verre.

On obtient la même réaction caractéristique sur plaque de gélose additionnée de lactose et de tournesol.

200. Récolte du Bacille typhique. — On le recherchera dans les selles au début, dans le sang des taches lenticulaires, dans les abcès, et même dans le sang de la rate obtenu par ponction.

Il ne se trouve dans les selles qu'au moment de l'ulcération des plaques de Peyer.

On l’obtient facilement du sang prélevé par piqûre au niveau des taches lenticulaires.

201. Diagnostic du Bacille typhique. — 11 est important de savoir que le colibacille est encore plus fréquent que le Bacille typhique dans les selles des typhiques. Il en résulte que la méthode des cultures sur plaque peut être tout à fait infidèle, en ce sens qu’on ne peut arriver à séparer les deux bacilles sur une même plaque

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de gélatine ou de gélose, le colibacille, ayant une vitalité beaucoup plus grande et étouffant les colonies du bacille typhique (R. Wurtz). C’est toujours le colibacille que l’on isolera dans ce cas. Pour avoir le bacille spécifique à l'éLat de pureté, il faut aller le chercher dans la rate ou le pus des abcès tardifs. On aura recours au Procédé du lactose (199) qui permet de distinguer les deux microbes, pourvu qu’ils soient extraits d’une culture pure.

202. Choléra. — Cette maladie a pour microbe spécifique et agent pathogène le bacille virgule de Koch (fig. 33), qui se trouve dans les selles des cholériques et dans les eaux contaminées par les malades atteints de celte maladie. Mais on trouve dans les eaux potables plusieurs microbes ayant la môme forme.

203. Diagnostic clu Bacille virgule. — D’après Koch, il faut employer les cinq procédés suivants :

1° Examen microscopique,

2° Culture dans une solution de peptone,

3° Culture sur plaque de gélatine ;

4° Culture sur plaque de gélose ;

5° Réaction du rouge du choléra (indol nitreux).

1° Récolte et examen immédiat du bacille cholérigue. — On choisit dans les selles un flocon muqueux (grains riziformes) que l’on écrase sur une lamelle suivant la méthode ordinaire (109). On colore par le liquide de Ziehl dilué. Le bacille virgule (commabacille) se montre alors en culture pure ou mélangé aux microbes de l’intestin parmi

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lesquels prédomine le hacillus coli. Les bacilles virgules se trouvent souvent orientés dans le même sens, comme s’ils provenaient de la segmentation récente de vibrions allongés et parallèles, comme c’est ordinairement le cas.

2° Culture sur peptone. — On se sert d'une solution

Fig. 33. — Vibrion du choléra :

a, culture sur gélatine ; — b, culture sur gélose (forme involutive) (X 1000'.

de peptone à 10 p. 100 additionnée de 1 p. 100 de sel marin et à réaction fortemen t alcaline. Une trace des selles suspectes est ensemencée et l’on met à l’étuve à 37°. Au bout d’environ huit heures, on trouve à la surface de la solution des cultures pures du bacille cholérique. Après examen microscopique, si l'on constate la présence des microbes en virgule, on sème sur plaque de gélatine.

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3° et 4° Cultures sur plaque de gélatine ou degèlose. — Avec les colonies précédentes on pratique des ensemencements en stries à l'aide du (il de platine, de préférence sur gélose. Après séjour à l’étuve à 37° pendant huit à dix heures, on obtient des colonies caractéristiques,, de forme arrondie à stries concentriques, transparentes et d’un gris brunâtre.

5° Réaction du rouge ou indol. — Dans un tube de bouillon ensemencé de choléra, après vingt-quatre heures d’étuve, on verse une solution à 5 p. 100 de nitroprussiate de soude, puis de la lessive de soude. 11 se produit une coloration rose-rouge qui, par l’addition de l’acide acétique, passe au bleu-verdâtre.

Les réactions précédentes et même l’injection intrapéritonéale faite aux cobayes ne donnent pas toujours des indications infaillibles au point de vue de l’espèce microbienne capable de produire des symptômes cholériformes . Cependant le bacille virgule doit être considéré comme l’agent incontesté du véritable choléra asiatique, et les données précédentes serviront de base aux recherches en cas d’épidémie.

RÉSUMÉ

204. Le bacillus coli eL les bacilles spécifiques (fièvre typhoïde et choléra), sont les microbes pathogènes qu’il importe le plus de déceler dans les selles en cas d’alTcclions graves. Nous avons indiqué ci dessus (199, 203) les procédés propres à assurer le diagnostic.

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