I. SAVONS DURS FABRIQUÉS A CHAUD
SAVON BLANC D’AXONGE. — Le savon blanc de toilette de première qualité a pour base l’axonge (panne ou graisse de porc). On mélange à cet axonge,5à 10 pour 100 d’huile de coco, cette dernière ayant pour objet de rendre le savon plus doux et plus mousseux, et on saponifie (empâtage) avec de la lessive neuve de 8 à 10 degrés ; et après 3 à 4 autres heures d’ébullition
modérée, on termine l’empâtage par de la lessive neuve
à 20 degrés.
La séparation du savon des lessives aqueuses s’obtient par l’emploi d’une lessive de recuit très-claire, marquant 25 à 30 degrés, ou par une lessive de soude à 15 degrés, saturée de sel marin.
Le savon, séparé de l’excès des lessives d’empâtage, est soumis à la cuite, opération qui a pour but de saturer entièrement les acides gras par l’alcali caustique, et se pratique habituellement par l’emploi de deux sortes de lessives neuves, incolores et pures, appelées services, marquant 15 à 18 degrés pour la première, et 25 à 28 degrés pour la seconde.
La cuite terminée, ce qu’on reconnaît quand le savon forme des écailles dures lorsqu’on le presse entre les doigts, on évacue la lessive et on procède à la liquidation, c’est-à-dire à l’épuration des grumeaux de savon. Cette opération, a lieu en faisant vivement bouillir le savon égoutté avec une lessive de soude à 10 degrés, et lorsque le savon est devenu liquide, on soutire la précédente lessive qu’on remplace aussitôt par une autre à 5 degrés. Lorsque la liquidation est complète, on retire du feu, on brasse vivement, on laisse reposer 12 à 15 heures, on enlève une couche d’écume qui recouvre le savon, et on verse celui-ci dans des mises où, après une semaine, il a pris une consistance convenable.
SAVONS BLANCS DE SUIF. — Les plus blancs se font avec du suif de mouton, additionné de 20 à 25 pour 100 d’axonge ; ceux moins blancs sont à base de suif de bœuf purifié et bien blanc, auquel on ajoute 5 à 10 pour 100 d’huile de coco. L’empâtage qui se fait comme poulie savon d’axonge, exige néanmoins plus de précautions. La cuite s’effectue en trois services au lieu de deux. La liquidation se pratique de la même manière que pour le savon d’axonge. Le mélange de savon de suif et de savon d’huile de palme, forme la base de tour- les sa-
vons jaunes connus dans le commerce sous le nom do savons de guimauve.
SAVONS D’HUILE DE PALME. — Outre le mélange ci-dessus, on fabrique aussi un savon d’huile de palme seule ou additionnée de 5 à 10 pour 100 d’huile de coco pour rendre le savon plus mousseux. On emploie de belle huile de palme récente, d’une belle couleur jaune, et d’une odeur aromatique bien franche, on y mélange l’huile de coco, on empâte en trois opérations ; la séparation, la cuite et la liquidation se font comme pour les savons précédents, la dernière opération doit être ménagée. L’écume qui recouvre le savon est abondante et tenace. Le savon obtenu, doit être d’un beau jaune et d’une odeur agréable.
SAVONS DEMI-PALME. — Le savon demi-palme résulte de la saponification d’un mélange d’huile de palme, de suif et d’une petite quantité d’huile de coco. Quelques fabricants ajoutent parfois à ce mélange 5 pour 100 de résine épurée ; ce savon qui est jaune et d’une bonne odeur, lorsqu’il est bien réussi et que les matières premières sont de premier choix, est la base des savons de guimauve fins et demi-fins.
SAVONS D’HUILE DE COCO. — Ces savons sont faoriqués avec de l’huile de coco bien pure, des sels de soude de 80 à 85° alcalimétriques, un peu de potasse perlasse, carbonates alcalins qu’on rend caustiques par le traitement à la chaux. La saponification se fait à la vapeur en une seule coction. Les savons d’huile de coco sont souvent très-caustiques, la saturation des alcalis n’étant pas complète.
SAVON ROSE D’HUILE DE COCO. — Le savon blanc précédent étant préparé, on le colore en y incorporant, au moment d’être versé dans la mise, des substances
minérales rouges, plus stables que les matières colorantes tirées du règne végétal et animal. On emploie généralement le minium, la mine-orange, et principalement le vermillon français à la dose de 5 à 8 grammes par kilogramme de savon, suivant la nuance de rose qu’on veut obtenir.
Le SAVON BLANC MARBRÉ DE ROSE qu’on trouve dans le commerce s’obtient en versant sur du savon blanc, au moment où il commence à s'épaissir, du savon fortement coloré en rose et presque bouillant ; une agitation de quelques secondes seulement provoque dans fa masse ces marbrures roses dont l’effet est très agréable à l’œil.
SAVON GRIS D’HUILE DE COCO ET DE PALME. - On prépare ce savon propre à la toilette, en traitant un mélange de 96 kilog. d’huile de coco et de 4 kilog. d’huile de palme noircie, par son poids de lessive de soude et de potasse et à 3ü degrés, en opérant de la même manière que pour faire le savon blanc d’huile de coco.
L’huile de palme noircie s’obtient en faisant réagir sur l’huile jaune un mélange d’acide nitrique et de zinc.
Une observation importante que nous ne pouvons passer sous silence, c’est que lorsqu’on veut obtenir du savon de bonne qualité, il faut que, dans la chaudière à liquidation, il se forme après le repos, trois couches distinctes: Celle au-dessus est le savon d’écume, celle audessous est un savon impur ou savon noir, celle intermédiaire est le bon savon.
Le savon d’écume et le savon noir sont utilisés dans une nouvelle cuite de bon savon. Les deux savons impurs se produisent en quantités différentes suivant la nature des matières premières employées. (Voir, pour plus de détails, l’excellent « Guide du fabricant de savon » de M. L.Droux.)
Parmi les appareils les plus convenables pour fabriquer les savons de toilette, nous citerons celui inventé par MM. Hodgson et E. Holden.