‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 37 sur 95 · PUBLIUS SEXTUS , OCULISTE DE LA SIXIÈME LÉGION · texte numérisé non relu

PUBLIUS SEXTUS , OCULISTE DE LA SIXIÈME LÉGION

Par la natur-i de leurs occupations, plus encore par celle de leurs habitudes , les Romains durent être sujets aux maladies des yeux : le (^rand nombre d'oculistes qui existait parmi eux nous l'indique assez. Nous croyons devoir rapporter ici quelques unes des inscriptions des pierres sijjillées, parce qu'elles jettent un certain jour sur les divers médicamens qu'employaient les anciens, et sur le mode de leur emploi.

Sur une de celles conservées par M. Tochon , on litsur chacime des quatre faces une des inscriptions suivantes :

TiBERlI JULII CLARI DIALIBANUM AD IMPETUM. TiBERII JULII CLARI DIAMISON AD VETERES CALIGINES.^ TlBERU JULII CLARI DIARHODON POsT IMPETUM. TiBERII JULII CLARI DIALEPIDOS AD ASPRITUDINEW.

D'après ces instructions , il résulte plusieurs faits.

Le premier qu'il existait des remèdes pour dift'érens états d'une maladie , et que le collyre employé ad impetum, c'est-à-dire contre Tinflammation subite, était bien différent de celui mis en usage post impetum , c'est-à-dire , lorsque l'inflammation avait cessé. Dans le premier cas on employait le dialibanum , dans le second c'était diarhodon;

(1) Saxius , Chr. Saxii epistola ad rirum amplissimum eruditissîmumque H. F'an de fVyn, de veteris medici ocularii (jemmâ sphrcujide^ fmpè Trajectum. ad Mosam niiper erecfa, Traject. ad Rheiîum, 1774,in-S.

(2) "N'alchins , Àntiqvitatcs medicœ. J; na? , 4772.

^3) De ruriii veterum mcdicorinn ocvhiriorum coJIi/riis qucrum memoriu inpriscis in^cri^'fi^ aJhic superesi. Y.teb., 4772.

le dialibanum tirait son nom du principal ingrédient qui entrait dans sa composition , l'encens : le diarhodon était une composilioa où entraient les roses. Dans une au tre pierre on trouve :

QllNTI JUNII TAURI DIALIBAN. AD SUPPURATION. EX OVO.

Comme on le voit, les oculistes anciens employaient pour favoriser la suppuration un digestif encore recommandé de nos jours. Alexandre deTraL^s donne ainsi laformuledece collyre et les moyens de l'employer. Lac muUebre cum vi^ fvllis oi'orum et rosaceo superimpositum , mirifice lenit, inflam-^

malionesque oculojum admodùm fen^enlcs concoquil ad

maximas aateni injlammationes ^ tumidioresque benefacit et crocus cum miccl partis iuteisque oç^oruni ac rosaceo , etc. (1) Sur un auti^e cachet on lisait :

JUNII TAURI CROCODES SARCOPHAGUM AD ASPRITUDINEM.

Evidemment il était question ici d'unesubsta nce caustique pour détruire les végétations ou aspérités. Les oculistes de nos jours suivent le même procédé pour arriver au même résultat. Sribonius Largus l'indique clairement en ces termes: Medicamentum liquidum ad palpebrarum veter^rimam aspnludinem et excrescent em carnem.

Ils avaient même des collyres propres ad ulcéra vêlera elsordida^ ungues ^pustulas , cai^itates ^ procîdentias ^ sugillata^ Gculos cj'uentos, dolores, puncturas et cicatrices.

Dans d'autres circonstances , ils combattaient la diathèse par un remède particulier; parmi ceux-ci on vantait beaucoup :

Licil Janii Philini diamisus ad diatheses tollendas.

Souvent, à la suite des inflammations graves des yeux , les larmes deviennent tellement acres et irritantes, qu'elles excorient les joues. On ordonnait alo rs le diapsoricum ad gcnarum scissuras.

^ (I) Alexander Trallianus , p. 168.

Les anciens avaient aussi des guérisseurs qui , comme ceux de nos jours , prétendaient guérir la cataracte sans opération. On en peut juger par 1 inscription suivante, dont je possède l'empreinte :

MARCI TULLII OPOBALSAMUxH AD SUFFUSIONEM.

Malheureusement ces médications étaient souvent accompagnées de pratiques barbares et superstitieuses. Ainsi , pour faii^e sortir la poussière , il fallait agir comme il suit : Digitis ulriusque manus ejusdem cujus partis oculum sordicula aîiqua yucrit ingressa^ percurrens et periractans oculum ter dices : te tune reôungo, hregam , gresso» Ter deinde spues ler^ que faciès. Item Ipso oculo clauso qui carmînatus erit palieii^ iem pcrfricabis ^ et ter carmen hoc dices et tolies spues : in mon derctmarcos axalison : scilo remedium hoc in hujusmodi casibus esse inirifcam. Marcellus Empiric. , chap. VIH ,

In lamella aurea acu cupreâ scribe :

Et dabis vel suspendes ex lycio collo gestandum prœliga^ men ei qui lippiet , quod potenter et diic valebit, si obser^aid castitate die lunœ illudjacias ^ et ponas. Id,, p. 270 (1).

(1) Pour faiie sortir la poussière ou autres ordures enlrées dans l'œil» frottez-le légèrement en promenant les cinq doigts de la main droite , si le mal est à l'œil droit, ou de la main gauche , si c'est à l'œil gauche , en disant trois fois : Te tune resunyo,ùiegam^^resso. Crachez trois fois, et faites tout trois fois. Item. Pendant que vous frotterez légèrement l'œil du malade , ayez vor;s-même l'œil du même coté fermé , et dites trois fois ces mots : In vion dercomarcos axatison. Sachez que cette recette est merveilleuse en pareil cas. — Contre la chassie des }eux : Avec une aiguille de cuivre, gravez sur une lame d'or ces mots : Op-j-u oj^îweTYj. Suspendez-la par un coidon au cou du malade , cela le préservera efficacement et pour long-lenips si l'application est faite un lundi et que vous ayez été chaste.

Quelque absurdes que paraissent ces formules, il nefaut pas croire qu'elles soient absolument abandonnées de nos jours; on en pratique de non moins singulières dans quelques départemens : et dans le Cher, il est de vieilles femmes qui guérissent les taies de la cornée en faisant sur le front des signes de croix avec l'orteil du pied droit , et prononçant en même temps des paroles mystérieuses.

Chaque pays a aussi ses guérisseurs qui emploient des remèdes particuliers : j'ai vu dans le Dauphiné un curé qui vendait de petits amulettes que Ton faisait tremper dans l'eau et qui formaient ainsi un collyre souverain. J'en ai donné la composition dans la Gazette médicale (i).

Il est peu de grandes familles ou de communautés qui ne possèdent une panacée universelle contre tous les maux d'yeux. Les inconvéniens nombreux qui sont le résultat d'une pratique aussi empirique , sont néanmoins insuffisans pour empêcher le vulgaire de céder à l'ascendant irrésistible du merveilleux.

(i) Gazette Médicale de Paris, 1832.

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