PHIMOSIS DES PAUPIÈRES
Cette maladie tient un juste milieu entre Tanchyloblépharon et la lagophthalmie. M. d'Ammon (4) a créé ce mot pour désigner le rétrécissement congénial des paupières , et celui qui se forme à la suite de l'atrophie du globe de l'œil ; il l'emploie aussi pour désigner l'ensevelissement des paupières au milieu des tégumens , s'élevant en forme de bourrelet , soit dans le cas d'hypertrophie graisseuse , soit lorsque l'enfant est atteint du premjer degré d'ophthalmie des nouveau-nés. Le traitement à diriger contre cette ma-
(1) D'Ammon , journal cité , t. II , p. 145.
(2) Diffenbach; Erfahrunyen nber die JVicderherstellmig ,etCt 1822, t. I,p. 63.
(3) Bulletin thérapev tique.
(4) D'Ammon ; journal cité , t. II , p. 140»
ladie ne diffère en rien de celui opposé à l'anchyblépharon et à la lagophthalmie.
SirBSBLËFHARO]^, OU ADHEREMCE BES PAUPISB.ES
AU GX.OBE.
Le symblépharon consiste dans l'adhérence des paupières avec le bulbe; celui-ci adhère tantôt avec l'une des paupières, tantôt avec les deux : l'union est quelquefois trèsétendue , d'autres fois elle Test fort peu. Le lieu de la lésion diffère aussi ; car tantôt c'est avec la conjonctive de k sclérotique que la face interne des paupières est unie, tantôt c'est avec la cornée. Celte maladie reconnaît deux causes, Tune médiate qui a lieu par l'intermédiaire de brides ou de tissus anormaux , l'autre qui est appelée immédiate , parce qu'il n'y a aucun corps interposé entre la paupière et le bulbe. Quel que soit le mode d'adhérence dans le symblépharon , il résulte toujours d'un état maladif de l'œil. Dans quelques cas, très-rares à la vérité , le bulbe n'est affecté que par l'adhérence seule ; c'est alors une bride plus ou moins large, plus ou moins longue, qui fixe l'œil à la paupière. J'ai vu un cas fort remarquable de ce genre, qu'a eu l'obligeance de me montrer M. Pasquier fils , chirurgien en chef des Invalides. Presque toujours le globe est affecté d'autres altérations, soit dans sa forme , soit dans la transparence de ses membranes , surtout lorsqu'il y a des adhérences dans la région précornéenne, il est difficile d'apprécier la nature de ces lésions , lorsque le symblépharon est étenduou compliqué d'anchyloblépharon.
Les causes du symblépharon sont à peu près les mêmes que celles de l'anchyloblépharon. Il est surtout occasioné par les causes traumatiques qui déterminent une inflammation de ta conjonctive oculo-palpébralej, sa suppuration et son ulcération. Les brûlures occasionées par les acides minéraux, le phosphore ,. les gaz inflammables, l'explosion de
]a poudre de guerre , de Targent fulminant , des machines à vapeur, produisent des adliérences anormales. J'ai déjà rencontré deux fois cette maladie chez des mineurs, à la suite de la déflagration du gaz inflammable dans les houillères. Riberi et quelques auteurs allemands ont rencontré des symblépharons congéniaux.
Il est bien difficile de pronostiquer ce que Ton peut attendre pour la guérison de cette maladie. Toutes les fois surtout que l'adhérence est large, ou qu'elle est compliquée d'anchyloblépharon , il est presque impossible alors de déterminer l'étendue et la nature des adhésions duhulbe oculaire avec la paupière. Lorsque la maladie est exempte de complication, et que la cornée est saine en partie ou ea totalité , on peut espérer que l'opération aura une issue favorable. Lorsque, au contraire , il y a des adhérences de la cornée, il est bien possible de restituer à l'œil sa forme naturelle ; mais la vue est perdue pour toujours , en rais(m des cicatrices qui existent presque toujours sur la cornée. Cette maladie a toujours une tendance à la récidive, et celle-ci est d'autant plus fréquente que l'adhérence est plus large.
La thérapeutique du symbiépharon consiste dans la séparation des parties adhérentes : l'opération diffère suivant la nature de l'adhésion. Lorsque la paupière n'est fixée à l'œil que par de simples brides, il suffit de détruire cellesci par l'instrument tranchant, avec la précaution de ne point blesser le globe. Lorsqu'il est possible d'enlever la bride entière , il est convenable de le faire. On pratiquera facilement cette opération en employant l'ingénieux instrument inventé par M. Colombat de l 'Isère, pour détruire le frein de la langue. Lorsque l'adhérence est peu considérable , il est plus facile de la délruire : l'opérateur doit commencer à éloigner la paupière autant que possible du bulbe , puis avec un scalpel mousse il dissèque avec précaution, et sépare ainsi toutes les adhésions anormalej.
Aussitôt que l'écoulement sanguin est arrêté , on prend des précautions pour empêcher une récidive. A cet effet, Ton recommande au malade de remuer continuellement les paupières : quelques praticiens emploient des remèdes dessiccatifs, des tentes de linge fin enduites de cérat. Mais tous ces moyens n'empêchent pas la maladie de récidiver trèsfréquemment. Les anciens recommandaient d'interposer entre les paupières et le globe une coque de cuir très-fin, ou une cuvette métallique. Demours (1) propose d'apposer un œil artificiel trempé dans de l'huile d'amandes douces. Ces divers moyens, en général , fatiguent considérablement l'œil , et dans un cas analogue , je les ai remplacés avec avantage par une coque d'ivoire que l'on a ramollie, en la faisant tremper pendant quelques jours dans l'acide muriatique étendu d'eau.
Quant à nous , l'expérience nous a démontré qu'en renversant la paupière avec soin , et en cautérisant toute la surface saignante, en récidivant cette cautérisation pour entretenir continuellementles eschares, jusqu'à ce que le globe soit cicatrisé , on peut empêcher une nouvelle adhésion.
Nous différons encore des auteurs , en ce que nous recommandons de faire l'opération toutes les fois qu'elle est pratictable, lors même que la vision n'a pas de chance pour être rétablie. Quelque difficile que soit l'opération , elle est toujours faisable, et, si l'on vide l'œil^ rien ne sera plus facile que de pratiquer la prothèse en temps utile. Par ce moyen on peut corriger des difformités fort désagréables , et qui peuvent , par leur disparition , améliorer la position physique et sociale des individus ; on en peut juger par les faits suivans :
(d) Kapport fait à la Société de médecine de Paris sur une opération pratiquée par M. A. Petit, de Lyon. {Journal (jé aérai , t. LUI, p. 410.
Symblépharon existant sur un œil perdu dès l'enfance ; opération à l'âge de vingt-six ans; prothèse , disparution de la difformité.
M. A*** B***, docteur en médecine, ûgé/de vingt-six ans , avait perdu un œil à l'âge de dix ans , par suite d'une ophthalmie purulente qui Tavait vidé. Le moignon adhérait à la paupière supérieure par deux brides larges et résistantes qui tenaient la paupière complètement baissée. Ce jeune homme, ayant étudié la médecine, qu'il exerçait avec succès, était blessé par l'influence du préjugé qui le taxait de vue imparfaite en raison de l'absence d'un œil. Ce fut en raison de ces malaises moraux qu'il réclama mes conseils, non point dans l'intention de recouvrer la vue, mais bien dans celle de faire disparaître la difformité. Après avoir examiné son œil avec soin , je ne tardai point à me convaincre que , si Fou pouvait détruire les brides qui fixaient la paupière au moignon , celui-ci pourrait facilement supporter une petite coque d'émail , dont on augmenterait graduellement le volume jusqu'à ce qu'on put en introduire une d'un volume suffisant. La rescision des brides fut habilement pratiquée par M. le docteur Chevalet de Chambéry. Le succès répondit à toutes mes prévisions. M. B*** est aujourd'hui exempt de toute difformité , et, comme il a changé de pays^ ses intimes seuls savent qu'il porte un œil factice.
1t OBSERVATION.
Symblépharon très-grave; opération, en vidant l'œil; prothèse; , . . guérispn.
M. P***, capitaine d'artillerie espagnol , me fut présenté par le général don José de Gastellar ; il portait un symblé- L i2
pharon très-grave de l'œil droit , avec chute complète de la paupière et perte absolue de la vision. Cette maladie était survenue à la suite de l'explosion d'une grande quantité de fulminate d'argent qu'il préparait. L'inflammation fut très-intense : il s'établit dans les paupières et le globe de Tœil une suppuration très-abondante , dont le résultat fut une adhérence considérable de Fœil avec les paupières. Cette difformité désolait ce jeune capitaine^ doué d'une des plus belles figures que j'aie vu dans ma vie ; il voulait à tout prix la faire disparaître. Après avoir examiné avec soin, je crus que l'on pourrait pratiquer une opération analogue à celle rapportée dans robservatlon qui précède, à la différence près , qu'il faudrait vider le globe de l'œil, pour le réduire à l'état de moignon capable de supporter Une pièce artificielle. L'opération fut pratiquée en présence de MM. Gastellani , Bennati , Schulz et Lupin, docteurs en médecine. La séparation de la paupière fut un peu laborieuse ; dans le second temps de l'opération ^ j'enlevai le segment antérieur du globe, ce qui provoqua les évacuations des humeurs. La paupière supérieure fut cautérisée avec soin pendant plusieurs jours, pour donner au moignon le temps de revenir sur lui-même. Après une cicatrisation complète , l'on plaça un œil artificiel , qui combla tous les désirs du malade, et le récompensa amplement de son courage.
M. le professeur d'Ammon (1), à qui la science ophthalmologique est redevable de si importantes découvertes , a proposé , pour s'opposer aux récidives du symblépharon , le procédé suivant : il consiste à pratiquer une opération en deux temps; dans le premier, l'on pratique deux incisions à la paupière en forme d'un V renversé , dont la base est au bord libre des paupières et la pointe vers l'orbite. Chaque incision comprend toute l'épaisseur de la pau-
. (1) D'Ammon, Journal d'ophthcUmologie ^ t. UI, P« 258i)j[);)I 'icq
pière et commence vers l'adhérence de chaque côté pour se réunir à leur pointe; de cette manière l'on a trois lambeaux , un triangulaire, contenant toute Tadhérence et restant adhérent à Toeil , puis deux lambeaux latéraux que Ton réunit par la suture entortillée en dessus du lambeau triangulaire adhérent : lorsque la réunion est obtenue , ou enlève les aiguilles. Par ce moyen , on obtient une réunion âe la paupière, qui ne peut contracter aucune adhérence avec le morceau de paupière qui reste sur l'œil. Lorsque la cicatrice est complète , on saisit avec une petite pince le lambeau triangulaire et on le détache avec soin du globe. Lorsque la déperdition de substance faite à la paupière est considérable , il est souvent fort diriciie de réunir la solution de continuité. Plutôt que d'obtenir une réunion difficile, et qui pourrait échouer en raison du braillement des tissus-, il est convenable d'inciser Tangle interne et la commissure interne des paupières pour faire avancer plus facilement le lambreau interne. M. d'Ammon a pratiqué plusieurs fois avec succès cette opération , et M. le professeur Riberi, de Turin {1) , a obtenu un fort beau succès en employant cette méthode sur une jeune demoiselle atteinte de symblépharon. Nul doute que si Marc-Antoine Petit eût connu ce procédé, il eût pu guérir le symllépharon que portait un de ses confrères, M. Gagnière, chirurgien , et chez lequel il tenta deux opérations consécutives (2). Pour rendre hommage à la vérité, il faut avouer cependant que Marc-Antoine Petit avait eu la même idée que M. d'Ammon ; car i! s'exprime en ces termes : « Je pense » que dans une circonstance analogue , il ne faut pas hé- » siter à mettre en usage le procédé de M. Guérin, et em- » porter même un lambeau de la paupière supéi'ieure , sî »~cela paraissait nécessaire. »
ii) Riberi , Trattato di Blefuroftalmo, terapia operaiwa , p, 58. (2) Marc-Antoine Pelit, Observations cHniqfies. Lyon, 1815, p. 185.