‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 71 sur 95 · X.AGOPHTEAZ.MIE , ÉTROITESSi: DES FAUPISKES · texte numérisé non relu

X.AGOPHTEAZ.MIE , ÉTROITESSi: DES FAUPISKES

Cette maladie, plus connue sous le nom de iagophtlialmie ou œil-de-lièvre, est rarement con(>éniale. Elle consiste dans le raccourcissement de la paupière, au point de ne lui pas permettre de découvrir complètement le globe de l'œil ;. cette maladie est presque toujours produite, ou par un état spasmodique du muscle élévateur de la paupière supérieure, ou par des cicatrices vicieuses formée à la suite de perte de substance , produite par des agens chimiques et surtout par des affections ulcéreuses. On rencontre souvent des affections de cette nature chez les lépreux de Surinam et de Gayenne. J'en ai observé un cas fort remarquable

chez un ancien délégué de Cayenne, M. N , qui était

aussi particulièrement connu de M. le professeur Sanson y cet individu n'avait les yeux abrités que par la membrane muqueuse de la paupière qui retombait en forme de rideau au devant de la cornée, et qui suppléait ainsi en quelque sorte la paupière supérieure considérablement rétrécie et presque frappée d'immobilité. Cette maladie est d'autant plus défavorable que l'œil est plus à couvert, et par conséquent plus exposés aux agens irritans externes j sous leur influence, l'œil devient la proie d'oplithalmies graves qui iinissent par amener Tobscurcissement complet de la cornée et la perte de la vue.

Au moyen d'un traitement anti-spasmodique, on vient quelquefois à bout de détruire l'état tonique du muscle élévateur dewla paupière. Lorsque l'on a affaire à une cicatrice vicieuse, peu considérable, il faut chercher à la détruire ; mais lorsqu'il existe une grande perte de substance, il ne reste plus qu'à pratiquer la blépharoplastie. M. le professeur Dzondi (1), conseille d'exercer sur la cicatrice

(1) Dzondi , Mémoire pour sûrvir ait perfectionnement de la mede-cJTîe. Halle, 1816, pag. 169.

qui est souvent immobile, des iraclions fortes et fréquentes en différens sens pendant plusieurs mois, ce qui suffit souvent pour produire un allongement convenable. Dans quelques cas il dit avoir réussi ; dans d'autres cas, il ajoute à ce premier moyen le traitement déjà recommandé par Celse (1), et dont nous parlerons en traitant de l'ectropion. ^

TUMEURS JèHS PAUPIÈRES.

Les principales tumeurs des paupières sont, le tylosis ou callosité, le chalazion, Torgeolet, le furoncle, le charbon, les tumeurs cystiques , l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-conjonctivien , les n^evus-maternus et les tumeurs érectiles.

IiE TYIOSIS.

Cette maladie, plus connue sous le nom de "callosité des paupières , que les auteurs ont nommée trachoma^ est une affection secondaire qui succède ordinairement aux ophihalmies chroniques scrofuleuses ; elle se complique presque toujours de la chute des cils, qui se régénèrent cependant, parce que leurs bulbes ne sont pas affectés. Rarement ces callosités restent stationnaires , et elles finissent presque toujours par dégénérer en boutons de mauvaise nature, à physionomie cancéreuse, et qu'il importe de surveiller avec soin. Celte maladie est fréquente chez les vieilles femmes en proie à rophthalmie sénile, elle produit, par son irritation sur l'œil , un larmoiement fatigant qui force les individus à s'essuyer très-souvent les yeux; manœuvre qui augmente Tirritaiion du bord des paupières qui ont tendance à dégénérer.

Il est donc important de chercher à guérir ou à détruire

(4) Cornélius Celsus, lil>. viii, § 9.

ees callosités, et en même temps que Ton attaque la cause constitutionneile, si elle existe, il faut appliquer soir et Hiaiin, sur les paupières le cataplasme suivant, fort recommandé par Grœfe (1).

•y^ Poudre de jusquiame i

Poudre do ciguë > aa partie égale.

Farine de graine de lin \ Faites cuire une proportion d'eau suffisante, jusqu'à consistance de cataplasme.

Le professeur Béer (2) avait obtenu de grands avantages des cataplasmes de ciguë, quand les callosités étaient ramollies, il les faisait toucher avec une pommade mercurielle esclîarotiqiie.Ware (3) insistait particulièrement sur Tusage de l'onguent ciirin , qu'il applique deux fois par jour sur le bosd ciliaire des paupières; pour rendre cette application plus facile on fait liquéfier légèrement cet onguent, et iivec un petit plumasseau on enduit les callosités.

Quant à moi , je crois que l'on perd beaucoup de temps dans ces diîFérens traitemens, et j'ai pour habitude de détruire promptement ces callosités en les touchant avec un petit cylindre de potasse caustique, en ayant soin de l'employer avec des précautions convenables.

J'ai guéri par ce moyen, en quelques jourS;, des callosités qui duraient depuis plusieurs mois, et qui avaient résisté à divers traitemens.

BU CHAI.AZION.

Si Ton jugeait de la gravité ou de l'importance d'une maladie par la variété de la synonymie, certainement celle

(i) €raefe, Repertorium augnaertzUcher Heilformeln. 1817, p. 55.

(2) Béer, Lehre von den Amjen /îranA/ieiVe».Vieime,1813, Band II, p. 52.

(3) Ware , On psorophthalmy.

qui nous occupe serait fort, à craindre , car elle porte encore les noms de ckalazosis , grando , lapis palpebrarum , liihiasis, tophus porosus^ et tout cela pour indiquer une petite tumeur du bord des paupières , qui n'est autre chose qu'un folieulle induré ou un petit orgeolet chronique non suppuré. Cette petite tumeur isolée ou formant chapelet, contient quelquefois une matière sébacée durcie, et qui reste plusieurs années stationnaire avant d'avoir suffisamment usé les paupières pour sortir spontanément. Il arrive fort souvent que la matière n'est pas durcie et elle revèL la forme d'un gros grain de millet dont elle porte le nom. Quand à Torgeolet non suppuré , nous en parlerons dans l'article qui le concerne. Les gréions sont fort communs chez les viellards cachectiques, chez les personnes mal propres et chez les jeunes filles difficilement réglées. On ne s'aperçoit de sa présence que lorsqu'il a déjà acquis un certain volume ; il est difficile alors d'en obtenir la résolution ; il faut cependant toujours la tenter en faisant des frictions sur la tumeur avec de la teinture d'iode , des onctions avec une pommade composée d'onguent napolitain et d'extrait de ciguë. Dans quelque cas on a recommandé les frictions avec l'alcali ^volatil ou la teinture de cantharide , si ces moyens ne réussissent pas , il ne faut pas trop insister sur leur usage, parce que chez quelques individus , les chalazions sont susceptibles de prendre une mauvaise nature et de dégénérer en boutons cancéreux. Dans le plus grand nombre des cas , ces frictions font passer la petite tumeur à un état aigu qui se termine par la suppuration sous l'influence de laquelle le grêlon disparaît complètement. Le traitement le plus convenable consiste à extirper la petite tumeur -, rien n'est plus facile que cette opération ; elle se termine d'un seul coup avec de petits ciseaux courbes sur leur plat. L'expérience m'a appris à ne point compter sur les emplâtres résolutifs. Sur les personnes méticuleuses l'on se sert avec avantage de la cautéri-

sation , en employant le procédé suivant : on remplit de poudre de Vienne humectée la cannelure d'une forte aiguille à inoculaiion, que Ton enfonce au centre de la tumeur en lui imprimant un mouvement de rotation, une minute suffit pour la détruire complètement et irrévocablement. Cette méthode est sans danger, presque sans douleur, et d'autant plus préférable à rinslrument tranchant que souvent il existe un grand nombre de tumeurs et que peu de personnes sout décidées à se les laisser enlever toutes à la fois par l'instrument tranchant , ce qui ne serait pas très -prudent , puisque Ton pourrait occasioner une difformité de la paupière. Dans l'observation que Ton va lire, on peut juger des avantages de ce procédé.

ïiois grêlons se touchant presque à la paupière inférieure de l'œil droit ; trois cautérisations successives ; guérison.

Mademoiselle A.... de Saint-Amand , âgée de seize ans, grasse et forte , mais mal réglée , me fut adressée par sa maîtresse de pension. Depuis plusieurs années elle avait à la paupière inférieure de Tœil droit trois grêlons qui avaient acquis le volume d'un pois et qui étaient à peine séparés Tun de l'autre par un espace de deux lignes. MM. Demours et Boyer, précédemment consultés , voyant l'inutilité des moyens résolutifs employés, conseillèrent l'extirpation. Comme il y avait trois opérations à faire , la jeune fille recula devant celte proposition : en comprenant les trois tumeurs dans une même incision , Ton avait à craindre une cicatrice désagréable ou un renversement de la paupière ; ce fut donc avec joie que la jeune personne accepta ma proposition de la débarrasser de sa tumeur par le procédé que je viens d indiquer plus haut. La guérison fut radicale , et à peine quelques mois après pouvait-

on se douter que le rebord de celle paupière'eùt été le siège de trois tumeurs aussi considérables*

Quelques auteurs, et entre autres Weller(l), recommandent de respecter les chalazions des personnes qui portent des affections cancéreuses au sein ou à la matrice : je ne partage point leur opinion ^ car dans un grand nombre de circonstances le chalazion ne participe en aucune manière à Taffeclion cancéreuse locale. D'ailleurs Textirpatioa ne fait courir aucun danger, et si la tumeur extirpée récidivait, ce serait une indication pour ne rien entreprendre contre l'autre maladie.

OHGSOIiZT , HOaBEOIiUM , CRITHS.

C'est en raison de la forme que revêt cette maladie et par sa ressemblance avec un grain d'orge qu'on la nomme orgeolet. A tout prendre^ celui-ci n'est qu'un petit furoncle qui a son siège dans le tissu cellulaire du rebord libre des paupières. L'inflammation furonculaire qui donne naissance à l'orgeolet ne débute point par Tinflammation de la peau : le point de départ est toujours une partie du tissu cellulaire renfermé dans les cloisons fibro-celluleuses qui unissent la face postérieure du derme. Ce tissu , envahi par l'inflammation , fait des efforts pour se développer ; mais il est étranglé en place par la cellule fibreuse dans laquelle il est renfermé , et alors il se gangrène. Il devient alors nécessaire qu'il survienne un travail d'élimination pour évacuer par la suppuration le petit bourbillon qui est au centre de la tumeur. Cette inflammation est en raison do la grosseur de l'étranglement. La tumeur devient dan rouge vineux, douloureuse^ entourée d'une auréole inflammatoire qui s'étend souvent fort loin : la peau est tendue et d'une sensibilité exquise. Quoique fort légère , cette ma-

(1) Weller, ouvrage cité, t. I , pag. 115.

ladie produit quelquefois une réaction accompagnée d'qgilation , d'insomnie et de fièvre. Cette tumeur suppure toujours difficilement , et lorsqu'elle a suppuré elle s'ou- Tre avec peine. Cependant il ne peut y avoir de guérîsoa complète que lorsque tout le tissu cellulaire frappé de mort a été éliminé. L'orgeolet est souvent produit par des causes extérieures, telles que la meurtrissure des paupières, Fintroduction des corps étrangers , les courans d'air subits lorsque la face est en sueur ; mais dans la plupart des cas il se rattache à un état de maladie des premières voies. Le travail difficile d'une première menstruation ou les anomalies de celle-ci , doivent être considérés comme les causes les plus fréquentes de Torgelet des paupières. C'est pour celte raison que toutes les fois que Ton verra un individu exposé à voir ses paupières envahies par des orgeolets qui se succèdent lesuns aux autres^ il faudra chercher ailleurs que dans le tissu cellulaire palpébral les causes de cette inlïammation et de sa fréquence.

Toutes les fois que l'on sera consulté dès le début de la maladie , on pourra espérer de faire résoudre un orgeoîet commençant. Scarpa (1) conseillait l'application des corps froid long-temps continués , tels qu'un fragment de fer, de l'eau frappée de glace, ou de la glace. Depuis quelques années à l'exemple de M. Serre d'Alais (2)» j'emploie avec assez d'avantage les frictions mercurielles. Quand ce moyen échoue , je pense qu'il faut, comme îe recommandent MM. Fournier-Pescay et Bégin (3), inciser îa petite tumeur, afin d'y produire un débridement salutaire et un dégorgement sanguin suffisant , pour faire avorter le travail inflammatoire. Le professeur Carron avait pour habitude de toucher l'orgeolet avec un petit fragment de

(1) Scarpa, ouvrage ci lé , p. 7.

(2) Gerre d'Alais. ;^

(3) Ihid.

potasse caustkjue, médication qu'il a toujours vue suivie de la flétrissure et de Taffaissement de la tumeur. Si l'on ne veut point employer ces moyens, il faut se résoudre à voir suppurer Forgeolet, et alors il devient important de favo' riser cette suppuration par tous les moyens possibles. On doit couvrir la tumeur de cataplasmes composés avec de la mie de pain cuite dans du lait fortement aromatisé avec du safran. Les cataplasmes de farine de lin^ de fécule de pomme- de-terre, de fèves pétries avec du vin, produisent le même résultat.

Dès que la suppuration commencera à se former, ce que Ton reconnaît à l'apparition du point blanc situé sur une des parties de la tumeur, il faut bien se g^arder de procéder comme certains chirurgiens qui se hâtent d'ouvrir le point purrulent. Il est plus convenable de suivre les préceptes du professeur Scarpa , qui , au contraire , conseille de s'opposer à la sortie prématurée de la matière , afin qu'elle dénude complètement le bourbillon gangrené. En effet, s'il reste le plus petit fragment de celui-ci , l'ouverture externe de l'orgeolet se cicatrice , et peu de jours après , il est de nouveau le siéee d'une inflammation éliminatrice. Pour éviter cet inconvénient , il faut donc recouvrir le petit point blanc , dont nous avons parlé , d'un morceau de taffetas anglais, ou de tout autre emplâtre fortement agglutinatif , au moyen desquels la suppuration est retenue en place et dénude le tissu cellulaire mortifié dans toute sa circonférence. Quand on le juge convenable , l'on enlève le petit obturateur, et en comprimant graduellement la base de la tumeur, on en expulse un pus épais, floconneux, et qui entraîne avec lui le tissu cellulaire gangrené , qui forme la partie principale de la petite tumeur. Malgré toutes ces précautions, le travail éliminateur de la suppuration n'est pas suffisant pour séparer le tissu cellulaire mortifié ; il reste alors dans un ou plusieurs points de la cavité suppurante des fragmens qui s'opposent à la cica-

irisation , et qui résislenl à l'application des cataplasmes émolliens , des onguens digestifs et autres moyens. Dans cette circonstance le professeur Scarpa (1) recommande de porter le bout d'un pinceau imbibé d'acide sulfurique dans la cavité de l'orgeoîet , et de toucher le corps gangrené et son pourtour, une ou plusieurs fois, jusqu'à ce que tout ce qui reste de tissu cellulaire privé de vie se détache et soit expulsé ; vingt-quatre heures sont à peine écoulées depuis sa sortie, que la petite ouverture est complètement cicatrisée. Quand à nous, nous préférons la cautérisation avec l'aiguille chargée de poudre caustique de Vienne , comme nous en avons parlé à l'article chalazion , parce que ce moyen , est non seulement plus facile à employer , mais encore parce que le caustique est porté exclusivement sur le point malade.

S'il reste autour de la tumeur , après sa cicatrisation , un petit engorgement , il faudra chercher à le résoudre , non seulement pour empêcher les récidives , mais encore pour s'opposer à la formation de petites tumeurs cystiques, qui, dans la plupart des cas, n'ont pas d'autres origines. Pour prévenir les récidives , il est bon de provoquer de légères révulsions sur le canal intestinal. Quelques chirurgiens anglais et allemands, Benedict(2) entre autres, recommandent l'usage du calomel à petites doses , seul ou combiné , avec l'éthiops antimonial.

Après la guérison de l'orgeolet, si la paupière, dans laquelle l'orgeolet a pris naissance reste œdémateuse ou gonflée , il faat alors la recouvrir de compresses imbibées d'eau végéto-minérale ; enfin , chez les femmes , dont la menstruation est difficile ou irréguhère^ peut être considérée comme la cause de l'existence ou de la récidive des orgeolels , il faut chercher à régulariser cette évacuation pério-

(1) Loc. cit.

(2) Benedict, /^awf^eiMc/i der^ract, Jugenheilkundej BandI, p. 227,

dique par des moyens convenables. Lorsqu'il est resté dans la muqueuse une petite congestion locale ou un peu d'hypertrophie, il faut, soir et matin , faire injecter dans les yeux quelques gouttes de collyre vitriolique qui servira aussi à laver les paupières, y

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