‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 81 sur 95 · CANCER · texte numérisé non relu

CANCER

Comme nous l'avons dit, la dacryodénite scrofuleuse se termine par induration, elle prend alors le nom de squirrhe de la glande lacrymale. Cette maladie se borne rarement à

la glande ; le tissu cellulaire ambiant et le périoste sont affectés; elle se présente ordinairement sous la forme d'une tumeur dépassant le rebord de l'orbite, soulevant la paupière qui se meut difficilement. L'œil est projeté en dedans, la cornée regarde le nez et peut difficilement être tournée, même volontairement, dans un autre sens. Dans le commencement il n'y a point de douleur, l'œil souffre seulement de la diminution notable et souvent de la suspension de la sécrétion des larmes. Quand on a épuisé contre cette maladie qui est grave, comme toutes les affections squirrheuses, un traitement résolutif énergique et varié, il faut procéder à l'extirpation de cette glande. Les sucpès obtenus par Guérin de Bordeaux, Charles Tood (1), doivent engager à recourir à cette opération que j'ai moi-même pratiquée une fois avec succès. Au mois de décembre, en 1820, le docteur 0' Beirne , de Dublin , pratiqua une extirpation de glande lacrymale squirrheuse ; il obtint une guérison parfaite, et le malade recouvra la vue qu'il avait perdue. Je m'étonne que le professeur Fabini dePesth, (2) praticiea si éminent , se soit prononcé contre l'extirp ation de la glande lacrymale, et cela dans la crainte qu'on ne puisse extirper toutes les parties malades environnantes, et que l'irritation occasionée par l'opération n'accélérât la fort

Kiution d'un cancer.

Lesquirrlie delaglande lacrymale, abandonné àlui-même,

dégénère en cancer. J'ai vu une dégénérescence de ce genre qui avait enveloppé l'orbite de toutes parts et qui était de nature médullaire. L'enfant avait succombé à la gravité de cette affection. Dès que cette affection est un peu développée, elle rentre dans la catégorie des cancers de l'œil, nous en parlerons en traitant cette de maladie.

(i) Tood, Mémoires de médecine et de chirurgie étrangère. Genève,

1S21, loin. m.

(2) Fabiai, Doctrina de morhis oculorum ^ p. 270.

HYUATIDE lÙB LA GX.ANBE Ï.ACRYMA1LE.

C'est encore Schmidt qui a le premier décrit cette maladie : selon lui , c'est ime vésicule qui se forme dans le parenchyme de la glande lacrymale, et -qui se remplit de larmes ; elle se forme sans douleur.

Il arrive, mais rarement, que des malades se plaî(}nent de douleurs obtuses dans la profondeur de l'orbite. Les mouvemens de l'œil sont désagréables et douloureux surtout vers les tempes. La douleur prend un accroissement successif et s'étend jusqu'au milieu de la tête du côté affecté. L'œil est tourmenté par son état de cécité. Il est chassé hors de l'orbite, de telle sorte que la cornée est terminée vers le nez, l'œil conserve au début la faculté de voir, mais il y a depsopie ainsi que des évolutions de lumières à l'intérieur; la vue diminue, elle finit par se perdre toui-à-fait, et l'œil présente l'aspect de celui d'un moribond. Les paupières ne peuvent plus recouvrir l'œil lorsqu'il est tout à fait chassé de son orbite, alors dans l'angle externe on peut apercevoir une tumeur assez dure , entre la marge de la paupière supérieure et le bulbe. Outre ces symptômes, l'appétit devient nul , il y a insomnie et une grande débilité des forces. Lorsque le mal est parvenu à un tel point, le sommeil arrive et en peu de temps produit une apoplexie et la mort. \

S'il survient une inflammation du bulbe, une fois qu'il est sorti de l'orbite, il y a pour le malade exaspération de soutTrances; elles deviennent atroces et se répandent d; ns la tête. Les membranes du bulbe rougissent, se gonflent, et l'organe en entier est chassé hors de l'orbite. La cornée suppure peu à peu, il se forme un amas de pu^ dans les chambres, la cornée se rompt bientôt avec de grandes douleurs et il s'en écoule un pus ichoreux mêlé de sang. Après cela, la cornée ainsi que l'iris, se froncent et se rident; mais le reste du bulbe n'éprouve p^is de diminution. H reste hor3

de Forbite sous l'aspect d'une masse charnue informe. Le péricrâne , du côté affecté , s'enflamme , la parotide du même côté, se tuméfiant fréquemment, la faiblesse augmente de jour en jour, une fièvre lenle se manifeste et amène la mort.

On ignore absolument la cause de cette maladie. Comment les larmes peuvent-eiies être déviées de leur source naturelle et filtrer dans le tissu cellulaire qui environne les bords de la glande, en comprimant le tissu cellulaire voisin, et s'y former une cavité qui leur est propre? Nous ne le savons pas. Il est cependant très-supposable que la formation de rhydalide de la glande lacrymale a une toute autre cause que celle qui préside à la formation des autres hydalides. En effet, il faut aux autres hydalides un temps assez long' pour se former, tandis que Thydaiide de la glaiide lacrymale se forme très-promptement. Elle atteint souvent son plus haut degré dans l'espace de quatre, cinq sept jours au plus.

Il est rare que Ton parvienne à guérir tout à fait cette maladie, le pronostic en est très-fâcheux. On parvient souvent à conserver non seulement la vie du malade, mais encore la forme et les fonctions de l'œil, lorsque la cure palliative est obtenue à propos. Lorsque la maladie a atteint son plus haut point d'intensité, que la vue du malade est perdue sans retour, le seul espoir de lui conserver la vie consiste dans l'extirpation de l'œil dégénéré et de Thydatide. Il faut choisir, pour cette opération, le moment où les torces du malade ne sont pas encore épuisées.

La cure palliative de la glande lacrymale consiste dans la ponction, de la vésicule hydatidienne. Cette opération se lait au moyen d'une aiguille à fer de lance Irès-étroile, ou bien avec la pointe d'un trois-quarts, que l'on enfonce profondément sous la paupière supérieure, vers l'angle externe de l'œil, jusqu'à ce que la collection des larmes ^'.écoule ; ensuite on enduit d'onguent fait avec de la litharge

une mèche de charpie, ou bien on la trempe simplement dans l'eau de Goulard, et on l'introduit dans la blessure jusqu'à ce que les bords de la plaie soient devenus calleux et que l'on soit parvenu à établir une fistule artificielle pour donner aux larmes un écoulement continuel. Quelquefois il arrive que la vésicule entière sort par la plaie. Cette opération a été pratiquée bien souvent par Dupuytren. Il n'y a pas encore long-temps que j'ai vu un malade opéré par lui en état de récidive. Ainsi, en travaillant à la cure palliative, il arrive que l'on obtient la cure radicale. Comme la méthode palliative ne produit absolument rien lorsque l'œil est tout-à-fait dégénéré et corrompu, il faut pratiquer l'extirpation de l'œil selon les règles connues.

DE I^'ABCHS IiAGUlTMAX. BE I.A PAUPIERE SUPE- IVIEDB.E (DACRYOPS FALFilBB^ SUFBRIORIS SCHMXDT ).

Depuis dix-huit ans , je n'ai jamais rencontré cette maladie. Sans le témoignage de Schmidt(l) , de Schoen (2) , je serais tenté de la considérer comme une maladie problématique; selon ces auteurs elle proviendrait d'un écrasement de la paupière supérieure qui aurait rompu un conduit lacrymal dans le tissu cellulaire de la paupière. Celuici étant très -lâche, il se laisse facilement distendre, et alors il se forme entre le globe de l'œil et la paupière une tumeur grosse comme un haricot , et qui offre une fluctualion évidente. On dit que cet abcès augmente en raison de l'écoulement des larmes. Schmidt conseille le traitement suivant : renverser la paupière pour ouvrir le sac anormal dont on doit enlever une partie en même temps qu'un lambeau de la conjonctive. Selon Béer, il faut, après cette extirpation partielle, placer un fil de scie en forme de

(1) Schmidt , ouvrage cité.

,(2) Schoen , Jnatomie pathologique de Vœil. Hambourg, 1829^ p. QQ,

séton , afin d'entretenir pendant quelque temps une suppuration adhésive. Dans ses cours, le professeur Chelius déclarait que , si jamais il rencontrait cette maladie qu'il n'avait jamais vue , il lui opposerait le même traitement que pour les fistules salivaires.

MAI.ABÎJS 3>£S FARTISS ABSORBASUTES DES OR- GANES X.ACRYMAUX.

Ces maladies renferment l'oblitération des canaux excréteurs de la glande lacrymale et Tépiphora. L'obstruction complète des canaux excréteurs est d'autant plus facile à concevoir que leurs aboutissans sont excessivement petits, et que rien n'est plus facile que de les voir obstruer par des maladies graves et anciennes de la conjonctive. On attribuait à leur oblitération la production de l'endurcissement de la conjonctive , ce que je suis loin de croire ; car , dans tous les cas où l'on a extirpé complètement la glande lacrymale , la conjonctive oculaire n'a pas été atteinte de cette dégénérescence. Les 'jaisseaux absorbans des paupières ne peuvent aussi accomplir leurs ibnctions en raison de leur faiblesse ou de leur oblitération , il n'est pas rare d'en voir résulter un dégoût absolu de l'absorpisme et de l'imbibilien des larmes, dont une partie rentre dans 'la circulation par cette voie. Cette absorption est tellement évidente, que , lorsque l'on injecte dans les paupières un liquide fortement coloré , Ton en peut suivre la marche dans les vaisseaux , si bien décrits par Fhomann.

D£ Zi'ilFIPHORA.

L'épiphora consiste dans une augmentation de larmes , sans que les parties éliminatoires du syphon lacrymal soient affectées. Cette maladie en général n'est que le résultat de maladies générales de l'appareil oculaire, de telle sorte qu'à dire le vrai , on ne doit la considérer que comme un sym-

ptôme ; elle subsiste lon(j' temps après les opthalmies exanthémaliques ; dans d'autres cas , elle est due à l'existence d'une maladie spécifique ; c'est plutôt une maladie désagréable ; dans la plupart des cas elle guérit plutôt par le temps que par l'usage des frictions spiritueuses beaucoup trop vantées. Jusqu'à ce jour l'on n'a trouvé aucun traitement qui pût faire diminuer la sécrétion des larmes; ce serait cependant un grand service rendu à la thérapeutique des maladie des yeux. Béer s'est bien trouvé de Fusage de petits vésicatoires volans promenés sur le front et autour de l'orbite. Lorsque répiphora reconnaît pour cause une maladie spécifique ou constitutionnelle , il faut ré(*ler le traitement général sur le caractère de la maladie qui complique.

Cette maladie ne doit pas être confondue avec l'écoulement des larmes (siillicidium lacrjmarum).

MAXiABIEâ DES POINTS ET DES CANAUX I.ACRY-

Page 1