DU GLOBE DE L'OEIL
Oculomm dolores nieii potus aut balneiini, aut fomentiini , aut venœ sectio, aut purgatio solvit.
HippocRATE , Jplior., sect. 6, aph. 17,
Les inflammations du globe de l'œil peuvent être partielles ou générales , simples ou composées, elles constituent les maladies que l'on nomme ophthalmies, qui sont à leur tour sujettes à différentes divisions, dont nous nous occuperons plus tard. Afin de procéder avec plus d'ordre et de clarté dans l'étude de ces maladies , nous commencerons par des généralités sur les ophthalmies.
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Nous définirons avec le professeur Fabini (1) Tophtlialmie : une activité anormale des vaisseaux oculaires provoquée par une cause quelconque^ et tendant par un effort particulier à produire des modifications organiques, '
Gomme on peut le voir , cette définition dénote que la cause de l'ophtlialmie est dans les vaisseaux, comme dans toutes les inflammations en général : c'est dans leur partie capillaire que les phénomènes morbides sont le plus apparens, cl elle est toujours accompagnée d'un état morbide de
vaisseaux. Ce phénomène était bien connu des anciens,.. d'Éristrate , d'Alexandriniis, qui considérèrent rinflammation comme une fièvre locale ( fièvre topique ) ; en effet ^ il existe toujours avec elle une cause qui a irrité , exalté le* système vasculaire , condition dans laquelle il perd l harmonie de ses facultés de production et de reproduction, indispensables à l'accomplissement de ses fonctions.
Le système nerveux joue à son tour un grand rôle dans' les phénomènes de Fophthalmie : il existe entre lui et \& système sanguin une trop grande connexion pour ne pas posséder une solidarité dont il ne tarde pas à manifester les effets , aussitôt que les phénomènes vasculaires prennenr de la consistance. Il surgit alors une série de symptômes' qu'il est de la dernière importance de prendre en considération , pour ne pas les confondre avec les symptômes réels de l'inflammation, c'est-à-dire l'état morbide du système sanguin. Les causes qui produisent Lirritatioa et partant l'afflux du sang , ne persistent pas toujours dans le même degré , et lorsqu'elles résistent , l'inflummatioii elle-même le modifie durant un certain espace de temps; c'est de cette manière que l'infl^uiimalion, après avoir été le résultat de l'exaltation des vaisseaux de l'œil, finit par prendre un caractère tout opposé, celui d'une débilité bien caractérisée ; ces deux phénomènes bien tranchés ont conduit les ophlhalmologistes à admettre dans Tophtlialmie deux périodes bien distinctes , celle de l'exaltation de l'inflammation , de réréthisme que l'on a nommé slhénique-f l'autre est la période de décroissance des symptômes susnommés, et qui ne tardent [pas à dégénérer en adynamie ou débilité , c'est ce qui lui a fait donner le nom d'aslhénique. Cette division, qui est la plus simple, doit servir d'introduction à l'étude et à la classification des diverses ophthalmies -.parce que^ quelle que soit la nature de celFe qui se présente dans un état de simplicité apparent ou réel de toute combinaison ou de spécificité , il existe lott- L 22
jours dans le cours de la maladie , les deux périodes que BOUS venons d'indiquer.
Symptômes généraux de la première période de Vophthalmle, Tontes les ophthalmies , quelle que soit leur ntaure , leur siège ou leur complication, sont toujours accompagnées dérouleurs , de gonflemens , de chaleurs et d'altérations, des sécrétions, des excrétions, de phénomènes nerveux , tels que la douleur, l'exaltation de la sensibilité de Toeil , enfin , de l'altération de la vue et de changement de vitalité.
Rougeur, La rougeur, qui est un phénomène constant de toute ophthalmie , est toujours le résultat d'une congestion sanguine vers la partie , se manilestant par une sur-excitation du système vasculaire. Dès qu'un agent quelqu'il soit a porté sur rœil une action délétère^ l'on voit se réaliser cet aphorisme du père de la médecine , ubi, stimulus^ uhl^flaxus. En raison de cette loi de lorganisation qui commande des efforts pour repousser la cause nuisible , le sang afflue avec plus de force dans Torgane^ les vaisseaux sanguins capillaires les plus ténus s'injectent , et alors apparaissent des myriades de vaisseaux invisibles à l'état sain. Lorsque dans une opération de cataracte Ton est forcé de prolonger le séjour de l'aiguille dans rorj^,ane, il est facile de suivre la marche du sang dans les vaisseaux capillaires invisibles à l'œil nu.
Pour les personnes étrangères aux effets du stimulus sur les corps vivans, cette injection rapide, modifiant la couleur des tissus et leur forme, laisserait croire à une formation spontanée de vaisseaux ; ce qui n'arrive jamais dans la première période de l'ophihalmie à son début. Des études microscopiques consciencieuses m'ont convaincu, qu'il fallait limiter cette formation de vaisseaux nouveaux à des cas très-rares, dont le professeur Rolando a surpris le secret de formation dans son mémoire intitulé : Mécanisme p ai" lequel les /laides passent ^à ^'étf^t4Q.li4c* Je me borne-
rai à rapporter ici un seul fait , c'est qu'en soumettant à des puissances microscopiques variées, des fragmens de conjonctive de nouveau-nés, saine ou à Télat maladif, on obtient des résultats objectifs analogues, en plaçant ! a muqueuse malade sous un grossissement beaucoup moindre que celui employé pour le lissu sain. De cette simple expérience, il résulte pour moi, que rinflammation ou le stimulus n'ont fait que rendre évidentes des parties qui ne le sont pas à Tétat normal. Comment expliqnerait-on du reste, le retour des parties à leur état primitif, sans qu il reste aucune^trace de maladie, s'il n'y avait eu autre chose qu'ua doublement , et un dédoublement vasculaire ?
Quoique symptôme propre à toutes les inflammations de Tœil, la rougeur est loin de posséder une uniformité semblable dans tous les cas, dans toutes les parties, et dans tous les tissus. Ces différences les plus remarquables sont dans sa coloration , qui varie du rose pâle au rouge brun , lie de vin ; cette différence de rougeur dépend presque toujours de la diversité de la partie affectée ; elle varie aussi selon la coloration de la peau des individus, au point que la même affection produit souvent sur l'Éthiopien ou FHyperboréen de caractères divers et bien tranchés.
La rougeur peut être aussi générale ou partielle , entourée d'un cercle inflammatoire ou circonscrit. Il faut se hâter de le reconnaître , il est aussi des phéroaiènes de coloration particuhère à certaines ophihalmies que nous examinerons plus tard dans leurs diverses périodes ; car elles varient selon l'intensité et la durée de la maladie.
Gonflement, Tout ce que nous venons de dire sur la rougeur se rattache aussi au gonflement inflammatoire, de même que la rougeur , il est toujours le résultat de l'aîllux du sang dans des vaisseaux où il ne circule ordinairement qu'à l'état invisible ; tantôt il est fort étendu, et très-apparent, tantôt au contraire, il est inappréciable. Sa forme n'est pas moins variable que celle de la rougeur : il peut
exister depuis la plus petite élévation, jusqu'au gonflement le plus extraordinaire. Accompagné de phénomènes d'étranglement, il n'est pas toujours en raison direct de la force de Tinflammation , ou tout au moins de ses autres symptômes ; car il est des cas particuliers , et des individus spéciaux , où il constitue , presque à lui seul , l'état morbide apparent.
Les inflammations peuvent aussi exister sans gonflement , car s'il existe, dans les ophtlialmies internes, il n'est pas du moins appréciable à nos sens.
La chaleur. Phénomène commun à la plupart des inflammations et résultant d'un surcroît d'aciivité dans l'organe ailecté, la chaleur ne manque pas de se présenter dans ua grand nombre d'ophthalmies à leur première période, et cela avec d'autant plus de facilité , que le sang , devenant plus coagulable dans les vaisseaux qu'il obstrue , devient luimême une cause mécanique qui augmente la température. Les nerfs , pressés de toutes parts par les vaisseaux sanguins, s'irritent et jouent un grand rôle dans la production de la chaleur ; celle-ci suit presque toujours la marche croissante de l'inflammation. La connaissance de cette propriété suiïit seule pour indiquer à l'homme de l'art les progrès de la maladie, lorsqu'ils ne se traduisent par aucun autre symptôme. La chaleur s'apprécie très-bien par le toucher. Il faut toujours avoir soin de recourir à cette indication , surtout dans les ophthalmies profondes de l'œil. Il est un autre moyen de docymasie, c'est l'application dans l'œil de corps froids ou de compresses imbibées de liquides faciles à évaporer. La facilité avec laquelle les premiers se réchauffent indique le degré de la chaleur. On pourrait arriver aussi aux mêmes résultats, en plaçant sur l'œil un thermomètre dont la boule soit en cuvette, qui puisse s'adapter à la forme de l'œil.
Sécrétions augmentées ou supprimées. Les sécrétions de l'œil et de ses amiexes varient dans quelques points sous
le rapport de leurs quantités ou de leurs qualités. Les larmes , le fluide des glandes de Méibomius et celui des cryptes muqueuses du corps papillaire, peuvent être singulièrement modifiés par l'inflammation. Quelques unes de ces sécrétions, telles que les larmes, accompagnent toujours les premiers symptômes inflammatoires; les autres, telles que l'humeur de Méibomius et celle des cryptes papillaires, onl besoin que l'inflammation augmente pour prendre une condition anormale. De même que dans d'aulres cas toutes se suppriment et se tarissent , ce qui avait autorisé les anciens médecins à distinguer les ophlhalmies en sèches et en humides. Cette augmentation ou cette suppression des humeurs sécrétées peuvent être intermittentes ou continuelles. Les humeurs sécrétées elles-mêmes, après avoir subi des variations dans leur cours , sont aussi sujettes à être altérées dans leurs qualités ; au point que, dans quelques ophthalmies très-graves, les larmes acquièrent un degré d'âcreté très-grand , et non seulement d'augmenter les douleurs locales chaque fois qu'elles découlent, mais encore de rougir et de corroder les joues. *
On aurait tort de croire cependant que ce changement des larmes soit toujours en raison directe de Tinflammation; l'expérience et l'analyse chimique ont prouvé que , dans rophthalmie scrofuleuse , elles recevaient cette acrimonie plutôt ; de la nature de la maladie elle-même et de ses causes, que de l'intensité de l'affection. Ce que nous avons dit des larmes se rapporte aussi aux quantités de la sécrétion muqueuse , en ce qui touche son augmentation et la sécrétion ; quant aux qualités , on est forcé de reconnaître que la force de l'inflammation et des virus particuliers, lui imprime des caractères d'autant plus importans à connaître qu'à de certaiues époques, le liquide sécrété jouit de propriétés capables de produire une maladie semblable dans des tissus analogues.
Douleur et exahalion de la sensibilité de l'œil. La
doaîeur est un des phénomènes les plus constans de Toph- Ihalmîe ; il est cependant des ophthalmies qui en sont totâlenieot privées. Ce phénomène est excessivement rare , surtout quan i i individu a déjà été atteint par cette maladie ; le contraire arrive chez ceux dont des inflammations successives ont modifié ou perverti la sensibilité. La sensation douloureuse peut varier dès le simple sentiment de gêne et d'embarras jusqu à la douleur la plus atroce. Elle est produite non seulement par le gonflement et la compression qui en est la suite et qui s'exerce sur les filets nerveux de Torgane , mais encore par l'état de gêne que les parties éprouvent pour accomplir les mouvemens normaux.
Cela est si vrai que c'est dans les ophthalmies accompagnées de tensions extrêmes ^et de phénomènes d'étranglement, que la douleur est la plus vive et qu'elle augmente à chaque mouvement que le malade fait exécuter à l'organe ou à ses annexes. Et s'il est des ophthalmies qui , plus que d'autres^ sont accompagnées de douleurs^ il faut se hâîer de le reconnaître ; c'est qu'elle attaque plutôt tels ou tels tissus dans lesquels les symptômes dont nous avons parlé sont plutôt appréciables. Là, sous 1 influence et la persistance des causes qui produisent )e gonflement et la rougeur de l'œil , la sensibilité de celui-ci ne tarde pas à s'accroître^ au point que des agens extérieurs avec lesquels il était impunément en rapport, lui causent des malaises assez grands, et il finit par ne pouvoir plus les supporter. Ainsi l'air et la lumière ; qui jouent un si grand rôle dans l'accomplissement de ses fonctions à l'état sain , deviennent pour un œil malade une cause de douleurs telles, que le malade s'y soustrait avec empressement, circonstance à laquelle on a donné le nom de pliolophobie, que nous traduirons souvent par les mots d'aversion , d'intolérance ou d'horreur de la lumière.
L'influence de la lumière est telle , que , pour s'y sous-
traire , le malade se livre à des mouvemens involontaires du globe de l'œil el des parties qui le protègent, symptôme connu sons ie nom de clignotement. L'exaltation de la sensibilité de Tcsil varie selon Tintensiié de la maladie, la nature des tissus affectés, et surtout le tempérament des malades. Les sujets irritables, les femmes hystériques et lesenfans sont excessivement sujets à l'accroissement anormal de la sensibilité de l'œil et à la photophobie ; celle-ci augmente presque toujours sous l'influence des variations atmosphériques et sous celle du sommeil.
Altération de la vision. L'altération des fonctions visuelles n'est pas toujours en raison directe de l'intensité de Toplithalmie. La sensibilité du malade , la prédominance de son système nerveux déterminent souvent des troubles dans la vue, qui ne peuvent être expHqués convenablement par l'état de la maladie, puisque l'on voit la faculté visuelle conservée dans toute son intégrité chez des individus dont l'œil porte des altérations fort graves. Souvent même dans le début del'ophthalmie, le premier symptôme appréciable se borne à Taccroissement et à la perspicacité de la vision. Celte sur excitation maladive, doit être attribuée à Téréthisme des nerfs qui concourent à la vision , de même que leur paresse ou la perversion de leurs fonctions doit avoir pour cause la gêne ou la compression exercée sur eux par la turgescence des vaisseaux sanguins.
Le trouble dans la faculté de voir doit être aussi dans quelques cas attribué à ce que des causes physiques ne permettent plus aux rayons lumineux d'être mis en rapport avec le sensorium commune. Ces causes sont la perte de la diaphanéité, des humeurs réfringentes de l'œil, les hémorrhagies actives de Forgane , les épanchemcns séreux ou purulens , enfin les changemens ( métamorphoses) survenus dans les ouvertures destinées à donner passage aux rayons lumineux. Que cette métamorphose soit le résultat d'adhésions insolites ou de productions de pseudo-mem-
l3ranes. Dans quelqi'.es circonstances , les anomalies de la .vision ne sont que passa(;ères, ei disparaissent avec la maladie ^ dans d'aulres cas , les désordre visuels perslslent après la disparition de raffectionmordide.
Phénomènes de réaction. L'œil entretient des sympathies trop intimes avec les autres systèmes , pour que, lorsqu il est malade, il n'entraîne pas après lui des symptômes de réaction générale , qui ne tardent point à se manifester , et à acquérir quelquefois une importance extrême. Organe éminemment sensible et vasculaire , c'est sur la circulation et les centres nerveux que se déclarent les premiers symptômes de réaction. Cet état général et anormal de ces deux systèmes de l'organisme , provoquent ce que Ton Bomme ordinairement une fièvre inflammatoire. Dans la plupart des cas, celle-ci ne doit être considérée que comme un symptôme , puisque , assez ordinairement , les phénomènes de réaction suivent la marche croissante ou décroissante de l'ophlhahiiie , et que la fièvre est totalement -dissipée , qu'il persiste encore des signes non équivoques de -Vinflammation oculaire. Toute symptomatique qu'elle est', ja fièvre consécutive de Tophthaimie ne s'en présente pas anoîns avec tous les symptômes des fièvres essentielles, ou lout au moins dont le point de départ est inconnu ; ces asignessont une horripilaûon accompagnée de céphalalgie sus-orbiiaire , de frissons dans le dos, auxquels succède une chaleur assez vive , qui se termine presque toujours par une sueur assez abondante.
Pendant la période de froid , la respiration est saccadée'; à mesure que la chaleur se développe , elle devient plus large, la face rougit, les yeux deviennent plus douloureux, .et le malade est tourmenté par une soif difficile à calmer, jusqu'au moment où la sueur apparaît. Dans la première |)ériode de la fièvre symptomatique de Tophthalmie , la Jangue reste humide ; ce n'est que quand la maladie a acx^uisde l'intensité, qu'elle se sèche ; ce symptôme est près-
que toujours le précurseur ou le saiellite de {rouble dans les organes digestifs. Dans les premiers paroxysmes , Turine est abondante , incolore, la persistance et l'intensité des phénomènes de réaction la rendent rare et briquetée.
Il n'est pas rare de voir la fièvre consécutive à Toplithalmie prendre une marche périodique ou intermittente , avec des paroxysmes complets diurnes, tierces ou quartes. Les intermittentes se présentent plutôt dans de certaines localités ou dans certaines saisons , circonstance qu'il faut toujours prendre en considération dans le traitement. Il faut aussi avoir égard au tempérament du malade , à sa prédisposition aux affections périodiques , et à la constitution atmosphérique dont il est entouré.
Il serait bien difficile d'assigner un terme fixe à la période inflammatoire de l'ophthalmie ; rien de stable à ce sujet ; car il est des ophlhalmies qui débutent par des symptômes assez graves, et qui disparaissent presque spontanément , tandis que , dans d'autres cas , une ophlhalmie en apparence légère se prolonge fort long-temps. L'éloignement des causes irritantes, une diète sévère, une thérapeutique couvenable , tendent toujours à rapprocher le terme de la fin de la maladie ; au contraire , la persistance des agens délétères , un traitement empirique ou irrationnel peuvent entretenir presque à l'infini les symptômes inflammatoires. La durée de la maladie peut aussi se calculer dans la simplicité de Taffection ou sa connexion , soit avec une autre maladie , soit avec un tempérament particulier ou un virus spécial.
Seconde période de rophthalmie. Comme nous Tavons dit plus haut , il est des ophthalmies qui finissent avec une telle promptitude, que nécessairement elles ne sont pas susceptible d'avoir une seconde période; mais lorsque, par une cause quelconque, soit l'insuffisance du traitement , l'inopportunité des médications , ou enfin des idiosyncrasies qu'il est toujours difficile de saisir, la maladiejpersiste et
revêt II forme adynamiqiio, on autrement dite la période dedébilité; ce pys^age d'une sur-excitaiion assez grande à urx' faiblesse réelle o» apparente est commun à Tophibalmie et à la plupart des inflammations où rexcitaiion de la vitalité, après' avoir existé pendant un certain temps, s'épuise d'elle-même, s'aftaisse et tombe ainsi dans un épuisement dont la conséquence naturelle est la débilité. Celle-ci, sous Finfluence de nouvelles causes, peut se réveiller et revenir à Tétat sîhénique , circonstance qu il faut bien se garder de considérer comme une récidive , mais bien comme une recrudescence, si fréquente dans toutes les affections inflammatoires.
Ces recrudescences sont d'aulant plus communes , que les symptômes de la seconde période de Tophlbalinie sont les mêmes que ceux de l'ophtlialmie aiguë, à la modification près (|ue leur ont imprimée la durée de la maladie et la persistance de ses effets; aussi n'est-il pas rare de voir la rougeur plus grande , lors même que Tinfiammalion est moindre. La persistance de ce symptôme est due à ce que, les vaisseaux ayant perdu de leur énergie, le sang y reste accumulé , phénomène aussi entretenu par la coagulabililé que l'inflammation lui imprime presque toujours : par contre, la chaleur est moindre, réréihisme vital a diminué. C'est par cette raison que les sécrétions et les excrétions, qui sont presque toujours suspendues, reprennent leurs cours avec d'autant plus d'abondance qu'elles ont été plus long-temps supprimées. La douleur est de tous les symptômes celui qui offre le plus tôt de la rémission, ou cesse promptement, ou se remplace par un simple malaise , et plus souvent encore par une gêne plus particulièrement due à l'engorgement ou à Thypérémie accidentelle qui existe. Dans ceue période , les phénomènes de sensibilité diminuent aussi , la photophobie seule persiste quelquefois, et c'est à elle qu'il faut attribuer la persistance des mouvemens musculaires à ne pas reprendre
leur état normal. A cette époque de la maladie , lorsque la première période n'a pas été trop intense et trop persistante, principalement lorsqu'il n'y a aucune complication , la vision reprend son état normal.
Cet état de mieux-être est d'autant plus évident et plus rapide, que la fièvre de réaction qui accompagnait le premier temps de linflammation s'est plus tôt dissipée ; il €St des cas cependant où la fièvre persiste dans la seconde période deTophtlialmie ; c'est surtout quand elle se montre avec un type régulier ou intermittent, que cette persistance a lieu. On la rencontre ordinairement dans les saisons^ les années et les'pays oii il règne des fièvres intermittentes, ou bien encore chez les individus ayant déjà été atteints d'affections périodiques. La seconde période est quelquefois terminée, qu'elle se représente ; sous rinfluence de causes de localité , il se manil'esle des accidens de fièvres intermittentes, qui réveillent Toplithalniie,
S'il a été difficile d'assigner une terminaison à l'ophthaîmie astliénique , il est plus difficile de le faire encore pour la seconde période , de môme que pour les cpbtbalmies primitives ; les secondaires peuvent se terminer assez promptement, mais non pas brusquement comme elles. Il en est d'autres, au contraire, qui restent fort longtemps à disparaître; ce sont celles surtout contre lesquelles on a dû employer un traitement fort actif et débilitant , qui a produit non seulement localement, mais encore dans tout l'organisme, une langueur et un affaissement qui vont quelquefois jusqu'à la détérioration, momentanée il est vrai, de l'économie.
Il en est de même, lorsque l'oplithalmie est due à des causes spéciales , constitutionnelles ou spécifiques ; la transgression des règles hygiéniques convenables , le retour des accès périodiques, les médications inopportunes , qui entraînent les recrudescences , doivent aussi être considérées comme tout autant de circonstances qui
Tonlribucnt à prolonger celle période , dont la persistance Jiiiit par déterminer, dans les parties , des métamorphoses de tissus et de vitalité qui engendrent la période chroni- <jue ou chronicité»
Causes de l'oplithalmîe. Une infinité de causes peuvent produire Tophthalmie : pour les classer avec ordre nous dirons que les unes sont prédisposantes , les autres efficientes; qu'il en est de locales , et de générales ; de même que pour toutes les maladies inflammatoires, la prédisposition est une des conditions nécessaires à la production de Tophîbalmie. Cette prédisposition se rencontre dans l'organisaîion de Toeil lui-même , dans la ténuité et la multiplication de son système capillaire. Cette organisation rend, il est vrai , les individus de tous les sexes et de tous les âges susceptibles d'être attaqués par Toplithalmie ; mais , pour être juste, il existe dans de certains âges, des conditions de tempérament ou de constructions qui prédisposenr sm- ^ulièrement au développement des maladies inflammatoires de l'œil, sous Tinfluence des causes les plus légères. Celte prédisposition peut n'être que passagère ou constanie : ainsi l'excessif développement du système sanguin , une grande irritabilité nerveuse, une constitution athlétique, la brièveté du col , la laxité des tissus , prédisposent à laf'flux du sang dans l'œil et dans ses annexes, et facilitent par conséquent l'ophthalmie. Pour peu qu'il se présente des causes efficientes, la prédisposition ne tarde pas à se convertir en maladie dans les causes prédisposantes. Parmi les maladies qui attaquent d'une manière ouverte ou occulte l'économie, l'on doit placer en première ligne cellesdont le siège existe même déjà comme cause prédisposante ; ainsi celles qui ont leur siège dans le système sanguin ou dans les centres nerveux : telles sont les fièvrf^s inflammatoires et exantliématiques ; celles-ci sont piesque toujours accompagnées d'une sur-excitation diins le système vasculaire de l'œil , un état d'irritabilité tel que la
plus légère cause efficiente suffit pour déterminer une oph^ ihalmie ; les conditions qui modifient Faction du système lymphatique et glanduleux , doivent aussi être considérés comme des causes prédisposantes à l'ophtlialmie, soit que ces systèmes soient doués d'une grande activité ou qu'ils soient en proie à une torpeur non moins préjudiciables. Ces prédispositions seront d'autant plus grandes qu'il existera en même temps des vices constitutionnels ou spécifique.
Les causes efficientes qui sont aussi générales et locales, agissent de différentes manières : les unes réagissent immédiatement sur l'action vitale de l'œil , les autres ont une action chimique ou mécanique qui se manifeste immédiatement en changeant l'harmonie des parties et leurs rapports. Les causes efficientes peuvent être absolues ou relatives : par les premières, l'on entend celles qui nécessitent seulement la prédisposition pour produire l'opbthalmie , et qui alors la produisent toujours. Les relatives au contraire attaquent avec moins de violence et n'agissent qu'autant que la prédisposition est plus prononcée.
Causes efficientes absolues. Parmi celles-ci il faut placer en première ligne les violences externes portées sur l'œil, soit qu'elles produisent des solutions de continuité, de contiguïté, soit qu'elles existent sans elles ; causes qui varient par leur intensité, leur durée et leurs effets, ou la durée de ^eur contact avec l'organe. Ici trouvent leurs places l'explosion de la poudre, de la vapeur, des gaz inflammables, les brûlures actuelles, les potentielles, produites par les acides minéraux et végétaux concentrés, les alcalis ; les brûlures produites par l'eau, les substances huileuses éthérées, résineuses, graisseuses en ébullition, enfin les virus contagieux portés directement sur l'organe ; toutes causes qui , comme on le voit, doivent immédiatement produire dans Tœil des accidens inflammatoires.
Les causes relatit^es sont l'usage abusif des boissons spiritueuses, les travaux prolongés de l'esprit, les veilles
exagérées et continuées , les excès de table et Fabus des plaisirs vénériens. Dans les causes relatives , doivent être comprises les conditions variables de Tair et de la lumière.
L'air. L'air, qui est indispensable à l'existence deToeil, devient quehjuefois pour lui une cause de maladie, soit par les modifications subites auxquelles il est sujet, soit par les agens délétères dont il devient le véhicule ; en effet, lorsque Tair est trop raréfié, ce que Ton éprouve dans l'ascension sur les hautes montagnes; la pression atmosphérique diminuant, le sang se porîe avec violence dans les tissus capillaires; l'œil rougit alors immédiatement. Ce phénomène a été observé par tous ceux qui ont fait des ascensions sur les hautes montagnes; il devient d'autant plus évident que l'on se trouve sur un lieu plus élevé. J'ai eu Toccasion de constater ce phénomène dans une ascension que j'ai faite en 1817, sur les aiguilles de Brevent , et en 1819, sur le Mont-Rose. L'air, en variant de température, produit aussi des ophthalmies, surtout lorsque cette variation est brusque, et peut produire un chang< ment énorme dans l'échelle ihermométrique, comme cela s'observe souvent en Egypte et sur quelques plateaux d Asie, ainsi que l'ont observé Savaresi, Assalini et Yolney.
Il en est de même si les principes de l'air atmosphérique sont altérés de telle manière que l'un ou l'autre de ses principes consiituans changent de quantité ou de qualités. Ainsi un air surchargé d oxygène, tel que celui que nous apportent les vents d'orient ou ceux du nord, prédisposent singulièrement aux iaiïamiDations prénérales et surtout à celles des yeux. Lorsque lazote existe en trop gronde quantité^ l'œil ne tarde pas à souiiVir de sa présence. Maintenant, si nous considérons l'air comme véhicule d'ime grande quantité d'électricité positive, de corps pulvérulens, de gaz méphitiques, produits par des substances animales ou végétales en putréfaction, ou enfin comme conducteurs d'un gaz dé-
lélère ou de la foudre, Ton concevra quel rôle il doit jouer dans la production des ophthalmies.
Lumière. Quoique la lumière soit le principe vivifiant de Tœil, et que sans elle il ne puisse exister, elle peut devenir une cause efficiente de ropluhalmie, ainsi que nous allons le voir. Pour que la lumière soit en harmonie avec les fonctions de Toeil et ses besoins, il faut non seulement qu'elle soit modérée, mais encore que sa reparution soit égale.
Toute lumière éclatante trop prolongée, qu'elle émane du soleil ou de corps incandescens, par sa prolongation entraîne Taltération des fonctions visuelles, et même de l'organe. 11 se manifeste dans celui-ci un état d'excitation qui dégénère facilement en ophllialmie. Aussi les hommes qui voyagent dans les pays chauds, équatoriens surtout, où la lumière la plus intense se lie à une chaleur extrême, sont-ils rapidement atteints d'ophthalmie. Il en est de même de ceux qui, par la nature de leur profession, sont exposés à une lumière éclatante : tels sont les fondeurs en métaux, les verriers, les porcelainiers et autres. Lorsque la lumière est portée brusquement sur Tœil par des condensateurs de lumière, les prismes dont se servent un grand nombre de professions, l'œil ne tarde pas à souffrir de cet usage et à contracter l'ophtlialmie. La lumière n'est pas moins nuisible lorsqu'elle est réfléchie par les terrains sablonneux, crayeux ou recouverts de neige. Ces causes sont surtout si évidentes que les individus qui habitent les plaines sablonneuses de la zone torride, et ceux dont le séjour est aux pôles^sont obligés d'employer des moyens spéciaux que leur a fournis l'expéiience, pour amoindrir les effets de la réverbération sur le sol qu'ils sont appelés à fouler.
Médication inopportune ou. empirique. Si l'on calculait l'importance de l'œil par la facilité avec .laquelle on le soumet à toutes sortes de médications , certes il serait, ou un des organes les moins importans de l'économie, ou des plus résistans aux agens délétères externes. Il n'est pas de
bonnes femmes lant soit peu titrées, de monastère huppé, qui ne possède une recette admirable , une panacée universelle pour tous les maux d'yeux, dont le moindre inconvénient est de convertir un simple malaise , en une maladie fort grave. Il en est de même des prescriptions faites par des charlatans qui vendent des remèdes souvent fort énergiques qui, employés sans réserve et surtout sans indications , augmente le mal au lieu de le guérir, et produisent souvent des accidens irrémédiables.
Diagnostic des ophtlialmies. Le diagnostic de Toplithalmie se base sur deux indications principales : la connaissance des causes et l'appréciation des symptômes. Il sera rendu plus facile par la connaissance du tempérament de l'individu affecté, par l'étude des circonstances dans lesquelles il se trouve , enfin par Texamen attentif de l'œil lui-même. Il faut surtout noter avec soin la nature de l'altération et des tissus sur lesquels elle siège; et souvent par les symptômes apparens on doit calculer l'existence de ceux qui échappent à nos sens , ce qui arrive quelquefois dans les inflammations des organes profonds. Il est surtout fort important d'étudier les modifications que l'inflammation a produites dans les organes affectés, afin d'en tirer les indications convenables pour la durée de la maladie, son pronostic et son traitement. L'ophthalmie , de même que toute inflammation , peut se terminer par résolution , suppuration, induration, exsudation, concrétion, production de fausses membranes et diverses espèces d'œdèmes , la gangrène et la mort. La guérison est, sans contredit, la terminaison la plus fréquente de l'ophthalmie. Lorsqu'elle a lieu par les seuls efforts de la nature et sans le secours de l'art , elle prend le nom de résolution. Elle arrive en général lorsque l'individu est d'une bonne constitution , lorsque les causes de la maladie ont été de peu de durée , et que le^malade en est atteint pour la première fois. La résolution sera^d'autant plus facile que la maladie sera moins
ancienne, moins grave, et siirloiit exempte de spécialité. On comptera d'autant plus sur l'absence de spécialité, que c'est à elle que Ton doit les changemens de formes et de tissus que prend Tinflammation. L'expérience a prouvé la vérité de ce que j'avance ; et Ton voit souvent des ophibalmies traumatiqiies qui eussent été très-simples chez un individu sain, acquérir de la gravité en raison de la prédominance du système lymphatique ou d'une affection syphilitique. De même que dans toutes les inflammations, la suppuration peut être de bonne ou de mauvaise nature; elle est d'autant plus fréquente, que l'inflammation a lieu sur des parties de l'œil qui , telles que la conjonctive, ont une grande propension à suppurer. Lorsque les causes traumatiques ont produit des épanchemens qui ne se résorbent point ou qui étranglent la partie , la suppuration a une grande tendance à s'en emparer. La suppuration peut être générale ou partielle ; dans ce cas on la nomme abcès, qui lui-même peut varier de forme , depuis la simple pustule de la conjonctive ou de la cornée , jusqu'à labcès énorme des paupières, ; profond de l'orbite, ou envahissant tout rinlérieur de l'œil. Lorsqu'après l'évacuation du pus, l'abcès ne se cicatrise point, il forme une fistule ou un ulcère, qui peuvent se terminer ensuite pai: une cicatrisation convenable , ou persister et produire des décollemens ou des ulcérations perforantes. Toute inflammation qui ne se résout point, ou qui passe à la suppuraiion sans être dissipée par elle , produit l'induration ; celle-ci peut être partielle ou générale , et exister depuis le grain de millet ou l'orgeolet jusqu'au sclérôme envahissant tout l'œil. La récidive de linflammation, l'atonie des vaisseaux, l'emploi inopportun des astringens, le tempérament scrofuleux, la brusque variation atmosphérique, sont tout autant de causes qui produisent l'induration. C'est surtout lorsque l'inflammation a son siège sur le tissu cellulaire et les corps glanduleux que l'induration est très-fréquente .
Lorsque le tissu cellulaire intra-orbitaire emflammé] ne s'est point résorbé ou a mal suppuré, il est souvent le siège d'induration , essence première d'un grand nombre de tumeurs qui s'y développent. L'induration n'est pas une conséquence indispensable de l'augmentation du volume ; cependant , dans le plus grand nombre de cas , il en résulte descbanf^emens de forme qui gênent de plus en plus l accomplissement des fonctions de Torgane qui en est affecté.
Quant aux exsudations , elles peuvent exister dans toutes les ophihaîmies et dans tous les tissus , mais surtout sur ceux dont la vascularité est extrême ou qui participent du système séreux. L'exsudation étant toujours le résultat de la sécrétion d'une matière plastique, qui a lieu à la surface d'une partie affectée , elle est d'autant pins fréquente que la rupture inflammatoire aura été plus violente, p!us durable et surtout moins avantageusement combattue. Cette exsudation sera d'autant plus défavorable, qu'elle attaquera des parties plus importantes , et que sa présence pourra changer le rapport des parties , modifier leur sensibilité ou pervertir les fonctions auxquelles elles sont destinées. 1
L'exsudation se présente tantôt sous la forme de plaque , tantôt sous celle de globules, tantôt sous celle de filamens. Elle peut disparaître spontanément ou sous l'influence d'un médicament convenable ; mais il est malheureusement plus commun de la voir persister. C'est par les exsudations que se forment quelquefois des adliérences isolées dans des parties destinées à être éloignées les unes des autres, et que l'inflammation seule a rapprochée (Blépharite érysipélatcuse , varioleuse ou suite de brûlures).
Les fausses membranes sont toujours le résultat de l'accumulation des exsudations qui s'organisent et s'accroissent, ainsi que les anatomistes Font prouvé (1). C'est par le
(1) Rolande, Recherches sur le mélanisme , citées.
même nisus fermatwus qu'apparaissent les végétations, les luxuriations , les tumeurs , etc. L'œdème est l'accuniulation des humeurs séreuses dans les (issus : il y en a d'aigus et de lents, les uns sont souvent le produit d'une sur-excitaîion dans les sécrétions lymphatiques; les autres ne dépendent que de la cause des humeurs dans les vaisseaux eux-mêmes. Les phénomènes œdémaleux sont souvent le résultat de la maladie elle-même ; mais il est trèscommun de les voir se produire par la conîinuation des médications relâchantes et aiïaiblissanles.
La gangrène peut être le résultat de la sur-excitation locale, ou celui de l'afFaiblissement de la vie dans la partie. Bans le premier cas, elle est presque toujours due à Taction pervertie des artères qui poussent le sang dans la partie , l'y pressent avec tant de force qu'elles l'accumulent et qu'il ne peut plus arriver dans les veines ; de là un étranglement qui est rapidement suivi de la mortification. Dans le second, l'atonie ayant succédé à une trop grande sur-excitation, les vaisseaux ne peuvent plus fonctionner , et la partie meurt faute d'alimentation. Celte terminaison arrive fréquemment dans les ophthalmies produites par des causes traumatiques ou chimiques agissant avec beaucoup de violence sur les tissus : ce sont alors les gangrènes du premier ordre. Les secondes sont plus fréquentes chez les hommes épuisés , cachectiques , soumis à Tinfluence de la congélation , des émanations putrides , virulentes ou du seigle ergoté. La gangrène se reconnaît à des signes propres, assez connus pour ne pas les énumérer ici. Si les symptômes sont tels qu'ils produisent la mort, l'on a un sphacèle dont la conséquence est la destruction de la partie , tandis que la gangrène peut laisser aussi de l'espoir.
Lorsque la force de la nature cherche toujours à limiter l'action du sphacèle par un acte inflammatoire, lorsque des causes empêchent le travail, le sphacèle marche, et le malade succombe.
Le spliacèle n'est point seul une cause de mort : les suppurations profondes , la transmission de rinflammation aux centres nerveux entraînent le malade. Celte funeste terminaison a souvent lieu dans les oplilhalmies qui se développent dans les armées , à bord des bâtimens néofriers , oii ii règne en même temps des causes générales capables de détériorer l'économie,
Pronostic de l'ophihalmie.Leproïiostic de ropbthalmie,doit toujours être basé sur l'ensemble des phénomènes subjectifs , de même que sur ceux qui sont seulement présentis , il doit toujours être assis sur l'appréciation sévère des causes qui ont produit la maladie, de la période dans laquelle elle se trouve , et à ses complications reconnues ou présumées. L'oplithalmie simple, peu intense, sur un sujet d'un bon tempérament, permet en général un pronostic favorable, l'espoir d'une guérison prochaine; tandis que l'ophihalmie entachée d'une spécificité, ou aggravée par une fâcheuse conjStitution. Le pronostic sera d'autant plus favorable que les causes productives de la maladie auront été plus légères et moins durables. Il en est de même au sujet du de^jré d'inflammation des ophthalmies légères, elles ne laissent pas de traces , ne compromettent en rien la viede l'individu , tandis que les affections qui se prolongent envahissent toutes les parties de l'œil , occasionent des phénomènes de réaction tels , qu'ils entraînent la perte de l'individu. Tout ce que nous venons de dire du degré, s'applique parfaitement aux stades où se trouve l'ophthalmie , le pronostic sera d'autant plus favorable que la maladie sera moins avancée dans son évolution, par cela même qu'il est plus facile d'en arrêter la marche , ou tout au moins de la modifier par les efforts de l'art. Quand la maladie est arrivée à la seconde période, 'c'est déjà ime chance défavorable de plus, parce quelle n'est plus susceptible de résolution, surtout si Tinflluence de la médecine n'a que peu entravé le cours de la maladie , le pronostic
variera aussi selon l'état de simplicité ou de complication , selon que la maladie est épidémique ou contagieuse , entretenue par des conditions atmosphériques, miasmatiques, ou endémiques. Avant de se prononcer, il faut toujours s'enquérir si , la maladie est en récidive ; si l'ancienne affection a laissé des traces, si enfin le malade est, par son tempérament ou par sa profession, sous l'influence de causes capables d'entretenir ou d'aggraver la maladie ; enfin , on pourra tirer des conclusions de la manière dont raffection se comporte sous l'influence des moyens hygiéniques et thérapeutiques qu'on lui oppose , surtout si le traitement est contrarié par la résistance du malade à l'exécution du traitement, ou si, par la nature de ses occupations , par mau; vaise volonté , ou par détresse , le traitement n'est pas convenablement appliqué.
Traitement de Vophthalmie. Après avoir parlé des généralités qui ont rapport à Tétiologie ou diagnostic , au pronostic de l'ophthalmie , et à des causes génératrices, il convient aussi de tracer les règles générales du traitement que nous modifierons ensuite , pour chaque espèce d'ophthalmie quand il en sera question. Le traitement des ophthalmies est le même que celui de toutes les inflammations , il doit être basé sur l'intensité de la maladie , ses périodes et ses complications, pour être rationnel et profitable ; il doit ofirir trois conditions principales , qui sont :
1** L'éloignement des causes qui ont produit la maladie.
2" Diriger les forces de l'organisme , afin qu'elles contrebalancent la maladie que l'on a à traiter.
3<* Surveiller avec un soin extrême la période de convalescence.
Première indication. S'il est des causes qu'il n'est pas donné aux médecins d'apprécier, ou qu'il n'arrive pas assez à temps pour les combattre, il en est aussi d'autres qu'il reconnaît immédiatement , et qu'il est de son devoir d'enlever aussitôt. Il s'occupera d'extraire les corps étrangers qui
ont pénétré dans l'œil ou qui sont en rapport avec lui. Que la position soit fixe ou errante par leur action mécanique , ils tendent à au^imenter singulièrement la maladie , et lorsqu'ils échappent à l'investigation ^ ils entretiennent raffeciion et l'aggravent malgré les traitemens les plus convenables; c'est ainsi que l'on a vu des parcelles métalliques, végétales , animales, des insectes parasites menus , cachés dans les replis de la membrane clignotante , occasioner des accidens d'autant plus graves, que leur présence était ignorée. Lorsque les corps étrangers n'ont point pénétré dans les tissus , il est plus facile de les trouver, leur présence occasione presque toujours un larmoiement très-abondant , les larmes entraînent les corps étrangers vers le grand angle de l'œil. On favorise ce passage par de légères frictions sur les paupières, puis , avec un petit pinceau de martre , un morceau de papier roulé , ou un bout de mouchoir tourné sur lui-même , on cherche à extraire le corps étranger. Dans quelques circonsiances Von est oblijîé de se servir de petites pincettes, ou de la cuveite de Daviel. Pour les corps adhérons et pénéirans, les brucelles sont indispensables , il est même quelquefois nécessaire de se servir d'une aiguille à cataracte que Ton emploie en forme de levier.
Dans celte opération, il faut toujours procéder avec des précautions extrêmes pour éviter un surcroît d'irritation. Les cils renversés doivent être redressés, et ceux qui croissent anormalement , arrachés.
Quant aux corps qui agissent chimiquement, il en est qu'il ne faut point chercher à dissoudre avec de Feau, parce que leur action devient plus vive. Il vaut mieux introduire quelques gouttes d'huile pour lubrifier les parties et chercher à les enlever avec la curette et le pinceau. Pour ceux qui peuvent se dissoudre dans l'eau sans acquérir des qualités plus nuisibles, on peut tirer un grand parti des injections d'eau froide ou tiède.
L'éloignement d'une lumière trop vive, le renouvellement de Tair vicié, la destruction de la fumée, des émanations putrides, la suspension des travaux pénibles , d'un mauvais régime , sont des causes qu il faut éloigner le plus tôt possible.
La deuxième indication consiste, comme nous l'avons dit, à ménager les forces du malade, de telle manière qu'il soit toujours dans des conditions telles que la nature médicale ne soit pas pervertie, abolie, et que, par ce moyen, la maladie tendant à se guérir le plus tôt possible, un trop grand affaiblissement s'oppose à la réaction vitale nécessaire à la guérison, en modérant l'exaltation des vaisseaux ophthalmiques d'une manière convenable. L'on voit souvent la maladie se résoudre par elle-même; c'est pour celte raison qu'il faut toujours examiner avec soin l'état des forces, tant dans rinflammation de l'œil que pour l'organisme en général. Dans quelques cas, leur action exaltée se transmet à l'humeur et y produit des phénomènes de réaction, dans d'autres circonstances il se présente des symptômes inverses. Quelquefois aussi les vaisseaux de Toeil sont dans un état de faiblesse tel , qu'en ne leur venant pas en aide pour la surmonter , la maladie persisterait ou s'aggraverait.
Pour remplir convenablement l'indication qui consiste à modérer l'action exaltée des vaisseaux, il faut recourir à un ensemble de moyens qui constituent la méthode antiplîlogistique. Celle-ci se compose de remèdes généraux, locaux, d'externes et d'internes.
Les uns agissent directement sur les vaisseaux, les autres sur la qualité du sang et sur les autres liquides de l'économie.
Les antiphlogistiques proprement dits, qui agissent directement sur le sang, sont les saignées générales et locales. Les premiers agissent principalement sur l'organisme ea
général, les locaux ont une action presque spéciale sur les vaisseaux de Toeil.
Parmi les moyens antiphlogistiques {généraux, Touverlure d'un gros tronc sanguin, veineux ou artériel, selon l'indication ou l'urgence, doit tenir le premier rang. Cette méthode , qui peut produire une dépléîion brusque, que l'on peut renouveler au besoin, parce qu'on enlève au vaisseau un excitant très-puissant qui affaiblit immédiatement l'état d'exaltation dans lequel il se trouve, au point qu'une évacuation sanguine convenable fait cesser rapidement et souvent instantanément la congestion, la compression et la douleur. Pour que l'effet de la saignée soit propice, il faut qu elle soit très-abondante, afin que les phénomènes déplétifs se transmettent jusque dans les points les plus éloignés du centre circulatoire. La saignée est indiquée pour les hommes forts et vigoureux. Il faut la récidiver selon l'intensité de la maladie^ la force de Findividu et sa tolérance pour les pertes de sang. Cette pratique est surtout nécessaire dans les pays chauds, où la rapidité des symptômes désorganisateurs demande un traitement énergique, exempt d'hésitation; car, il faut le dive^ les demimoyens compromettent plutôt l'organe , que les traitemens énergiques ne détruisent la constitution.
Demours(l),dont nous invoquerons souvent la vaste expérience, en fait de pratique surtout, était grand partisan de la saignée. «J'ai adopté pour principe, dit-il^ de faire saigner dans toutes les phlegmasies de l'œil, lorsque la présence d'une lumière modérée excite un sentiment de douleur. La saignée du pied j pour commencer, est préférable à toutes les autres, même à celle de la jugulaire, qui vient en rang d'utilité immédiatement après, et peut même la remplacer. Je fais faire, le plus souvent, la saignée du pied, ainsi que celle du bras, en deux temps, à une heure
(1) DemoUi'S , Traité des maladies des yeux , t I, p. 238.
environ d'intervalle. Autrefois on abusait peut-être de la saignée, aujourd'hui il me semble qu'on la néglige trop. On ne doit point en être économe lorsque l'inflammation est portée au point de faire craindre un abcès à la cornée, surtout lorsqu'il y a des douleurs par élancemens dans le globe, dans l'orbite et dans la tête. i
Dans quelques circonstances , il faut chercher à provoquer la syncope, et rien rfest plus convenable, dans ce cas, que de saigner aux pieds. Cette pratique, légitimée par l'expérience des médecins de tout temps et de tous les pays, était surtout fort employée par le professeur Scarpa ; je lui dois de nombreux succès. J'ai , sur ce point , des convietions bien profondes, que n'ébranleront point les opinions de M. Magendie, quelle que soit l'autorité d'un pareil nom. Car, dans un ouvrage récemment publié, Tillustre président de l'Académie des Sciences ne pense point que la saignée de pied ait une action plus directe que celle du bras. Voici comment il s'exprime sur ce sujet : « Dans un système de « tuyaux communiquant entre eux librement, peut-il y avoir M vacuité dans un point et réplétion dans un autre (I) ? »
La saignée de la jugulaire est aussi fort avantageuse dans un grand nombre de cas ; il en est de même de l'artériotomie, que Ton avait abandonnée à cause des moyens de compression , indispensables pour arrêter le sang et qui sont aujourd'hui devenus tout- à -fait inutiles grâce aux belles recherches de M. Amussat sur la torsion des artères. Quoi qu'en dise M. Sichel (2) , la saigrf^e des veines internes du nez produit d'excellens résultats , je les ai signalés ailleurs (3), les vétérinaires en retirent de trèsbons effets, et nous sommes arrivés à l'époque où se réalise
(1) Magendie , Leçons sur les phénomènes de la vie , t. III , p. 32.
(2) Sichel , Traité de Vophthalmie , de la cataracte et de Vamaurose , p. 34.
(3) De la kératite scrofuleuse , citée.
e vœu de Boerhaave, qui désirait que la médecine zootomique servît au perfectionnement de la médecine humaine. La saignée dans le nez est , du reste , une pratique générale en Orient, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant les Voyages de Burckard et ceux plus récens d'Alphonse Royer (1).
Quelle que soit la méthode de pratiquer la saignée générale , la nécessité de la réitérer se tire de la condition de l'afFection locale , de la persistance de la fièvre et de rétat des forces du malade. Il faut cependant la prendre pour règle générale , toutes les fois que la violence de Tinflammation l'exige et pendant que le malade peut la supporter sans danger. Aussitôt que les effets de la saignée commencent à se prononcer, on peut alors employer avec avantage l'eau froide si vantée par Schmucker (2), qui est effectivement un excellent réfrigérant et répercussif dans le début de la maladie, mais qui devient nuisible, dès l'instant que l'ophthalmie est un peu avancée ou qu'elle revêt des formes qui excluent le froid. Le froid agit non seulement en diminuant la chaleur, mais encore en sollicitant la contraction des vaisseaux. Toutes les fois donc que rapplicalion du froid sera indiquée et possible , on y recourra avec avantage , surtout dans les affections traumatiques.
On accélère l'action des saignées générales en employant le nitrate de potasse à haute dose ; c'est un très-grand sédatif, et il ralentit singulièrement l'action des vaisseaux, non seulement en diminuant la densité du sang , mais encore en tempérant la chaleur du corps. Ce médicament, que vantait beaucoup Rowley (3) , était très-employé par le professeur Scarpa, qui l'associait à la crème de tartre et à l'émétique, formule fort usitée en Italie sous le nom de
(1) Alphonse Royer, Voyage en Orient {Revue de Paris) (4837).'
(2) Schmucker, OEuvres chirurgicales ,tï, p. 193.
(3) Rowley , ouv. cité.
poudre absorbante (1). On recommande en même temps Tusage des boissons rafraîchissantes. Lorsque les troubles de la circulation ne cèdent point à ces moyens , j'ai souvent employé , d'après les avis de M. Maunoir , la teinture aqueuse de digitale en potion et en lavement.
La saignée locale est un des moyens antiphlogisliques locaux des plus efficaces; par son moyen les vaisseaux qui avoisinent l'œil éprouvent un désemplissement direct. Elles sont d'autant plus efficaces qu elles ont été précédées de isaignées générales copieuses et proportionnées à la nature du mal.
L'illustre Barthez (2) voulait qu'on attendît, pour pratiquer les saignées locales près du siège de la maladie, que la fluxion fût déjh/lûoée et bornée. Dans le cas contraire, il conseillait de pratiquer des saignées générales dans tous cas de pléthore ou de sur-excitation sanguine. J'ai vu fréquemment, dit-il, des fluxions inflammatoires sur les yeux qui auraient été d'abord faciles à résoudre, devenir ou fort graves ou long-temps rebelles, parce qu'on avait appliqué, dans les premiers temps , la saignée locale sans l'avoir fait précéder d'une évacuation générale, convenable aux tempes ou à toute autre partie voisine des yeux affectés.
Il ne faut recourir à ce moyen isolé que dans les ophthalmies de médiocre intensité. L'évacuation sanguine locale se pratique au moyen des ventouses scarifiées et des sangsues. Toutes les fois que l'on peut appliquer convenablement des ventouses, il faut les préférer aux sangsues ; leur action est plus directe , plus sûre ; car Ton peut tirer une très-grande quantité de sang , surtout si l'on emploie la méthode anglaise ou allemande ; elles ont encore un avantage inappréciable , c'est de ne point prédisposer à
(4) Voir le formulaire.
(2) Barlhez, Mémoire sur le traitement méthodique des fluxions p. 44. '
rërysîpèle comme le font les sangsues. Les ventouses s'appliquent aux parties dorsales et latérales du cou, derrière les oreilles, aux régions sus-orbitaires et temporales j comme moyen de révulsion sur les extrémités inférieures. L'on place avec avantage les ventouses monstres du docteur Junod (1) dont Fénergie est extrême et sur lesquelles, nous reviendrons plus tard. MM. Magendie, Chomel et Récamier, ont pu constater comme moi refficacité de leur aclion sur les affections sanguines de la tête. Les sangsues s'appliquent aussi dans les mêmes localités» Je me suis toujours élevé contre la fâcheuse habitude d'appliquer les sangsues sur les paupières mêmes , parce que leur morsure produit presque toujours une inflammation, ou tout au moins un œdème traumatique de la peau qui recouvre les paupières ; accident qui complique toujours plus ou moins la maladie. M. Demours était cependant grand partisan de cette méthode, et il déclare ne l'avoir jamais vue suivie d'accidens (2). D'un autre côté, M. Velpeau (3) a rapporté de très-beaux cas de guérison, obtenus par ce moyen et recueillis dans le service de M. Bretonneau. Ce dernier praticien avait pour habitude de placer ces annélides en grand nombre, tandis que M. Demours se bornait à poser une ou deux sangsues. C'est pour avoir vu des paupières atteintes de plilyctènes gangreneuses ou de furoncles, ayant leur siège dans les plaies faites par les sangsues ; c'est enfin pour avoir vu des paupières d'enfans traversées de part en part, et le globe de l'œil blessé, que j'ai renoncé à l'application des sangsues sur les paupières. Il est plus sage , plus convenable de les placer derrière les oreilles et sur le trajet de la jugulaire
(1) Mémoire sur les effets de la raréfaction de Vair, ayant obtenu
un prix Monthyon , en 4835.
(2) Demours, ouvrage cité, p. 235.
(3) Yelpeau , Nouceau journal de médecine. Juillet 1820.
qne de les approcher de l'œil, nous ne saurions trop blâmer la pratique de ceux qui les placent sur les paupières elles-mêmes, dans le pourtour de l'œil. Cette manière de faire est surtout désastreuse pour les enfans , chez lesquels elle détermine presque toujours des accidens d'œdeme traumalique et cela au détriment de la maladie. Le professeur Scarpa en faisait placer fort souvent aux narines , et ses élèves n'ont eu qu'à se louer d'avoir suivi son exemple. Il n'en est pas de môme des scarifications de la conjonctive ; malgré son autorité , on y renonce généralement dans la première période de la maladie , parce que cette opération ne fournit que très- peu de sang et irrite beaucoup les malades. Cette pratique n'est réservée que pour les cas où il y a chémosis avec boursouiïlement et étranglement des parties 5 c'est Texcisionque l'on emploie alors, car la scarification ne remplirait point le but que Ton se propose. Il est des circonstances où Ton emploie avec beaucoup d'avantage des lotions émollientes mucilagineuses tièdes; elles calment les douleurs, diminuent la tension des parties et leur sécheresse : ce sont les infusions et les décoctions de fleurs de guimauve, de coquelicots, du safran uni au laitou coupé, avec de l'eau d'orge miellée. Autrefois, l'on comptait beaucoup sur les cataplasmes émoUiens, aujourd'hui leur usage est fort restreint, eu égard à l'action mécanique et physique qu'ils exercent sur l'œil. C'est aux cphthalmologistes allemands surtout que l'on doit d'avoir réduit la pratique des cataplasmes , qui , toute ba- Dale et populaire qu'elle est, n'en est pas moins fort nuisible. Les purgatifs jouent aussi un grand rôle dans le traitement général des ophihalmies , exemptes de complications intestinales qui excluent leur usage. Les purgatifs salins, sont surtout fort utiles, en ce que leur action peut être long-temps prolongée, sans faiiguer les organes. Depuis un temps immémorial^ Ton emploie avec succès les eaux minérales naturelles, qui contiennent des sels pur-
(jalifs. Les plus usitées sont celles de Pulna , de Marienbad, de Freucisbac et de Sedlitz. Chez les enfans on retire de très-bons avantages des purgatifs , en ce qu'ils ont le double avantage de produire une révulsion sur la muqueuse gastro-intestinale et d'évacuer une sur-abondance de lymphe, à laquelle les enfans sont en général si sujets. Ils provoquent aussi l'évacuation de quelques entozoaires et mettent ainsi sur la voie d'une cause très-fréquente d'ophthalmie chez les enfans. L'expérience a aussi sanctionné Tusage du mercure à l'intérieur et à l'extérieur. Je ne rechercherai point si , comme l'avance le professeur Fabini ( 1) , et après lui M. Sichel (2) , il agit en diminuant la plasticité du sang, ou s'il a une action spéciale sur l'inflammation; tout ce que je sais, c'est que les recherches de MM.Rasori, Tommasini, Serre d'Uzès(3), Ricord, prouvent que c'est un antiphlogistique parfait, et qu'il agit surtout dans le traitement avortif de l'inflammation.
A l'extérieur on emploie l'onguent napolitain, l'onguent avec le précipité ammoniacal, uni à la belladone ou à la ciguë pour amoindrir l'action de l'axonge oxygénée sur la peau, et pour calmer en même temps les enfans.
Le traitement que nous venons d'indiquer serait complètement inutile , si l'on n'y associait pas un régime sévère et une diététique convenable. La première de toutes les conditions est de renouveler l'air, afin que l'œil soit rafraîchi par son action. Rien n'est bon pour un œil souffrant comme un bain d'air modérément frais , ainsi que l'a dit le spirituel M. Reveillé Parise (4). La nécessité de laisser Fœil en rapport avec l'air ambiant à une température convenable , exclut de droit les enveloppes de toute espèce dont on entoure l'œil et dont l'action mécanique jointe à la
(1) Fabini , doctrine citée , p. 21,
(2) Sichel, ouvrage cité, p. 39.
(3) Serre d'Uzès , ouvrage cité.
(4) Revue médicale^ 1S31.
physique , augmente la chaleur et Tafflux du sang vers Torgane.
Une des premières et des plus importantes conditions pour la guérison des ophthalmies , est de garder un repos absolu de la partie malade , même de tout le corps. La transgression de ces principes a souvent rendu une ophthalmie sim ^ pie interminable, ou provoqué la recrudescence d'une inflammation oculaire à son déclin. Les individus prudens qui voudront obtenir une guérison durable et exempte de rechute , feront bien de condamner l'organe à un repos absolu jusqu'à entière guérison, et de ne recommencer leurs travaux qu'avec des précautions extrêmes , commandées par l'importance de l'organe et de ses fonctions , que l'on ne transgresse jamais lorsqu'il s'agit d'un membre fracturé ou d'une plaie récemment cicatrisée.
Traitement de ta seconde période. Lorsque l'inflammation est arrivée à cet état particulier que nous avons désigné sous le nom de seconde période, la raison nous prescrit de suspendre d'autant plus vite les moyens antiphlogistiques, que l'on a été forcé de les employer avec une certaine énergie, et que leur continuation ne tarderait pas à amener des phénomènes d'adynamie funeste à la constitution déjà altérée, et surtout fort nuisible à l'état local de la maladie. C'est aussi à celte époque qu'il faut commencer l'usage des remèdes généraux capables de combattre la spécificité, s'il en existe une; car, il faut le reconnaître, l'expérience nous le prouve tous les jours , il est des ophthalmies tenant à une disposition particulière , qui ne guériraient jamais sans un traitement qui leur fût propre. Il est nécessaire d'apporter dans l'emploi des moyens spécifiques, une modération extrême, afin de ne point réveiller l'état aigu et produire une recrudescence d'autant plus à craindre, que la maladie aura eu la première période plus intense et plus longue.
S'il n'existe aucune trace de spécificité, la première indication à remplir consiste à réveiller l'action des vaisseauji
qui, dans cet état, sont toujours dans l'asthénie, ou tout au moins dans une torpeur, suite immanquable de leur surexcitation. La chaleur sèche est le premier moyen qui se présente, c'est aussi le plus simple. Il suffit de placer sur l'œil quelques compresses chaudes et sèches, on les maintient en place avec une bande médiocrement serrée. Cette pratique est fort ancienne chez les Égyptiens , qui l'emploient encore de nos jours au rapport d'Assalini (1). Les ophihalmolofjistes allemands recommandent de renfermer entre les compresses un mélange de fleur de sureau, de tilleul, de coquelicots et de camomille , toutes plantes chargées de principes aromatiques essentiels, dont l'évaporatioa produit des effets résolutifs avantageux. J'emploie rarement ce moyen, si ce n'est dans les affections spécifiques, et après avoir commencé par les compresses sèches, qui peuvent échouer complètement, il est vrai, mais non du moins réveiller par leur poids continu des phénomènes inflammatoires encore mal éteints. L'on a attribué au camphre des facultés résolutives, que mon expérience m'a appris devoir être repoussées pour une époque plus éloignée que celle où on l'emploie ordinairement.
Lorque les moyens dont nous venons de parler n'ont pas rempli le but que l'on se proposait, la maladie a besoin d'un médicament dont l'action soit plus énergique et plus durable, et dont on puisse au besoin graduer l'action : ce médicament, c'est l'opium et ses combinaisons. Les médecins qui sont encore sous l'influence exagérée des doctrines de l'irritation, n'ont qu'à parcourir l'ouvrage de M. Brachet de Lyon, sur l'emploi de Lopium dans l'inflammation des membranes muqueuses ; ils y verront que leurs craintes sont chimériques. Rarement l'opium est employé seul, rarement à haute dose. La première condition d'une ihéra-
(i) Assalini , Observations sur la peste ^ sur le f.ux dysentérique et sur l'ophthalmie d'Eijijpte. Paris, an IX , p. IIS.
peulique éclairée, est d'étudier la sensibilité individuelle du malade, afin de proportionner l'emploi des médicamens à son irritabilité. La teinture safranée d'opium est celle que l'on préfère généralement ; quelques gouttes ajoutées à une légère infusion de sureau filtré, constituent la première dose des collyres résolutifs (1). Peu à peu Ton augmente la dose de l'opium , en raison de ses effets et de la tolérance de l'individu. On peut aussi, s'il en est besoin, passer à des préparations plus actives, telles que le vin d'opium, la teinture thébaïque , le laudanum de Jaeger et le nôtre. Ces substances ne doivent être appliquées pures et avec ua pinceau que dans un état de faiblesse et de chronicité très-développé.
Tout ce que nous venons de dire pour l'application des collyres d'opium , se rapporte à ce composé de substances astringentes et résolutives. Les préparations de plomb jouent un grand rôle dans le traitement de la seconde période de l'ophthalmie; elles émoussent la sensibilité, sollicitent la contraction des vaisseaux, et modèrent ou modifient les sécrétions des muqueuses. Après les préparations de plomb, viennent en première ligne, les collyres , les pommades composées avec les sels de zinc , de cuivre , de mercure , d'arsenic et d'iode.
Dans quelques cas d'ophihalmies graves et qui avaient provoqué des endurcissemens et des épaississemens de la conjonctive, M. le professeur D'Ammon (2) s'est parfaitement bien trouvé de l'application de l'huile d'olives dont on imbibait la conjonctive plusieurs fois par jour. Je n'ai jamais employé ce moyen ; mais je crois qu'il est très-convenable dans les cas où l'on a été surtout forcé d'employer de bonne heure des astringens très-actifs. Les actions huileuses combattront avantageusement la tendance à la xérophlhalmie.
(1) Yoirle formulaire, Colhjics résoltitifs,
(2) D'Ammon , journal cité. ■
C'est à cette époque de la maladie que Ton doit employer les révulsifs. Une fâcheuse routine les a fait mettre en usage sans précaution , à toutes les époques de la maladie , et surtout dans Fétat aigu , comme si Ton devait pour les maladies des yeux , transgresser les principes de la thérapeutique générale des maladies aiguës. Il n'est besoin que de se demander si dans la pleurésie , dans la pneumonie, dans la péritonite, ou dans l'entérite , etc., un praticien recommandable prescrirait un vésicatoire , dans les affections aiguës de l'œil. Les vésicatoires produisent presque toujours des phénomènes de réaction nuisibles , et que j'ai souvent fait cesser immédiatement en les enle- \ant ; c'est surtout chez les enfans que cette action des ré- Tuîsifs se montre d'une manière fâcheuse; nous y reviendrons en parlant des maladies propres aux enfans.
Boyer (1) était un praticien trop éclairé pour ne pas s'apercevoir que les vésicatoires étaient un moyen peu convenable dans la période aiguë de l'ophthalmie, surtout chez lesjeunes sujets. «Nous pensons, dit-il, que le vésicatoire agit^ chez les tempéramens sanguins , plutôt comme stimulant général que comme dérivatif, et que, par conséquent, ils ne sauraient convenir dans la première période de l'ophthalmie. » Les personnes nerveuses, au contraire, chez qui la douleur prédomine sur les autres symptômes inflammatoires, peuvent être soulagées par l'application d'un vésicatoire derrière le cou ou les oreilles, surtout lorsqu'on a eu le soin de ne le faire qu'après avoir pratiqué les saignées générales, jugées nécessaires.
Pour que les dérivatifs soient même très-efficaces dans la deuxième période de l'ophthalmie , il faut qu'ils soient placés dans un point un peu éloigné de Torgane souffrant, et abondamment pourvu de vaisseaux, ils produisent une irritation antagoniste, suivie souvent d'une révulsion immé-
(4) Boyer, ouvrage cité, t. V, p. 371.
diate ; c'est à Boerhaave surtout que Ton doit d'avoir insisté sur cette pratique : rubefactio ergo débet , dit-il , appUcari omni loco , ubi vasa nuda siint , ad axillas , inguina , popUtes^ plantas pedum , etc. , emplaslra Jenacia , ut ex galbano in aceto soluto et emplastro de meliloto ana mistis ^ sic excltalur continuo sudor suh hoc emplastro. Si hœc non satis trahant , attamen violentius agendum est (1).
C'est derrière les oreilles, à la nuque, au braS;, entre les épaules , qu'on doit les placer pour obtenir des effets salutaires ; on les active ou on les entretient avec Técorce de garou , en nature , en pommade avec l'onguent antimonial d' Autenrieth ; l'on peut aussi révulser sur les extrémités iniérieures , avec des applications sinapiques vésicantes , des bains de pieds aiguisés avec la cendre , la moutarde , le savon noir ou frappé avec de l'acide hydrochlorique fumant. Il est une pratique contre laquelle nous ne cesserons de nous élever avec force ; c'est l'application du séton que quelques praticiens emploient de la manière la plus empirique, et dont la réaction est des plus dangereuses. Ne tombe-t-il pas sous le sens qu'un individu atteint d'une affection grave de l'œil , et dont la présence ne lui permet pas de coucher sur aucun des côtés , verra sa position s'aggraver, si l'on vient lui poser un séton dans la seule partie sur laquelle il puisse se reposer ?
Déjà Hoffmann (2) avait cherché à borner cette pratique banale du séton lorsqu'il disait : Setacea et 'vesicatorla non focile applicanda in plethoricis^ nisi soluta prius plethora^ et al^^o, prcesertimin cacochymicis^ subducta*
L'application de ce révulsif est presque toujours suivie de fièvre, de raideur dans le cou, dont l'action a souvent fait repasser à l'état aigu des ophthalmies chroniques.
Chez les enfans, c'est une médication atroce en ce
(1) Boerhaave, loc, cit., § 58, p. 50.
(2) Hoffmann, Medicinœ ratio System., t. IV, part. 1, secl, 2. '
qu'elle provoque à chaque pansement , des cris , des pleurs, qui font perdre tout le bénéfice qu'on aurait pu retirer de la révulsion ; je n'emploie donc le séton , que dans les cas graves chroniques , où il est besoin de produire une révulsion excessivement active ; dans presque tous les cas , je remplace ce moyen par la tonsure du cuir chevelu , sur laquelle j'ai déjà fortement insisté ailleurs (1) ; cette méthode , que l'expérience de Bloch (2), de Reimann (3) et de Preuss (4) , avait recommandée à leurs successeurs , m'a toujours été d'un grand secours. On pratique sur la dénudaiion du cuir chevelu , des frictions avec la pommade de Lausanne, l'onguent stibié et la térébenthine. On peut, selon le précepte de Boerhaave , y appliquer un cataplasme d'ail pilé avec de fort vinaigre ; à ces révulsions externes, l'on joint celle portée sur le canal intestinal : toutes les fois qu'il est sain, l'on peut et l'on doit même recourir à des purgatifs drastiques ; les aloëtiques sont surtout fort indiqués , en ce que , en congestionnant la partie inférieure du canal digestif^ ils rappellent des flux supprimés, ou en provoquent d'anormaux.
Quand l'ophthalmie aiguë n'est point arrêtée dans sa période extrême d'acuité, l'hypersécrétion de l'humeur aqueuse fait souvent distendre l'œil outre mesure et en produit l'éclatement. C'est pour s'opposer à cette funeste terminaison que Wardrop (5) proposa et employa avec succès révacuation de l'humeur aqueuse. J'ai employé souvent ce moyen avec le plus grand succès. Lorsque l'on sera familiarisé avecsojj innocuité, on l'emploiera plus souvent.
(1) De la kératite scrofuleuse. Paris , 4837 , p.
(2) Bloch , Medic. Bemerkungen , § 59.
<3) Reimann , Annal. IVratislow. tentamin. , t. II , p. 298.
(4) Preuss, Miscell, iiatur. curios, 3* part., § 37.
(5) Wardrop , On the effects of evacuatinçi aqueous humor in ■infla2nmaîion of the eye. London } 1816.
Car, ainsi que le disait le professeur Scarpa (1) en parlant de ce moyen, que peut le raisonnement contre la pratique ! Comme l'évacuation de Thumeur aqueuse peut s'appliquer à différentes maladies de Toeil^ j'indiquerai, dans un chapitre spécial, les moyens et précautions de pratiquer convenablement cette opération (2).
Malgré l'emploi des moyens les plus énergiques , opposés à la première et à la seconde période de l'ophibalmie , la maladie marche, l'espoir de résolution s'évanouit, et la suppuration devient imminente. Aussitôt qu'il se manifeste une collection purulente , il faut se hâter de lui donner issue avec les précautions indiquées pour chaque localité, et dont nous nous occuperons de chacune d'elles. Si la suppuration , en partie tégumenteuse ou glandulaire , n'a pas une marche convenable, il faut l'accélérer par l'usage des cataplasmes émolliens, de l'onguent digestif. Si les phénomènes de cicatrisation sont remplacés par la forme ulcéreuse , il faut toucher la surface de la plaie avec un pinceau imbibé de laudanum de Sydenham , de Jseger , et de Rousseau : dans quelques circonstances, il est même nécessaire d'employer des caustiques , tels que le sulfate de cuivre , la pierre divine ou le nitrate d'argent. Lorsque la suppuration a été profonde , abondante , qu'elle dure depuis long-temps , et que le malade est épuisé , il est quelquefois important d'employer un traitement interne, dont le quinquina , le vin généreux , et les boissons toniques forment la base.
Au moment où Ton croit que la suppuration va s'établir, elle disparaît tout à coup ; mais il reste dans ces parties un état de gonflement qui dégénère rapidement en induration. Celle-ci sera d'autant plus imminente qu'il y aura déjà eu un commencement d'exsudation entre les tissus. Il est mal-
(1) Scarpa, ouvrage cité, t. I, p. J68.
(2) Yo^ez De VévçLcuation de Vhumeur aqueuse , tom. II,
— Malheureusement bien reconnu qu'un grand nombre d'indurations ne sont que le résultat de l'emploi prématuré ou irréfléchi des astringens; on traite les indurations par les moyens généraux et locaux, parmi lesquels il faut placer en première ligne le mercure et ses sels, Tiode et ses préparations. Ces remèdes seront d'autant plus efficaces que l'on pourra les combiner avec les douches d'eau minérales naturelles ou facrices, les bains de mer ou de vapeur. / On arrête quelquefois Timminence de la gangrène en détruisant l'étranglement, soit par des débridemens convenables, soit par l'usage du cautère actuel ou potentiel. Lorsque les vaisseaux sont engorgés, et que c'est à la stase des humeurs que l'on peut attribuer la mortification prochaine de la partie, il faut avoir recours à des scarifications pour évacuer les liquides ; on seconde l'effet de cette petite opération, par l'application de compresses chaudes ou imbibées de substances aromatiques. Lorsque ces moyens auront été insuffisans et que la partie se sphacèlera, il faut hâter la séparation de la partie privée de vie, en accélérant la formation du cercle inflammatoire qui tend à l'isoler des tissus sains. Il reste ensuite à diriger avec le plus grand soin la résolution nécessaire à la restauration des parties : trop heureux le chirurgien^ s'il peut éviter au malade une difformité irrémédiable ou une restauration douloureuse et bien souvent incertaine !
C'est dans le traitement des ophthalmies, à la fin de leur deuxième période, que le médecin trouve, dans l'usage des eaux minérales chaudes, un auxiliaire du plus grand poids. Elles sont d'autant plus convenables qu'elles apportent à la peau un surcroît de vie qui débarrasse les yeux, en portant à l'extérieur et aux extrémités. Elles ont le double avantage d'arracher les malades à leurs occupations habituelles , et de leur permettre de laisser l'œil dans un état d'inaction tel , qu'il puisse accomplir sa convalescence, sans avoir la crainte de la voir traversée par des
recrudescences fâcheuses. Un exercice modéré, des boissons légèrement purgatives, complètent la cure par\^s eaux minérales. Je suis parvenu, par leur aide, à détruira des affections ophthalmiques qui avaient résisté à des traî mens énergiques et durables. Celles qui m'ont le mieu réussi sont les eaux d'Enghein , d'Aix en Savoie , de Baréges et de Plombières.