‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 87 sur 95 · DU GLOBE DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

DU GLOBE DE L'ŒIL

Quand on a étudié le mécanisme au moyeu duquel l'œil se forme dans les premiers mois de la vie intrà-utérine , rien n'est pins facile que d'expliquer les difformités congéniales.

RoLANDO , De VEmhryogénie.

Les maladies du gîobe de l'œil sont congéniales ou accidentelles ; les premières se rattachent au nombre , à la forme , à l'absence et à la difformité ; les autres dépendent de Tallération d'une ou de plusieurs des parties qui constituent le fjlobe de Toeil.

Les altérations congéniales sont l'anopsie ou absence des yeux , la cyclopie , la microphthalmie , la polyopsie , et la •position anormale de ces organes. Quelque extraordinaire que puisse paraître l'absence des yeux , cette difformité -est bien moins rarequ'onne le croit. En consultant l'admi- Table ouvrage de Schoen et l'intéressante monographie de Seller sur les altérations congéniales de Tœil , on peut se convaincre qu'il existe dans la science un grand nombre de faits de ce genre. Ceux qui désireraient faire des recherches à ce sujet, ne seront pas fâchés qu'on leur indique les sources où ils peuvent puiser. Voici un résumé de ces faits, empruntés par le docteur Billard à l'ouvrage de Schoen. '-'^ "'

« L'absence des deux yeux à la fois a été observée par .les auteurs suivans : Schenk {Ohsen>. med» rat, ^ lib. vu,

Francfort, 1665, p. ^51); Haller ( Oper. arg. anat, minora^ t. m, p. 23; opusc. anat., p. 23); Alix {^Obs, chir,^ fasc. lY). On trouve d'autres cas dans Mus ( PeiropoL^ t. i", p. 298, act. erudit. , Lips. , 1726, mens, mart.) , Korlum a rencontré cette difformité ( Handh. , B. Augenkrankhe ^ Bd. 2 , p. 67 , Lemgo, 1793); Spielemberger {Miscell. nat, cur. ^ dec. 1, an. iii^ obs. 108) a décrit un monstre dont les deux yeux manquaient. Storck {De abortu, inHaller, oper. anat., 1. III, p. 36 ) a observé Tabsence des yeux avec l'existence des orbites ; Sprengel ( Sfbel , diss» Halœ , 1799 ) a rencontré une jeune fille qui n'avait aucune trace d'yeux ni d'orbites ; Botin {Mém, de VAcad. des sciences , 1721 , p. 42 ) a trouvé chez un enfant de six semaines, l'absence du globe de l'œil; les paupières agglutinées offraient à leur centre une petite ouverture derrière laquelle on trouva une membrane mince, rouge et peu sensible, qui semblait être un rudiment de la conjonctive et qui fermait la cavité orbitaire. Des faits analogues ont été observés par Ficletz {Richters chir. ^ bibL Bd. 5 , p. 143) ; Hoffmann (i'/flrFjr arch. , Bd. 4, p. 700) ; Malacarne ( Sistemi del corpo umano e la recip. inf, , etc. , Padoue, 1803 ); Himly et Schmidt ( Opluhalm. , bibl. , Bd. 3 ,1807 , p. 173 ) ont rapporté l'histoire d'un enfant qui vécut deux mois, et sur lequel on ne trouva pas les couches optiques , les nerfs du même nom , ni leur entrecroisement, les nerfs moteurs de l'œil et pathétiques, le globe de l'œil ainsi que ses muscles , et enfin la glande lacrymale. Les paupières et les conduits lacrymaux existaient. On trouva une petite masse charnue à la place du globe de l'œil. Schmidt a donné sous le nom de àvo(p9a\ao;, Û^n'àXdi Bibliothèque ophthalmologique (1805) 3« Vol, p. 170, l'histoire d'un enfant qui vécut quatre à six seniaines, et chez lequel les orbites ne contenaient pas de globe oculaire. On trouva à la place les glandes lacrymales, la troisième paire de nerfs , la première branche de la cinquième,

et îa sixième. Les branches de Fartère ophlhalmique, ainsi que tous les muscles du {jlobe de l'œil , les nerfs optiques existaient bien à la base du cerveau ; mais comme les trous optiques étaient oblitérés, ces nerfs ne pénétraient pas dans l'orbite.

Aux faits que nous venons de citer, il faut ajouter ceux rapportés parThenon (1), par Wrolyck (2), et par M. Geoffroy Saint-Hilaire fils. Ce dernier écrivain s'est surtout occupé avec beaucoup de soin des causes de cette difformité, et de la manière dont elle se produit. Heureusement que les fœtus sur lesquels on a observé cette difformité , n'ont point survécu ; car il est facile de prévoir qu'elle est au dessus de toute ressource.

Par le nom de cyclopieou de monopsie on entend Texistenced'un seulœii qui ordinairement se trouve situé au milieu du front. Tantôt l'œil estvéritablemeni seul dans un orbite unique^ tantôt l'orbite est bilobé sans cloison intermédiaire, et les deux yeux sont réunis en un seul, de manière cependant à laisser reconnaître leur jonction. La ' cyclopie coïncide presque toujours avec un arrêt de développement des os propres du nez et de l'ethmoide .

Les tissus atfectent une forme particulière q ui ne ressemble pas mal à la trompe d'un éléphant. C'est pour cette raison que M. GeoftVoy Saint-Hilaire les a nomm es Rhinencéphales .

Ce célèbre anatomiste a prouvé que la monopsie était U!i vice de conformitioa consécutif et non primitif; elle est, sdoului, la conséquence inévitable de l'absence de l'eth - RDÏde . ..,> -i. ^ . , . : . ^ , . .^■. .

(i) Mémoire d'ahatomie et do cliirurijie. ■ (2) Mémoire d'anatomie et de physiologie, traduit du hollandais par iNilloL , ,, ' .b^Ui;<

Le professeur Andral et Tiedeman ] ont publié des recherches fort intéressantes sur ce sujet , et Ton trouvera ■dans le livre de M. Geoffroy Sainl-Hiiaire fils des recherches d'anatomie transcendante pleines d'intérêt sur le mécanisme des déformations organiques.

AUaMSMïAX'IOîI BU BTOm'BîiE BES TBVl^ , OU "BQ'

La polyopsie est, comme on le voit, une maladie tout opposée à la cyciopie. En consultant l'ouvrage de M. Schoen, on trouve un assez grand nombre d'altérations de celte nature. Les principaux cas sont ceux rapportés par Sœmmering, Guérin , qui avaient rencontré trois yeux sur une seule tête. Hacutus Lusiianus rencontra quatre yeux sur un seul enfant. Home donne la description d'un enfant monstrueux qui portait deux yeux surnuméraires au dessus de la tête. M. Geoffroy Saint-Hilaire a parfaitement bien expliqué les phénomènes de production de celte duplicité monstrueuse ; heureusement que les fœtus qui ont fait le sujet de ses observations n'ont pas survécu..

SIT1>ATI02? ANQ-RmA'L'E BSS TEUX.

Ce genre de difformité est beaucoup moins fréquent que les autres : on en trouve cependant quelques cas rapportés par Rosenmulier. Tantôt les yeux ne sont point placés sur un même plan, tantôt un se trouve fixé à la nuque , tantôt au sommet de la tête ; Pline raconte même qu'il en vit un ayant son siège sur l'épaule.

DE I.A bizc;b.ofhthai.m£:e.

On entend par ce mot la petitesse excessive de l'œil , congéniale ou accidentelle. Dans le premier cas, c'est u«

'mrèi de développement dans toutes les parues constituantes de l'œil qui , malgré cela , peut jouir de ses facultés. La maladie peut exister sur les deux yeux ou sur nn seul. Lorsqu'elle est accidentelle , presque toujours elle est le résultat d'un travail inflammatoire ; rarement alors l'œil conserve ses facultés visuelles. Cette difformité donne à l'œil une physionomie particulière qui Ta fait nommer par quelques personnes œil de cochon.

Sous le nom de mégalophthalmie^ Ton a décrit la maladie opposée àlamicrophthalmie : c'est Thypertrophie du globe de l'œil que l'on rencontre sur quelques enians nouveaunés. Cette affection est presque toujours le résultat d'une maladie intra-utérine ; elle peut exister chez un fœtus parfaitement bien conformé , et persister jusque dans un âge avancé. Malheureusement elle se lie presque toujours à la perte de la vision. J'ai examiné avec soin un cas fort remarquable de ce genre aux néothermes de Paris.

COSJTUSIGNS ET BI.ESSU]aËS|2>U GX.OBE BU I.'ŒIIi.

Notre intention n'est point ici de traiter des contusions et blessures qui attaquent le globe de l'œil en entier, nous resservant de traiter les blessures en particulier à chaque or- :g3iïie quand nous traiterons des maladies de ces parties.

Les contusions du globe de l'œil sont très-fréquentes à la suite de batailles et de rixes. En Angleterre , où le pugilat est en grande vogue , rien de plus commun que de mir un individu qui a eu l'œil contus par le poing de son adversaire. La contusion du globe de l'œil a cela de grave, qu'elle apporte dans l'organe des ébranlemens notables , la dislocation de quelques parties, la paralysie de l'organe , et souvent sa rupture. Autrefois les contusions de Jœil par la paume étaient très-fréquentes , parce que ce .eu était très en vogue. Je connais encore un grand nombre

de personnes qui ont perdu la vue à la suite de la contusion produite par la balle.

Aussitôt que l'œil est frappé , il rougit , devient douloureux, le sang s'extravase dans les membranes , et souvent même dans les cavités, il devient le siège de douleurs assez vives, qui augmentent graduellement, et finissent par amener des suppurations funestes. La contusion de l'œil peut donner lieu à la paralysie de ses muscles, ou tout au moins leur imprimer un relâchement tel, que Tœil se porte en avant, et qu'il constitue ainsi une maladie qui a reçu le nom d'ophthalmoptose, et dont nous parlerons plus tard.

Dans quelques cas , le cristallin est détaché , et la vue est perdue ou modifiée. Les contusions violentes peuvent quelquefois faire rompre la cornée ou la sclérotique, et les humeurs s'épanchent sous la conjonctive. Je dois à M. le baron Larrey la connaissance du fait suivant :

Contusion du globe de l'œil ; crevure de la sclérotique près de son insertion dans la cornée ; hernie du cristallin j extraction.

Un officier invalide , se levant pendant la nuit , au moment où il se baissait pour chercher ses souliers , heurta violemment son globe de Tœil, sur le pommeau d'une chaise de bois. La douleur fut atroce , et il éprouva un espèce de craquement dans Torgane , les paupières et les conjonctives furent fortement ecchymosées, il se rendit le lendemain à l'infirmerie , où M. Larrey, lui fit apphquer des ventouses scarifiées à la nuque et aux tempes. On couvrit l'œil de compresses résolutives. Au bout de sept à huit jours , Ton avait arrêté tous les phénomènes inflammatoires, le sang était résorbé en partie , et permetlait d'examiner le globe. La pupille était large et défor-

mée, rejetée en arrière : à l'angle externe, l'on apercevait sur la sclérotique, à son point d'union avec la cornée, iine tumeur recouverte par la conjonctive, dure et de forme lenticulaire. M. Larrey n'hésita point à y reconnaître le cristallin , qui avait fait hernie ; il pratiqua une incision à la conjonctive formant le sac herniaire , et l'on vit immédiatement sortir un cristallin dur, mais encore transparent, que M. Larrey a eu l'obligeance de me donner pour ma collection. Peu de jours après, la cicatrisation de la conjonctive fut complète , mais le malade ne recouvrit la vue qu'imparfaitement.

Dans la même année , il se présenta à la clinique de la faculté , dans le service de M. Cloquet, un cas analogue , et qui fut opéré de la même manière.

Quand il existe une contusion du globe de l'œil, il faut se hâter de la combattre par des moyens énergiques; les saignées coup sur coup, sont de la plus grande utilité. Les irrigations d'eau froide , la glace viennent ensuite , et leur application doit être continuée jusqu'au moment où il se manifeste des phénomènes de réaction. Il faut, si le canal intestinal est sain , employer le tartre slibié à haute dose , c'est un des médicamens les plus énergiques pour arrêter les progrès de Tinflammation et combattre la tendance à la suppuration (1) : il va sans dire que la diète, les ventouses, les pédiluves, forment le complément obligé de ce traitement. Malheureusement , il n'est pas toujours suffisant pour arrêter les symptômes inflammatoires. La suppuration devient imminente^ lepus se forme, Tœil se crève au milieu des douleurs les plus horribles.

Un chirurgien prudent n'attendra pas cette terminaison: il se hâtera d'ouvrir le globe de Tceil largement, avec le double but d'empêcher des désordres ultérieurs , des réactions encéphaliques , souvent mortelles, enfin de

(1) Voyez les belles recherches de Franck et de Lepelletier da Mans.

conserver un moignon suffisant pour pratiquer la '^roihèse.

PLAIES FÉigSTRANTES BU GI.OBS.

tes corps tranchans , piquans , les corps vulnérans mis en contact avec le {];lobe , et chassés par une puissance quelconque , peuvent le blesser en plusieurs points de sa circonférence. Lorsque Fouverture est large , ou lorsqu'elle se complique d'une perle de substance^ Toeil se vide immédiatement ; dans le cas contraire , une partie des humeurs s'échappe; dans quelques cas, la blessure se borne à la sclérotique , et les humeurs sont retenues par la choroïde, qui fait alors hernie.

Les blessures contondantes sont plus fréquentes; les mineurs, les carriers, les maçons, reçoivent souvent dans le globe , de gros fragmens de pierre ou de métal qui le déchirent et lui font éprouver une perte de substance. Le plomb de chasse est une des causes les plus fréquentes des blessures pénétrantes du globe ; mais, si Ton peut arrêter les progrès inflammatoires traumatiques , Ton a l'espoir de conserver l'organe et souvent ses fonctions.

Plaie pénétrante de la sclérotique produite par un plomb ; production d'un épanchement sanguin interne ; guérison.

M. F****, employé diplomatique de la cour de Hollande à Naples , reçut^ en traversant les Abruzzes , un coup de pistolet chargé à plomb que lui lira un brigand renversé. Un plomb pénétra dans la sclérotique à la partie inférieure, à deux hgnes de son union avec la cornée. Un grand nombre de ces. petits globules pénétrèrent dans l'orbite et la joue. L'œil fut immédiatement rempli de sang, le cristallin disparut dans le caillot de sang. L'on saigna vigoureuse-

ment le malade, l'œil fut couvert de compresses froides, et Ton parvint par ce moyen à arrêter lous les accidens inflammatoires. L'épancliement sanguin se résorba peu à peu et M. F**** recouvra la vue de ce côté , mais d'une manière imparfaite. De temps en temps Toeil se phlogose et se trouble.

^ En dilatant la pupille outre mesure, Ton aperçoit dans là région supérieure du corps vitré un corps opaque enveloppé d'un nuage; il y a tout lieu de croire que c'est un corps vulnérant. Dupuytren, qui avait examiné ce morceau avec soin, partageait la même opinion.

Toutes les fois que la sclérotique est ouverte un peu largement, surtout à sa partie inférieure, Toeil se vide. Quand au contraire la solution de continuité est supérieure ou latérale , on peut espérer de le conserver. Ainsi Earle et Quadri , qui faisaient à la partie latérale externe de la sclérotique une incision suffisamme t ^<^,rande pour extraire le cristallin , vidaient rarement Toeil au moment de Topération, et ils empêchaient la sortie consécutive de l'humeur vitrée par un pansement convenable. Ainsi c'est moins sous le rapport de l'évacuation des humeurs que sur l'importance des parties lésées qu'il faut ba^er la gravité des plaies pénétrantes de l'œil. En effet, la blessure du ligament cihaireoudes nerfs du même nom entraînent souvent des accidens amauroiiques ou tout au moins une paralysie partielle de l'iris. Le cristallin peut être luxé, et dès-lors la vue est ou anéantie ou modifiée (1). I a blessure des artères ciliaires peut occasioner une hémorrhagie assez abondante pour que les chambres de Tœil soient complètement envahies ; ce qui peut déterminer des phénomènes d'étranglement suivis de la mortification et de la suppuration de l'œil. Enfin , la blessure de la rétine peut amener non seulement une cécité complète , mais encore une paralysie des membres. ->^oî

(1) Voyez Maladies du cristallin, ^

D'un autre côté, de même que dans les contusions',' rinfïammation de l'œil peut se transmettre au centre nerveux , et occasioner des accidens mortels. Dans tous les cas les blessures du g^lobe de l'œil sont toujours très-fâcheuses, non seulement sous lé rapport de la conservation de l'organe, mais encore sous celui de la conservation de ses fonctions.

Le traitement à opposer à cette maladie doit toujours être énergique, tous les efforts doivent tendre à prévenir l'inflammation et à la déiruire si elle existe déjà. Ce sont les mêmes que ceux que nous avons déjà indiqués pour les contusions de l'œil , auxquels il faut adjoindre un pansement convenable pour obtenir la réunion des bords de la plaie, quelle que soit sa direction. Le meilleur moyen consiste à tenir les paupières constamment appliquées sur le globe de l'œil et à empêcher leurs mouvemens en appliquant sur celles-ci une ou plusieurs bandelettes de (affeias gommé. On consultera avec fruit la clinique cbirur^icale de M. Larrey , praticien contemporain le plus compétent pour les plaies de l'œil et de ses annexes (1).

OrHTHAÎ.MOrTOSE.

L'ophlbalmoptose ou'chute du globe de l'œil, sans maladie de l'orbite , est une affection assez rare. Elle se lie presque toujours à une maladie des centres nerveux, surtout dans les parties où naissent les nerfs qui donnent le mouvement aux muscles de l'œil. Celte maladie est aussi produite par un refroidissement subit de la face; alors elle est presque toujours accompagnée de chute de la paupière et d'affaissement des musles du côté correspondant de la figure.

Cette maladie est produite par un refroidissement; on la nomme en Angleterre a cold ou coup de froid. Le plus fi*av j3;i;a ai no snuiio'j fUi»> , ;

{^) Larrey, Clinique chirurgicale , t. I, p. 401 et suiv.

souvent rophthalmoptose a eu pour causé une tumeur développée dans l'orbite et qui a nécessité une opération , par laquelle les muscles qui soutiennent Torgane ont été fortement endommagés. Dans d'autres circonstances les organes n'ayant point repris leur tonicité accoutumée , ils conservent, malgré la disparition de la tumeur, Tétat d'aliongement qu'elle leur avait imprimé.

La chute de l'œil est, dans tous les cas, une affection grave, en ce qu'elle est presque toujours un symptôme et non une maladie primitive. Plus souvent encore elle est la conséquence d'une lésion grave des organes inter-orbitaires. Le traitement doit donc varier selon la cause présumée ou reconnue. S'il s'agit d'un refroidissement, il faudra employer des moyens capables de ramener les parties à leur état primitif par des diaphorétiques généraux et locaux , les bains de vapeur et les frictions légèrement excitantes. Si la maladie est due à une affection célébrale, c'est vers celle-ci que se tourneront les indications thérapeutiques.

Quant à la paralysie locale, on peut la combattre par de légers excitans. Les travaux modernes sur la strichnine ont prouvé évidemment la propriété de celte substance dans des cas analogues. On peut la donner intérieurement, extérieurement en frictions, ou par la méthode endermique. Le galvanisme et la galvano-puncture sont des remèdes héroïques qu'il ne faut point négliger.

Mais de tous les remèdes, le moxa est celui sur lequel il faut le plus compter. Une petite couronne de moxas, placée dans le pourtour de Torbite, peut guérir des ophthalmoptoses qui ont résisté à un grand nombre de moyens. Il serait à désirer que cette médication fût employée plus souvent ; elle est beaucoup moins douloureuse qu'on ne le croit généralement, en suivant exactement les préceptes donnés par M. Larrey, qui, comme on le sait, en a tiré un si grand parti.

OPHTHAIiDEOPTOSE TRAUMATIQtTE , OU I.U7XATION

Souvent , à la suile des lésions directes de l'orbite , ou par les contusions et les contre-coups , Tœil est expulsé en partie ou en totalité de Torbite. Cette espèce d'ophthalmoptose peut tenir à des causes bien différentes ; tantôt les muscles ont été rompus , et Toeil n'est plus maintenu en place ; ainsi que je l'ai vu, sur un carrier qui s'était précipité dans un puits des carrières Montmartre , les muscles grand et petit obliques , et le muscle droit supérieur étaient complètement rompus. Tantôt le contre-coup a non seulement ébranlé l'appareil oculaire , mais il l'a frappé de paralysie complète. Cette espèce d'ophthalmoptose est souvent produite par l'introduction forcée d'un doigt entre le globe et l'orbite : espèce de pugilat dans lequel excellent quelques habitans du Kentuchy , grands batailleurs , coureurs de foires et de fêtes et connus sous le nom de guging,

Bidloo (1) , Guesnay rapportent des cas fort remarquables de chutes de l'œil dues à des causes traumatiques. Lavauguyon rapporte l'histoire d'un homme qui fut reçu à l'Hôtel-Dieu , et dont les yeux pendaient sur les joues, et, malgré leur situation anormale et de nouvelles adhérences contractées' avec les tissus voisins, conservaient encore quelques facultés visuelles. Enfin , Covillard raconte qu'il s'opposa à l'excision d'un œil pendant sur la joue , et qu'il rentra dans l'orbite , où il reprit sa place et ses fonctions.

Il faudra toujours prendre garde de ne point confondre l'ophthaimoptose traumaiique avec la propulsion bulbaire (exorbitisme) produite par des épanchemens de diverses natures^ des tumeurs, ou l'exophthalmie spontanée.

(1) Bidloo , OEtivres chirurgicales ( Rognetta , 4« leçon , p. 42 ).

Dans tous les cas d'opbthalmoptose , Ton doit être excessivement réservé dans le pronostic, car l'on a vu l'œil reprendre ses fonctions dans des cas où tout paraissait désespéré.

Le chirur{jien cherchera toujours à réduire le globe; cette opération est en général assez facile , toutes les fois qu'il n'existe pas d'épanchemens sanguins. Mais si Tecchyiwose, et le gonflement étaient assez considérables pour gêner sa manœuvre , il faut suivre le conseil de Middlemore, inciser le grand angle. L'œil rentré, on le maintient en place avec un appareil convenable. Mais si le nerf optique , les muscles sont rompus , le chirurgien doit terminer l'opération.

Quant au traitement des accidens consécutifs , il est le même que pour les affections traumatiques des orbites.

OPHTHA3Ciiy£OFI.X:GI£ •

Cette maladie consiste dans la paralysie de tous les muscles qui servent à mouvoir l'œil. Celui-ci est alors fixe, immobile; le regard dur et farouche. La cornée conserve dans quelques cas sa position naturelle ; mais elle est un peu terne, et donne à l'œil un aspect cadavéreux. Il est bien rare que dans cette maladie la vue se soutienne, la pupille dilatée ou déformée est complètement immobile. Le malade n'éprouve point de douleurs, mais bien de la torpeur dans l'organe, accompagnée d'un sentiment de pression fort incommode dans l'orbite.

L'ophthaîmoplégie se rencontre rarement seule ; elle est presque toujours compliquée de blépharoplégie ou de toute autre affection paralytique. Elle se lie très-souvent à une affection cérébrale, et; le professeur Fabini la considère presque toujours comme un avant-coureur de l'apoplexie. Le traitement de cette maladie doit être dirigé suivant les causes présumées du mal. - v.,i^~.-: ^^...^^ ^i;

OFHTHAZ. iUEOB YB7IE .

On donne ce nom à une affection douloureuse de Toeil sans inflammation extérieure appréciable. Cette maladie consiste en une douleur assez vive, ayant son siège dans le jnloije de l'œil, paraissant à des intervalles fixes ou irréguliers, ayant des intermittences ou des exacerbations. Cette affection est presque toujours accompagnée d'intolérance de la lumière, de larmoiement et de mouvemens convulsifs des paupières.

La vue s'obscurcit pendant l'accès, la pupille se rétrécit, elle est quelquefois accompagnée de vomissemens, de hoquets, de sanglots ou de tout autre symptôme nerveux. Elle est assez fréquente chez les individus nerveux, hystériques ou adonnés à des travaux prolongés de l'esprit.

Les travaux prolongés^ les refroidissemens de la face, une lumière trop vive, une douleur de dents ou un tic douloureux de la face, sont quelquefois les causes premières de cette affection. *

ij« J'ai soigné, avec le docteur Haliday, une dame anglaise qui fut atteinte d'ophlhalmodynie à la suite de travaux à Taiguille trop prolongés et à une lumière trop vive.

Celte maladie n'est pas grave^ mais par contre excessivement fatigante ; elle prend au' moment où on s'y attend le moins; elle se renouvelle sous la plus légère influence, et par sa périodicité, elle rend l'existence du malade fort désagréable. i^îj-rf-

Cette affection se lie presque toujours à des phénomènes de congestion encéphalique, à une exaltation de la sensibilité : il serait donc convenable de commencer le traitement par une évacuation sanguine générale. Les ventouses monstres de M. Junot offrent un moyen puissant qu'il ne faut point négliger. Lorsque les phénomènes congestifs sont diminués, il e§t boa de recourir aux remèdes sédatifs

du symptôme nerveux. L'extrait de belladone en frictions et à l'intérieur, Tassa fœtida et la valériane doivent ici être placés en première ligne. Lorsque la maladie offre des caractères de périodicité évidens, il faut la combattre par l'usage du sulfate de quinine uni au sous-carbonate de fer.

Lorsque la douleur est un peu vive, il faut employer les préparations de morphine par la méthode endermique. Je crois que Ton pourra substituer à la dénudation du derme, rinoculation médicamenteuse, proposée par M. Lafargue de Saint-Emilion. J'en ai retiré de très-bons avantages dans le cas suivant.

Oplithalmodynie par suite de veilles prolongées ; insuffisance de divers moyens; inoculation de l'hydrochlorale de morphine; guérison.

Monsieur G***, homme de lettres, poussé par les exigences de son libraire, est obligé de passer plusieurs nuits au travail. Tout à coup son œil gauche devint le siège d'une douleur assez vive, accompagnée d'un tremblement continuel de la paupière. La douleur n'est point périodique, mais elle reparaît toutes les fois qu'il veut se remettre au travail. Il n'existe pas la plus petite trace d'inflammation. Les bains de pieds, les sangsues au siège ne produisent aucune amélioration ; les ventouses scarifiées à la nuque ne sont pas plus heureuses. Je lui conseillai alors l'inoculation de rhydro'chlorate de morphine détrempé avec de la salive ; cette opération répétée sur plusieurs points de la circonférence de Tœil , amène une guérison complète.

Dans quelques cas je me suis très-bien trouvé de l'application de compresses imbibées d'eau de laurier-cerise,' çn ayant soin de faire renouveler celte application plusieurs

fois par jour. J'ai soigné avec M. le docteur Olivier de Paris, une dame de province, atteinte d'ophthalmodynie, contre laquelle ont échoué tous les moyens.

En désespoir de cause, l'on essaya les aimans du docteur Kell, sans en obtenir de résultats plus avantageux.

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