‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 112 sur 122 · PLAIES PÉNÉTRANTES BU GLOBE · texte numérisé non relu

PLAIES PÉNÉTRANTES BU GLOBE

Les corps tranchans , piquans , les corps vulnérans mis en contact avec le globe , et chassés par une puissance quelconque , peuvent le blesser en plusieurs points de sa circonférence. Lorsque l'ouverture est large , ou lorsqu'elle se complique d'une perle de substance, l'œil se vicie immédiatement ; dans le cas contraire , une partie des humeurs s'échappe; dans quelques cas, la blessure se borne à la sclérotique , et les humeurs sontretenues par la choroïde, qui fait alors hernie.

Les blessures contondantes sont plus fréquentes; les mineurs , les carriers , les maçons , reçoivent souvent dans le globe , de gros fragmens de pierre ou de métal qui le déchirent et lui font éprouver une perte de substance. Le plomb de chasse est une des causes les plus fréquentes des blessures pénétrantes du globe ; mais, si l'on peut arrêter les progrès inflammatoires traumatiques, l'on a l'espoir de conserver l'organe et souvent ses fonctions,

OBSERVATION

Plaie pénétrante de la sclérotique produite par un plomb \ production d'un épanchement sanguin interne ; guérison.

M. F****, employé diplomatique de la cour de Hollande à Napîes , reçut, en traversant les Àbruzzes , un coup de pistolet chargé à plomb que lui tira un brigand renversé. Un plomb pénétra dans la sclérotique à la partie inférieure, à deux lignes de son union avec la cornée. Un grand nombre de ces petits globules pénétrèrent dans l'orbite et la joue. L'œil fut immédiatement rempli desangp, le cristallin disparut dans le caillot de sang. L'on saigna vigoureuse-

ment le malade, l'œil fut couvert de compresses froides, et l'on parvint par ce moyen à arrêter lous les accidens inflammatoires. L'épanchement sanguin se résorba peu à peu et M. F**** recouvra la vue de ce côté , mais d'une manière imparfaite. De temps en temps l'œil sephlogose et se trouble.

En dilatant la pupille outre mesure , l'on aperçoit dans la région supérieure du corps vitré un corps opaque enveloppé d'un nuage ; il y a tout lieu de croire que c'est un corps vulnérant. Dupuytren, qui avait examiné ce morceau avec soin, partageait la même opinion.

Toutes les fois que la sclérotique est ouverte un peu largement, surtout à sa partie inférieure, l'œil se vide. Quand au contraire la solution de continuité est supérieure ou latérale , on peut espérer de le conserver. Ainsi Earle et Quadri , qui faisaient à la partie latérale externe de la sclérotique une incision suffisamment grande pour extraire le cristallin , vidaient rarement l'œil au moment de l'opération, et ils empêchaient la sortie consécutive de l'humeur vitrée par un pansement convenable. Ainsi c'est moins sous le rapport de l'évacuation des humeurs que sur l'importance des parties lésées qu'il faut baser la gravité des plaies pénétrantes de l'œil. En effet, la blessure du ligament ciliaire ou des nerfs du même nom entraînent souvent des accidens amaurotiques ou tout au moins une paralysie partielle de l'iris. Le cristallin peut être luxé, et dès-lors la vue est ou anéantie ou modifiée (1). La blessure des artères ciliaires peut occasioner une hémorrhagie assez abondante pour que les chambres de l'œil soient complètement envahies ; ce qui peut déterminer des phénomènes d'étranglement suivis de la mortification et de la suppuration de l'œil. Enfin , la blessure de la rétine peut amener non seulement une cécité complète , mais encore une paralysie des membres.

(1) Yoyez Maladies du cristallin.

D'un autre côté , de même que dans les contusions^ l'inflammation de l'œil peut se transmettre au centre nerveux , et occasioner des accidens mortels. Dans tous les cas les blessures du globe de l'œil sont toujours très-fàcheuses, non seulement sous le rapport de la conservation de l'organe , mais encore sous celui de la conservation de ses fonctions.

Le traitement à opposer à cette maladie doit toujours être énergique , tous les efforts doivent tendre à prévenir l'inflammation et à la détruire si elle existe déjà. Ce sont les mêmes que ceux que nous avons déjà indiqués pour les contusions de l'œil , auxquels il faut adjoindre un pansement convenable pour obtenir la réunion des bords de la plaie, quelle que soit sa direction. Le meilleur moyen consiste à tenir les paupières constamment appliquées sur le globe de l'œil et à empêcher leurs mouvemens en appliquant sur celles-ci une ou plusieurs bandelettes de taffetas gommé. On consultera avec fruit la clinique chirurgicale de M. Larrey, praticien contemporain le plus compétent pour les plaies de l'œil et de ses annexes (A),

OPHTHAiMO PTOSE.

L'ophthalmoptose ou chute du globe de l'œil, sans maladie de l'orbite , estime affection assez rare. Elle se lie presque toujours à une maladie des centres nerveux, surtout dans les parties où naissent les nerfs qui donnent le mouvement aux muscles de l'œil. Celte maladie est aussi produite par un refroidissement subit de la face; alors elle est presque toujours accompagnée de chute de la paupière et d'affaissement des musles du côté correspondant de la ligure.

Cette maladie est produite par un refroidissement; on la nomme en Angleterre a coki ou coup de froid. Le plus

(1) Lavrey , Clinique chirurgicale , t, I , p. 401 et suiv.

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souvent rophthalmoptose a eu pour cause une tumeur développée dans l'orbite et qui a nécessité une opération , par laquelle les muscles qui soutiennent l'organe ont été fortement endommagés. Dans d'autres circonstances les organes n'ayant point repris leur tonicité accoutumée , ils conservent, malgré la disparition de la tumeur, l'état d'allongement qu'elle leur avait imprimé.

La chute de l'œil est, dans tous les cas, une affection grave, en ce qu'elle est presque toujours un symptôme et non une maladie primitive. Plus souvent encore elle est la conséquence d'une lésion grave des organes inter-orbitaires. Le traitement doit donc varier selon la cause présumée ou reconnue. S'il s'agit d'un refroidissement, il faudra employer des moyens capables de ramener les parties à leur état primitif par des diaphoniques généraux et locaux , les bains de vapeur et les frictions légèrement excitantes. Si la maladie est due à une affection célébrale, c'est vers celle-ci que se tourneront les indications thérapeutiques.

Quant à la paralysie locale, on peut la combattre par de légers excitans. Les travaux modernes sur la strichnine ont prouvé évidemment la propriété de cette substance dans des cas analogues. On peut la donner intérieurement, extérieurement en frictions, ou par la méthode endermique. Le galvanisme et la galvano-puncture sont des remèdes héroïques qu'il ne faut point négliger.

Mais de tous les remèdes, le moxa est celui sur lequel il faut le plus compter. Une petite couronne de moxas, placée dans le pourtour de l'orbite, peut guérir des ophthalmoptoses qui ont résisté à un grand nombre de moyens. Il serait à désirer que cette médication fût employée plus souvent ; elle est beaucoup moins douloureuse qu'on ne le crok généralement, en suivant exactement les préceptes donnés par M. Larrey, qui, comme on le sait, en a tiré un si grand parti.

OPHTHAÏMOPXOSE TEIAUMATIQUE , OU LUXATION

T&AUMATIOJJE 3>3E &'ŒI&a

Souvent , à la suite des lésions directes de l'orbite , ou par les contusions et les contre-coups , l'œil est expulsé en partie ou en totalité de l'orbite. Cette espèce d'ophthalmoptose peut tenir à des causes bien différentes ; tantôt les muscles ont été rompus , et l'œil n'est plus maintenu en place ; ainsi que je l'ai vu, sur un carrier qui s'était précipité dans un puits des carrières Montmartre , les muscles grand et petit obliques , et le muscle droit supérieur étaient complètement rompus. Tantôt le contre-coup a non seulement ébranlé l'appareil oculaire , mais il l'a frappé de paralysie complète. Celte espèce d'ophthalmoptose est souvent produite par l'introduction forcée d'un doigt entre le globe et l'orbite : espèce de pugilat dans lequel excellent quelques habitans du Kentuchy , grands batailleurs, coureurs de foires et de fêles et connus sous le nom de guging.

Bidloo (1) , Guesnay rapportent des cas fort remarquables de chutes de l'œil dues à des causes traumatiques. Lavauguyon rapporte l'histoire d'un homme qui fut reçu à l'Hôtel-Dieu , el dont les yeux pendaient sur les joues, et, malgré leur situation anormale et de nouvelles adhérences contractées avec les tissus voisins, conservaient encore quelques facultés visuelles. Enfin, Covillard raconte qu'il s'opposa à l'excision d'un œil pendant sur la joue , et qu'il rentra dans l'orbite , où il reprit sa place et ses fonctions.

Il faudra toujours prendre garde de ne point confondre l'ophthalmoptose traumatique avec la propulsion bulbaire (exorbitisme) produite par des épanchemens de diverses natures, des tumeurs, ou l'exoplithalmie spontanée.

(1) Bidloo, Œuvres chirurgicales (Rognetta , 4e leçon , p, 42).

Dans tous les cas d'ophthalmoptose , l'on doit être excessivement réservé dans le pronostic , car Ton a vu l'œil reprendre ses fonctions dans des cas où tout paraissait désespéré.

Le chirurgien cherchera toujours à réduire le globe; cette opération est en général assez facile , toutes les fois qu'il n'existe pas d'épanchemens sanguins. Mais si l'ecchymose, et le gonflement étaient assez considérables pour gêner sa manœuvre , il faut suivre le conseil de Middlemore , inciser le grand angle. L'œil rentré , on le maintient en place avec un appareil convenable. Mais si le nerf optique , les muscles sont rompus , le chirurgien doit terminer l'opération.

Quant au traitement des accidens consécutifs , il est le même que pour les affections traumatiques des orbites. %

ophthaî.mopIiÉgije,

Cette maladie consiste dans la paralysie de tous les muscles qui servent à mouvoir l'œil. Celui-ci est alors fixe, immobile; le regard dur et farouche. La cornée conserve dans quelques cas sa position naturelle ; mais elle est un peif terne, et donne à l'œil un aspect cadavéreux. Il est bien rare que dans cette maladie la vue se soutienne, la pupille dilatée ou déformée est complètement immobile. Le malade n'éprouve point de douleurs, mais bien de la torpeur dans l'organe, accompagnée d'un sentiment de pression fort incommode dans l'orbite.

L'ophthalmoplégie se rencontre rarement seule ; elle est presque toujours compliquée de blépharopîégie ou de toute autre affection paralytique. Elle se lie très-souvent à une affection cérébrale, et le professeur Fabini la considère presque toujours comme un avant-coureur de l'apoplexie. Le traitement de cette maladie doit être dirigé suivant les causes présumées du maU

OPHTï'ALTVÏODYNIE.

On donne ce nom à une affection douloureuse de l'œil sans inflammation extérieure appréciable. Cette maladie consiste en une douleur assez vive, ayant son siège dans le globe de l'œil, paraissant à des intervalles fixes ou irréguliers/ ayant des intermittences ou des exacerbalions. Cette affection est presque toujours accompagnée d'intolérance delà lumière, de larmoiement et de mouvemens convulsifs des paupières.

La vue s'obscurcit pendant l'accès, la pupille se rétrécit, elle est quelquefois accompagnée de vomissemens, de hoquets, de sanglots ou de tout autre symptôme nerveux. Elle est assez fréquente chez les individus nerveux, hystériques ou adonnés à des travaux prolongés de l'esprit.

Les travaux prolongés, les refroidissemens de la face, une lumière trop vive, une douleur de dents ou un tic douloureux de la face, sont quelquefois les causes premières de cette affection.

J'ai soigné, avec le docteur Haliday, une dame anglaise qui fut atteinte d'ophthalmodynie à la suite de travaux à l'aiguille trop prolongés et à une lumière trop vive.

Cette maladie n'est pas grave, mais par contre excessivement fatigante ; elle prend au moment où on s'y attend le moins ; elle se renouvelle sous la plus légère influence, et par sa périodicité, elle rend l'existence du malade fort désagréable.

Cette affection se lie presque toujours à des phénomènes de congestion encéphalique, à une exaltation de la sensibilité : il serait donc convenable de commencer le traitement par une évacuation sanguine générale. Les ventouses monstres de M. Junot offrent un moyen puissant qu'il ne faut point négliger. Lorsque les phénomènes congestifs sont, diminués, il est bon de recourir aux remèdes sédatifs

du symptôme nerveux. L'extrait de belladone" en frictions et à l'intérieur, Tassa fœtida et la valériane doivent ici être placés en première ligne. Lorsque la maladie offre des caractères de périodicité évidens, il faut la combattre par l'usage du sulfate de quinine uni au sous-carbonate de fer; -

Lorsque la douleur est un peu vive, il faut employer les préparations de morphine par la méthode endermique. Je crois que l'on pourra substituer à la dénudation du derme, l'inoculation médicamenteuse, proposée par M. Lafargue de Saint-Emilion. J'en ai retiré de très-bons avantages dans le cas suivant.

; OBSERVATION

Gphthalmodynie par suite de veilles prolongées ; insuffisance de divers moyens; inoculation de F hydrochlorate de morphine; guérison.

Monsieur G***, homme de lettres, poussé par les exigences de son libraire, est obligé de passer plusieurs nuits au travail. Tout à coup son œil gauche devint le siège d'une douleur assez vive, accompagnée d'un tremblement continuel de la paupière. La douleur n'est point périodique, mais elle reparaît toutes les fois qu'il veut se remettre au travail. Il n'existe pas la plus petite trace d'inflammation. Les bains de pieds, les sangsues au siège ne produisent aucune amélioration ; les ventouses scarifiées à la nuque ne sont pas plus heureuses. Je lui conseillai alors l'inoculation de l'hydro-chlorate de morphine détrempé avec de la salive; cette opération répétée sur plusieurs points de la circonférence de l'œil , amène une guérison complète.

Dans quelques cas je me suis très-bien trouvé de l'application de compresses imbibées d'eau de laurier- cerise, en ayant soin de faire renouveler cette application plusieurs

fois par jour. J'ai soigné avec M. le docteur Olivier de Paris; une dame de province, atteinte d'ophthalmodynie, contre laquelle ont échoué tous les moyens.

En désespoir de cause, Ton essaya les aimans du docteur Kell, sans eu obtenir de résultats plus avantageux.

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