J XXVIII
La sclérotique doit aussi fixer le regard de l'observateur
dans toutes les parties accessibles à l'œil et au doigt. Ou notera avec soin sa couleur ; car , dans un grand nombre de circonstances , elle en revêt une spéciale et pathognomonique, en se rappelant toutefois que, chez les hommes des pays chauds , elle est plus colorée , et cela d'autant plus que Ton se rapproche des races éthiopienne ou australienne. On aura soin d'examiner attentivement si elle n'est point le siège de quelques petites tumeurs isolées ou en groupe , d'un blanc jaunâtre ou légèrement colorié en bleu. Chez les enfans, la sclérotique étant fort mince dans le pourtour de son union à la cornée , cette partie paraît plus bleue que chez les adultes, ce qu'il se faut bien garder de prendre pour une maladie. Dans ce cas , il sera bon d'examiner l'œil de biais, afin de reconnaître s'il n'y existe point d'ulcérations. Nous avons indiqué ailleurs (§ XXIV) les moyens de reconnaître les vaisseaux sclérotidiens , de ceux propres à la conjonctive.
: § xxix.
Mais si la cornée transparente et la sclérotique demandent un examen particulier , l'iris à son tour mérite une investigation précise et minutieuse , et qui porte sur plusieurs points de vue différens. Les principaux ont trait à sa coloration, à ses formes, à sa texture, à sa position, à sa contractilité.
1° Coloration On aura soin de voir si dans quelques
points de cette cloison mobile il n'existe point une rougeur morbide qui décèle ordinairement l'existence d'une inflammation de l'iris, affection malheureusement plus fréquente que Ton ne l'a cru de nos jours. Le cercle interne est dans quelques circonstances le siège d'une injection vasculaire assez prononcée , qui est ordinairement le résultat d'une inflammation, ou tout au moins dune conjestion sanguine ; car je lai vue quelquefois avoir lieu dans les affections
glaucomateuses de l'œil et dans les fongus médullaires commençans.
2° Après les inflammations aiguës de l'iris , celui-ci reste souvent pâle et décoloré.
3° Un prompt changement dans la coloration de l'iris dénote en général une inflammation rapide ; mais , dans ce cas, il importe d'examiner si l'humeur aqueuse n'a point elle-même subi une transformation de couleur , soit par l'épanchement de quelques gouttelettes de sang, soit par la résorption de la bile , circonstance notée par Franck : soit enfin par la dissolution de particules métalliques qui avaient pénétré dans la chambre antérieure , ainsi que j'ai eu occasion de l'observer à plusieurs reprises.
On ne perdra point de vue que, chez quelques hommes, on observe , comme sur les animaux , diverses colorations de l'iris qui ne sont point un résultat pathologique, mais bien une conformation congéniale.
4° Ce sera ensuite le moment de reconnaître la position de l'iris en tenant compte de ses rapports avec le cristallin et la chambre antérieure : on considérera s'il n'est point tombé en avant ou en arrière, et si cette cloison n'est point affectée de tremblemens, surtout irès-appréciables quand l'œil se meut, ce qui annonce en général un relâchement des procès ciliaires et une diminution du cristallin. En procédant à cet examen , il faut toujours tenir compte de l'âge du malade ; car chez les vieillards presbytes et chez les tout jeunes enfans, la face antérieure du diaphragme irien présente une convexité non équivoque.
5° La mobilité de l'iris doit aussi fixer l'attention de l'observateur; il faut l'étudier àdifférens degrés de clarté, quelquefois même en employant une lumière artificielle ou ophthalmoscope réfFecteur : on tiendra compte de la promptitude ou de la lenteur avec laquelle les mouvemens s'exécutent : s'ils cessent bientôt, ou bien si l'iris oscille pendant long-temps, enfin si la contractililé est isochrone
dans les deux yeux. Pour cela il est nécessaire d'examiner un œil pendant que l'on tient l'autre recouvert de sa paupière, que Ton élève ensuite brusquement, en répétant ensuite la même manœuvre sur l'autre œil.