XXX
Il reste maintenant à examiner la pupille : on prendra surtout en considération sa dilatation ou son resserrement. On examinera si son contour est circulaire ou échancré , s'il est régulier ou anguleux , si enfin il est garni d'efïïorescences noires ou blanchâtres. On cherchera à reconnaître si le bord libre de l'iris est mince et tranchant , épais ou confondu avec les parties profondément situées : s'il est recouvert de petites tumeurs arrondies ou en grappes ; si l'iris n'a pas contracté des adhérences avec le cristallin ou la cornée , ce qui en général diminue la chambre postérieure ou l'antérieure, selon le siège de l'adhérence : quelquefois l'iris est complètement immobile sans qu'il y ait des adhérences ; si enfin cette membrane n'est point le siège de solutions de continuité anormales , accidentelles ou congéniales.
§ XXXL
Dans les cas douteux , l'on a recours à l'action de la belladonne pour obtenir des dilatations variées de l'espace pupilîaire , afin d'apprécier les modifications diverses que cette substance lui fait subir. Par ce moyen , l'on reconnaît souvent des adhérences avec le cristallin , qui avaient échappé à l'investigation simple.
« Il n'est pas douteux, d'après les beaux travaux de M. Magendie sur l'influence que la cinquième paire exerce sur l'œil et les nerfs iriens, que les nerfs de l'iris, et
par conséquent les dimensions de l'ouverture pupilîaire ,
île puissent être modifiées par l'altération de ces nerfs. Il y a lieu de croire aussi que les nerfs ganglionnaires dépendant du ganglion ophthalmique , doivent aussi, dans certains cas pathologiques , altérer le mouvement de l'iris. Toutefois dans la monophthalmalgie ( migraine ophthalmique) où il paraissent surtout être affectés , on ne voit pas que les mouvemens iriens soient très-modifiés. » (Piorry/)
Lorsque le cristallin est sain et que la pupille est largement, dilatée , la vue pénètre profondément dans l'intérieur de l'œil, et l'on peut alors apprécier une grande partie de l'humeur vitrée et de la rétine ; on 'étudiera alors leur transparence : pour faire cet examen avec fruit, il faut placer convenablement l'œil afin qu'il reçoive une lumière favorable.
Le cristallin qui commence à s'obscurcir prend une teinte grisâtre, uniforme ou pointillée. Quand la capsule est malade, elle miroite et chatoie.
La cataracte peut-être partielle ou générale , centrale ou située à la grande circonférence ; sa couleur varie du gris au blanc de lait, blanc nacré , blanc terne , blanc jaunâtre, jaune brun , ambre , vert ou demi-brun et noir.
Le fond de l'œil, quand le corps vitré et le cristallin sont sains, est d'autant plus noir que l'individu est plus jeune: en vieillissant, le pigment diminue d'épaisseur et de noirceur. Chez les albinos il manque, et le fond de l'œil paraît rouge.
« Il est indispensable au diagnostic de rechercher, avec le plus grand soin , dans quelle partie réside la cause organique qui produit la cécité plus ou moins complète ; de savoir s'il s'agit d'une affection de l'iris ou delà rétine; d'une anopt'conervie (goutte sereine , paralysie de l'œil); eu encore d'apprécier, si c'est dans le cerveau ou sur le trajet des nerfs qu'est située la lésion qui trouble la vue. En définitive, le siège de la douleur, dans l'orbite ou le cerveau, lorsque des douleurs existant; les phénomènes fonc-
tionnels ou physiques donnes par l'encéphale ou les parties voisines de l'œil malade , pourront donner beaucoup de matériaux au diagnostic. Des considérations du même genre que celles qui ont été précédemment établies pour le strabisme, trouvant ici leur application, nous n'y reviendrons pas. » (Piorry.)
Pendant cette investigation , il faut ordonner au malade de regarder fixement un point mobile dont on change la position à mesure que l'on veut examiner diflerens points de l'espace intra-oculaire ; par ce moyen , on dirige l'œil à volonté : toutes les fois que l'on a des cas douteux, il faut recourir à la dilatation forcée avec la belladonne pour voir plus commodément. Par ce moyen l'on reconnaît des opacités du cristallin qui avaient échappé quand la pupille était rétrécie. Si le commencement de la cataracte est à la grande circonférence , on le verra de cette manière. Il faut être extrêmement réservé sur le diagnostic des profondeurs de l'œil ; nous en parlerons à l'article Fongus médullaire. Il est des illusions optiques dont il faut se garder. Ici trouvent leur place les moyens mis en usage par M. Sanson : nous les rapportons textuellement.
« Si l'on place une bougie allumée au devant d'un œil à » l'état normal, on aperçoit dans l'intérieur de l'œil trois » petites images de la lumière : deux sont droites et sui- » vant le sens du mouvement qu'on imprime à la bougie , » la troisième est renversée et marche en sens inverse de » cette bougie, monte quand on l'abaisse, descend, au » contraire, quand on l'élève, etc.
» Des deux images droites , l'une paraît être de beau- » coup plus brillante et placée sur un plan plus antérieur » que l'autre, qui paraît très-pâle et îrès-profonde ; l'image » renversée , placée sur un plan intermédiaire , paraît aussi » tenir le milieu pour la clarté.
» Si on présente la bougie allumée au devant de l'œil » dont les fonctions sont troublées , on peut *
» Voir trois images,!
» N'en voir aucune ,
» N'en voir qu'une seule, et alors c'est toujours l'image » droite antérieure qu'on aperçoit ;
» N'en voir que deux, et alors ce sont les deux images » droites ; donc, quand une des trois images manquera, ce » sera l'image renversée, et quand on reconnaîtra celle-ci, » on pourra conclure à l'existence de l'image droite pro- » fonde que sa pâleur rend difficile à apercevoir. Les ex- » périences faites par M. Sanson conduisent au résultat » suivant :
» 1° L'image droite antérieure est le produit de la réflexion » de la lumière par la surface convexe de la cornée ; elle » se voit à son foyer. ( On sait que pour les surfaces con- » vexes , le foyer est toujours virtuel ; que l'image par con- » séquent se peint derrière le miroir, qu'elle est droite et » toujours plus petite que l'objet. )
» 2° L'image droite profonde est le produit de la réflexion » de la lumière par la surface convexe du segment anté- » rieur de la capsule cristalline ; elle se voit à son foyer » qu'on sait également être virtuel. La surface convexe du » cristallin est pour fort peu de chose dans la production » de cette image. ( Celle-ci existe lors même que le cristal- » lin ne réfléchit rien. )
» 3° L'image renversée est le produit de la réflexion de » la lumière par la surface concave que présente le seg- » ment postérieur de la capsule cristallline ; elle se voit à » son foyer. ( On sait que pour les surfaces concaves le » foyer est plus en avant , et que l'image est renversée. ) » Le segment postérieur du cristallin est pour fort peu de » chose dans la production de cette image, comme on peut » le voir sur un œil de bœuf.
» Remarquons que ces phénomènes exigent pour se pro- » duire, et des conditions de transparence et des conditions » de pose ; mais, dans le milieu dont il s'agit, ces^deux
» qualités sont inséparables jusqu'à un certain point , et la » première suppose toujours la seconde.
» Voici l'appareil au moyen duquel M. Sanson se rend » compte de la production de ces phénomènes. Derrière un » verre de montre et à deux pouces de sa concavité , pla- » cez une lentille bi-convexe : le verre de montre simulant » la cornée, la lentille figurera le cristallin. En présen- » tant une lumière à cet appareil, on voit, en effet, » trois images, deux droites et une renversée, dans le même » ordre que pour celles qu'on distingue dans l'œil sain ; si » on dépolit la face postérieure de la lentille , l'image renv versée manquera ; si on dépolit la face antérieure de la » lentille ou la face postérieure du verre de montre , ou » bien si on ôte la lentille, l'image renversée et la droite » profonde manqueront ; enfin si on dépolit la face anté- » rieure du verre de montre , les trois images manqueront. » Celte contre-épreuve suffit sans recourir aux lois de la » physique, pour indiquer que l'image droite antérieure » dépend du poli de la surface antérieure du verre de » montre; la droite profonde du poli de la face antérieure » de la lentille, et la renversée du poli de la face postérieure, » analogie complète avec les images produites par la cor- » née et l'appareil cristallinien.
» Dans cette expérience , les trois images présentent une » lueur à peu près égale, ce qui est bien différent de l'œil, » où l'image antérieure est incomparablement plus bril- » lante que les profondes. Afin de donner à l'appareil une » similitude plus grande avec l'œil, nous l'avons placé sous » L'eau , ou bien nous avons placé une petite lentille entre » des verres de montre , en remplissant l'intervalle avec » de l'eau ; on voit alors bien manifestement les images » postérieures perdre la plus grande partie de leur éclat, » et devenir d'une pâleur qui les fait ressembler plus exac- » tement à celles de l'œil. Voici comment on peut appré- » cier cet effet : La plus grande partie des rayons lumineux
Vïncidens étant réfractée, ce n'est "qu'une'mïnime quan- » tité qui se trouve réfléchie, et, dans celte quantité, il » n'en arrive que très-peu au cristallin , puisque la presque 3) totalité est réfléchie par la cornée , et qu'une partie du « reste est absorbée en traversant les milieux de l'œil. Aussi » les deux images postérieures , surtout Idîjiroite profonde, » paraissent-elles comme des^ ombres, en sorte qu'il est » nécessaire de faire cet examen dans l'obscurité , et de » savoir à peu près quelles places elles doivent occuper, » pour pouvoir les y découvrir.
» Cette explication, déjà justifiée par l'observation cli- 3) nique, semblait avoir besoin, pour être définitive, d'être » vérifiée sur des lésions anatomiquement observées : ce » sont ces lésions que j'ai cherché à provoquer expérimentaj) lement; elles n'indiquaient point lequel du cristallin ou de » la capsule produisait les deux images profondes ; question » très-intéressante et que nous croyons susceptible de so- » lulion. Je commence par la cornée.
» Pour démontrer que c'est elle qui produit l'image droite » antérieure , il nous suffit, ce nous semble, de remarquer » que le trouble des parties postérieures situées dans l'œil » n'empêche pas l'apparition de cette image ; le trouble » peut être spontané ou provoqué par une injection de su- » blimé ou d'encre dans les chambres de l'œil. Cette image j> disparaît , au contraire , où ne consiste plus que dans un » reflet obscur , quand on a blanchi la cornée en la tou- » chant avec le sublimé , l'acide nitrique. Ajoutons que » cette image ne se montre pas sur les parties de la cornée » qui sont le siège de taies ou d'autres altérations qui en » font disparaître le poli. Enfin, quand après avoir bien » examiné les trois images dans un œil à l'état normal , on » enlève la cornée , on voit bien manifestement qu'il n'en » reste que deux, et que l'antérieure a disparu.
» Rien n'indique mieux que lesdeux images postérieures » sont dues au cristallin ou à sa capsule 7 que cette obser-
» vation dont on a pu s'assurer, savoir : que les yeux opé- » rés de la cataracte ne présentent plus qu'une seule image, » la droite antérieure. Pourtant ''il semble que la surface de » la membrane hyaloide devrait alors réfléchir une se- » conde image ; peut-être qu'une observation plus alten- » tive la ferait découvrir. Évidemment on n'aperçoit pas » les deux images profondes quand l'humeur aqueuse est » troublée ; elles persistent , au contraire , toutes les trois » malgré l'opacité du corps vitré, comme il arrive dans le » glaucoma , ou par des injections appropriées. Cela une » fois admis , il est clair que l'image renversée ne peut être » formée que par la surface convexe de la capsule ou du » cristallin; mais j'ai voulu y arriver par voie expérimen- » taie. A travers un petit trou fait à la sclérotique , à trois », lignes en arrière de la cornée, je faisais pénétrer un » petit tube capillaire terminé soit par une boule , de ma- » nière à ce que la chaleur de la main suffise pour en chas- » ser le liquide , soit par une extrémité évasée comme une » pipette , de sorte qu'au besoin on peut souffler pour for- » cer le liquide à pénétrer ; une aiguille à acupuncture, pas- » sée dans la cavité du tube, me servait à le diriger et à la- » cérer aubesoin les parties dont je voulais pousser l'injec- » tion. Si on a pu diriger cet instrument dans la par lie » postérieure du cristallin, si l'injection a réussi à troubler » ou à coaguler soit la capsule postérieure , soit la partie «postérieure du cristallin, limage renversée manquera. » Quand on cherche à la découvrir, il arrive souvent qu'elle » apparaît dans les points qui n'ont pas été attaqués; mais » elle disparaît au niveau des parties opaques , au moment » où , par les mouvemens de la bougie , on cherche à y » projeter le foyer. Même résultat quand, au lieu d'injec- » ter, on se contente de broyer avec l'aiguille à acupunc- » ture les parties postérieures du cristallin , assez pour en » produire l'opacité. Quant aux injections, celle avec l'encre » réussit généralement mieux que celle avec le^ sublimé»
» Quand on a injecté beaucoup de sublimé, il se forme un » coagulum blanc , sur lequel la teinte pâle de l'image » droite profonde ne ressort pas toujours assez pour être » distincte, d'autant mieux que les milieux de l'œil devien- >> nent sensiblement troubles après la mort.
» Toutes les fois que l'injection a troublé le segment anté- » rieur de la capsule , l'image droite profonde a disparu » également; il n'est pas nécessaire que la partie posté- » rieure de la capsule ou que le cristallin soient opaques , » comme nous avons pu nous en assurer , par la dissection » de ces pièces annatomiques , par l'observation d'une ca- » taracte capsulaire simple , que je rencontrai dans l'un » des yeux que je m'étais procurés pour ces expériences ; » et enfin, par l'observation de cataractes capsulaires chez » le vivant. La cornée ou l'humeur aqueuse étant fréquem- » ment trouble , nous avons dû souvent enlever la cornée, » de manière à voir le cristallin à nu ; il était alors bien » facile de voir disparaître l'image renversée en injectant la » partie postérieure du cristallin delà capsule. En même » temps, malgré la coagulation complète du cristallin et de » l'humeur de Morgagni , l'image droite postérieure persistait » tant qu'on n'avait pas blanchi le segment antérieur de la » capsule, soit par le sublimé, soit par l'acide nitrique, etc. » A ce propos nous devons faire remarquer que, la capsule » conservant après sa coagulation une forme lisse, on aper- » çoit eneoreli nu certain reflet obscur au lieu de l'image » nette qu'on apercevait dans un cristallin à l'état normal ; «déplus, si on y laisse quelques gouttes d'eau ou d'humeur /aqueuse sur sa surface, elles s'y étalent en formant une » couche unie qui réfléchit assez bien. »