MAS.AMES DES SOUK.CII.S
Les sourcils servent plutôt à l'embellissement du visage qu'à l'organe de la vue ; cependant ils ont des fonctions , telles que celles de diminuer l'intensité de la lumière en absorbant les rayons lumineux, et d'empêcher , conjointement avec la saillie courbe de l'os frontal , la sueur du front de tomber sur les paupières. On observe , en effet , que les personnes qui ont peu de sourcils , sont sensiblement affectées par la sueur et surtout par une vive lumière venant d'en haut ; ceux qui, au contraire, les ont trèsfournis, ont la vue plus forte et plus assurée.
Les sourcils sont sujets à plusieurs maladies ; les pria-
cipales'sont leur chute ou rmadarose ,, leur décoloration et l'ulcération de leur bulbe. La perte des sourcils est congéniale ou accidentelle ; dans le premier cas , elle est au dessus des ressources de l'art, et il ne reste au médecin que d'en substituer de factices par la prothèse ou la peinture. Cette affection se nomme aussi phtilose , parce quelle a son siège dans les bulbes ; quelquefois elle est le résultat de la vieillesse, alors elle est incurable; d'autres fois , elle est produite par des brûlures , des plaies avec perte de substance, par des maladies herpétiques ou syphilitiques. Quand la chute des poils aura été occasionée par la brûlure , on aura recours au traitement réclamé suivant leur degré ou leur gravité. Lorsque Ton a affake à une maladie herpétique , Ton mettra en usage les bains sulfureux naturels ou factices et surtout la pommade de prolo-iodure de mercure selon la formule de M. Biett. S'il existe des symptômes ou des craintes de l'existence de maladie syphilitique , l'on fera bien de passer à un traitement général et local selon la gravité et l'étendue de la maladie. Souvent , à la suite de maladies graves , telles que la peste , la fièvre jaune et le typhus , les sourcils tombent au moment de la convalescence. Dans la plupart des cas , la nature seule fait les frais de leur régénération. Malgré tout le respect dû à Paul d'Égine, qui conseille les onctions avec un corps gras , nous pensons que ce moyen est complètement infructueux , et qu'il doit être abandonné. Dans une circonstance , nous nous sommes très-bien trouvé de l'usage de la pommade du docteur Boucheron. Nous nous bornons à signaler ce fait unique , afin de provoquer de nouvelles expérimentations.
L'âge , les grandes infortunes , la réclusion dans les cachots humides , la débauche , entraînent la décoloration des sourcils , que l'on nomme aussi la canitie sourciliaire. Cette affection est sans gravité lorsqu'elle suit graduellement la marche des années ; mais, lorsqu'elle arrive brusquement,
elle peut occasioner du trouble dans la vision chez les adultes, surtout lorsqu'ils avaient des sourcils très-épais. On remédie à ces accidens par des^ cosmétiques convenables.
Quelquefois les sourcils sont envahis par des boutons provoquant des démangeaisons aussi désagréables que rebelles; ces boutons s'ulcèrent parfois et occasionent la chute des poils. Cette affection en général est due à la présence d'un insecte particulier, connu sous le nom de pediculus ferox pubis. Cette maladie est assez rare en Europe; mais on Ta rencontrée fort souvent chez les juifs qui habitent les villes des états barbaresques, qui, comme on le sait , croupissent dans un état de malpropreté égal à leur avilissement. Mon ami Herbeert en a surtout beaucoup vu à Tanger et à Tétuan , même chez des israélites aisés. Avec quelques frictions mercurielles , il est facile de débarrasser le malade de ces hôtes incommodes. Avec eux disparaissent la démangeaison et la maladie. Voici une observation qui prouve que Ton doit toujours examiner avec soin une maladie rebelle , lors même qu'elle n'est d'aucune gravité.
OBSERVATION
Chute des sourcils j démangeaison fort incommode ; traitement infructueux d'abord ; guérison,
M. ***, âgé de soixante-sept ans, hémiplégique, demeurant dans une pension bourgeoise, rue Copeau, était depuis plusieurs années en proie à une démangeaison des sourcils, accompagnée de leur chute et de l'ulcération des bulbes ; il avait inutilement employé un grand nombre de remèdes, lorsque le hasard m'appela à pratiquer une opération de cataracte dans la maison qu'il habitait, il me pria de le débarrasser d'une incommodité qui le rendait malheureux. Après lui avoir proposé divers moyens qu'il me dit s'être trouvés,
pour lui , complètement infructueux , j'examinai la^partie malade avec une forte lentille, et, après avoir soulevé quelques croûtes , je reconnus la présence d'un grand nombre d'insectes, auxquels il fallut attribuer la cause de la maladie ; car deux ou trois onctions mercurielles amenèrent une guérison radicale.