‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 76 sur 122 · MALADIES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

MALADIES DES PAUPIÈRES

Les principales maladies des paupières sont : leur absence congéniale , leurs divisions naturelles connues sous le nom de coloboma , leur inflammation, l'œdème , les plaies, la paralysie, le clignotement, leur adhérence congéniale ou accidentelle, leur étroitesse (lagophthalmie), les tumeurs de différentes natures , leur renversement en dehors ou en dedans, et le cancer.

ABSENCE COBJGÉESIAIiE DES PAUPIERES.

L'absence congéniale des paupières est un fait assez rare; je l'ai observée cependant sur un fœtus monstrueux que j'ai conservé plusieurs années dans de l'esprit-de-vin. L'œil privé complètement de paupières , ne peut par conséquent être protégé contre les agens extérieurs ; et si les individus atteints'^ cette difformité eussent vécu, il est plus que probable que l'œil eût rapidement succombé à leur action. En lisant l'histoire des croisades , Ton y voit un grand nombre de chrétiens faits prisonniers aux sièges d'Antioche et d'Aquilée , qui , ayant eu les paupières détruites par les ordres d'un cruel vainqueur, perdirent non seulement la vue, mais son organe immédiat.

GOXtOBOÏttA DES PAUPIERES.

Cette affection , aussi de nature congéniale , est moins rare que celle dont nous venons de nous entretenir ; on en trouve plusieurs cas rapportés dans l'ouvrage deSeiler(l), et dans le journal du professeur d'Ammon (2). Cette difformité est en tout semblable aux becs-de-lièvre congéniaux , et probablement produite par la même cause. Lorsqu'elle n'est pas trop considérable , elle ne contrarie en

(1) Seiler, Difformités congèniales de Vœil,

(2) D'Ammon , Journal cPophtlialmologic*

rien l'état de l'œil et ses fonctions ; nous verrons même plus tard que les chirurgiens oculistes ont voulu tirer parti d'un coloboma artificiel. Il est donc évident que , dès que l'organe ne souffre point de cette difformité , il faut attendre que l'individu ait atteint l'âge de raison pour le soumettre à une opération qui n'est pas difficile, mais délicate à pratiquer. Comme dans le bec-de-lièvre labial , il devient indispensable de rendre saignans les bords de la solution de continuité naturelle , afin d'obtenir une réunion convenable, qu moyen de petites aiguilles et de sutures entortillées.

INFIi ANIMATION1 2>SS PAUPIERES.

Par la laxité de leur tissu, par l'exubérance de leur système vasculaire, les paupières sont fort sujettes à s'enflammer; dans le plus grand nombre des cas, la maladie revêt une forme érysipélateuse. Presque toujours l'érysipèle des paupières est idiopalhique et se manifeste chez les hommes exposés à des vapeurs délétères ou à des agens excitans. Elle est très-commune chez les fondeurs , les chauffeurs , chez ceux qui réduisent en poudre les substances irritantes, telles que les canlharides, l'euphorbe, le dolichos-pruriens, le verdet et le sublimé-corrosif. Les Européens qui voyagent sur les bords de la Gambie , du Sénégal , de la Madeleine , etc. , etc. , en sont presque tous affectés à la suite de piqûres de maringouins et de moustiques. En Europe , il n'est pas rare de voir des femmes à peau très-fine , éprouver les mêmes accidens lorsqu'elles se promènent à la tombée de la nuit, sur les bords des grands fleuves; les abeilles , les guêpes et frelons produisent aussi des accidens analogues.

Il faut avouer aussi qu'il "est des inflammations des paupières, qui se lient d'une .manière réelle au dérangement du canal intestinal; elles sont alors sympathie

ques. Pour peu que l'inflammation soit violente et qu'elle occupe toute l'épaisseur des paupières, le malade est en proie à des douleurs qui deviennent rapidement très-vives et qui s'accompagnent d'un malaise général presque toujours suivi de désordres dans la circulation. Les paupières , rapprochées Tune de l'autre, sont rouges, luisantes, tuméfiées ; si cet état persiste , elles peuvent se couvrir de phlictènes gangreneuses. L'affection prend alors une tournure grave , et le praticien doit être excessivement attentif à la combattre pour en borner les ravages. Il faut alors insister sur les saignées générales, sur l'application de sangsues aux apophyses mastoïdes. Depuis quelques années , M. Serre d'Alais combat les érysipèles avec des frictions mercurielles; on peut aussi, quand la maladie résiste aux antiphlogisliques, employer deux méthodes anglaises réunies , qui sont les mouchetures avec la lancette pour dégorger les tissus , et la cautérisation avec le nitrate d'argent. Le professeur Rasori combattait les érysipèles de la face , et surtout ceux des paupières , au moyen de compresses imbibées d'une solution froide et concentrée de tartre-stibié dans l'eau ( un gros pour une pinte). Cette médication m'a constamment réussi, et c'est celle que j'emploie de préférence.

Lorsque l'on présume une maladie des organes gastriques, on peut quelquefois obtenir de bons résultats du tarte-stibié pris en lavage, mais il faut être excessivement réservé dans son emploi, quand on peut craindre une inflammation du canal intestinal. Ce cas échéant , il faut alors avoir recours à l'application de sangsues à l'anus, aux boissons délayantes : les lavemens émolliens et les cataplasmes sur le ventre forment le complément de la médication.

Le traitement le plus énergique ne suffitfpoint quelquefois pour empêcher la formation d'une collection'purulente s lorsque celle-ci est petite et bornée, on peut, chez les malades pusillanimes surtout , abandonner la maladie aux

efforts de la nature. Mais si l'abcès est considérable, il fout l'ouvrir paralèllement à l'axe transversal de la paupière, en incisant la peau couche par couche ; en agissant autrement, c'est-à-dire par ponction, on court risque d'atteindre l'œil. J'ai été témoin de trois faits de cette nature, entre autres chez un malheureux médecin de Malesherbes, M. Benod , à qui un confrère imprudent creva les deux yeux en ouvrant des abcès érysipélateux siégeant dans la paupière inférieure. Il est bien difficile de suivre le précepte de quelques chirurgiens, qui consiste à renverser la paupière pour ouvrir l'abcès en dedans. IL'état de tension et de douleurs où sont ces organes ne m'ont jamais permis d'employer ce procédé. Le reste du traitement se continue comme pour les abcès chauds.

Toutes les fois qu'il y a des points gangrenés, il faut solliciter par des pansemens convenables la séparation et la chute des eschares, puis la nature fait seule les frais de la cicatrisation.

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