‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeuxChapitre 14 sur 40 · DE L'OEIL · texte numérisé non relu

DE L'OEIL

Dans les grandes villes l'on rencontre si souvent la sy|>l>ilis, que les hommes de l'art ont pour habitude de considérer et de traiter comme syphilitiques beaucoup d'alfeclions douteuses.

J. Cloquet, Leçons cliniques^ 1837,

A Texemple de Lawrence (i) , nous avons préféré consacrer un article spécial aux affections syphilitiques de l'œil, afin que d'un coup d'œil le praticien pût les embrasser. Protée insaisissable, la syphilis vint compliquer, agraver les affections les plus simples en apparence. Après dix , quinze, vingt ans, elle apparaît tout à coup et imprime à une maladie ordinaire les stigmates caraclérisiiques de sa présence.

Les affections les plus fréquentes de l'œil , sont Tiritis syphilitique, l'ophthalmie gonorrlioïque, les ulcérations des paupières et les dartres syphilitiques ou syphilides.

Z>E Ii'IRZTIS SlTFHIIiITIQUE.

Parmi les iritis dues à des causes spécifiques , il faut placer en première ligne celle qui reconnaît un principe vénérien , parce que cette cause occasionelle de Tirilis est très-fréquente , et qu'elle porte avec elle des caractères si

(1) Lawrence, On the venereal diseases ofthe eye, London, 1830.

Iranchés , qu'il est presque impossible de les méconnaître, ce qui est d'autant plus important, que , pour arrêter une afiection promptement désorganisatrice de l'organe de la vision , i! est de toute nécessité de recourir à un traitement spécifique.

Plus que toute autre espèce d'iritis, la vénérienne a été long-temps inconnue en France, et à peine en trouve-t-on des traces dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales de Panckoucke. En 4820, un médecin allemand, Mul- 1er, y consacra quelques pages dans un excellent recueil qui n'a eu que quelques mois d'existence (1) , et qui était destiné à rendre de trèvS-grands services à la science. Depuis le concours ouvert par la société médico-pratique , plusieurs thèses ont élé soutenues sur ce sujet.

Ceux qui ont nié l'influence de l'action spécifique des virus sur les ophihalmies , n'ont qu'à suivre avec soin les phénomènes de lirilis syphilitique ; car, sans contredit , et de l'avis de tous les ophlhalmologues modernes , c'est la maladie de l'œil qui mérite le mieux cette qualification, et qui offre les caractères les plus tranchés de l'affection vénérienne. Ces caractères deviendront d'autant plus évidens, que rien n'est plus rare qu'une iritis syphilitique exempte de toute affection générale ; car c'est presque toujours à la suite d'une infection constitutionnelle que la maladie de l'iris se présente.

Il faut cependant admettre deux espèces d'iritis syphilitiques , la primitive et la secondaire. Ces deux divisions sont basées sur ce que la première affection offre à un oculiste ou à un médecin exercé des caractères tellement Iranchés, qu'il peut les reconnaître à la première vue; quant à la seconde , elle n'arrive que peu à peu , consécutivement à des symptômes inflammatoires simples, rhumatismaux ou catarrhaux«

(1) Guillié , Bibliothèque nphthaîmique cilée.

En effet , il n'est pas rare de voir une iritis se développer spontanément chez un individu portant avec lui des signes évidensde diallièse vénérienne générale , dans ces cas , sans recourir aux signes commémoratifs , ou diagnostiques de la maladie à la première vue : dans d'autres circonstances, plus rares à la vérité , Tiritis se présente seule et comme unique indice de Taffection spécifique.

Parmi les médecins de la capitale qui ont acquis au plus haut point la puissance du diagnostic des complications vénériennes des maladies de l'œil , il faut placer M. Biett : ce dermatophile distingué a souvent reconnu ah ovo des iritis syphilitiques , que des chirurgiens de Paris n'avaient considéré que comme de simples ophthal-; mies.

Rien n'est plus commun, au contraire, que de voir l'iritis se développer chez des individus qui sont depuis longtemps affectés d'affection vénérienne, plus ou moins grave, plus ou moins rebelle , et qui souvent a disparu trop vite par un traitement palliatif , pour reparaître ensuite. Nouveau protée , dont chaque transfiguration sacrifie quelquefois un organe , ou le modifie , en lui imprimant le stigmate indélébile de sa spécificité.

Caractères généraux de V iritis syphilitique. Lorsqu'on réfléchit à la nature intime de la membrane qui tapisse les chambres de Toeil , à Tactivilé avec laquelle elle sécrète et absorbe continuellement un fluide hyalin , l'on ne peut ni méconnaître son analogie intime avec les autres membranes séreuses , ni le rapport extrême qui existe dans les maladies qui leur sont propres. Ne savons-nous pas malheureusement, que l'inflammation des séreuses se révèle quelquefois par des signes bien tardifs , bien obscurs , et que les désordres rendus évidens par l'autopsie sont souvent en rapport inverse des phénomènes perçus pendant la vie. D'un autre côté , le caractère le plus tranché de l'inflammation des séreuses n'est-il pas l'exsudation d'une

lymphe aîbumineuse, floconneuse, plastique ou coagulable, selon le degré de l'inflammation.

J'ai du faire précéder ces réflexions pour pouvoir ensuite dire que l'on ne découvre pas toujours dans Firitis syphilitique des caractères assez tranchés de l'état inflammatoire , pour expliquer la nature et l'abondance des produits sécrétés. Mais ce que Ton observe dans l'iris , ne le rencontre-t-on pas tous les jours dans l'inflammation lente, obscure du péritoine , du péricarde , de l'arachnoïde et des enveloppes du testicule , etc. ?

Si dans quelques circonstances Tiritis syphilitique s'annonce par des caractères inflammatoires communs aux autres iritis, tels que rougeur du cercle sclérotico-cornéen , photopliobie , larmoiement aigu, douleur pongitive dans l'organe, état de gonflement de l'œil, teinte rosacée de la sclérotique, qui s'évanouit à mesure qu'elle s'éloigne de Tanneau vasculaire du pourtour de la cornée , il en est d'autres, où rien de semblable ne se présente. 11 existe à peine une légère zonule précornéenne, que l'iris commence à s'obscurcir, à se couvrir d'exsudations, quise font jour au travers des vaisseaux de l'iris , et qui pour tout praticien exercé, forment un type réel d'affection vénérienne.

Cette sécrétion morbide , que Lawrence ne croit point devoir être nommée coagulable, cette exsudation, dis-je, a lieu tantôt à Tintérieur, tantôt à l'extérieur de l'iris : dans tout cas, elle modifie la forme, les mouvemens, les fonctions de l'iris , de la pupille , et peut apporter un obstacle majeur à la vision.

Symptômes particuliers de l'iriiis syphilitique. Dans le plus grand nombre de circonstances , l'iritis syphiUtique s'annonce par des symptômes généraux d'ophlhalmie rhumatismale ou catarrhale : le petit cercle précornéen, dont nous avons signalé l'existence, s'agrandit, et forme une couronne vasculaire composée de vaisseaux fins et rayonnans , qui s'agrandit y s'éclaircit et disparaît à

mesure qu'elle s'avance vers la périphérie du globe.

Peu à peu la conjonctive prend une couleur rouge vineux, ses vaisseaux s'injectent ; mois, en portant à droite ou à gauche cette membrane par le refoulement de la paupière , on distingue facilement le réseau vasculaire de la sclérotique vers le cercle précornéen , qu'il est facile de reconnaître à la forme , à la couleur, à la finesse , enfin à la brusque terminaison des vaisseaux , ainsi que nous l'avons indiqué aux caractères généraux de liriiis simple ou idiopathique. Cette double couronne rosée des tissus sclérotidiens et conjonctiviens persiste quelquefois toute la vie , même après guérison radicale des symptômes spécifiques, et augmente sous la plus légère variation atmosphérique, ou après un petit écart de régime.

A mesure que les symptômes inflammatoires s'aggravent, comme nous l'avons dit plus haut , les rapports intimée qui existent entre l'iris, la cornée et la sclérotique deviennent aussi évidens à l'état pathologique , qu'ils le sont peu à rétat sain, ce qui rend si marqués les effets de l'inflammation de l'iris sur ces parties, et vice versa. En effet, les vaisseaux sclérotidiens s'enfoncent dans la cornée, le sang s'y accumule , et cette membrane perd de sa fermeté, à laquelle elle doit son nom, et qui lui donne sapellucidité (1).

Or comme cette pellucidité n'est due qu'à la circulation d'une humeur extrêmement tenue dans la texture intime

(1) Ainsi que nous Tavons dit plus haut, c'est clans les belles préparations du professeur Scarpa qu'il faut étudier les modifications' apportées à la cornée par rinflammalion. C'est surtout dans les yenx d'un soldat ayant succombé à une arachnitis sympathique de l'ophthal' mie égyptienne qu'il faut voir la marche des vaisseaux injectés à l'essence de térébenthine : l'œil droit n'était presque pas malade , et l'injection s'arrêta à l'iris et ou cercle précornéen ; dans le gauche , au contraire, atteint de kératite très-aiguë, l'injection traversa la cornée en tous sens et v forma d*admirab!es anastomoses»

interlamellaire de la cornée, celle-ci commence à se lernir aussitôt que les globules sanguins s'accumulent dans les vaisseaux : cette diminution de ladiaphanéité cornéenne est uniforme et non tachetée, comme dans l'inflammation de la membrane deDescemels.

Ainsi que Béer (j), j'admets, contrairement aux opinions de Walther et de Lawrence (2), Tobscurcissement de l'humeur aqueuse, pour en avoir vu des cas très-évidens dans ma pratique praticulière et à Thôpital des Vénériens dans le service de M. Cullerier oncle , en ivS21 et 1822. Si les faits ne venaient point à l'appui de celte opinion de Béer, n'en irouverail-on pas une raison théorique dans larichesse des tissus vasculaires de Tiris , si bien éludiés par Muiler (3), Panizza (4) et D'Amuion ?

A cette époque de la maladie , la mobilité de l'iris cesse graduellement pour s'interrompre tout à coup ; la pupille se rétrécit; aussitôt que Tétat aigu persiste, elle quitte le centre de la circonférence irienne pour se porter en dedans , et en haut, et non point, comme le prétend Muiler (5), invariablement en dedans. Le changement de direction est aussi accompagné de déformation de la pupille elle-même, qui affecte diverses configurations selon la gravité , la durée de la maladie, et que nous avons indiquée à l'ariicle des fonctions de Tiris. La substance de l'iris elle-même se modifie, se boursoulïle et se couvre de villosités assez apparentes qui diminuent le diamètre antéro-postérieur de la chambre antérieure : la belle couleur noire de la pupille commence à s'obscurcir, à devenir nébuleuse , variée, chatoyante ; puis l'iris se couvre peu à peu ou subitement

\i) Oiivr. cité, Vienne , d8i3.

(2) Lawrence , Ouv. cité , yag. 144.

(3) Millier , Exposition anatomique et physioloyique de Vœil hu-

main. Vienne, 4819.

(4) Panizza, Délia depressione délia cataratta. Pavie,1821. <5) Muiler, Bibliothèque ophthalmoloijiqne citée.

d'une couche de lymphe tantôt jaunâtre, tantôt verdâtre clair. Dans d'autres cas Tiris prend une couleur| jaune d'autant plus prononcée que Toeil était d'un bleu clair et vif : lorsque riris est gris ardoisé , il revêt une teinte rougeâtre dans toute sa circonférence : la membrane perd son éclat naturel; elle revêt alors une teinte obscure qui fait disparaître à la vue l'admirable lacis de vaisseaux et de fibres qui constituent le caractère distinctif de l'iris. Quand les deux yeux sont atteints, ils se ressemblent en général par l'harmonie de leurs lésions ; mais quand un œil est sain , TefFet disparate des deux organes produit un coup d'œii fatigant. Au début de l'exsudation, on ne la rencontre que sur les rebords de 1 a pupille ; puis elle gagne graduelle^ ment la grande circonférence de la membrane.

Les divers phénomènes sont accompagnés de douleurs dans l'orbite vives , pongitives , ostéocopes ou névraîgibues. Les douleurs augmentent à la tombée de la nuit, en forme d'accès , qui durent toute la nuit et qui sont suivis de photophobie , de photopsie et surtout d'un larmoiement très-incommode , qui ne permet pas aux malades de dormir un instant ; le calme et l'apyrexie reparaissent avec le jour.

Pour peu que la maladie persiste, il se forme au rebord de la pupille un bourrelet qui fait saillie, et qui est produit par un épanchement dans le tissu même de l'iris. Cet état est presque toujours compliqué d'une sécrétion de lymphe qui se place dans l'espace pupillaire , et qui gêne plus ou moins la vision.

Si les moyens employés pour combattre l'iris syphylilique ne sont pas suffisans, ou si la maladie n'a pas été prise en temps utile , il ne tarde pas à se former au rebord libre de riris et dans l'espace pupillaire de petites élévations frangées ,'^digitées , que MuUer nomme crista-galli (1), et

(1) Muller, ouvr. cité.

que le professeur Béer considère comme de véritables condylomes. J'en ai vu réunis en grappe comme des chouxfleurs (cawoli-flower), qui refoulaient l'iris en avant, et le mettaient en contact avec la cornée : quelquefois ils jettent l'iris de côté , le détachent de la zonule ciliaire et font irruption dans la chambre postérieure, où ils exercent des ravages notables ; quand ils se projettent de côté, ils amincissent la sclérotique et la font bomber en dehors. ^ On observe souvent sur la surface de l'iris des kystes purulens , qui se rompent et forment alors un faux hypopyon : c'est ce qui a fait croire dans ces cas à la suppuration de l'œil , chose qui est assez rare à la suite de l'inflammation vénérienne de l'iris, dont les résultats sont, en général, des produits végétans. Le docteur Monteath (1) croit que ces kystes proviennent de la partie postérieure de l'iris et qu'ils se font jour à travers les libres éraillées de l'organe. Arrivée à ce point d'intensité , la maladie se propage au cristallin , à la capsule , à la choroïde et à la rétine , la vue s'abolit et souvent l'œil s'atrophie : c'est à cette époque que la cornée se ramollit et que l'on y voit paraître des ulcérations profondes ,.lardacées , à Lords renversés, qui ne tardent pas à faire vider l'œil.

Les causes sont les mêmes en général que pour l'iris idiopalhique ; mais il en est une inhérente à l'individu et qui consiste dans une infection ou une dia thèse syphyli tique souvent constitutionnelle, et qui, sous une influence excitante quelconque, passe à l'état inflammatoire dans le tissu de l'iris. Cette affection se manifeste le plus ordinairement à la suite des maux de gorge vénériens, des syphylides, des pustules et des eczéma cuivreux : les brusques variations atmosphériques, les répercussions imprudentes, l'habitation dans les lieux humides , les excès en tout genre sont les causes occasionelles.

(1) Monlealh , traduction anglaise de Weller (notes).

Je n'irai pas plus loin sans ni'élever avec force contre Topinion de ceux qui croient que le mercure peut produire sur riris des accidens qui ne sont que le résultat de la vérole: j'ai visité avec soin les établissemens où on emploie le mercure en grande quaniité : j'ai vu les symptômes généraux les plus effi ayans produits par l'action de ce métal, et jamais je n'ai vu d'iritis : je suis descendu dans les mines de mercure delà Garinlhie et de la Carniole, j'ai examiné les mineurs qui naissent , vivent et meurent dans des vapeurs mercurielles ; je me suis entretenu avec des médecins attachés depuis vingt ans à ces exploitations , et jamais on n'a pu me donner un seul fait àrappuideTactien du mercure sur Tiris.

Pronostic. De toutes les iritis , la syphilitique serait sans contredit la moins dangereuse , si on parvenait toujours à la traiter à temps ; car l'aclion du mercure est ici tellement évidente , que sous son influence on voit disparaître les symptômes les plus graves et les plus alarmans. Il faudra donc prendre en considération l'état constitutionnel du malade , la nature des désordres de l'œil , et si l'iris n'est pas détruit par des ulcérations ou des fontes purulentes , il faut espérer que la vue ne sera pas complètement abolie. Quand on a arrêté les effets spécifiques de la maladie , la chirurgie peut fournir encore bien des ressources.

Traitement. Quoique Tiritis syphilitique ne soit pas accompagnée de symptômes d'irritation très-prononcés , il est cependant nécessaire de surveiller le mouvement inflammatoire ; car il peut se déceler, au milieu du travail végétatif et ulcéreux qui est le caractère de l'affection vénérienne : il est important cependant de le combattre convenablement avant de recourir aux mercuriaux. Sans partager l'opinion exagérée de Richon des Brus , Devergie et autres, qui ne voient dans la syphilis qu'une inflammation , je crois que les évacuations sanguines modérées peuvent faciliter , accélérer l'action du mercure^ ainsi que le fai-

saient Fabre , Hunter, Pearson, et comme le font encore aujourd'hui avec succès, MM. Biett, Ricord , Lisfranc et Broussais. Dans ce cas, la saignée doit être plutôt révulsive que déplélive, et Ton combat les localisations par les ventouses scarifiées , rarement par des san^jsues dans le voisina^f^e de l'œil , où elles produisent parfois des érysipèles ou des ulcérations vénériennes consécutives.

On passe ensuite aux moyens capables d'arrêter les; symptômes fati(jans et qui réadmissent sur les nerfs et la constitution. On cherchera donc à calmer les douleurs vives et profondes qui occnsionent Tinsomnie : pour interrompre promotement les accès et exacerbalions nocturnes, il faut pratiquer sur le front et le pourtour de l'orbite des friciions avec de l'onguent napolitain uni à la belladone ou à la jusquiame : le soir on administre au malade un quart de lavement avec de l'extrait .gommeux d'opium.

En même temps on fomente l'œil avec de l'eau distillée do laurier-cerise dans laquelle on a fait dissoudre un quart de {jrain de cyanure de mercure , pour quatre onces de liquide. Je me suis convaincu de l'efficacité de cette fomentation : quoique Béer et Muller recommandassent de ne rien mettre sur l'œil pendant que la maladie est à l'état ai(}u.

On doit combattre l'insomnie par des lavemens opiacés , des juleps anodins , des applications narcotiques sur les tempes^ et souvent quand les malades ne peuvent'pas g^arder les lavemens hypnotiques, on les remplacera par des suppositoires de beurre de cacao opiacé.

Aussitôt que l'état inflammatoire est enrayé, on doit immédiatement recourir à l'usage du mercure sous diverses formes , et selon l'état général des organes destinés à le recevoir.

Comme dans l'iritis simple Ton peut employer le calomel à dose fractionnée ainsi qaele font les oculistes allemands,. MM. Biett , Cazenave et Schedel , ou à .doses perturba^- II. ' 24

trices comme le font les anglais Lawrenve , Maekensie et Middiemore. Le moyen agit alors comme révulsif intestinal et comme excitant la salivation , sur laquelle les praticiens anglais ont compté pendant si long-temps , comme indice d'action thérapeutique , tandis que les autres prati- ^ciens la redoutent.

On ne saurait disconvenir que le mercure ne soit, dans les maladies syphilitiques de Tiris , un remède souverain.mais la saine médecine nous recommande cependant de ne pas détruire les organes par l'action de ces médicamens. C'est pour cette raison que, chez les individus dont le canal intestinal est malade ou très-irritable , il faut en user avec d'excessives précautions. Le deuto-chlorure sublimé est sans contredit un des plus puissans sels mercuriaux , mais que de modération ne faut-il pas pour ne pas abîmer l'estomac! on le prescrira en pilules de -^ , g , ^, ^ et ^ de .grain , selon la force , Tâge et la santé de l'individu. En même temps on fera sur le front des frictions avec l'onguent mercuriel double, employé à la dose d'un gros et demi-once chaque soir, uni à l'opium ou aux extraits de jusquiame et de belladone.

Ghaussier, Borda, Parent de Picpus ont constaté l'action du cyanure de mercure, pris en pilule ou en soluiion : je possède plusieurs observations remarquables de guérison obtenue par ce moyen. Mais dans tout traitement mercuriel , de quelque nature que ce soit, il faut insister sur la continuation des remèdes, pour guérir radicalement la maladie, et ne point s'en tenir, comme font quelques personnes, au traitement palliatii', qui expose presque toujours à une récidive fâcheuse.

Dans les affections de peau compliquées d'iritis, il faut voir avec quel avantage MM. Biett, Gazenave etSchedel, emploient le proto-iodure de mercure : les succès obtenus par le premier de ces médecins dans son service à l'hôpital Saint-Louis sont trop connus, pour que je les rapporte

ici, et plus d'un juge du concours sur l'iritisa été à même de le voir.

Qu'est-il besoin de parler de mon expérience en présence de tels faits?

Il en est d'autres sur lesquels je l'invoquerai parce qu'ils me sont propres et parce qu'en général les moyens sur lesquels ils sontbasésne sont que peu ou pas employés. Je veux dire le iraitement par les bains de vapeurs par encaissement à demi-corps.

Ayant séjourné aux eaux d'Aix, à plusieurs reprises, j'ai eu de fréquens enlreiiens avec le respectable docteur Antoine - Humbert Despines, que je m'honore de compter au nombre de mes amis. Ce praticien avait observé à Aix-lcs -Bains, que lors même que Ton pousse le mercure à des doses fort élevées, les malades n'éprouvent pas de salivation; ce fait remarquable ne pouvait être expliqué que par l'abondance des sueurs provoquées par les bains, qui, ne permettant pas à ce métal de séjourner longtemps dans l'économie, l'empêchent d'y exercer une action délétère. Le docteur Constant Despines (1), dans un ouvrage récemment publié sur les eaux d'Aix, pense que l'action chimique des eaux qui transforment en sulfure le mercure et le soufre absorbés est un obstacle à la salivalion. Par analogie, je conçus l'idée d'apporter aux traitemens des maladies des yeux de nature syphilitique les modifications suivantes :

1" Remplacer les eaux minérales naturelles par celles factices ou les bains dits de vapeurs;

2* Administrer le mercure en vapeurs au moyen d'appareils convenables sur toute l'économie ou partiellement.

Les faits sont venus rapidement corroborer la théorie. Ainsi, après avoir arrêté les phénomènes inflammatoires, je fais prendre des bains de vapeurs humides à mi-corps

(i) Despines fils, Manuel de V étranger aux eaux d^Aix en Savoie, pag. 458.

par encaissement : aussitôt que la peau a été convenablement préparée, je fais faire des fumigations, de poudre mercurielle de Lalouette (1) , employée à la dose d'un demi-gros à deux gros. M. Rnpou (2), de Lyon , a pu constater bon nombre de guérisons oI)tenues par ce moyen , et le docteur Monnet , qui a long-iemps dirigé un établissement de bains de vapeurs, m'a assuré que ce moyen lui a parfaitement réussi. Au moyen d'un appareil qui lui est propre et dont on trouve le dessin annexé à ce travail, il dirige aussilôl que Téiat chronique s'est prononcé, il dirige, dis-je, sur Toeil même les vapeurs du mercure : dans d'autres circonstances il emploie celles de cinabre ou de sulfure noir. J'engage donc les praticiens à employer ces divers moyens , ne fût-ce que pour épargner aux malades les effets pernicieux que le ptyalisme exerce sur la cavité buccale et spécialement sur la membrane alvéolaire.

Deux mots encore. Je ne puis passer sous silence l'action miraculeuse des préparations d'or justement vanJées dans les syphilis dégénérées par Chrétien , et que les expériences de Bourquenod de Montpellier, Duhamel et Legrand de Paris rendent lout-à-fait concluantes. Dans les cas rebelles la tisane de Felts, de Zittmann et la solution de Fowler, unies aux bains de mer, peuvent produire des merveilles.

Nous regrettons que le manque d'espace ne nous permette pas de rapporter quelques beaux cas de guérison d'iritis syphilitique.

(1) La poudre de Laloueltc n'est autre chose que le mercure éteint dans Targile par une longue trituration.

(2) Rapou, Traité de la médecine par la vapeur.

OFHTHAZ.»IIX: GOlffORKHOIQUE.

L'ophthalmie gononhoïque , par la nature de son siéf^^e , se rattache aux conjonctivites purulentes ; mais , en raison de sa cause , nous l'avons placé dans les affections vénériennes de l'œil.

L'oplithalmie{jonorrhoiqueest, selon nous, le résultat de l'inoculation du virus gonorrhoïquesur l'œil et ses annexes , et j'ai observé dans ma vie plus de cent cas d'ophthahnie qui n'avaient pas d'autre cause, souvent chez les individus qui n'ayant aucun écoulement génital l'avait contractée par contact avec des individus atteints : la thèse inaugurale de M. Julliard de Genève, renferme un certain nombre d'observations d'ophthalmie gonorrhoïque que j'ai faites, soit dans ma pratique , soit dans les hôpitaux. Chez quarante-cinq individus que j'ai vus depuis, l'écoulement urétral existait dans toute son intégrité , par conséquent , l'on ne pouvait admettre sa métastase : les cinq autres individus avaient contracté la maladie par inoculation directe , sans écoulement aux organes génitaux. Wardrop , Dupuytren , Delpech, Watson , Velpeau considèrent la doctrine de l'inoculation comme la seule admissible. Celte doctrine acquerra une certitude d'autant plus grande, qu'en interrogeant les malades avec soin, on pourra, dans tous les cas, constater qu'ils ont porté les doigts à leurs yeux, et que l'expérience a prouvé que cette maladie est très rare chez les femmes, parce que , par la nature de la construction de leurs organes et de leurs fonctions , elles ne sont pas appelées, comme les hommes, à y porter les mains. MM. Sanson et Lawrence (2) affirment n'avoir jamais ren-

(1) S.inson Julliartl , dans sa l^hèse sur rescision et la cautérisation combinées pour le traitement de Vophthahnie hlonorrhayique, Paris , 4835 , pag. 12.

(2y Lawrence, ouvrage cilé, pag. 187.

contré dans leur non^breuse pratique un seul cas d'oplitlialmie blennorbagique, dans lequel récoulcment urélral fût complètement supprimé ; enfin la maladie inoculée n'affecte presque toujours qu'un seul œil , et j'ai observé que chez les individus gauchers , c'était le gauche qui était atteint, et vice versa; pourquoi une métastase se fixe telle sur un œil seul?

Il ne faut point cependant rejeter la métastase comme cause efficiente du développement de l'ophthalmie gonorrhoïque , mais restreindre son action à des cas fort rares , et entourés encore d'une certaine obscurité.

Le siège de Tophlbalmie gonorrboique est sur la conicnctive oculo-palpébrale : les autres tissus ne sont que secondairement atteints. La maladie débute avec les mêmes sympiômes que ceux que nous avons assignés aux diverses périodes de Tophlbalmie catarrhale : seulement la marche est plus rapide, et accompagnée de symptômes plus graves, tels que la photophobie , le boursoufflement et Texirophie de la muqueuse. Dans cette maladie tout est brusque, tout est instantané , développement , augmentation des symptômes , chémosis, suppuration et fonte de l'œil : tandis que les ophthalmies catarrhales simples et catarrho-rhumatismales ont toutes le principium morbij stadium incremcntl, acrrie, stadium decrementi. Enfin il existe entre elles une dernière différence , c'est que presque toutes les affections catarrhales de l'œil, prises au début, se guérissent complètement; tandis que l'ophthalmie gonorrhoïque est presque toujours suivie d'accidens formidables, et malheureusement bien difficiles à arrêter : cette opinion est du reste celle de Lawrence (1).

t Cette espèce d'ophthalmie étant promptement [désorganisatrice il importe de lui opposer un traitement excessivement énergiques : tous les auteurs sont d'accord sur ce

(d) Lawrence , ouvr. cité , pag. 193 et 194.^

point, comme sur les dangers delà maladie : Jùngken (1) ,-* Weller (2) , Lawrence (3) le disent positivement : Béer a peu d'espoir lorsque l'on ne parvient pas à rétablir récou-*" lement urétral ; quand il n'existe pas, pourrait- on en provoquer un ? Tous sont d'accord qu'il faut arrêter, enrayer les phénomènes de la suppuration.

H faut débuter par attaquer vigoureusement les symptômes inflammatoires, et porter les évacuations sanguines même jusqu'à la lipothymie comme le recommandent Vetch et Pearry pour l'oplithalmie égyptienne. Ces moyens suspendent Vaffeciion mais ne Tarrêlent pas ; le chémosis et l'étranglement local persistent, et c'est à eux qu'il faut attribuer la mortification de la cornée et la fonte de l'œil : il faut donc recourir aux moyens locaux , et ceux-ci doivent être de nature telle qu'ils arrêtent le mal désorganisateur. C'est ici le lieu de porter sur les tissus un astringent assez fort pour arrêter la pyorrhée et faire affaisser le chémosis : le nitrate d'argent fondu en nature , l'eau de Bathes, l'eau saturée de sulfate d'alumine, qui tient l'inflammation au début (4) ; mais ces moyens échouent eux-mêmes, c'est ce qui a engagé M. Sanson à combiner l'excision avec la cautérisation : celte méthode, déjà employée avec timidité, il est vrai , par Vetch (5) , prit dans les mains du savant professeur de Paris une énergie extrême et a produit des résultats fort avantageux. Voici comment il procède : « Le malade éiant couché dans son lit, un aide le maintiendra fixement sur les oreillers: un autre aide écartera l'une de l'autre les deux paupières. Les choses étant ainsi disposées, le chirurgien situé au devant du malade, saisissant,'^ à l'aide de pinces à disséquer, les parties saillantes de la

(Ij Jiiiigken , ouvr. cité , pag. 352.

(2) Weller, ouvr. cité, pag. 1.

(3) Lawrence , ouvr. cité, pag. 190 et d92.

(4) Julliard, thèse citée, pag. 2!.

(5) Wetch, ouvr. cité.

conjonctive, excisera avec des ciseaux courbes sur le plat, aussi complètement que possible , toutes les parties boursoufllées et saillantes de cette membrane j usque dans le point qui se réfléchit sur l'œil : mais il sera le plus souvent impossible d'y parvenir, comme nous le dirons bientôt. Cette première partie de l'opération terminée, le chirurj^ien laissera couler une quantité de san^ plus ou moins considérable, et lorsqu'il aura donné lieu à un dép,orgement local suffisant, il abstergera avec beaucoup de soin le pus mêlé de san.n; qui bai{jne les parties et promènera un crayon de nitrate d'argent sur toutes les surfaces internes de Tune et de l'autre paupière maintenues renversées (J). » f ^our pratiquer cette opération avec fruit , il ne faut pas abandonner les paupières avant que le caustique ait pénétré ; puis, avec un courant d'eau tiède , l'on enlève tout le caustique qui ne s'est pas combiné avec les tissus.

Le succès principal de la méthode de M. Sanson réside dans le soin extrême que l'on prendra pour cautériser toutes les parties malades jusque dans les replis les plus reculés.

J'ai employé plusieurs fois celte méthode avec succès, et j'ai pris l'habitude, aussitôt que l'œil est lavé, d'introduire entre les paupières de l'huile d'olive fine , afin de préserver la cornée des atteintes du nitrate d'argent, infiltré dans les villosités conjonctiviennes : je réitère celte application toutes les demi-heure.

Je crois que si cette médication a été infructueuse dans les mains de M. Sichel (2) , c'est qu'il Ta employée avec trop de timidité.

L'excision et la cautérisation sont suivies de douleurs excessivement vives, qui alarment les personnes peu habituées à employer cette méthode : mais ces résultats ne sont

' (!) Julliard , Inese citée , p. 73.

(2) Ouvrage cité , pag. 227. ^

que passagers, et M. Sanson a fini par ne plus les combattre, laissant au temps seul le soin de les calmer.

On ne compte plus guère aujourd'hui sur le rétablissement de récoulement urétral , puisqu'il est rarement sup^ primé dans le cas échéant ; on pourrait introduire une bougie chargée d'un corps irritant , ou même de la matière sécrétée par l'œil. Freteau et Plenck racontent que des malades préférèrent rappeler la maladie par un moyen moins douloureux (1).

MM. Roux et Velpeau ont pensé devoir traiter cette ophlhalmie comme un écoulement urélral : c'est pour cette raison qu'il lui ont opposé le poivre cubèbe à haute dose , ainsi que le copahu. M. Roux surtout a retiré de trèsgrands avantages de ce moyen (2).

Dans la thèse de M. Julliard on trouvera quelques cas de guérison obtenue par moi au moyen de l'excision combinée avec l'injection d'eau styptique de Bathes.

Dupuytren retirade grands avantages de l'insulïlation du calomel : c'est la seule manière dont le mercure puisse être administré avec succès à l'état aigu : employé comme le recommandait Ricther (d) , Swediaur (2), Plenck (3) pour détruire la spécificité de ce médicament, n'a point arrêté les progrès de la maladie : ce n'est que lorsqu'elle est enrayée que l'on doit recourir au mercure.

(1) Freleau , Traité de la gonorrhée , pag. 451.

(2) Plenck, Voctrùia de morhis venereis^ p. 80.

(3) RoTix, Archives générales de médecine, toni, X, p. 525.

(4) Chirurgus , qui me hac re consuluit œgroto gonorrhœam ope can" delulœ infectœ inoculare tentavit ; at œgrotus id non admisit ^ diccns se leviori via revocaturum esse gonorrhœam (Pleuck, Doctrin. de morhis venereisj pag. 83.)

UX.C£RATIONS ST-PHII^ITIQUES B£S ?AUFîi£L£S> £T S7PHII.IBES.

Les ulcérations syphilitiques des paupières sont bien plus fréquentes qu'on ne le croit en général : cette fréquence est due, ainsi que l'observe judicieusement Lawrence (1) à la prédilection du virus syphilitique pour la peau et les muqueuses qui sont les principes constituans des paupières. C'est pour cette raison aussi que les paupières sont aussi très-souvent aftectées de pustules , de tubercules qui s'ulcèrent, dégénèrent et forment les diverses espèces de syphilides.

La bande muqueuse qui recouvre le bord interne des paupières est presque toujours le siège de rulcéralion. Ces affections sont rarement primitives, si ce n'est dans le cas d'infection directe .

La maladie se montre ordinairement sous Taspect d'une ulcération grisâtre, recouverte çà et là de points sanguinolens, et répandant un fluide ichoreux et bourbeux :.la solution de continuité est coupée à pic , et entourée d'un cercle inflammatoire, qui rend la plaie et ses contours trèsdouloureux, au point de priver le malade de repos et de sommeil : lorsque la maladie n'est pas arrêtée, elle peut détruire la paupière en entier et envahir même la joue et la caroncule lacrymale.

L'ulcération primitive des paupières n'est accompagnée d'aucun symptôme général: la première fois que Lawrence (2) observa cette espèce d'ulcération, il en méconnut les caractères , et ce ne fut que l'insuffisance du traitement qui lui fit soupçonner la présence de la syphilitique. Lorsque l'ulcération existe en même temps que d'autres symptômes d'infection, le diagnostic est bien moins obscur. Celte ulcération paraît souvent à la suite de Tophtlialmie

(1) Lawrence , ouvr, cité, 308 et seq.

(2) Lawrence, ouvr. cilc. /c?.

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gonorrhoïque , ou bien elle coïncide avec des iritis venimeuses et des syphilides.

Il n'est pas rare de voir sur le rebord tranchant des paupières une fissure calleuse , à bords renversés , qui sécrète une humeur analogue à celle renfermée dans les syphilides pustuleuses crustacées {corona Veneris) : cette matière s'accumule sur les cils, les colle, et y forme des agglomérations croûteuses très-désagréables : souvent les croûtes tombent et laissent apercevoir une crevasse à bord renversé , qui fait de jour en jour des progrès.

Enfin il est une troisième espèce d'ulcération des paupières ; c'estl'ulcération phagédénique. Celle-ci débute avec tous les symptômes de Tulcère phagédénique du gland : rougeur vive des paupières avec teinte vineuse , gonflement très-douloureux , étranglement partiel : l'ulcère est rouge , enflammé , parsemé de points rougeâtres saignant et recouverts de matière purulente , ayant la même odeur que le pus du gland : les bords delà solution de continuité sont durSj frangés, semi calleux. Le malade éprouve des douleurs très-vives, accompagnées de chaleurs brùlantf>s, dans toute la paupière : dans d'autres cas, enfin , Tulcération est accompagnée de végétations saignantes , et qui croissent rapidement.

« On ne doit pas , dit Lawrence (1) , confondre les ulcé- » rations syphilitiques des paupières , avec celles qui sont » de nature cancéreuse. Les ulcères cancéreux ont pour 3> la plupart leur origine dans lestégumens, ils y séjournent » long-temps, et ils n'envahissent le rebord ciliaire et la » muqueuse que lorsque la maladie a fait des progrès. » L'affection cancéreuse commence presque toujours par « une petite tumeur tuberculeuse , à peine visible et située » sur la peau : la forme ulcéreuse ne s'y détermine que » lorsqu'ils ont plusieurs mois d'existence , et même plu-

(1) Ourragc cité, p 316.

>» sieurs années. Ils marchent lentement, la paupière est » dure et bosselée , Fulcère est à la surperficie et sécrète » une matière qui se concrète sur la peau en forme d éj> cailles : ces ulcérations cancéreuses n'existent que chez » des personnes déjà un peu avancées en âge. La marche >> des ulcérations syphilitiques, jointe aux caractères que » nous avons tracés et aux autres symptômes concomitans, >' suffisent pour empêcher toute erreur de diagnostic. »

On dirige contre ces affections le même traitement que contre Tiritis syphilitique : il devient quelquefois nécessaire d'y ajouter un traitement l3cal, tel que des pommades mercurielles, les préparations d'or, les fumigations, etc.

Il n'est pas rare que l'on soit obligé de cautériser les parties , avec le nitrate acide de mercure ou l'eau régale.

Voici quelques observations fort intéressantes extraites de l'ouvrage de Lawrence.

l'« OBSERVATION.

Ulcère au front, mettant à mi l'os frontal; ulcération de la paupière gauche inférieure, et pharynx -, éruption scabieuse au front.

Lydia Page, femme publique, âgée de dix-neuf ans, vint à Ihôpital le 19 avril 1827. Eile avait eu plusieurs maladies vénériennes et avait été à l'hôpital deux mois avant avec une gonorrhée et un bubon à chaque aîné. Cinq mois auparavant elle avait eu un petit bouton au visage, lequel , n'étant pas douloureux, elle n'y avait pas fait attention. Ayant en même temps des ulcérations à la gorge elle avait pris des doses mercurielles qui lui avaient affecté la bouche pendant trois semaines : elle s'était guérie de la gorge, mais les boutons au front persistaient. Le 1" mars , à la suite d'un rhume, elle resta malade pendant trois semaines avec des douleurs aux membres et gonflement au genou et pour lequel, on lui avait appliqué des sangsues et donné d'autres remèdes. Depuis celte époque le bouton au front,

qui était resté stationnaire , devint gros, rouge et douloureux , au point qu'elle y avait mis un cataplasme : il y a quatre jours qu'il s'est ouvert et a laissé échapper une quantité considérable de matière.

Le ^9 avril, un ulcère d'un pouce et demi de diamètre paraît au milieu du front, avec bords enflammés et surface bourbeuse : dans son milieu l'os frontal est dénudé de la grandeur d'un écu : la paupière inférieure de l'œil gauche, se trouve presque détruite par un ulcère malin syphilitique, qui en occupe tout le volume et menace de l'agrandir. Cet ulcère avait commencé une semaine après qu'elle était sortie de rhôpitul , par un petit point enflammé , qui passa bientôt à Tétat d'ulcération. Un autre petit ulcère superficiel se trouve encore sur la ligne ciliaire de la paupière supérieure , et un autre encore derrière le pharynx avec de petites taches rougeâtres scabieuses sur la face. (Médecine apérilive; une pinte de décoction composée de salsepareille avec deux dragmes d'extrait, et trois huitièmes de de grain d'oximuriate de mercure chaqne jour. Cataplasme au front , onguent de précipité rouge sur linge fin à l'ulcère de la paupière. )

Le 27, une petite plaie avec surface blanchâtre se montre depuis trois jours, sur la membrane muqueuse de la paupière supérieure. Douleurs aux épaules et grande sensibilité à l'épine dorsale. Point d'appétit, un peu de fièvre. L'ulcère du front est en voie de guérison, la granulation ayant commencé, et l'os frontal se trouvant en grande partie couvert. La plaie de la paupière est presque guérie.

Le 30, elle se plaint de fortes douleurs aux membres et de ne pouvoir dormir ; les parties affectées s'améliorent. ( Continuation du même traitement ; cinq grains de pilules de sap. c. opium tous les soirs. )

Le 12 mai, l'ulcération de la paupière est entièrement cicatrisée ; mais, quoique la paupière même soit détruite, la perte en est à peine visible. Lorsqu'elle veut fermer les

yeux, les paupières supérieures les ferment entièrement. L*os frontal est entièrement couvert par la granulation , et le volume de la plaie considérablement réduit. Tous les autres symptômes ont disparu, Tappétit et le sommeil sont revenus. ( Discontinuation du traitement. )

Le 1" juin , renvoyée en bonne santé , Tulcère du front s'était cicatrisé sans aucune exfoliation.

Ulcère phagédénique de la paupière supérieure , sans autre symptôme sypliilitique , guéri par une administration copieuse de mercm'e.

Louisa Williams, jolie et fraîche jeune femme, de vingtcinq ans, fut admise à l'hôpital dans la clinique de M. Earle , le 14 mai 1829 : un ulcère phagédénique occupait toute la surface de la paupière droite supérieure , et s'étendait aux deux anf;les : il avait détruit Tangle externe et la ligne ciliaire de la paupière. La surface de rulcère était couverte d'une croûte brunâtre et sèche, les bords enflammés avec grande douleur à la paupière et sur les cils. La malade disait qu'elle n'avait jamais souffert de maladie syphilitique, et attribuait la cause de sa maladie à un rhume qu'elle avait eu, quinze jours auparavant et suivi d'un bouton, qui s était ouvert par degrés et était devenu une plaie. Après que l'éruption galeuse eut cessé par des fomentations et des cataplasmes , on cautérisa la plaie avec du nitrate d'argent.

Le 17, la plaie se trouve dans le même état. ( Lavement noir, hydrarg. oximur. gr. 5. 8 in essent. salsepareille 55, trois fois par jour. )

Le 21 , l'ulcération a pris de l'ôiendue , sa surface est couleur de cendre, surtout au bord , avec des points sanguinolens. ( Acide nitrique détrempe apphqué aux parties susmenlionnées. )

Le 23 , je visitai la malade avec M. Earle : nous la trouvâmes avec un gi-and ulcère phagédénique à la paupière

avec les bords enflammés : inflammation générale de la conjonctive et douleurs très-vives. J'ai jugé la maladie décidément syphilitique et conseillé le mercure comme le seul remède qui pût agir eflicacement. (Deux grains de calomel avec un tiers de grain d'opium toutes les quatre heures. )

Le 26 , salivation de la bouche ; l'ulcère change de caractère et ses progrès sont arrêtés.

Le 31, la cicatrisation s'opère et la malade sort de l'hôpital parfaitement guérie.

Les syphilides sont trop connues, grâce aux travaux de M. Bictt , Rayer, Cazenave et Schedel, pour que j'en fasse ici 1 histoire : je me bornerai seulement à observer que ces diverses affections sont presque toujours suivies d'ulcérations profondes des tégumens externes des paupières , et qu'on se cicatrisant , les tissus tendent à modifier la forme des paupières et à produire des ectropium , des iricbiasis et des exlropium -, pour empêcher celte funeste terminaison de la maladie , il faut employer les moyens que nous avons indiqués en parlant desbrûiures et plaies par perte de substance des paupières.

On entend par myopie ime anomalie de la vue, qui ne permet point aux individus qui en sont affectés de voir les objets aussi loin que dans une vue normale : ainsi le myope ne perçoit les objets de petites dimensions , que quand il peut les approcher très-près de lui ; cette maladie est l'opposé de la presbytie : à une distance relative, le myope a une bonne vue, c'est-à-dire que la perception s'exécute d'une manière aussi nette que dans l'état naturel. Selon Weller on peut facilement reconnaître les personnes qui sont myopes à leur regard , à leurs manières, et à leurs goûlsou habitudes; ainsi elles écrivent toujours très-fin^ préfèrent les livres imprimés en petits caractères : elles approchent les objets très-près , et ne se servent souvent que d'un seul

œil , mais cette habitude est occasionée par rinégalilé de perception dans les organes, ce qui trouble la division quand ils se servent des deux organes à la fois. Aussi l'œil qui est îe moins exercé , est souvent atteint de strabisme et peut devenir amaurotique : les myopes clignotent et ont l'habitude quand on leur parle de tenir les yeux baissés.

Outre que !es myopes ne voient les objets qu'à une dislance irès-i approchée , c'est qu'ils préfèrent une faible lumière à un grand jour ; il n'est pas rare d'en voir qui lisent à la clarté de la lune avec plus de facilité que par une belle et vive lumière , qui du reste les fatigue extrêmement.

La cause de la myopie, selon la plupart des auteurs , est due à ce que les rayons lumineux se trouvent rassemblés avant d'être en contact avec la rétine ; et que quand ils arrivent sur cette membrane , ils sont réfractés de nouveau trop brusquement , ce qui occasione une image plus ou moins coniuse. Voici comment on explique ce phénomène; la cornée étant trop saillante et le cristalHn trop convexe ou l'humeur aqueuse trop abondante, toutes ces circonstances réunies donnent aux individus atteints de cette dif formiié un œil très-saillant , qui Ta fait appeler œil de bœuf. M. Demours a guén des myopies très-prononcées, en abaissant le cristallin; on a pensé aussi que la myopie, tenait à ce que le cristallin, la rétine, ou même la totalité du globe oculaire, étaient trop denses.

La myopie peut aussi avoir pour cause l'habitude de regarder des objets trop près ou avec beaucoup d'attention , et de fixer souvent des objets très-ténus. On peut faire contracter cette affection aux enfans en approchant trop près d'eux des choses avec lesquelles on fixe leur attention. J'ai connu un jeune homme qui s eiait épris de belle passion pour ce défaut de la vue ; pour lui il était de très-bon ton de faire le myope ou de l'être : aussi au bout de quelques mois ce fashionable eut-il recours à mes conseils eu m'avouant avec franchise la cause de la maladie.

D'aulres défauts de la vue peuvent causer la myopie , c^est pour cela qu'elle marche souvent accompagnée du strabisme. L'hydroplithalmie peut produire une myopie symptomatique par l'accumulation de riiumeur aqueuse. Les vices de conformation du globe oculaire, des travaux assidus à l'aiguille ou à tricoter , ou tout ouvrage vétilleux , sans distraction à Tair libre , sont aussi des causes bien connues de la myopie ; les veilles prolongées peuvent produire cette maladie même dans une seule nuit pour rester incurable.

Un médecin remarquable par ses vastes connaissances et son talent comme écrivain, M. Réveillé Parise, pense que la cause de la myopie tient à une maladie de la rétine ou à une atonie de cette membrane : nous ne pouvons admettre celte opinion d'une manière générale , mais nous ne pouvons nous refuser à la ranger parmi les causes que nous avons énumérées. Les myopies congéniales, ou celles produites par un excès de vitalité dans les organes de la vision , ne sont pas très-rebelles à un traitement bien dirigé.

Cette maladie quand elle ne tient pas à une désorganisa lion , d'une des parties de l'œil peut diminuer , à mesure que l'individu avance en âge , surtout s'il ne s'est pas servi constamment de ses lunettes , ou si les verres n'étaient pas trop concaves. Ainsi il est clair d'après ce que nous venons de dire que cette maladie se rencontre plus souvent sur des jeunes gens et des adultes , puisque , chez Thomme déjà d'un certain âge , l'organe visuel perdant naturellement sa convexité , les rayons lumineux sont réfractés directement sur la rétine.

Le traitement de la myopie doit varier, comme dans toutes les maladies , suivant les causes qui Tout produite. Dans les congestions sanguines on emploiera la saignée , un régime doux , l'on défendra sévèrement les spiritueux. Recommander aux malades d'avoir des verres de lunettes

parfaitement en rapport avec leur vue ; ces verres seront inégaux quand les yeux ne seront pas de la même portée , ils seront assez concaves pour que le myope puisse voir à dix-huit ou vingt pouces de distance; car, s'ils fatiguaient les malades par mie trop grande concavité , ils pourraient par la suite amener une cécité complète : il sera nécessaire de recommander de ne point [trop se servir de lunettes, d'exercer modérément la vue sans elles : et quand la myopie a pourcause de longs et sérieux travaux, recommander le repos , Fexercice à l'air libre , des voyages sur mer , si cela est possible .- enfin si la myopie est TefFet de l'atonie du nerf optique , on emploiera les stimulans.

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