OPHTHALMIE BES NOUVEAU-NÉS
L'ophthalmie des nouveau -nés porte en elle tous les caractères de l'ophihalmie catarrhale ; dans la plupart des €as , elle se lie à une maladie des membranes pituitaires, qui se manifeste par un petit coryza, et, se traduisant par de légers éternumens , cet état reste stationnaire pendant quelques jours; puis l'œil devient larmoyant, les paupières se gonflent, et prennent une teinte rosée. A celte époque, si Ton examine avec soin la petite fossette de la commissure interne des paupières , vulgairement connue sous le nom de larmier, on aperçoit dans cette petite anfractuosité un amas de mucosités desséchées , un peu gluantes ,
ressemblant à du miel concret. Peu à peu celte sécrétion augmente, se fait jour en différens points de la commissure palpébrale, envahit les cils, et les agglutine entre eux ; alors l'enfant commence à éprouver de la difficulté pour ouvrir ses paupières, elles deviennent immobiles, et ne permettent plus aux nouveaux fluides puriformes sécrétés de s'épancher au dehors. Il y a bientôt trente ans , que Saunders (1) avait fait observer que le mot d'ophthalmie purulente qu'on donne à cette affection était exagéré , et <que le nom de puriforme lui convient bien mieux. 3' Quand on a vu un certain nombre d'ophthalmies de nouveau-nés, on acquiert l'habitude de les reconnaître à leur début, avant même que les personnes qui entourent et soignent l'enfant en aient soupçonné l'existence. Il y a l)ientôt quinze ans que j'ai entendu dire par M. Baron , médecin des Enfans-Trouvés , que l'on pouvait diagnostiquer à son début une ophthalmie des nouveau-nés , lorsqu'on observait une injection rouge transversale sur la face externe des paupières. La présence de la petite concrétion muqueuse rendra ce diagnostic complet. A mesure que l'écoulement s'accumule entre les paupières, celles-ci se distendent et forment une petite poche dans laquelle la matière s'accumule de telle façon, qu'au moment où on les décolle pour examiner l'œil , on voit ruisseler un liquide lactescent qui s'épaissit à mesure que l'inflammation fait des progrès ; l'enfant commence à souffrir , il pousse des cris qui augmentent lorsqu'on le présente à la lumière; cependant la sclérotique , et la cornée sont encore saines, ce phénomène est constant quoiqu'on dise M. Sichel (2) , la preuve en est que , pendant tout le temps que Tenfant est exposé aux rayons lumineux , il ferme obstinément les yeux, et ne les rouvre que quand on les soustrait à leur
(1) Saunders, ouvrage cité, p. 447.
<2) Sichel, ouvrage cité {Ophth. des nouveau-nés).
actîoa. Bi liard , qui avait fe^Ëamiaé avec la pi ds; scinipuleuse atteaï^ioii un graad noiîibre d'enf ans atteints d'aphtbalmie /|Mipif orme , recommandait d'examiner leurs yeux pendant fe sommeil, ce que l'on lait alors avec une centaine faci- •Kté (i). C'est à cette époque de la maladie qa'il se forme fée petites hémorrhagies actives, dues soit à des exsudalions interstitielles , soit à de petites ruptures veineuses ou ai'térielles; or, comme chez les nouveau-nés les paupières •sont excessivement lâches et perméables aux liquides , et que la conjonctive n'adhère que peu au globe oculaire, les tissus sont facilement envahis par le sang; alors se forment de toutes parts des chémosis accompagnés de villosités , qui non seuleçnen,t produisent des étranglemens partiels , mais encore environaent la cornée d'un bourrelet plus ou moins élevé. Ces bourrelets et ces villosités retiennent la mafière sécrétée en contact avec cette membrane, et celleci étant encore, comme on le sait, molle , mince et peu résistante, on ne doit pas s' étonner de la voir se ternir, prendre imc teinte grisâtre, se boursouffler, s'ulcérer et se fendre ; c'est de là que naissent tous les symptômes funestes , les diverses lésions de la cornée .
Pendant long-temps on a attribué à ratfection syphilitique la production de l'ophthalmie puriforme, et l'ac.r cusation est tout-à-fait fausse quant à sa généralité , pui^r que non seulement les auteurs, m;\is encore, ma propre expérience est très-rare chez les enfans provenant de mères infectées, comparativement auL nombre d'enfans atteints , et mis au jour par des mères complètement exen^ptes d'affections syphilitiques. Bien plus, j'ai observé si^r un grand nombre d'enfans nés dé mères syphilitiques , des symptômes vénériens à la peau, au cuir chevelu^ aux partie^ sexuelles, et rarement sur les yeux : en effet, il faut qu'un écoulement soit fort abondant pour que le fœtus, tra-
(1) Lawrence, Iradact. citée.
i^rsant le canal vag^înàl au milieu des sécrétions produites par raccouchement , et entouré comme il l'est, du dépôt amniotique, soit infecté.
L'ophthalmie des nouveau-nés est-elle contagieuse? Nous n'hésitons pas à répondre par l'affirmative , en ce qu'elle s'est souvent transmise de l'enfant à la nourrice. J'ai observé avec soin un grand nombre de faits de ce genre. M. Mac-Gregor (1) rapporte trois cas fort remarquables. Le plus intéressant est le suivant : le 21 octobre i809 , vers quatre heures après midi, la nourrice Flanelly, injectant les yeux d'un enfant , fit entrer dans son œil quelques gouttes de ce liquide qui avait servi à nettoyer les yeux malades. Vers neuf heures du soir il se manifesta une démangeaison vive, accompagnée de chaleur; le lendemain les paupières étaient enflammées, et la muqueuse sécrétait lin fluide puriforme.
■ Bien souvent encore cette maladie apparaît un mois ou deux après la naissance , l'enfant jouissant de la meilleure santé, la mère n'ayant pas même un écoulement puerpéral. Nous sommes bien loin cependant de nier l'infection syphilitique, puisque j'ai vu des ophlhalmies simplement puriformes se terminer ensuite par des symptômes vénériens li'ès-tranchés. ^ï^
Dans la production de l'ophthalmie puriforme des non^ veau-nés , pour se rendre raison de ses fréquences , Fori n'a "qu'à considérer la position toute particulière dans laquelle se trouve le nouveau-né : à peine a-t-il passé le tunnel vaginal où il était clos à une température de 32 degrés de Réaumur, qu'il se trouve tout à coup exposé à un abaissement de température qui arrive fort souvent à plus des deux tiers ; cela est si vrai que , dans un grand nombre de circonstances, l'ophthalmie se^ complique de
<1) Mac GregOY, Transactions of royal society fortheimprovement, etc., etc.; xqU III, p. 15.
rendurcissement partiel ou général du tissu cellulaire, de coryza et d'otorrhée, à laquelle il faut attribuer la plupart des cas de surdo -mutité; accusons aussi la transgression des principes hygiéniques , Texposition des enfans à des courans d'air , à des lotions trop froides , à de brusques changemensde température auxquels on les soumet en les présentant à rétat-civil, et surtout à Féglise. Cependant *ceux qui ont considéré le baptême tel qu'on le pratique dans le culte catholique comme cause d'ophthalmies blennorrhées, il' ont pas réfléchi que l'ophthalmie dont nous nous occupons est aussi fort fréquente chez les enfans des cultes réformés , que l'on baptise plus tard , chez les enfans juifs et musulmans, que Ton ne baptise pas du tout. : En Angleterre, les accoucheurs et les sages-femmes considèrent cette maladie comme un refroidissement connu sous le nom de cold in the eye (coups de froid sur les yeux). Cette opinion est complètement la mienne; et en <îonsultant et en recueillant mes souvenirs , il en résulte que Xion seulement dans les hôpitaux d'enfans trouvés de Pavie, ûe Milan, dans la pratique civile, les ophthalmies des nouveau-nés sont plus fréquentes lorsqu'il y a de nomi)reuses et rapides variations atmosphériques. On comprendra maintenant la raison pour laquelle cette maladie est plus fréquente chez les enfans de la classe indigente où ils manquent de tant de choses indispensables à la vie , à plus forte raison au bien-êlre, de l'individu nouveau-né. Si une vive lumière peut produire une ophthalmie chez un homme" fort et vigoureux , comment un enfant sortant d'une aussi profonde obscurité serait-il insensible à l'action d'un agent aussi rapide? Ce n'est pas sans un profond étonnement que nous avons vu M. Jiingken (1) dans sa thèse inaugurale voulant chercher à prouver que la lumière ne jouait aucun rôle dans la production de Toph-
(d) Jiingken, Niuiqtiam Iujp clara ophthalmiœ, etc., Berlin, 4826.
thalmie des rioûvéau-nés. Mais ce qui nous a étonné plus encore , c'est de voir M. Sichel ne faire aucune mention d'un travail iniportant du célèbre professeur D'Ammon(l), tjui a prouvé que , chez un grand nombre d'enfans nouveau-nés, Tophllialmie était due à une injection forcée des membranes internes et externes de l'œil, accompagnée d'une exhalation sanguine qui colorait en rouge non seulement l'humeur vitrée, mais encore le cristallin. M. D'Am- THon attribue cette injection forcée à l'enclavement de l'enfant dans le petit bassin, à la compression exercée sur lui : les nombreuses dissections auxquelles il s'est livré, prouvent la vérité de ce qu'il avance.
L'ophthalmie des nouveau-nés est une maladie fort grave en raison de sa marche insidieuse et du peu de soin qu'on lui donne au début ; c'est, après l'ophthalmie variolique, la maladie qui produit le plus de cécité. Aussi les accouche urs et les sages-femmes ne sauraient-ils prendre trop de soins pour la prévenir. Ainsi nous recommandons aux personnes qui sont destinées à recevoir ou à soigner les enfans nouveau-nés, de ne point les exposer à une vive lumière, de ne pas perdre trop de temps à leur donner les premiers soins hygiéniques, de ne pas employer l'eau froide , mais bien de l'eau tiède battue avec des jaunes d'œufs , mixture parfaite pour débarrasser la face et les yeux de l'enduit amniotique dont ils sont presque toujours empâtés. L'enfant sera enveloppé avec des linges chauds pour l'accoutumer graduellement aux changemens de température. Il serait à désirer que dans^lous les pays , ainsi que cela se fait à Naples (2), le maire et le ministre de la religion se rendissent aux domiciles des nouveau-nés pour accomplir les devoirs de leur ministère.
(1) D'Animon, Journal d'ophtlialmologie , t. II, ch. xxiii. — Sur la coloration sanguine des 7nemhranes de Vœll des nouveau-nés et sur son influence sur la 'production de Vophthalmie purulente,
(2) Gazette des hôpitaux;, t. XII. j
Si^ l'eûfont est nî&té long^lemps au passage , si la face est injectée, il ne faut pas craindre de laisser couler un peu de sang par le cordon ombilical.
Lorsqu'on a reconnu au début une ophthalijîie purulente des nouveau-nés, rien n'est plus facile que d'en borner l'action. Quelques soins hygiéniques bien entendus, des lotions d'eau froide acidulée avec le jus de <iitron , trois ou quatre gouttes pures, suffisent pour donner une astriction suffisante et suspendre la pyorrhée. Que l'on se garde bien d'appliquer des cataplasmes de mie de pain , de pomme de reinette , de fromage blanc , pratique de bonne femme qui a pour résultat certain de produire l'œdème des paupières et une super-sécrétion de mucus. Ce que nous venons de dire contre l'usage des cataplasmes émoiliens doit être considéré non seulement comme l'expression de notre expérience , mais encore comme celle de la plupart de^^ophthalmologistes contemporains, parmi lesquels il faut placer en première ligne M. Ware qui, un des premiers, s'éleva contre cette méthode (1).
Que Ton s'abstienne encore de laisser les nourrices instiller leur lait sur l'œil; car ce liquide^ uni au mucus, non seulement forme un magma qui s'oppose de plus en plus aux mouvemens des paupières , mais encore qui , en fermentant sur place , devient une nouvelle cause d'irritation. M. Ware (2) recommande d'insister sur la fréquence de ses lotions, parce que , dès que la conjonctive est gonflée et suivie de l'œdème des paupières , il est impossible de se rendre raison de l'état de Tœil, qui peut être perdu en quelques heures et souvent sauvé par ce moyen que l'on peut employer sans danger malgré l'incertitude où Ton est sur l'état de la maladie. y
Depuis quelques années j'arrête très-promptement l'in-
(1) Ware > ouvr. cité , p. 147. »* «o*
(2) /6id., p. 145.
flammatioa et la sécrétion.de la muqueuse oculaire en injectant deux ou U'ois fois par jpur entre les paupières , au moyen d'une petite seri^gu^^|]^iyrO|re,,,qu4auAS cyiHiSiicées du collyre suivant ;
Infusion aqueuse de roses de Provins j 4 onces., , Suie préparée suivant mon procédé, 20 grains; Jus de citron, 12 gouttes, jm i ■') jiirîrp > oy ai no efftiffoD
Au moyen de ce collyre , je suis parvenu à arrêter une
ophtlialmie purulente fort avancée que portait la fille d'un chef de division des finances et que m'adressa un accoucheur fort habile, M. Baudelocque ueveu : çe,t,teophthalmobleanorrhée s'était déclarée un mois et plus après la naissance.
Les Anglais vantent avec raison la solution styptique de Bath. La solution de Bath est très-active; il est impossible de l'employer pure; il faut toujours l'étendre, et adapter son degré de force à l'intensité de la maladie. Les praticiens anglais^ qui emploient fréquemment ce remède avecbeaucoupde succès,commencent par en mettre un gros dans une once d'eau froide , terme moyen d'où ils partent pour doubler ou dédoubler le médicament. Pour le mettre en usage , on se sert d'une petite seringue d'ivoire ou d'étain dont l'extrémité est mousse ou aplatie ;- on l'introduit sous les paupières , puis on injecte le contenu, avec la précaution seulement de laisser tomber la paupière au moment où Ton termine l'injection , afin qu'il reste entre les paupières une certaine quantité du médicament. Ce .moyen doit être répété toutes les trois heures environ.
De nos jours on a beaucoup recommandé la solution de nitrate d'argent. Plusieurs praticiens se plaignent de leur insuffisance. Ne faudrait- il pas plutôt accuser la pusillanimité avec laquelle on remploie ? C'est ce que semblerait prou?ver d'une manière irrévocable la communication faite à la Société médicale de Dublin par MM. les docteurs^Kennedy
et Yrelaiid, qui 6nt guéri ùiié quantité prodigîeùè'é dé Cette espèce d*ophlhalmie en instillant trois ou quatre fois par jour entre les paupières quelques gouttes du collyre suivant :
0^ Nitrate d'argent , 2 gros , Eau de roses , 1 once.
Dissolvez.
Comme on le voit ici , c'est plus qu'un collyre , c'est un escharotique qui cautérise la muqueuse , qui la couvre d'eschares blanches ou grisâtres. Après leur chute et la diminution des symptômes inflammatoires, Ton instille du vin d'opium pour faire disparaître l'obscurcissement de la cornée et toute trace d'écoulement.
Lorsqu'il y a eu ectropium pendant le cours de la maladie, on'prend les paupières avec le pouce et l'indicateur de l'une ou l'autre main, enduits d'huile, on les replace dans leur position naturelle en les y maintenant par une légère compression ; si ce moyen ne suffit pas , il faut tondre la paupière avec des ciseaux courbés sur leur plat, laisser suinter le sang pour dégorger les parties, puis enfin cautériser avec du nitrate d'argent fondu , avec les précautions nécessaires, pour préserver la cornée des atteintes du caustique.
OPHTHAI.MIi: ÉGYPTIENNE.
Historiqite,— On 2i donné le nom d'égyptienne àl'ophthal-
mie catarrhale au plus haut degré , parce qu'elle n'a fixé
raîtention des hommes de l'art qu'après l'expédition de
l'armée française en Egypte, et dans les armées anglaises
qui prirent une part si active à la brusque terminaison de
cette campagne. En effet, d'après les monographies publiées
par les médecins de l'armée expéditionnaire, Assalini (i). cl il rto/bni dimamii- ïinu i) toi
(4) Assalini, oiiv. cité, et Manuale di chinirpa^ parte n, discorso y.
Bruant (1), Savaresi (2) , Desgenettes (3), Larrey (4), Ton voit que les médecins anglais s'accordent à reconnaître que c'est de l'année 1801 que rophthalmie égyptienne commença à sévir parmi les troupes anglaises stationnées à Malte. C'est depuis la même époque que la maladie a régné épidémiquement dans les régimens italiens qui avaient fait la campagne d'Egypte; elle ne les a jamais abandonnés complètement : plusieurs localités furent soumises à des épidémies assez meurtrières, parmi lesquelles on doit placer en première ligne , de 1811 à 1834, celles d' Ancône , Vérone , Livourne , Naples et Sicile, çf Pendant long-temps on la considéra comme une maladie isolée ; ce ne fut que lorsque Mongiardini en eut signalé le caractère contagieux , à peu près à la même époque oix Edmonston faisait la même observation en Angleterre. Pour suivre tous les ravages que cette affection exerça dans les différentes armées de l'Europe , il faut lire les monographies d'Omodei , de Vasani , les récits de Mongiardini, les travaux spéciaux d'Edmonston, de Vetch, Reid , Mac-Grégor , l'intéressant rapport de Placido Portai de Palerme , et les travaux si remarquables de Groeffe, Kust et William Adams.
En lisant les travaux de ces différens auteurs, il est facile de se convaincre que l'ophthalmie dite égyptienne offrait en Europe les mêmes caractères que celle observée en Egypte par Assalini et autres.
Tout le monde sait combien les maux d'yeux sont fréquens en Egypte : déjà Prosper Alpin (5) avait fait observer la fréquence de ces maladies lorsqu'il dit : eo enint tempore (id est in prima œstatis parte) è centum hominibus
(1) Bruant, Histoire médicale de Varmée d''Onent, 1" partie.
(2) Savaresi, idem, deuxième partie, p. 90.
(3) Desgeneltes, idem, deuxième partie , p. 9 et suiv. <4) Larrey, Mémoires de chirurgie militaire, t. I, p. 203. <5) Prosp. Alpin, De medicina/E(jypiior., 1. 1, cap. 7, et l. 4, cap. 13.
quinquaginla saltem lippîentts oi5^^r»aw/Mr. Volney (i) , plus positif encore, dit que, sur cent personnes qu'il avait rencontrées dans les rues du Caire ^ vingt étaient aveugles , >dix borgnes, et vingt autres ayant les yeux purulens ou couverts de taches. Quelques années plus tard, Savary (2) disait : «Les maladies des yeux sont les plus commuaes en Egypte ; les borgnes et les aveugles y sont en grand nombre. La grande mosquée du Caire en renferme huit mille , et leur fournit une année de subsistance. » Enfin Sonnini(3), aussi grand naturaliste qu'exact observateur, a écrit, dans la relation de son voyage , que l'Egypte est le pays des borgnes et des aveugles. «Il n'est pas commun, /dit-il , de rencontrer des yeux parfaitement sains ou des paupières qui ne soient pas gonflées et chassieuses. Le malheur a aussi ses corporations ; et celle des aveugles du Caire s'est quelquefois révoltée au point de faire trembler le gouvernement. » Rien n'est changé encore aujourd'hui sous ce point de vue ; les maladies des yeux sont encore très-fréquentes en Egypte, ainsi qu'on en peut juger par les relations médicales contemporaines, d'Herbeert , CIot-Bey, et de M. Joannis, commandant l'expédition du Luxor (4). Ainsi, en remontant à Tépoque du siècle de Cyrus, qui demandait un oculiste égyptien en réputation pour guérir ses soldats atteints de rophthalmie , jusqu'aux dernières que nous avons citées, nous voyons que l'Egypte est la pairie endémique de Tophibalmie calarrhale. En pouvait-il être autrement dans un pays où la chaleur du jour est si grande , tandis que quelquefois les nuits sont froides , où les vents chauds et brûlans du désert transportent des poussières minérales ou végétales trèssubtiles , et qui entrent dans les yeux , où la peau enfin
(J) Volney, Foyage eu Syrie et en Egypte^ 1. 1, c. 47, et t. III, C. 49. (2) Savary, Lettres sur VEgypte, t. III, p. 3. (3) Sonnini, Foyage dans la Hauteet BasseÉgypte, t. II, c. 22, p.30, X\ (4) Jpaonis, voyage cité, p. 78.
est toujours dans un excès de puissance transpiratoire , ou
dans uu état de crispation, résultat d'un refroidissement
imprévu instantané. L'harmonie des fonctions de la peau
est tellement identifiée avec la conservation de la santé ,
.que, lorsque deux personnes se rencontrent en Egypte,
.^lles s'informent réciproque meut de leur santé , comment
^.mezvous? Un de mes élèves, le docteur Bonjean, a pré-
^.jsenté à la Société de médecine de Paris, un travail fort
remarquable sur les relations des muqueuses avec la peau.
^{Lancette française^ 1837.)
Les bornes de ce travail ne me permettent point d'examiner comment cette ophthalmie s'est propagée dans les . armées européennes. Cela sera le sujet d'un autre travail, jji'on comprendra cependant comment elle put se communiquer entre elles , lorsque tous les rois réunis contre un ,^eul homme groupèrent sur le même champ de bataille les vétérans de l'armée d'Egypte, les cosaques du Don, „.les enfans des montagnes d'Ecosse , et les sauvages hordes ..du Caucase. L'on aura surtout la clef de cette transmission ;iorsque l'on réfléchira à la proposition suivante formulée ^.jpar M. le professeur Jiingken : (^Par une expérience assi- Ql^ue de beaucoup d'années , je me suis cpm^ainctc que cette "maladie est contagieuse , et qu'elle se transmet d'individu à ^çifidividu par le transport de la matière sécrétée par des yeux }^pialades sur des yeiiçc sains, et que^ sous Vinfluence de circon^ ^^stqnçes favorables et de certaines conditions , elle peut deve- Àj^nir. miasmatique et s'étendre en infectant l' atmosphère {l).-»- .,,-^,J^'opinion de la transmission est clairement exprimée ^par Farell, en ces termes : « J'ai parcouru avec soin, « dit-il , l'histoire des maladies qui ont attaqué à diverses « époques les armées anglaises , et je n'y ai jamais trouvé « aucune trace d'ophtlialmie catarrho-purulente, si ce n'est >> après le retour de notre armée d'Egypte ; ce furent nos » soldats qui la transportèrent à Malte en 1801 ; ce sont
(1) Jiingken, Mém, sur V ophthalmie de Varmée bel^e ^Bïwxeiles ,1836.
» eux qui Tintroduisirent en Sicile en 1806.Mac-Grégor(l) î) affirme que cette maladie ne se développa dans le milii\iarj' asflum et dans différens points de F Angleterre, que «lorsqu'il y arriva des militaires de Tarmée d'Égyptè.)»
Le docteur Fax assure (2) que Tarmée de réserve suédoise ne fut atteint de cette maladie que lorsqu'elle revint rejoindre l'armée de la Sainte-Alliance sur le champ de bataille de Leipsick. Là se borneront nos citations, dans l'examen des causes qui ont entretenu cette affection dans les différentes armée de l'Europe, nous examinerons quelques points de la transmission immédiate et médiate de la maladie.
L'ophthalmie égyptienne est une conjonctivite irès-grave, qui est endémique en Egypte , et qui ayant été importée en Europe par les troupes françaises et anglaises , est vul» ^ gairement connue sous le nom d'ophthalmie égyptienne , ^qu'elle partage avec celui d'ophthalmo-blennorrhée, d'ophthalmie purulente des adultes , d'œil purulent ( purulent eje^ Vetch), d'ophthalmie contagieuse des armées. Pendant long-temps l'on a cru que cette maladie n'était connue en Europe que depuis le retour de l'expédition d'Egypte : on peut se convaincre du contraire en lisant les notes qui accompagnent la traduction du mémoire d'Eble traduit par MM. Florent Cunier et Yon Kriss (3).
Quoi qu'il en soit, nous lui conserverons le nom d'Égyptienne , parce que la doctrine de son importation est généralement admise par tous ceux qui l'ont examinée avec soin. L'intensité de l'ophthalmie égyptienne n'est pas partout de même; il en est de même de sa forme, ce dont on peut se con- -vaincreen lisant les descriptions qui ont été données par Assalini, Bruant, Savaresi, Vetch, Frank, Larrey, Mac-Gregor, Omodei , Vasani , Rust , Jiingken, Portai et tant d'autres. Les différences dans la gravité de la maladie et dans ses
(d) M' Grcgor, onv. cité.
' (2) Fax, Medicinisch zeituTKj. n» 88y 31 octob. 1816.
(3) Florent Cunier et Von Kriss, traduct. de Burckard Eble.
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signes extérieurs , n'empêchent pas que les symptômes es^, seniiels et caractéristiques ne se rencontrent partout. ..^^^v
On distingue dans cette maladie trois degrés sous lé rapport de son étendue. Le premier consiste dans raffec7 tion de la conjontive des paupières seules ; dans le second , elle envahit en même temps celle de la sclérotique ; dans la troisième , elle s'étend jusque dans la cornée.
L'ophthalmie égyptienne aiguë commence par un léger prurit aux paupières, suivi d'une sensation désagréable semblable à celui que produirait un grain de sable introduit dans l'œil ; la conjonctive s'injecte surtout dans la partie qui tapisse les cartilages tarses. Peu à peu l'injection envahit la conjonctive scléroticale ; celle-ci se gonfle subitement, surtout dans les pourtours de la cornée, qui paraît enclavée comme un verre de montre au centre d'une tumeur qui déborde et fait saillie par un bourrelet. A cette époque la cornée n'a rien perdu de sa transparence , la pupille est dans son état normal ; seulement il y a épiphora et larmoiement. Lorsqu'on renverse les paupières avec précaution, l'on y rencontre quelquefois des vésicules miliaires ; mais ce symptôme n'est pas constant. L'ophthalmie égyptienne reste quelquefois plusieurs mois, jours ou an dans cet état sans augmenter , ce n'est qu'après un laps de temps incertain qu'elle augmente. Dans d'autres circonstances , au contraire, c'est une attaque foudroyante, qui, en moins de vingt-quatre heures, a envahi toute la conjonctive. Que l'ophlhalmo-blennorhée arrive lentement ou spontanément à sa période de croissance , la conjonctive prend un aspect couleur rouge lie de vin; le mouvement des paupières devient difficile ; elles se gonflent et sont luxées en dehors par Tectrophie de la muqueuse. Cet état ne tarde pas à être suivi de douleurs atroces dans l'œil et le front ; le larmoiement se suspend ; alors commence une sécrétion séreuse (hydrorrhée), charriant des flocons blancs semblables au coaulum dulait. Peu àpeu cette sécrétion s' épais-
sît, blanchit et devient en tout semblable à du pus muqueux (pyorrhée). A cet époque le malade est en proie à une fièvre ardente , à l'insomnie , à un délire furieux ; malgré son état, il s'enfuit et court les champs, ainsi que Fa observé M. Larrey. Au moment ou la pyorrhée commence > la cornée s'obscurcit , puis se ramollit , s'ulcère ; quelquefois elle crève spontanément avec bruit et donne passage à l'humeur aqueuse surabondante , accident toujours suivi de soulagement immédiat , mais entraînant avec lui le prolapsus de l'iris , l'évacuation des humeurs de l'œil et souvent même sa suppuration. Lorsque la tuméfaction permet de renverser les paupières en dehors, ou lorsque l'eclrophie de la muqueuse a produit elle-même ce renversement, on trouve la conjonctive villeuse , boursoufflée , couverte de petites élévations molles , fongueuses , qui , à mesure que la maladie s'éloigne de l'état aigu , se durcissent et prennent le nom de granulations , phénomène dont quelques ophthalmologistes modernes s'attribuent la découverte , tandis qu'il est facile de voir ainsi que nous l'avons rapporté en parlant de Tectropium (voyez 1. 1, p. 348) que Vetch ) avait parfaitement reconnu et décrit cet état de la conjonctive sôusle nom de conjonctive granuleuse {granulat conjonctwa ). Dans la plupart des cas, et Ton pourrait même dire dans la majorité, cette hypertrophie granuleuse de la conjonctive n'apparaît que sur la fin de l'inflammation , lorsqu'elle commence à décroître et que la pyorrhée diminue. Cette modification de la conjonctive n'est point constante , j'ai eu l'occasion de m'en convaincre en examinant des individus atteints d'ophthalmo-blennorrhée égyptienne, non seulement dans différens voyages en Belgique , mai$ encore chez les soldats autrichiens en garnison à Vicenciè , à Mantoue et à Lodi.
Lorsque l'ophthalmo-blennorrhée a été combattue vic-^torieusement , ou quand elle n'a point détruit l'œil en eri^ tier , elle revêt le caractère chronique ; le premier sym-
ptôme de sa diminution 'consiste dans le changement de forme de F écoulement qui diminue d'épaisseur et reprend peu à peu la forme caillebolée, qu'il avait à son début ; la conjonctive reste pendant long-temps rouge, villeuse ou granulés , la photophobie et le larmoiement disparaissent, la sécrétion mucoso-purulente se tarit; mais il reste fort souvent un obscurcissement de la cornée , qui est produit par l'envahissement de cette membrane , par les vaisseaux précornéens qui forment de petits réseaux connus sous le nom de vascularités de la cornée , si bien décrits par Vetch , sous le nom de vascular cornea ; lorsque cette vascularisation est plus développée, c'est le pannus. La persistance des granulations , et, à leur défaut, des vascularités conjonctivo-précornéennes , est la cause qui met l'œil dans des conditions telles que le plus léger écart de régime, la plus petite variation atmosphérique, suffisent pour faire repasser la maladie à l'état aigu : plus les récidives sont fréquentes , plus elles ont de tendance à le devenir , en raison des modifications pathologiques subies par la conjonctive et la cornée. , .a • '; . >w
L'étiologie de cette maladie a été et est encore rnigraresujet de dissension parmi les médecins, les uns la considèrent comme contagieuse et importée d'Egypte , les autres pensent qu'elle est dépourvue de cette funeste pro** priété. Avant d'examiner ces deux opinions, je dois poser ici une question : l'ophthalmie qui règne en Egypte , celle qui a attaqué pendant l'invasion de ce pays les armées française et anglaise , est-elle la même que l'ophthalmie qui a régné dans les armées anglaise , française et italienne à leur retour? est-elle identique avec la^'méme affection qui a sévi dans les armées alliées à l'époque de la coalition ; en 1822 , dans l'armée belge, où elle existe encore aujourd'hui ; en 1824 et 1826, dans l'armée austronapolitaine et sicilienne ; enfin , en 1837, dans l'armée russe du Caucase? Je n'hésite point à répondre par
Taffirmative. En effet, après avoir compulsé avec soin, les écrits d'Assalini , Vetch , Royston , Mac-Gregor, Vasani , Omodei , Jiing^ken et les autres ouvrages récemment ^ publiés en Belgique, en Hollande et en Belgique. J'ai acquis la certitude que la maladie, à de légères modifications près, était partout la même , cette conviction s'est accrue par l'examen attentif que j'ai fait de la maladie sur les soldats italiens, allemands, anglais, albanais, belges et hollandais; partout j'ai trouvé identité de formes dans les symptômes, la marche de la durée, la terminaison et Içs résultats. Cinq mille Anglais lui durent une cécité, pour la plupart des cas, incurable : un aussi grand nombre de Français (armée italo-française réunie ) , fut aussi maltraité ; plus de six mille Austroï^apolitains en furent atteints. On dit que l'armée belge a^ près de six milles hommes hors de service ; enfin l'armée russe de la dernière expédition du Caucase a plus de douze cents aveugles , sans compter ceux massacrés par les Circassiens. Plus de seize mille colons militaires de la Crimée en sont atteints, et jusqu'à présent l'on n'est point parvenu à arrêter le fléau. Comment, en face de semblables résultats, ne pas penser qu'un mal qui a peut-être attaqué cent mille contemporains, ne soit pas dû à une cause immédiate , provocatrice , et qui n'est autre que la contagion. Celle-ci peut être le résultat du contact médiat ou immédiat , dont plus tard on a fait la doctrine miasmatique ou de l'infection.
Veut-on des exemples de contagion , bien plus d'inoculation? qu'on lise les belles expériences faites par M. Guillié sur les aveugles avec les matières prises sur un individu atteint d'ophlhalmo-blennorrhée purulente.
Jœger était tellement convaincu de la certitude de l'inoculation , qu'il conseilla ce moyen pour détruire les pannus charnus de la conjonctive et de la cornée. Trois fois j'aiemployé ce moyen, et trois fois j'ai produit une oplithal-
mie purulente qui a entraîné la fonte totale de l'œil. Qu6 Ton lise les documens relatifs à la catastrophe du Ro-t dur (l), que l'on s'arrête quelques instans sur l'horrible épidémie qui régnait à bord du navire négrier, et si habilement décrite par Edouard Corbière (2), l'on verra s'il manque de documens pour prouver la contagion. Cette doctrine est du reste partagée par Timmense majorité des chirurgiens contemporains. Consulté par le ministre de l'intérieur du royaume d'Italie , Scarpa n'hésita pas à se prononcer pour la contagion ; c'est parmi les médecins français surtout qu'il existe le plus de non-contagionlîistes ; mais , il faut l'avouer , ce sont eux qui ont vu le moins de cette espèce d'ophthalmie. Beaucoup de personnes se sont étayées à tort de l'opinion de M. Larrey (3), car ce chirurgien admet que cette maladie peut aussi se contracter par contagion. L'ophthalmie purulente des chiens se transmet par contact. Les expériences que j'ai faites à cette recherche, ne me laissent aucun doute. MM. Chassaignac e6 Michel Boutolle ont observé des résultats analogues.
Pour mon compte, je connais cinq ou six chirurgiens qui ont été victimes de leurs expériences , sans compter M. Ducourteney , qui a laissé aussi un œil sur ce champ de bataille scientifique , tout aussi honorable qu'un autre.
Quant à la doctrine de l'infection, elle ne peut noii plus être révoquée en doute , quand les malades sont rassemblés dans un local étroit, mal aéré. Lorsque la maladie est à son sommet d'intensité , rien n'est plus commun que de voir un ou plusieurs individus soumis aux émanations de cette localité , sans avoir eu aucun contact médiat ou immédiat avec les malades atteints. Fabini , Omodei ; Portai , Vetch , Cunier et autres , citent des faits semblables. Cela est si vrai , que lorsqu'un individu atteint d'une
(l)Guillié, Ophthalmie du Rôdeur, dans la Bibliothèque ophth.^ 1. 1, p. 74.
(2) Le Négrier, -p^Y Edouard Corbière, toni. II, p. 214;
(3) Larrey, ouvrage cité, lom. l, p. 451 et suiv.
ophlhalmie chronique égyptienne, et qu'en Belgique on nomme une granulée, vient habiter pour toute autre cause une salle où il y a beaucoup d'ophthalmo-blennorrhées, la sienne repasse presque toujours à l'état aigu ;ce qui démontre que, comme toutes les maladies miasmatiques ou par contagion, rophthalmo-blennorhée a son début , sa période d'intensité , plus une de décroissement.
M. Canstatt (4), quia pu, long-temps sur les lieux, examiner la maladie , et dont l'esprit droit et consciencieux m'est particulièrement connu , reconnaît tellement l'influence modificative des miasmes , qu'il s'exprime en ces termes : « Le miasme de rophthalmie militaire agissant » sur les autres espèces d'ophthalmies , et surtout sur la » conjonctivite caiarrhale , en sorte qu'il peut les trans- » former elles-mêmes en ophthalmies militaires : le ras- » semblement des diverses espèces d'ophthalmies doit » naturellement augmenter le nombre des individus atteints » de la dernière , et multiplier ainsi la contagion. »
Tout en ne reconnaissant pas la même cause pour la maladie, M. Wleminckx (2) reconnaît l'influence de l'agglomération des individus. « C'est spécialement , dit-il , dans les » hôpitaux, où beaucoup d'hommes sont réunis, quelle » prend un caractère plus grave; souvent, de bénigne qu'elle » était à son début, et pendant un espace de temps assez » long, elle acquiert tout à coup , à la suite d'une brusque » variation atmosphérique, un degré d'intensité extraordi- » naire , qui ne peut être attribué qu'à la combinaison M des deux influences. »
Nous allons plus loin , nous pensons que toute ophthalmoblennorrbée , quelle que soit son origine , a des périodes où €lle peut être transmise par le contact de la matière sur les
(4) CdiX\î,{2i\i t Considératians sur V ophthalmie de V armée helge ^ brochure extraite du Bulletin médical belge.
(2) Wleminckx , Rapport ci M. le viinistre de la guerre baron Èvan, Bruxelies, 4834 , p. 45. . , ^ , , .^.. .
Muqueuses de l'oeil , cela nous expliquer aît'f^ïm^^ imè ophtlialmie, d'abord sporadiqueel individuelle, est devenue épidémique et contagieuse, c'est ce qui s'est passé dans l'épidf mie de rophlhalmie purulente, qui attaqua Fécole militaire de Milan en 1842 (1). Les faits observés dans celle qui ravagea la maison de refuge créée à Paris , pour les orphelins du choléra, et qui se propagea dans les neuvième et douzième arrondissemens, en sont des preuves irrévocables. Cependant, de quelque manière que se produisent Topl:-; ihalmo-blennorrhée , il est toujours nécessaire qu'il existe une prédisposition. Il est constant qu'une constitution détériorée, une alimentation peu convenable, les affections du canal intestinal , Fabusdes spiritueux, des habillemens trop légers, Thabitation dans un air corrompu par des émanations animales en putréfaction ou l'agglomération des individus, des exercices violons, prédisposent à celte affection ; si l'on joint à cela les nuits passées à la belle étoile, les brusques vicissitudes atmosphériques, si communes en Orient, et à la suite desquelles Assalini , Bruant, Desgenettes, Savaresi, observèrent que l'ophîhalmie, se développait si promptement. La réverbération du soleil sur les sables blancs, le vent chaud et pulvérulent du désert, le symoun sont autant de causes qui la produisent si fréquemment en Egypte , où Volney avait observé que près d'un quart de la population de ce pays était borgne ou aveugle. S'il est une maladie dans laquelle l'iiomme de Fart {?olt être réservé dans le pronostic, c'est, sans contredit, dans ropbthalmie dite égyptienne; carcetteaffection joint à une gravité réelle, une marche insidieuse et incertaine, le pronostic sera d'autant plus grave que la constitution générale sera plus mauvaise, et qu'elle aura subi plus longtempsTinfluence de causes délétères ou détériorantes. Quelque grave que soit l'ophthalmo-blennorrhée égyptienne,
' (1) Omodei, ouvr. cilé.
il faut reconnaître , cependant que chez les sujets doués d'une bonne santé, la maladie se résout par Tapplication d'un traitement opportun : c'est surtout lorsque la maladie se borne à une hydrorrhée ou une phlegmatorrhée légère, que la maladie se résout; cette résolution sera d'autant plus facile que la conjonctive oculaire sera moins compromise ; mais , si la maladie a marché , le pronostic doit se tirer de l'intensité de la maladie , et de son étendue. Lorsque l'œil Xie succombe point , Fétat maladif de la conjonctive persiste souvent pendant toute la vie^ et nous avons vu aux Invalides de Paris , à Grenvich des granulés provenant de l'expédition d'Egypte. Lorsque cette maladie est extrême , non seulement elle compromet l'œil , mais encore l'existence, la cornée sera d'autant plus vite altérée, que la santé générale sera moins bonne. Si la suppuration est totale, cette membrane part tout d'une pièce, et l'œil se vide immédiatement; si elle est partielle, après la cessation de la suppuration, il se forme une cicatrice ; si la cornée éclate par la distension de l'humeur aqueuse , il se forme entre la cicatrice de la cornée , une synéchie antérieure avec diverses altérations de la pupille , qui sont toujours au grand détriment de la vision.
Le traitement de cette maladie doit être accommodé à son caractère, à ses complications et à son intensité. L'expérience de tous les médecins contemporains, s'est plu à reconnaître l'efficacité et l'usage des moyens^antiphlogistiques : s'ils ne guérissent pas, du moins ils enraient la înaladies et font cesser l'étranglement. Il faut en général que les saignées soient fort abondantes, afin qu'elle réagissent localement. On saigne parfois jusqu'à la syncope , et quand il y a urgence, il ne faut pas hésiter à ouvrir l'artère temporale. Contrairement à l'opinion émise par Assalirii j MM. Y^tch çt Peach (1) recommandent de saigner
(1) Peach, Ediml. médical and sur gical journal , 1807.'Oiua (t>^
t outrance jusqu'à la syncope; ils regardent la saignée comme Tancre de salut, et M. Peach surtout dit qu'il faut tirer à la fois soixante onces de sang. Il faut cependant reconnaître que c'est moins en affaiblissant le malade qu'en arrêtant momentanément la circulation par la syncope. La preuve est que, quand on approche de la syncope, la rougeur de la conjonctive disparaît en partie; M. Vetch (4) la considère donc comme le complément obligé de l'évacuation sanguine. On accélère l'action des saignées en portant une irritation assez vive sur le canal intestinal au moyen de purgatifs drastiques. Quelquefois l'ophthalmie se lie à un état maladif du canal intestinal , se montrant sous forme dysentérique; il faut alors s'abstenir de purgatifs. Sir William Adams (2) , immédiatement après la saignée , employait le tartre stibié à haute dose, non seulement pour provoquer des vomissemens abondans, mais encore pour agir comme contre-siimulant , afin de produire un effet semblable à celui que Rasori déterminait dans la pneumonie franche, c'est-à-dire Taffaissement des vaisseaux sanguins. Lorsque ces moyens ne suffisent pas pour abattre l'inflammation , il faut avoir recours aux saignées locales ; les sangsues , et mieux encore les ventouses produiront d'excellens résultats en les associant aux réfrigérans, que l'on pourra employer aussi long-temps que la cornée conservera sa transparence. Les chirurgiens anglais, dans l'épidémie de Malte et de Sicile , se trouvèrent trèsbien de l'eau acidulée avec le jus de citron (3). Ce topique réussit très-bien à bord du négrier dont parle M. Corbière. Il est bien reconnu qu'employés au début, de légers astringens arrêtent le développement de la maladie : pendant la pénible campagne que fit l'équipage du Louqsor pour rapporter le monolithe de ce nom, tout l'équipage
(1) Wetch, ouTr. cité, p. 206.
?i X2) William Adams, o«y. cité.
(3) Fariell. ouTr. cité. " ^ '^ ^"**'^ *^ '
fut atteint de commencement d'ophtbalmie , qui fut toujours arrêtée par l'usage d'une eau astringente que far briquait un maître charpentier du navire. Cette eau guérit même un grand nombre d'indigènes qui venaient de toute part en demander. Je puis, sans crainte d'être démenti ^ invoquer le témoignage de MM. Verninac et Joannis, officiers à bord du Louqsor (1). Je dois à l'obligeance d'un ami de ces messieurs, d'avoir possédé un flacon de cette eau si puissante, et que l'analyse a démontré être une dissolution de sulfate d'alumine natif.
Lorsque le pus commence à se sécréter, il faut employer des asiringens plus actifs, le nitrate d'argent en collyre est encore ici un des meilleurs moyens. S'il a échoué plusieurs fois, c'est qu'en général on était trop timide dans son emploi , et si les nouveau-nés [peuvent , comme nous l'avons dit, supporter sans accidens deux gros de nitrate d'argent par once d'eau , ne peut-on pas encore pousser la dose plus haut chez un adulte ? Par cette méthode qu'on nomme ectrotique ou éradicative, l'on tue la maladie sur place en mortifiant la conjonctive et en détruisant la
<4) L'ophthalmie d'Egypte est une maladie d'autant plus redoutable, qu'en même tepips qu'elle cause des souffrances atroces , on risque bien souyent de perdie la vue , par suite des dégâts qu'elle opère. Dire la cause déterminante de ce mal serait, je crois , assez difficile i il apparaît spontanément; et , bien qu'il se présente avec des symptômes d'il! itation violente , il est impossible de prévoir à l'avance son invasion.
Le plus ordinairement l'ophlbalmie ne se déclare qu'à un seul œil , puis pesse à l'autre aussitôt que le premier guérit. Les malades que î^en ai vu affectés, jetaient parfois des cris assez aigus pour être entendus de fort loin; c'est, à ce qu'il paraît , à en perdre la tête. D'après cela, il est facile de comprendre les ravages d'une si violente înOammalion; et l'on ne doit plus s'étonner d'en voir résulter, dans certains cas , la désorganisation de la cornée et du cristallin , la paralysie de la rétine et même du nerf optique. Eh bien! c'est cependant de celte affreuse souffrance que nous a délivrés l'eau merveilleuse que BOUS citons {Joannis , ouvr. cité, p. 78). ..m, i-^ * - '
circnlalion locale; dès qu'il y a boursoiiftlement de la conjonctive , il faut l'inciser largement avec des ciseaux coudés , comme le font les chirurgiens anglais , et cautériser ensuite avec la pierre infernale, comme le recommande M. Sanson. William Adams , qui fut regardé par ses compatriotes comme le dominateur par excellence de Tophthalmo-blennorrhée régnante dansVarmée anglaise, faisait exciser la conjonctive quand il était nécessaire, et badigeoiier rintérieur des paupières avec une pommade dont un de ses parens m'a communiqué la formule, que voici :
^ Nitrate d'argent fondu pulvérisé, Bleu de Prusse, aa20 grains.
Axonge, 1 gros.
Bîacks-drops , 20 gouttes.
Faites s. a. une pommade.
M. Liltell , de Maryland , croit que pour prévenir les
granulations on doit employer le collyre suivant :
^ Acide acétique , 2 gros.
Eau de fontaine , 1/2 once.
Sur-acétate de plomb , 1 scrupule.
Teinture d'opium, 1 gros.
Mêlez.
Vasani, dans l'épidémie d'Ancône, retira de très-grands avantages d'un collyre contenant jusqu'à douze grains par once d'eau de tartre siibié, et prouva, par les succès de cette médication, que les plus grands hommes ne sont pas exempts de préventions , puisque le professeur Scarpa n'avait parlé d'application du tartre stibié au traitement local des maladies oculaires, que comme un ridicule jeté par lui à la doctrine de Rasori, dont il fut un des plus ardens adversires.
Évacuation de V humeur aqueuse. Nous avons vu que non seulement dans l'ophthalmie égyptienne , mais encore dans rophthalmie catarrl aie au troisième degré , connue
sous le nom de blennorrhagique, l'œil était tellement gonflé qu'il éclatait, et que le soulagement était instantané. Je me suis demandé si l'on ne pourrait pas empêcher le rhexis de l'œil , en évacuant l'humeur aqueuse, puisque Wardrop avait employé ce moyen avec avantage pour les ophthalmies avec hypersécrétion de cette humeur. Je n'ai point opposé ce moyen au rhexis de l'œil , suite d'ophthalmie égyptienne, mais bien à celle dite gonorrhéique, et j'ai ainsi sauvé des yeux prêts à éclater. Si l'évacuation échoue, l'on n'a rien perdu , car l'éclatement du bulbe était imminent. (Voir l'article Éi^acualion de Chumeur aqueuse,)
Dans rOrient les indigènes exercent sur les yeux une compression au moyen de plusieurs compresses de colon fortement assujéties avec des liens ; ils laissent cet appareil en place pendant huit jours sans le toucher; pendant tout ce îenips ils gardent le lit en cherchant à activer les fonctions de la peau, mais encore en faisant usage de boissons diaphorétiques. Lorsque les huit jours sont expirés, ils emploient des poudres astringentes , et des collyres de même nature , ce qui en général réussit fort bien. Dans l'épidémie de la maison de refuge , M. Piorry s'est trouvé très-bien de la compression qu'il a employée un grand nombre de fois.
Dans les épidémies d'Europe , on s'est toujours très-bien trouvé de l'usage des diaphorétiques ; la poudre de Dower à haute dose, l'acétate d'ammoniaque réussissent très-bien , l'opium à doses assez élevées , réussit aussi à provoquer des transpirations abondantes. Lorsque les médicamens généraux et locaux ne parviennent pas à dissiper promptement le chémosis, il faut l'exciser afin! d'empêcher les phénomènes d'étranglement. M. Vetch (1) recommande uussî, lorsque la maladie est peu avancée, d'instiller entre les paupières quelques gouttes de sous-acétate liquide de plomb pur, prescription renouvelée plus lard par M. de Walther , qui ignorait sans doute les expériences antérieures
(1) Vetch, ouvr. cité, p. 204.
du chirurgien anglais. Ce sel diminue les sécrétions , affaiblit l'inflammation, et il n'a jamais produit aucun effet nuisible. Ce même chirurgien compte aussi beaucoup sur une infusion de tabac composée avec deux gros de feuilles par huit onces d'eau; ce topique s'applique pendant la nuit ; il a le triple effet d'agir, comme astringent en suspendant l'écoulement , comme résolutif en faisant disparaître l'œdème des paupières , enfin comme narcotique en calmant les douleurs, et en rappelant un peu de sommeil , alors même que des doses considérables d'opium avaient échoué (1).
Quant aux symptômes locaux , tels que l'ulcération , le prolapsus de l'iris , on les traitera par les moyens que nous indiquerons plus tard.
Lorsque la maladie est passée à l'état chronique , on retire de très-grands avantages des instillations du vin d'opium , et souvent même de la teinture thébaïque. A cette époque, Assalini, recommandait l'application de vésicatoires sur les paupières ; c'est un moyen qui dissipe trèsbien les granulations. M. Velpeau ignorait sans doute cette particularité de la pratique du Nestor de la chirurgie militaire moderne , lorsqu'il proposa ce moyen comme nouveau.
TRAITEMENT DES GRANUXiATIONS.
Comme nous l'avons dit plus haut , les granulations ne sont point un symptôme pathognomonique de rophlhalmie égyptienne , et de celle connue vulgairement sous le nom d'ophihalmie des armées ; elles sont susceptibles de se développer à la suite de toutes les ophlhalmies catarrhopurulentes, quelles que soient leur nature et leur origine. On aurait tort de croire aussi qu'elles soient une découverte nouvelle, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant Tou-
(1) Velch, ouv. cité, p. 206.
Yrage de Reid , imprimé en i 706. Dans Toplubalmie qui sévit sur les orphelins du choléra rassemblés dans la maison de refuge , presque tous furent atteints de granulations en tout identiques avec celles que j'ai observées ea Itahe et en Belgique. Il y a aussi identité de forme avec celles que j'ai vues à Thospice des Enfans-Trouvés et àThôpîial des Enfans , dit de l'Enfant- Jésus , où l'ophthalmie purulente est presque toujours endémique.
Les granulations de la conjonctive peuvent affecter dif* férentes formes ; tantôt elles sont discrètes et isolées , tantôt au contraire elles sont confluentes et agglomérées» Dans leur début, elles sont molles; à mesure qu'elles deviennent anciennes , elles durcissent et peuvent frotter la conjonctive, l'user, la dépolir, agissantainsi avec une double âciion irritante mécanique. Le mouvement des paupières les iiiettant continuellement en contact avec le globe de Toail» produisant des symptômes analogues à ceux causeTpar la présence des corps étrangers. C'est ainsi que se produit une irritation constante qui occasione le pannus de la cornée , plus connu sous le nom d'état vasculaire de la cornée , si bien décrit par Vetch. Cette maladie a été fort souvent observée en Angleterre ; on peut s'en convaincre en lisant les ouvrages d'ophthalmologie publiés dans co pays, surtout ceux de Mackensie et de Middlemore (1) ; ce dernier s'exprime en ces termes :
a Si la conjonctive paîpébrale (tom. 1", pag. 121, chapitre de VOphthalmie purulente) devient rugueuse et granuleuse, le frottement de ce corps irrégulier sur la inembraae qui couvre la cornée, produit une grande irritation. L'eiFet de l'irritation prolongée sur la structure délicate donne naissance à une inflammation chronique, qui entraîne (généralement répaississement, l'opacité et la vascularité de son tissu. La partie devient enflammée par l'irritation
(1) MiiUUcmore, On the diseases ofthe Eye, tora. 1, p. 121.
continue , et Tinflammaiion oecasione des dépôts de matière opaque semblable à de la lymphe. Cette lymphe s'organise; les vaisseaux qui l'organisent restent, et de là, Tépaississement, la vascuiarité et la surface cornéale, etc. »
Les granulations ont encore un autre inconvénient , c'est d'entretenir un écoulement puriforme qui empêche la guérison complète de la maladie , de laisser un foyer qui se rallume sous la moindre influence , et , qui de cette manière rend Tophthalmie purulente interminable. C'est ce qui a fait considérer avec juste raison les individus atteints de granulations, non seulement comme impropres au service militaire, mais encore comme dangereux pour les masses , en ce qu'ils peuvent devenir immédiatement la cause et la source d'une nouvelle épidémie. C'est en raison de ces divers inconvéniens, que l'on a considéré comme non guéris tous les individus atteints de granulations et que l'on a fait tant d'efforts pour détruire cette terminaison de l'ophthalmie purulente.
Trois méthodes principales ont été surtout fort vantées, la méthode par les escharoliques , l'excision et la compression. Vetch, qui avait vu un si grand nombre de granulations , est un grand partisan de la méthode escharotique , dont il fait du reste les honneurs à Saint- Yves. Comme escharotique, M. Vetch préfère le sulfate de cuivre et le nitrate d'argent taillé en forme de crayon. Il recommande de les promener avec légèreté , non point pour produire des eschares , mais pour amener un changement graduel dans l'état de la conjonctive malade. Il faut pratiquer tous les jours les attoucliemens , et pendant tout le temps que la pyorrhée continue , M. Vetch recommande d'accélérer l'action des caustiques en instillant soir et matin , entre les paupières, une goutte de sous-acétate de plomb liquide pur.
Lorsque ces moyens sont insuffîsans, M. Vetch les remplace par une médication plus active. Il applique sur
— estes surfaces granuleuses indurées du vert de gris en poudre très-fine et employé avec un pinceau de poil de chameau; dans d'autres cas il administre l'alun calciné; enfin, dans les cas les plus rebelles, il passe rapidement sur les granulations un petit cylindre de potasse caustique, en recommandant surtout de déterger préalablement, les paupières avec des injections convenables (1). M. Lloyd s'est montré grand partisan du nitrate d'argent employé en dissolution irès-active (2).
L'étude et le traitement des granulations a beaucoup occupé aussi les ophthalmologistes allemands : l'un des plus célèbres, le professeur D' Ammon de Dresde (3) ,a établi des rapprochemens fort ingénieux entre les granulations de la conjonctive et celles qui occasionent les rétrécissemens du canal de l'urètre. Voici de quelle manière il s'exprime à ce Sujet : « Je ne parlerai point ici, dit-il, des rapports sympathiques qui existent entre la conjonctive oculaire et la muqueuse urétrale dans leurs inflammations réciproques. Je ne veux parler ici que de la ressemblance qui existe entre l'état de la conjonctive palpébrale granulée, et les rétrécissemens du canal de l'urètre. J'ai beaucoup réfléchi à cette analogie, et il me semble que, par les résultats de cette comparaison, on peut arriver à terminer les discussions qui se sont élevées pour savoir si les rétrécissemens sont de nature granuleuse ou spasmodique. Pendant la vie , la conjonctive granulée est dans un état de turgescence assez prononcé. Après la mort, les granulations disparaissent, et Ton ne peut découvrir, même à l'aide d'un fort microscope qae des petits vaisseaux isolés n'ayant aucune liaison entre ^ux (4). »
(i) M. Veclh, onvi'. cité, p. 73.
(2) Lloyd, 0?i scrofula, p. 328.
(3) D'Amnion, Journal ci lé, toni. 1.
t (4) Je suis fâché de contredire M. D'Ammon; mais, avec un simple ^l'ossissemeat de 73 fois, j'ai retiouYé les granulations avec les mêmes
M. D*Ammon a traité" un'' grand nombre de rétrécissemens , non seulement par l'usage des bougies , mais encore par un traitement^ interne, dans lequel entraient en première ligne le raisin d'ours , le carbonate de soude , le polygala senega, auquel M. D'Ammon attribue une grande venu et dont j'ai signalé depuis lui les avantages (1) ; il ^associait aussi au polygala , le poivre cubèbe et la ciguë. C'est toujours en procédant par analogie entre les deux muqueuses, qu'il propose de guérir les granulations de la conjonctive. Il engage donc ses confrères à tenter ces moyens ; il déclare avoir obtenu des résultats fort extraordinaires sur les granulations, en employant concurremment intûs et extûs en application l'eau oxi-muriatique. C'est aussi en procédant par l'analogie qui existe entre les granulations de la conjonctive et celles que l'on rencontre au fond de certains ulcères atoniques , sur lesquels l'usage interne de Topium influe tellement, que j'ai pensé combattre les granulations par l'usage interne et externe de l'opium. J'en fais prendre un grain d'extrait par jour , et soir et matin je touche les granulations avec un pinceau imbibé de teinture acétique d'opium (blacks drops). Ricther a guéri de cette manière un grand nombre d'ulcères, et j'engage ceux qui veulent employer ce moyen , à lire un mémoire fort intéressant de M. Skey , et dont ils trouveront du reste un extrait fort bien fait dans le dernier ouvrage de M. Mayor de Lausanne (2).
C'est après avoir essayé toutes ces méthodes et les avoir trouvées ientes et incertaines, que M. Guthrie a proposé l'usage de l'acide sulfurique pur, en l'employant avec les précautions que nous avons indiquées ailleurs en parlant des granulations des paupières. M. Lawrence est aussi un
caractères que leur assigne M. ïblé , et parfaitement analogues à -celles trouvées sur la muqueuse bronchique par MM. Nonat et Serres.
(l)Carron du Yillards, Annuaire médico-chirurgical , 1832.
(2) Mayor, ou\r. cité, p .338»
-f»rand partisan des caustiques , ainsi que le rapporte Samuel Cooper (1) , et qu il Ta déclaré ensuite lui-même dans ses ouvragées. C'est aussi la méthode que nous préférons parce qu'elle nous a fourni les résultats les plus avantageux.
L'excision agit plus rapidement , elle produit des résultats plus positifs; mais, quand on suit les malades de près , il est bien facile de se convaincre que ces résultats sont illusoires. Cette méthode du reste est loin d'être neuve; déjà Rhazès l'employait contre celte maladie en lui associant les caustiques; en 1706, Reid, célèbre ophthalmologiste anglais, avait prouvé que le meilleur moyen de guérir les granulations consistait à les exciser avec une lancette et à cautériser leurs places avec un crayon de nitrate d'argent très-pointu. Saunders fut un grand partisan de l'excision qu'il pratiquait en renversant la paupière et en la tondant avec des ciseaux courbés sur leur plat. M. Vetch n'employa aussi ce moyen que pendant quelque temps, parce qu'il avait observé que les granulations excisées avaient une grande tendance à se reproduire, lors même que l'on avait pratiqué vingt ou trente fois l'excision sur le même individu. Plus tard, sir William Adams préconisa l'excision de la conjonctive malade comme le meilleur moyen de terminer rophthalmie égyptienne ; mais il lui associa l'usage d'une pommade qu'il tint long-temps secrète , et qui lui valut du gouvernement anglais une énorme gratification, et dont j'ai donné la formule.
M. Lutens jeune vient de préconiser de nouveau cette méthode, et, pour tâcher de la faire prévaloir, il a cherché à établir une distinction à laquelle il paraît attacher une grande importance , et qui trouve son application dans le traitement. C'est celle-ci: les granulations existent avec ou sans hypertrophie de la muqueuse qui leur sert de
(d) Samuel Cooper, Dictionn, cité.
Jbase : dans le premier cas , Texcision doit comprendre la membrane et les végétations à la fois , tandis que dans le second la conjonctive doit être respectée.
Le boursoufflement conjonclival , en outre , peut exister sans granulations , et , dans ce cas , s'il ne cède pas aux applications répétées de sulfate de cuivre et des pommades résolutives, l'excision devient nécessaire. Voici comment l'auteur s'exprime relativement à la méthode qu'il veut réhabiliter :
« Si le sujet, dit-il , est affecté de boursoufflement chronique de la muqueuse, je soulève, au moyen d'une pince , la partie surabondante, et j'en pratique l'excision , en m 'écartant le moins possible du bord libre de la paupière, et en ménageant le repli oculo-palpébral. Pendant ia cicatrisation , les deux lèvres de la plaie se rapprochent, et la guérison a lieu sans brides.
» Si le repli lui-même est malade, il convient de l'exciser seul, alors qu'on présume que le boursoufflement muqueux qui accompagne son état d'engorgement est susceptible de pouvoir se dissiper après cette opération.
« Si le boursoufflement muqueux est compliqué de granulations, la maladie doit être attaquée par l'excision, de même qu'il faut exciser le repli dans le cas où il présente la même disposition.
» Enfin si, comme j'ai eu l'occasion d'en observer, la muqueuse palpébrale et le repli oculo-palpébral sont boursoufflés et granulés en même temps, l'excision doit être pratiquée sur les deux endroits malades^ au risque de voir naître une autre bride. »
Mais je tiens de M. Gunier, qui a fait une étude toute spéciale de l'ophthalmie belge, que l'excision n'a pas produit tout le résultat que l'on veut bien dire. Cette assertion confirmerait du reste ce que j'ai vu moi-même sur les individus que j'avais soumis à l'excision de la conjonctive, c'est-à-dire ce qu'avait déjà observé M. Yetch, savoir :
« qu'il se forme une nouvelle surface luisante bien moins «capable de guérison que Taffection primitive, et qui, lors »même qu'elle guérit, ne prend pas Tapparence naturelle » d'une conjonctive saine, mais bien celle d'une surface ci- »>catrisée qui n'est point suivie du retour de la transpa- »rence de la cornée. >» (1)