QUELQUES MOTS SUR X.'OFHTHALMI£ BELGE
D'après tout ce qui précède. Ton voit que je considère Tophlbalmie de l'armée belge comme tout-à-fait identique avec celle qui a attaqué les armées française , anglaise, allemande , russe et napolitaine , avec celle qui règne encore dans l'armée russe du Caucase et dans les colonies militaires russes de la Crimée (2).
(1) Vetch, ouvrage cité', p. 72.
. (2) A M. Florent Cunier, médecin militaire belge.
Vous me demandez mon opinion, mon cher confrère, sur les moyens de détruire l'ophthalmie qui règne dans Farmée beige. Je vous sais gré de cette demande , non que je prétende avoir beaucoup de choses nouvelles à dire , mais parce que je trouve ici l'occasion d'exprimer ma pensée tout entière , avec d'autant plus de franchise que je ne suis pas Belge et que mon nom n'a jamais figuré dans les nombreuses polémiques auxquelles a donné lieu cette maladie, et que je n'ai jamais , comme vous le savez fort bien , spéculé sur mon nom ou sur ma spécialité pour !;faire retentir les journaux politiques de mes visites officielles ou de mes pérégrinations scientifiques in Bel" giavi,
Tout d'abord , en forme de profession de foi , je dois vous déclarer que j'ai remarqué identité de symptômes entre l'ophthalmie de l'armée belge et celle que j'ai observée à Livourne, à Porto-Ferrajo, à Malle, à Trieste , à Milan et à Pavie , soit que je la suivisse isolément ou épidémiquemenl sur des Italiens , des Albanais , des Anglais ou des Allemands ; elle variait seulement d'intensité quand elle sévissait épidémiquement dans les corps et les hôpitaux où elle existait continuellement : je m'explique ; par le mot épidémiquement , j'entends
— rs —
Les causes qui entretiennent cette ophthalmie et la produisent, sont encore les mêmes que dans les armées susla recrudescence accidentelle ou acquise d'une affection qui n'avait pas cessé de régner. Les ophthalniies que j'ai vues en Belgique en 4822 , sont les mêmes que celles qui y régnent aujourd'hui et que j'ai -examinées depuis peu.
J'ai lu avec soin la plupart des livres publiés en Belgique et en Allemagne, et, à travers une polémique parfois acerbe et remplie de personnalités , j'ai toujours vu dans tous les médecins belges le désir le plus vif de délivrer leur pays de ce fléau. C'est la certitude que j'ai de ce désir, comme aussi de leur empressement à abandonner une opinion qu'on leur démontrerait fausse, qui m'a surtout engagé à vous exprimer mes convictions sur les moyens de parvenir au but qu'ils se proposent. Les médecins belges sont trop glorieux de leur nationalité, pour que je puisse craindre que les mesures que je voudrais voir mettre en usage puissent être une pomme de discorde; les voici :
1° Assigner à celui qui aura guéri le plus de malades dans des conditions égales, et publier les travaux les plus remarquables sur l'ophthalmie, la direction générale du traitement des oplithalmies; ce médecin spécial ne dépendra que du conseil supérieur de santé ; il sera nommé par un jury composé de chirurgiens militaires et civils, par parties égales.
2'^ Ériger un hôpital uniquement destiné à traiter les malades affectés d'ophlhalmies ; cet hôpital sera régi par un règlement spécial ; l'on assignera à son entrelien une somme par individu , assez forte pour que le médecin ne doive reculer devant aucune prescription.
B^ Imposer à chaque chirurgien militaire l'obligation d'envoyer à l'hôpital tous les soldats chez lesquels débute la maladie.
4° Que cet hôpital ait non seulement un bain d'étuves , vaporarium humide, comme celui de S. -Louis , mais encore une étuve à désinfecter tous les effets ayant servi aux ophthalmistes.
5° Le chirurgien en chef devra être en correspondance directe avec le ministre, pour lui éviter les formalités déplorables de la bureaucratie ou de la filière hiérarchique employées ordinairement.
6° Quand l'ophlhalmie se déclare dans un lieu éloigné de l'hôpital ophlhalmique , ophthahnotrophium , y envoyer immédiatement l'inspecteur; faire camper le corps dans un pays sain et abrité des vents, plutôt que de le tenir dans les casernes, où il y a encombrement et par conséquent viciation de l'air.
?<> Établir au camp des barraques pour les infirmeries , les faire
mentionnées , et en compulsant les derniers écrits , sur €ette affection, je n'ai pas tardé à me convaincre que les opinions des compressionnistes perdent tons les jours de leur valeur : ainsi que celles qui attribuent la maladie à différens a(îens employés, soit pour fourbir les instrumens, soit pour préparer la buffleterieu, La compression
nombreuses , afin que les malades ne soient pas rassemblés et ne forment point des fovers. -«^l ^^^* •»""'' " '
S"^ Distribuer aux soldais de petiïes doses d'acide citrique pouf faire de l'eau froide acidulée , avec laquelle ils seront obligés de se laver les yeux plusieurs fois par jour. j^ 9** Ne renvoyer au corps que les hommes bien guéris.
iO^ Enfin , faire changer de province aux régimens qui ont le plus souffert dans une localité.
Ne croyez pas, mon cher confrère, qu'en demandant la création d'une espèce de dictature ophthalmologique, je veuille en faire la part d'un ami , ou faire désirer un étranger. Non , je ne connais particulièrement aucun médecin belge que je voulusse voir préféré; non, je ne voudrais pas que l'on prît un étranger, les belges ont assez d'hommes instruits dans leur armée. Demander un étranger pour qu'il dise avant , pendant ou après son inspection que Varmée helga est 7nal tenue ; que les officiers n'inspectent pas les casernes ; que celles-ci n'ont pas de poêle en été ; que les soldats belges sont plus adonnés à Vintempérance que les Prussiens !!! L'étranger vous dira même que vous n'entendez rien aux maladies des yeux et que nul n'aura le sens commun en ophthalmologie , si le plus pur sang bohémien ou juif ne coule dans ses veines. L'Anglais qui s'enfuit de Calais après s'être querellé avec son hôtesse et qui déclare que toutes les françaises sont rousses et méchantes , n'est pas plus extraordinaire que ceux qui arrivent en poste de l'autre côté du Rhin, pour faire une promenade ophthalmologique et inscrire sur leur journal touriste toutes les belles choses que vous avez lues aussi bien que moi et que souvent vous avez relevées dans vos écrits. Je m'étonne que l'on n'ait pas proposé la schlague comme une révulsion prussienne fort active et fort avantageuse.
Ne croyez pas non plus , et vos collègues avec vous , qu'en proposant les 40 paragraphes ci-dessus , je veuille me mettre en évidence. Ces dix paragraphes , vous les trouverez à peu près tels dans l'ordonnance du minisire de la guerre de l'ancien royaume d'Italie en date
du collet de Thabit peut bien influer sur la prédisposition à rophthalmie en comprimant les vaisseaux sanguins du cou, en gênant le relour du sang vers les centres circulatoires et en laissant le cerveau et les yeux dans un état de congestion très-apparente. Mais l'armée belge n'est pas la seule qui porte le col de l'habit très-serré j plusieurs ré-
du 42 décembre 1812. Lors de l'épidémie d'Ancône on assigna pour hôpilal l'ex-couvent des Zocolanti , sous la dictature du professeur Bima ; on accorda 200,000 francs pour les fiais, puis l'on forma un hôpital de convalescence aux Capucins {convento deyli Capucini).
On suivit la même marche pour l'épidémie qui éclata en Sicile en 4824-26 dans l'armée autrichienne et parmi les troupes siciliennes. Le professeur Quadri de Naples, investi d'un pouvoir très-étendu, resta quatre mois en Sicile; les malades furent placés dans un hôpital spécial et créé ad hoc , nommé la Zisa. Au départ de Quadri , mon illustre ami Portai hérita et du dictatoriat et de l'hôpital. L'ophthalmie était vaincue; mais, pour assurer sa disparition, le ministre, sur le rapport du général Campurra, décréta que: f^lf!^'|^
1" L'hôpital de la Zisa serait conservé avec tous ses règlemens sanitaires et administratifs;
2o Que l'on ne renverrait aux régiraens que les hommes complètement guéris et avec des vêtemens désinfectés ;
S'' Suspendre l'entrée des recrus • dans les compagnies malades qui furent isolées ;
A» Fumiger et désinfecter les vêtemens et appartemens ; 5° Ne pas employer à un service fatigant la partie saine du régiment, afin de ne pas accroître les prédispositions à la maladie.
Quand les malades arrivaient à l'infirmerie , le professeur Portai leur faisait laver les mains et les yeux avec de l'eau vinaigrée. Le D» Farrell employait avec succès l'eau et le jus de citron pendant le séjour des troTipes anglaises de Sicile ( 1806 ) à Malte ( 1811 ).
En Bt îgique, où il y a tant d'argent , où Ton comprend si hien la force et la valeur des associations , que les hommes de bien se lèvent, se groupent ; que l'on ouvre une souscription , si le ministre de la guerre se refuse à faire les frais, ou si les chambres refusent des fonds, et elles sont trop éclairées pour cela. N'y a-t-il pas dans la Belgique des localités convenables ? quelques Capucinières évacuées ? meUez y ▼os malades; envoyez les convalescens dans des établissemens semblables, etc.
{jimens anglais , le plus grand nombre des régimens piémontais, portent un col aussi étroit que dans Tarmée belge. Plusieurs régimens même de Tarmée piémontaise portent en outre une cravate en cuir verni qui comprime bien autrement le cou, et cependant, excepté quelques ophthalmies .calarrhal es légères, qui ont sévi épidémiquement dans l'armée et qui cédèrent promptement à un traité convenable , cette armée ne fut jamais en proie aux accidens qui désolent l'armée belge.
Les régimens albanais au service de T Angleterre (1812 et 1813) ont le cou complètement nu et exempt de toute compression , ce qui ne les préserva pas de Fophihalmie. Les régimens musulmans au service de la Russie offrent les mêmes conditions dans leurs vêtemens, ils ont été aussi maltraités que les régimens russes; enfin les malheureux nègres du navire le Rôdeur^ et ceux du Négrier la Mj-stérieuse n'avaient ni col, ni collet, ni habit, et cependant Ton connaît l'horrible histoire de ces vaisseaux. Il en est de même des substances employées pour fourbir les armes et pour blanchir les buffleteries. La plupart des armées]européennes emploient sans danger les mêmes substances , et ceux même qui les fabriquent ne sont nullement sujets à Tophthalmie.
Si la doctrine de la compression perd chaque jour de sa valeur, celle de la contagion, au contraire, se fortifie. On commence par reconnaître que la maladie se transmet par contact : que l'accumulation des malades dans le même lieu forme des foyers miasmatiques, et que Finfeclion joue un grand rôle (1).
On ne considère comme guéris , que ceux dont la conjonctive n'a point subi de métamorphose , et Ton considère celle-ci comme un foyer d'où peut repartir unenou-
(1) Cimier, Do la transmission de l'ophthalmie d'individu à indi' vidu ^Bulletin médical bel je , 1. 1, iS34.)
vélle inflammation. On suit l'exemple des gouvernemens napolitain et russe , qui ont établi des hôpitaux spéciaux de traiiemens, et d'autres de convalescence, dont les heureux résultats ont été constatés non seulement à Palerme par mon ami le professeur Portai , mais encore à Ancône par le professeur Rima ; enfin en Crimée , où l'on a reconnu que le meilleur moyen d'obtenir et d'assurer de? convalescences est de faire quitter une) plaine aride et un sol réfractaire aux colons militaires , pour les diriger vers les montagnes où ils habitent dans des tentes ou des barraques salubres et bien aérées.
Le temps est un grand maître ; espérons que Texpérience, en s'appuyant sur lui, finira par mettre tous les médecins belges d'accord sur les moyens de détruire complètement l'ophthalmie, comme ils sont unanimes dans leurs désirs et leurs efforts pour y parvenir, ;,
OFHTHALMIE MIASMATIQUE.
L'ophthalmie miasmatique appartient au cadre des ophthalmies catarrhales. On lui a donné ce nom parce qu'elle se développe chez les individus exposés à des miasmes qui manifestent sur les muqueuses des phénomènes morbides , dont la persistance amène des transformations dans ces membranes et qui ont une grande analogie avec ceux qui résultent de l'ophthalmie égyptienne et de ses congénères.
Ces ophthalmies se déclarent aussi chez les individus renfermés en grand nombre dans des localités où l'air n'est pas suffisamment renouvelé et où les émanations animales provenant des corps vivans , ne tardent pas à se transformer en agens délétères, qui agissent promptement sur la muqueuse oculaire. C'est de cette manière que ces maladies se sont développées plusieurs fois sur les pontons anglais , encombrés de nos malheureux concitoyens; C'est ainsi qu'elle éclate à bord des navires qui se livrent
à l'infâme trafic de la traite des noirs. En effet, quand trois ou quatre cents hommes de couleur sont enfermés dans Fentre-pont d'un navire , ils n'ont que la place nécessaire pour se coucher, et un cubage d'air à peine suffisant pour respirer sans être ^asphyxiés ; et comme on ne les sort que par escouade et à des intervalles assez éloignés, un grand nombre sont forcés de satisfaire à leurs besoins dans le lieu même où ils sont enchaînés ; et , malgré les précautions que Ton prend de nettoyer Tentre-pont plusieurs fois par jour, il s'y exhale des miasmes animaux tellement actifs que lorsqu'on y pénètre , on éprouve aux yeux un picotement analogue à celui que l'on ressent lorsqu'on entre dans une fosse d'aisance ou dans un charnier , où il existe une grande quantité de matières animales en putréfaction. Aussi la plupart de ces malheureux esclaves ont-ils les yeux rouges et larmoyans , et pour peu qu'ils subissent l'influence des variations atmosphériques ou celle d'une mauvaise nourriture, Tophthalmie catarrho-purulente se déclare et avec elle tout l'ensemble des symptômes qui caractérissent l'ophibalmie égyptienne.
C'est de cette manière aussi que se manifestent les ophthaîmies tellement fréquentes dans certaines professions qu'on les croyait inhérentes avec elles. C'est ainsi qu'autrefois les fabricans de poudrette étaient fort sujets à l'ophthalmie produite par la vapeur de la substance qu'ils manipulaient. C'est de la même manière et sous l'influence de causes analogues, que cette maladie se développe sur les individus employés à nettoyer les égouts.
Ophthalmiedeségouttiers. En 1826 , la commission chargée de faire exécuter le curage des grands égouts de Paris, observa que l'ophthalmie était très-commune chez les égouttiers;^que tantôt elle était déterminée par Faction directe de la boue des égouts, tantôt par l'impression des gaz échappés de cette substance lorsqu'on la remuait et qu'on la transportait.
M. le docteur Furnari (1) qui s'est occupé avec beaucoup de soin de la recherche des maladies des yeux, selon les diverses professions, a <Mmsigné, dans le Dictionnaire de médecine usuelle, un article fort intéressant sur l'ophthalmie des égouttiers ; cette ophlhalmie , dit-il , survenait tout à coup sans qu'on pût la prévoir; son caractère était une cuisson excessive des deux yeux avec larmoiement très-abondant et fort souvent suivi d'une cécité instantanée presque complète ; il fallait alors faire sortir Fouvrier de l'égout, ce qui souvent était fort difficile, le mener jusqu'à l'endroit où l'on pouvait lui administrer les secours dont il avait besoin , ou le conduire chez lui. Examinant les yeux, on les trouvait injectés très-légèrement; on n'y voyait pas de vaisseaux , mais une teinte rosée répandue , tant sur la conjonctive oculaire que sur la palpébrale; l'éclat de la lumière augmentait la douleur et forçait le malade à tenir les yeux fermés : il existait aussi un besoin irrésistible d'y porter les doigts et d'y exercer» toujours des froltemens , ce qui faisait couler les larmes en très-grande abondance.
Quoique M. Furnari m'eût mis à même devoir un certain nombre d'égoutliers atteints d'ophthalmie , j'ai préféré lui emprunter la description de cette maladie, parce que^ sans contredit, il l'avait plus long-temps et plus souvent étudiée que moi. Cette affection des égouttiers est surtout fort remarquable par la promptitude avec laquelle elle se déclare et surtout par les phénomènes de photophobie dont elle est accompagnée.
Cette maladie, à elle seule, suffirait pour prouver l'exa-^ gération et la futilité de l'opinion de quelques confrères qui refusent de reconnaître que la congestion et l'inflimimation des membranes muqueuses seules suffisent pour
(-1) Furnari, Dictionnaire de médecine usuelle, article Êgouîhers tom. I", p, 561 et suiv.
provoquer l'intolérance !de la lumière , qu'ils ne veulent admettre qu'au moyen de Tinflammation des tissus scié-: reux. En effet, comment admettre la phlogose de ces tissus profonds et denses lorsque Texpérience a prouvé que 24 heures de repos, des lotions d'eau froide aiguisée avec de l'eau-de-vie ou du jus de citron, suffisaient pour rétablir les yeux dans leur.état ordinaire? M. Parent du Châtelet, dont tout le monde connaîtles opinions consciencieuses et les travaux remarquables, m'a confirmé tous ces faits, qu'il avait du reste consignés dans un mémoire présenté à ce sujet au conseil de salubrité. M. Chevallier, chargé à cette époque par le préfet de surveiller les travaux des égouts, ne tarda pas à se convaincre que les collyres adou-* cissans et émolliens ne faisaient que prolonger le mal ; tandis que les toniques et les astringens arrêtaient promptement la maladie. C'est pour cette raison que l'on avait préparé à portée des travaux, une ambulance où l'on conduisait l'ouvrier atteint d'ophthalmie ; il s'y lavait d'abord les yeux avec de l'eau fraîche , puis avec le collyre , qui était toujours préparé en quantité suffisante et à la portée de tous les travailleurs.
L'actionde ce moyen, disentMM.Furnari et Chevallier (1); est si puissante , que l'on a vu un grand nombre de fois ces hommes reprendre leurs travaux après une ou deuxheures d'interruption et de repos : ce qui était plus curieux, la rougeur, la cuisson ne reparaissaient pas lorsque l'ouvrier rentrait dans l'atmosphère qui avait occasioné cette indisposition; ce n'était qu'après deux, quatre, ou huit jours qu'il survenait une ophlhalmie semblable à la première.
Mais que Ton ne croie pas que les choses se passaient toujours ainsi ; [chez quelques individus la maladie se développa avec un grand degré d'intensité, surtout chez ceux qui n'eurent pas la précaution de se laver les yeux pour
(1) Chevallier et Furnari, ouvr. cité, lUd,
faire disparaître la vase ou le sable qui y était entré. La présence de ces corps étrangers détermina une douleur fort vive accompagnée de rougeur et de chémosis très-développée , suivie de fièvre et d'insomnie : il fallut recourir à un traitement antiphlogistique excessivement énergique* Chez Tun d'eux, le nommé Cognard^ on fut obligé non seulement d'appliquer un grand nombre de sangsues aux tempes, mais encore de pratiquer dix saignées, et encore celles-ci n'empéchèrent-elles pas la formation d'un hypopyon qui disparut heureusement , grâce à l'application de plusieurs sétons.
Presque tous les ouvriers ont été affectés de cette maladie sans que la température , les localités, l'ancienneté de la boue, Tâge^ le tempérament aient paru la modifier en aucune manière. Quelles que fussent la saison, la hauteur ou la largeur des voûtes, la maladie a toujours été la même, soit qu'elle attaquât les anciens ouvriers ou ceux qui débutaient dans le métier.
Ophthalniie des vidangeurs. Tout ce que nous venons de dire pour l'ophthalmie des égouttiers, se rattache pour la plupart des faits de production à celle des vidangeurs.
L'ophthalmie des vidangeurs était autrefois commune à Paris , au rapport de Halle ; maintenant elle l'est moins grâce aux moyens hygiéniques^ mis en usage pour le curage des fosses d'aisance : il en existe cependant assez pour que M. Sichel (1) eût pu en voir, s'il eût désiré; car les vidangeurs, familiarisés avec leur mal, ne recourent que rarement aux hommes de l'art. M. Sichel n'avait qu'à suivre mon exemple, c'est-à-dire se rendre dans les établissemens des vidangeurs, et aller les interroger comme nous le faisions le docteur Furnari et moi. Celui-ci, dont nous invo^ querons Tautorité toutes les fois qu'il s'agira d'affections oculaires inhérentes aux différentes professions , en des-
(i) Sichel; ouv. cité, p. 23S.
- SXcendant même dans les fosses d'aisance, n'a pas tardé à s'apercevoir combien cette maladie devait être fréquente ; a l'époque où l'on enlevait sans précaution des matières animales, rendues plus actives par la fermentation. A peine M. Furnari fut-il arrivé dans une fosse d'aisance même vidée depuis quelques jours, qu'il se sentit monter à la face une évaporation irritante dont l'action se faisait surtout sentir dans ses yeux ; il éprouva un sentiment d'irritation très- vif, accompagné d'un larmoiement fort abondant : sous l'influence de l'écoulement des larmes» l'irritation était un instant calmée , mais elle reparaissait de plus belle et accompagnée d'une sensation analogue à celle que provoque la présence des corps étrangers introduits entre le bulbe et les paupières.
Gomme dans l'ophthalmie des égouttiers, cette sensation est si tenace que l'on ne peut s'empêcher de frotter les yeux pour chercher à les débarrasser de l'hôte incommode que l'on y croit caché : ces symptômes durent encore deux heures au moins après que l'on est sorti de ce foyer méphytique. Aussi est-il facile de comprendre ce qui se passe dans la conjonctive des hommes qui par leurs occupations se trouvent journellement exposés à des gaz aussi irritans.
Les vidangeurs travaillant presque toujours la nuit , le système cutané ne fait pas très-bien ses fonctions ; ils voient décupler les causes qui tendent à développer chez eux l'état catarrhal, qui est l'essence de l'ophthalmie des vidangeurs et qui se manifeste sous diverses formes en raisaa de l'ancienneté et de la gravité de la maladie.
Les vidangeurs assignent eux-mêmes à leur maladie trois périodes bien distinctes; la première est celle d'invasion ou de début accompagné d'irritation et de larmoiement excessif etque pour cette raison ils nomment mitte humide: la seconde, qui se montre avec des phénomènes de pyorrhée accomplissant ses diverses phases , est connue sous le nom de
mitte grasse : la troisième enfin est la mitte indolente ^ c'està-dire amenée par le temps et par la chronicité à un état tel^qu'ilnya plus de larmoiment et de douleur, très-peu de sécrétion muqueuse , mais par contre une métamorphose en un état granulé , semblable à celui que l'on a considéré à tort comme une forme typique de Tophthalmie catarhale des armées.
Toutes les fois qu'un vidangeur n'a point eu sa conjonctive ainsi transformée , la maladie disparaît d'elle-même lorsqu'il interrompt son travail , ou lorsqu'il embrasse une autre profession. Les vidangeurs savent si bien que cette maladie est inhérente à leurs occupations qu'ils s'abstiennent de recourir aux soins de la médecine, à moins que la maladie ne fasse des progrès; voilà sans doute pourquoi les malades ne sont point venus chercher M. Sichel, tandis que M. Furnari et moi nous allions les visiter.
Ceux qui sont atteints de ce|te maladie , portent le nom de mitteux. « Désagréable , incommode, dit le docteur Furnari (i)\ la mitte a cela au moins de favorable , qu'elle ne fait pas perdre la vue, à moins que quelque circonstance fortuite ne vienne aggraver la maladie ; cela paraît d'autant plus extraordinaire , que les vidangeurs ne sont pas des modèles de sobriété , et qu'ils aiment à alcooliser les miasmes.» Quant au traitement, il est absolument le même que pour les ophthalmies des égouttiers , les astringens seuls réussissent.
ofhthaz.mî3e:s xixanthématîquzs.
On donne ce nom aux inflammations de la conjonctive qui se développent quelquefois sous l'influence des fièvres exanthématiques; mais il n'est pas rationnel de vouloir en faire une classe à part; car elles ne sont positivement
(1) Furnari, Lettre à M. Florent Cnnier, sur la Mitte, ou OnJi^ thalmie méphijtique des vidamjeurs.
qu'une aiFectioii secondaire et sympaibique de linflammation de la peau : on a donc affaire ici à une simple affection catarrhale de l'œil qui peut accomplir diverses périodes. Depuis l'éruption vaccinale , jusqu'à la variolique , les symptômes sont identiques, pour les conjonctivites consécutives , à la roug^eole, à la scarlatine , aux miliaires ^ au pemphygus, et je mets au défi le premier venu de différencier ces diverses ophthalmies , si on lui laisse ignorer d'avance la nature de l'éruption cutanée. Comment en serait-il autrement , puisque toutes les conjonctivites consécutives aux exanthèmes débutent par une légère irrita-tion de l'organe, par un sentiment de prurit et de chaleur très-incommode ; toutes ont une injection identique, qui ne varie que par l'intensité, l'étendue et la coloration; toutes enfin sont accompagnées de larmoiement, au point que FeS' adversaires mêmes de l'inoculation du vaccin se sont emparés de la fréquence de ce symptôme dans la fièvre éruptive vaccinale , pour l'accuser de provoquer un épiphora nuisible (1). Toutes, enfin, sont accompagnées de sécrétions muqueuses plus ou moins abondantes , de symptômes de pholopbobie qui se coordonnent presque toujours avec les symplôjies iailammatoires.
L'oplithalmie varioleuse est une des complications qui accompagnent les éruptions de la petite-vérole ; mais elle n'est point constante. La maladie, lorsqu'elle se porte aux yeux, débute par une conjonctivite catarrhale légère, accompagnée de larmoiement, de sensation de corps étranger entre les paupières : il existe en môme temps des phénomènes de coryza, de bronchite ou d'amygdalite; la cou-
(1) CaiTon vcve, Mémoire sur la vaccine, nyant oLieiui le grand prixde vacdneenl8J2. ;
leur de la conjonctive, et l'injection des vaisseaux , ne varient en rien la conjonctivite catarrhale ordinaire ; seulement l'on voit paraître çà et là , en divers points de la conjonctive et de la cornée, quelques peiites pustules nacrées, hyalines, à peine grosses comme la moitié d'un grain «le millet, L'éruption est discrète ou confluente : si on abandonne les pustules à elles-mêmes , elles grossissent , se remplissent d'un liquide quise comporte exactement comme celui des pustules de la peau. Or, si Ton a étudié l'action d'une seule pustule variolique sur la peau , on peut appré* cier à la première vue toute la conséquence et les ravage» qu'occasionera un petit bouton de pelile-vérole sur l'œil. Les boutons de la conjonctive et de la cornée diffèrent seulement de ceux de la peau, en ce que leur période d'exsiccation est remplacée par la forme ulcéreuse, en raison du lissu sur lequel les boutons sont placés. L'ulcération sera d'autant plus étendue, que la conjonctive aura été plus longtemps à se crever, et à donner passage à l'humeur renfermée dans la pustule.
Il n'est pas rare de voir la cornée traversée de part en part par cette ulcération, qui évacue les humeurs de l'œil et produit même des procidences de l'iris.
L'ophihalmie variohque reconnaît pour cause unique l'infection immédiate ou miasmatique de la petite-vérole. Son pronostic est toujours très-grave ; et il le sera d'autant plus, que l'on aura réclamé plus tard les conseils et les soins d'un chirurgien : heureusement cette maladie devient chaxjue jour plus rare, grâce à l'inoculation du vaccin. S'il est encore des médecins assez rétrogrades pour nier les xivantages de la vaccine, je les engage à lire avec soin les tables statistiques faites en Angleterre, en Allemagne, en Hussie , en Italie et en Prusse , sur les aveugles et les causes de la cécité. Ils verront qu'avant l'importante découverte de Jenner, sur cent cas de cécité , trente-cinq reconnaissaient pour cause la variole , ses suites ou ses
conséquences. Aujourd'hui, au contraire, dans tous les pays où une stiipide ignorance , ou un coupable fanatisme ne font pas rejeter la découverte du philantrope anglais , la cécité produite par la Yariole se monte à peine de trois cas sur cent.
S il restait encore quelques doutes à ces hommes qui marchent au rebours de leur siècle, je leur dirais : Transportez-vous dans l'asile royal des Quinze-Vingts; visitez avec soin ces intéressans jeunes aveugles de la rue Saint- Victor, et vous ne tarderez-pas à acquérir la conviction pleine et entière de tout ce que je viens d'avancer.
La petite-vérole produit encore un grand nombre de cécités en Orient et en Egypte surtout. Mon ami Herbeert, jeune médecin allemand, mort dans les sables de la Nubie , victime de son zèle pour la science et de son amour pour l'humanité , m'écrivait : « La peste n'est rien : un des plus grands fléaux de l'Egypte est la petite-vérole ; partout je trouve et ses affreux stigmates et ses déplorables résultats'; jointe à l'ophlhalmie égyptienne , elle finira par aveugler la moitié de l'Egypte, ainsi que l'avait déjà constaté Volney, mon illustre devancier. »
Il n'y a rien d'exagéré dans cette appréciation , et tout médecin qui aura observé avec soin la brusqu e invasion de l'ophthalmie variolique, la promptitude de sa marche, son effrayante terminaison , sentira combien Herbeert était fondé dans ses conclusions. Aussi, pendant que la nfiédecine demeurait spectatrice impuissante d'une affection aussi grave, il était bien rare de voir un œil vigoureusement atteint, en revenir.
Il était réservé à la médecine moderne de trouver les moyens de faire avorter l'ophthalmie variolique , et de paralyser ainsi ses ravages. M. Serres, médecin en chef de la Pitié, en découvrant la méthode ectrotique, a rendu à l'humanité un service signalé , qui doit faire considérer le traitement abortif des pustules varioleuses comme une des
plus belles découvertes modernes : grâce à elle, j'ai sauvé tous les yeux varioles' toutes les fois que j'ai été consulté en temps utile. En effet, il ne s'agit que de surveiller avec soin les yeux des varioleux , pour arrêter immédiatement la marche de la maladie , et la faire avorter. Si du reste on ne veut point employer cette méthode comme générale pour le traitement abortif de l'éruption , on peut toujours, dans tous les cas, préserver l'œil et ses dépendances de l'infection. En raison de la localité sur laquelle on opère, il faut employer un procédé spécial de cautérisation , sur lequel je me suis déjà étendu, il y à quelques années, mais qui est trop important pour ne pas trouver de nouveau sa place ci-après.
Toutes les fois qu'après les symptômes généraux qui annoncent une fièvre éruptive, l'on reconnaît des boutons présumés varioliques , il faut se hâter de les cautériser : le médecin ne doit point se borner à une inspection fugace ; il doit au contraire apporter une attention toute particulière sur la conjonctive , et surtout sur les paupières : je dois entrer à cet égard dans quelques explications.
Bien que moins susceptibles d'être altérées par les pustules varioliques , les paupières en subissent assez souvent rinfluence ; celle-ci se manifeste surtout par un gonflement érysipélateux, qui a pour résultat inévitable d'augmenter considérablement le volume de ces voiles mobiles, et de mettre le médecin dans l'impossibilité de les écarter pour voir ce qui se passe au dessous : par le fait de cette seule circonstance, l'on per cl tout moyen d'investigation, et s'il se manifeste des pustules varioleuses sur l'œil , à coup sûr il deviendra impossible de leur appliquer la médication ectrotique destinée à la faire avorter. Alors , si la pustule se développe sur la cornée ou dans son pourtour, elle acquerra en peu de temps le volume d'une lentille : elle s'entourera d'un cercle inflammatoire énorme; le liquide hyalin qu'elle contenait dans son principe, deviendra trou-
ble, purulent, il creusera de toutes parts pour se faire jour, et lorsque cette terminaison aura lieu ^quatre-vingt-quinze fois sur cent la cornée aura été percée , Thumeur aqueuse évacuée, et sa sortie accompagnée de tous les accidens qui accompagnent ordinairement les lésions de celte nature. Si Toeil ne se vide pas , ne suppure pas même , il restera impropre à la vision ; trop heureux encore le malade s'il peut trouver plus tard , dans les moyens chirurgicaux , une faible , bien faible compensation à ses mallieurs. Combien de fois n'ai-je pas vu des accidens de cette nature, sans que les médecins ou les assistans les eussent même présumés ! les paupières tuméfiées fermaient complètement la fente palpébrale , et lorsque j'écartais forcément leurs bords libres, il sortait du pus en quantité , phénomène que Ton observe aussi souvent que dans l'ophihalmie des nouveau-nés. Il reste donc convenu que le médecin visitera plusieurs fois , dans la journée, Toeil et ses pourtours^ et qu'aussitôt qu'il observera une pustule variolique à son début , il s'empressera d'en ouvrir la pointe avec des ciseaux très-fins , et d'y appliquer l'extrémité d'un petit pinceau à miniature , imbibé de nitrate d'argent fondu : on arrive encore plus vite au même résultat, en se servant d'une petite aiguille cannelée en or, et chargée de caustique.
Quand il s'agit de réprimer un bouton de la conjonctive, surtout dans la région précornéenne, il faut agir avec une précaution extrême , afin de borner l'action de la cautérisation au seul point malade ; pour cette raison , il faut immédiatement injecter dans l'œil un peu d'eau tiède , et même du lait; afin de rendre cette double opération beaucoup plus prompte , je l'ai réduite à deux seuls temps , comme il suit :
On ajoute à une seringue d'Anel un petit fil d'argent , placé en forme de baïonnette : sur l'extrémité fibre de cet appendice l'on appose un petit pinceau à miniature
sursaturé de nitrate d'argent; d'un autre côté la seringue «st remplie de lait tiède , et on la saisit avec les deux premiers doigts de la main et le pouce , comme si on voulait faire une injection des points lacrymaux : d'une main on. écarte les paupières, et de l'autre Ton présente à la pustule la pointe du pinceau nitrate , et aussitôt que l'effet de cautérisation est produit , on pousse le piston et Ton projette sur la partie cautérisée un jet de liquide , qui non seulement entraîne les particules de l'agent chimique, non combinés avec les tissus, mais encore produit un effet calmant sur les parties cautérisées. Depuis long-temps je me sers de cet appareil , et M. le docteur Labat, à qui je l'ai communiqué il y a bien des années , n'a pas lardé à en reconnaître la bonté et l'efficacité.
Par le moyen que nous venons d'indiquer on arrête lou- |.ours les progrès] de l'oplithalmie varioleuse , en ce qui concerne la formation des pustules : les symptômes gênéraux et inflammatoires se traitent par les saignées générales et locales , selon l'intensité de la maladie et le tempérament des malades.
Malheureusement le praticien n'est pas toujours appelé à temps, et souvent, à peine est-il en présence du malade, qu'il apprécie du premier coup d'oeil , et le danger de sa position^ et l'insuffisance des moyens pour le combattre. Dans ces cas-là il faut se borner à empêcher que le malade ne perde complètement les yeu:î; et pour cela il faut souvent écarter les paupières avec soin : pour faire écouler le pus , l'on injecte entre les paupières de la liqueur styplique de Bathe ou de la solution de nitrate d'argent.
Ces injections astringentes et détcrsives diminuent immédiatement la sécrétion purulente, et bornent presque toujours le progrès ulcératif; ces injections seront réitérées plusieurs fois par jour. Dans riniervaile on applique sur les paupières une couche fort épaisse d'onguent napolitain, et mieux encore , on les recouvre avec de l'emplâtre de
Vigo, cum merciirio , étendu sur une peau très-fine. Quelques médecins de la Nouvelle-Orléans prétendent obtenir le même résultat de l'application de Thuile d'olives ; mais je préfère, comme plus sûrs,yes moyens dont je viens de parler.
En général, les individus traités par l'application de Tonguent de Vigo ne conservent aucune cicatrice vicieuse , et à peine la peau porte-t-elle les marques de l'éruption variolique.
Lorsque la maladie est arrêtée , il reste souvent sur le bord des paupières un petit boursoufflement de la conjonctive , qui finit presque toujours par se durcir, se recouvrir d'un léger épilhélium , en constituant un petit cercle rouge difficile à guérir , désagréable à voir, et qui constitue une affection vulgairement connue sous le nom de yeux hordes de rouge. Lorsque la maladie est arrivée à un état assez chronique pour supporter des remèdes astringens ou escharotiques /^on touche le rebord des paupières avec un petit pinceau imprégné de la pommade suivante :
"^ Moelle de bœuf fondue , une once.
Extrait de suie de bois, un scrupule.
Onguent citrin, douze grains.
Huile blanche de foie de morue /deux scrupules.] Mêlez.
Lorsqu'il reste des taies et nuages de la cornée sans suppuration , on les traite par les moyens ordinaires , et surtout par l'usage des huiles animales combinées , dont je parlerai plus tard.
»E ïi'0:^HTaAÎ.MEE SCROFULSUSE.
On nomme oplilhalmie scrofuleuse {conjonctwitis scro^ fnhsa), rinffammaiion de la conjonctive produite ou modiliée par les scrofules. L'œil, plusque tout autre organe ,
reçoit de raffeclion scrofuleuse des élémens et des prédispositions morbides , qui se révèlent dès la plus tendre enfance, et persistent quelquefois jusque dans un âge assez avancé. Celte affection est malheureusement très-commune; Béer {^) dit qu'à Vienne on la rencontre 90 fois sur 100: Benedict (2) avance qu'en Silésie elle est excessivement fréquente : Weller (3) professe la même opinion , mais il est complètement dans l'erreur, quand il avance qu'en Italie, l'ophthalmie qui nous occupe est excessivement rare; et M. Lawrence, en disant que Toplithalmie scrofuleuse est moins fréquente en Angleterre qu'en Allemagne , émet une opinion tout-à-fait opposée à ce qu'ont écrit non seulement Guthrie , mais encore Lloyd (4), qui a fait un des ouvrages les plus remarquables sur les scrofules. En France, celte affection est très-fréquente , surtout dans les villes populeuses et manufacturières : on est vraiment effrayé en lisant les proportions que MM. Pdcherand(5) elGuersd^t (6), établissent, de la fréquence proportionnelle de l'affection scrofuleuse. Pour peu qu'on ait fréquenté les hôpitaux de Paris , et surtout ce vaste réceptacle que l'on nomme TEnfant- Jésus, l'on ne tardera pas à se convaincre de la vérité des faits avancés par les deux célèbres praticiens que nous venons de nommer. Mon expérience journalière est tout-à-fait conforme à leur opinion. Au milieu d'une population nécessiteuse , mal nourrie , plus mal logée encore , la maladie scrofuleuse apporte une influence malheureusement assez grande, pour modi-
(d) In Weller, translated by d' Monteath , vol. Il , p. 265.
(2) Benedict , doctrines citées,
(3) Weller, traduction anglaise, vol. II, p. 265.
(4) Lloyd, Onscrofiila, p. 420.1
(5) Pâcherand, Nosographie chirurgicale , t. I, p. 422.
(6) Guersent , Dictionnaire des sciences médicales de Panckoiicke j' t. L, p. 191.
fier ou compliquer les affections les plus simples de Tceil (1).
Les caractères généraux qui accompagnent l'oplithalmie scrofuleuse , sont la prédominance du système veineux. La peau des tempes, des paupières, est d'un blanc remar-" quable par sa transparence, ou bien elle est d'un jaune pâle et mat (scrofules de campagne): elle est sillonnée par des vaisseaux en forme de cordon bleu ou rougeâtre, surtout sur les paupières ; cette disposition est plus apparente dans la paupière supérieure , surtout quand elle s'abaisse ou quand on la tire doucement avec la maia ( Jûngken ).
Il est bien difficile de distinguer en deux classes la conjonctivite scrofuleuse, en considérant son siège sur la paupière ou sur la conjonctive oculaire. Ces deux affections se tiennent immédiatement l'une à.rautre, et ne sont dansla plupart des cas que des variétés de degrés; rarement aussi la maladie se borne à la conjonctive seule et à la cornée; la sclérotique, l'iris et la choroïde finissent par être envahis par Tintlammation. La maladie débute tout aussi souvent par la conjonctive oculaire, que par le rebord libre des paupières, quelquefois celles-ci sont complètement saines , c'est pour cette raison que l'inflammation des glandes de Méibomius, n'^st pas un phénomène indispensable et constant de la conjonctivite scrofuleuse. Cependant lorsque la maladie débute par le bord des paupières, l'on voit dans toute la rangée des cryptes méibomiennes des petites lignes, de tissus hypertrophiés qui ne sont que les cryptes elles-mêmes enflammées et recouvertes de leur muqueuse.
La conjonctivite scrofuleuse se dislingue des autres con- Jonctivites, parce qu'elle débute avec moins d'uniformité : que la rougeur, au lieu d'être générale , se manifeste par
<1) Nous devons rappeler ici T importante division du professeur llibert, qui a admis deux espèces de sciofules , celles des villes, et
•ircllc des campagnes.
de petits paquets de vaisseaux , dont le point de départ est le petit angle de l'œil. A mesure que la maladie fait des progrès , différentes agglomérations de vaisseaux se forment en divers points de rœil/, ils sont noueux et phlébectasiques. Il est facile de se convaincre qu'ils appartiennent à l'appareil veineux, ils se terminent brusquement à un quart de ligne de la cornée , et ils ne s'avancent sur elle , que lorsque celle-ci commence à devenir malade. Ces vaisseaux sont presque toujours terminés dans le rebord cornéen , par une petite élévation blanchâtre, de la nature de celles que M. Yelpeau a nommées pustules aphthoides. La marche de ces petites élévations est loin d'être uniforme, lanlôî elle disparaît spontanément , tantôt elles crèvent et se cicatrisent, tantôt enfin elles s'ulcèrent, et cette ulcération ressemble , selon M. Jungken , à un ulcère scrofuleux situé partout ailleurs (1).
La doctrine de l'injection considérée comme moyen de diagnostic différentiel , comme nous l'avons dit ailleurs , est loin d'être nouvelle. Voici comment Bénédict(2) l'a décrit touchant l'ophthalmie scrofuleuse.
« Gonjonctiva gaudet rubore diffuso , qui in singulis va- »> sorum fasciculis haeret, ex utroque oculi angulo ad cor- » neam concurrentibus. Mox sub morbi initium in fine an- » îeriore cujus libet fasciculi phlyctenula exsurgit quae di- ») versa reperitur , et ex sede quam occupavit, et ex homij> nis ratione segrotanlis. »
« Dès l'instant où la conjonctivite scroluleuse devient intense , et avant qu'il y ait aucun symptôme de kératite et
(1) Weller, d'après Béer : « ïhe conjimctiva bulbi now gradually » partakes of the inflammation , and is covered with a diffiised redness. » Chislers of blood-vessels , ail running concenlrically towards the » cornea , are observable , some of Ihem extending over the edge of » the cornea and even reaching ils centre. The sclerotica reddens , » and in torpid peopic pustules appear at the extremily of the bundles » of vessels, whlch sometimes change to ulcers.w {Édit. anglaise),
<2) Bénédict, ouvr. cité.
de sclérolite , le malade est atteint de larmoiement et de photoplîobie : celle-ci devient d'autant plus évidente que la cornée semble se prendre soit par Tinflammalion , soit par le résultat de l'ulcération de la pustule. J'ai eu occasion de disséquer avec soin un grand nombre d'enf ans atteints de conjonctivite scrofuleuse à divers degrés et ayant succombé à des fièvres éruptives ou à des affections cérébrales^ et je n'ai pas trouvé la plus légère trace d'inflammation de la sclérotique, lors même que la photophobie avait été très-prononcée : le scalpel est un grand juge pour peser la valeur d'un grand nombre d'idées préconçues, qui ne reposent sur aucune base solide. Lorsque la sclérotique est enflammée , les symptômes anatomiques de l'inflammation persistent après la mort , c'est ce dont je me suis souvent convaincu au moyen de dissections. Je dois à l'obligeance de M. M. Tarral , jeune chirurgien anglais d'un mérite reconnu , d'avoir constaté de nouveau ce fait sur la sclérotique d'une femme, qui avait succombé rapidement à la suite d'une opération de cataracte par extraction.
L'ophthalmie scrofuleuse est toujours accompagnée de sécrétions abondantes, acres et corrosivesj elles consistent ou bien dans une mucosité blanchâtre , coagulable , qui s'arrête sur les cils , qui irrite l'épithélium et l'excorie, ou bien en une sérosité limpide , qui n'est autre chose que l'humeur de la glande lacrymale, qui sort par nappes,' sous forme de jets , et dont Tâcreté est telle qu'elle rougit même la joue, qui parfois s' excorie. Je n'ai jamais vu qu'elle pût rougir les doigts, ainsi que l'a observé M. Jiïngken; j'aime mieux le croire que le nier.
Le blépharospasme coïncide toujours avec le larmoiement , la photophobie : selon moi „ il n'est que la conséquence des efforts que fait le malade pour se soustraire à l'influence des rayons lumineux. Ce blépharospasme est tel, chez les enfans, surtout qu'ils font des efforts inouis pour vaincre la contraction des muscles des paupières , et que
dans ces efforts ils ouvrent la bouche : et si le chirurgien veut se servir de ses doigts pour les aider, il lui est presque impossible de le faire sans employer une grande violence. Le meilleur moyen est de placer le malade dans ua endroit obscur , et alors il ouvre l'œil plus facilement. C'est en raison de cette intolérance de la lumière, que les enfans atteints d'ophthalmie scrofuleuse marchent la tête baissée en s'abritant les yeux avec la main , et qu'il est fort difficile de les forcer à sortir de l'obscurité.
L'ophthalmie scrofuleuse est une de celles dont la marche est la plus incertaine ; souvent au moment où le malade paraît guéri , ou lors même qu'il l'est complètement , Tinflamrnation reparaît brusquement sans cause appréciable ; après plusieurs mois de guérison, une récidive foudroyante vient désoler le malade , sa famille et l'homme de l'art qui le traite. Elle se termine cependant par la résolution , Finduration du bord libre des paupières, et lorsqu'elle envahit la cornée et la sclérotique , elle y produit des altérations graves dont nous nous occuperons en parlant de ces maladies en particuUer ; elle peut se compliquer d'affections catarrhales ou rhumatismales , et constituer ainsi deux ophthalmies mixtes , connues sous le nom d'ophthalmo-scrofuleuse et rhumatismo-scrofuleuse. De même que toutes les autres ophthalmies , elle a deux périodes bien tranchées, qui sont l'aiguë et la chronique.
Les causes principales de l'ophthalmie scrofuleuse résident principalement dans la prédominance du système lymphatique ; mais nous ne pensons pas que ce défaut d'équilibre entre les divers systèmes suffise pour déterminer la maladie ; pour que ce phénomène ait lieu , il est besoin d'une cause prédisposante. Au nombre de celles-ci, il faut placer en première ligne les refroidissemens , les habitations insalubres, les professions qui agissent sur l'œil, le travail de la dentition, et par dessus tout la suppression , spontanée ou empiriquement provoquée ,
des exanthèmes du cuir chevelu, vul{jairement connues sous le nom de gourme. L'engorgement des glandes mésenlériques joue aussi un très grand rôle dans la genèse de cette ophthalmie.
Le traitement de la conjonctivite scrofuleuse doit être hase sur Tétat de la maladie, et surtout sur ses causes productrices : comme toute inflammation, elle doit être attaquée au début par des antiphlogistiques , afin de paralyser les effets de rinflammation. Chez les adultes, la saignée, du pied souvent répétée , les ventouses scarifiées à la nuque , aux épaules, au cou, produisent des effets surprenans; pour les enfans , on est forcé de recourir aux sangsues placées aux apophyses mastoides , ou le long de la veine jugulaire. Ces applications doivent être assez fortes el souvent répétées, afin d'arrêter le travail inflammatoire. Scarpa, Rasori , Thomasini , Borda , Lloyd , employaient de nombreuses évacuations sanguines dans le traitement du scrofule aigu : ils ne s'occupaient de modifier la constitution que lorsqu'ils étaient maîtres de l'état inflammatoire. Les scrofuleux supportent mieux qu'on ne le pense les évacuations sanguines : il y a cependant exagération à les porter à l'excès , comme le fait quelquefois M. Sichel , qui se croit l'inventeur de cette méthode.
Ayant renoncé à l'habitude de placer des sangsues autour des paupières , en raison des accidens que nous avons énumérés ailleurs (1), nous faisons placer dans l'intérieur de la narine deux de ces annélides qui produisent presque toujours une évacuation abondante. Lorsque les enfans sont peu raisonnables, j'introduis dans leurs narines l'ingénieux scarificateur de Savigny , dont l'action est sans danger , et au moyen duquel on ouvre quelques veinules produisant une évacuation directe et remplaçant la saignée du grand angle de l'œil si recommandée par les anciens. La saignée
(1) Toni. I, Généralités des ophthalmies.
des veines nasales ne peut jamais dégénérer en liémorrhagie : elle s'arrête d'elle-même si on ne provoque pas le flux du sang par des lotions tièdes , par l'exposition des narines à la vapeur de l'eau chaude. Si cette épistaxis artificielle dépassait le but que l'on se propose, rien n'est plus facile que de la supprimer par de légers astringens, voire même par un tamponnement convenable.
Il faut assurer les effets de ce traitement en ayant soin de ne pas laisser l'enfant dans une chambre trop chaude , et surtout de ne pas le coucher dans unjit où il soit trop couvert et trop moelleusement; rien n'est défavorable comme d'ensevelir un enfant dans des piles de coussins ou dans des couvertures nombreuses. Il faut que l'air circule librement dans la chambre , et qu'il soit moins chaud que froid. MM. Jiingken et Dieffenbach ont même obtenu de trèsjgrands avantages de l'application du froid dans le traitement de l'ophihalmie scrofuleuse (1). L'appartement doit être modérément obscur ; il est tout aussi peu rationnel de tenir le malade dans une obscurité profonde , que de ne prendre aucune précaution pour le préserver de l'action de la lumière.
Lorsque l'état du canal intestinal le permet, l'on associe aux évacuations sanguines la révulsion sur la muqueuse intestinale au moyen de purgatifs doux , tels que le sirop de nerprun , de chicorée composée , la manne , l'huile de ricin et le calomel à doses purgatives. Le professeur Scarpa employait avec de très-grands avantages une mixtion purgative dont la rhubarbe était la base , et que l'on avait déguisée au point de la faire prendre sans répugnance aux enfans les plus difficiles. On fait étaler largement de l'onguenl napolitain sur le front et les tempes : rarement je porte le mercure doux assez haut pour provoquer la saligalion : je ne sais si ceux qui se sont si opiniâtrement engoués de la méthode anglaise , qui consiste à donner du ca-
ii) D'Ammon, journal cité.
lomel à hautes doses , ont bien réfléchi aux accidens produits par le ptyalisme mercuriel chez les enfans , et surtout chez les sujets irritables ; la stomatite ulcéreuse , qui est / souvent la suite de la sah'vation, dégénère fréquemment en une affection grave qui mérite les plus grands soins , et surtout la cautérisation des parties ulcéréeSc A tous ces moyens Ton peut ajouter les bains de pieds à Feau chaude aiguisée avec Tacide hydrochlorique fumant, avec la moularde , la soude commune ou le savon noir. Ce n'est que lorsque la maladie commence à diminuer que l'on peut employer des collyres : leur action augmente presque toujours le blépharo-spasme et Firritation locale ; cependant , si la douleur est vive, on peut, à l'exemple du professeurScarpa, faire des lotions d'infusion de safran de Galinais , auxquelles on ajoute quelques gouttes de laudanum.
Cependant M. Velpeau (1) a entrepris une série d'expériences dans lesquelles il a fait appliquer dès le début de la solution du nitrate d'argent : les résultats qu'il a obtenus ne rengagent point à suspendre ses expériences, qui, du reste, sont bien dignes de fixer l'attention des thérapeutistes modernes : si le chirurgien de la Charité a une longue continuation de succès , il renversera plus d'une théorie.
J'ai consigné en 1832 , dans un ouvrage périodique (2) ,. les bons effets qu'avait obtenus M. D'Ammon de l'emploi de l'infusion de Bignonia calalpa dans le traitement de la maladie scrofuleuse. Ce même praticien confirme dans son journal (3) les heureux résultats qu'il a obtenus depuis par l'administration de cette substance. La ciguë a été noii moins héroïque dans les mains de M. Baudelocque , médecin de l'hôpital des Enfans (4) : il a dû surtout ses succès en administrant ce médicament à haute dose. Le même
(1) Velpeau, réperl. général de médecine, t. IX, p. 60, article cornée,
(2) Carron du Villaids , Répertoire annuel de clinique ^ 1832,
(3) D'Ammon , journal cité, t. I, p. 422.
(4) Baudelocque, Recherches sur les scrofules.
praticien a obtenu aussi de beaux résultats de l'usage du sumac vénéneux {Rhus ioxicodcndron)\ mais ils ont été moins constans que ceux de la ciguë.
J'ai confirmé les résultats avantageux des préparations d*or contre l'ophllialmie scrofule use , dont MM. Legrand et Girardot (4) ont déjà fait connaître l'action énergique pour modifier et combattre raffection scrofuleuse. Ce médicament s'emploie à l'intérieur et à Textérieur. Le sirop aurifère de M. Legrand est fort avantageux en ce qu'il n'a aucun goût désagréable , et que les enfans les plus difficiles le prennent sans répugnance. Malheureusement les préparations d'or ne sont pas à la portée de toutes les fortunes. Comment les prescrire à plus forte raison à ceux qui sont souvent privés du nécessaire?
Je n'ai point trouvé dans les antimoniaux les avantages que leur attribuait notre illustre maître Scarpa. L'iode, employé avec précaution , est plus avantageux ; mais ses facultés curatives sont bien loin de la valeur exagérée qui lui a prêtée M. Lugol (1).
C'est sans doute parce que le sel marin contient une petite quantité d'iode que Ton obtient de son administration de bons effets. J'en fais prendre soir et malin une cuillerée à café dans une demi-lasse de bouillon aux enfans atteints d'ophthalmie scrofuleuse. Pour les adultes, la dose est double ou triple. Ce médicament , qui est à la portée de toutes les conditions, n'offre aucun danger. D'après l'autorité de M. Odier (2), je lui adjoins la tisane de brou de noix ou l'extrait de celte substance. L'hydroclilorate de baryte , le sirop de belet , la plupart des mercuriaux , sont aussi fort avantageux. Il est une manière excessivement commode d'administrer le mercure , c'est celle du docteur Olivier de
(4) Legrand, Mèm. sur V emploi de l'or dans les scrofules, Pavis,1838.
(2) Lugol, Traitement des scrofules par l'iode ^ 1832.
(3) CaiTon du Yillards, Répertoire annuel de clinique , année citées
Paris , au moyen de biscuits , ou pâte préparée par lui. Oa commence par en donner un matin et soir aux petits enfans, et on augmente graduellement la dose. Tout en déplorant les motifs qui engagent ce médecin à tenir secrète sa formule, j'affirme que c'est un excellent moyen. Espérons que l'époque n'est pas éloignée où sa composition rentrera dans le domaine public.
A l'exemple de Dupuytren (1) , MM. Mayor de Lausanne et Fricke de Hambourg ont guéri des ophthalmies scrofuleuses , en insufflant entre les paupières du calomel; je n'ai jamais essayé ce moyen , aussi ne me permelîrai-je pas de le juger.
Il est bien reconnu, du reste, qu'il faut plutôt compter sur un traitement modificateur que sur des agens spéciaux. De même que l'immortel père de la médecine , il faut considérer Tair, l'eau, l'habitation, les vêtemens et la nourriture , comme jouant un grand rôle dans la guérison. Ainsi je vois chaque jour des enfans guérir sous Tinfluence d'une nourriture animale très-prononcée , dont les viandes noires , le sang des animaux forment la base ; on y ajoute l'usage des bières médicamenteuses très-chargées enjhoubion. Ce]traitement qui est très-convenable aux enfans pauvres et mal nourris jusqu'alors, ne conviendrait nullement à ceux qui ont toujours été à l'abri du besoin , ou qui ont eu une nourriture variée. Le changement de climat est un grand moyen curatif ; j'ai vu un grand nombre de sujets anglais atteints d'engorgement des glandes cervicales , si communes dans la brumeuse Angleterre , guérir spontanément après une habitation plus ou moins longue, dans les îles de l'archipel Ionien , à Malte ou sur les plages chaudes et réfractaires de Sierra-Leone ; il y a pas de doute que , l'usage des bains de mer qu'ils prennent dans
(4) Noie de MM. Bousquet et Bellanger, traduction deScarpa, M; p. 488.
— dOl —
ces différentes localités n'influent aussi sur ces succès : on objectera peut-être que tout le monde n'a pas la possibilité de changer de climat ; mais je me borne ici à citer des faits.
Lorsque l'ophlbalmie scrofuleuse commence à revêtir une forme chronique , une révulsion bien entendue, seconde parfaitement les efforts du praticien : le vésicatoire est parfaitement convenable pour les adultes; mais chez les enfans je persiste dans Topinion que j'ai précédemment émise dans les généralités de l'ophthalmie. La révulsion sur le cuir chevelu est préférable , en se servant de la pommade slibiée, qui produit une éruption salutaire, dont les effets sont des plus marqués , en ce qu'ils ressemblent davantage à ceux des éruptions naturelles si fréquentes chez les enfans lymphatiques , et dont la suppression coïncide presque toujours avec l'apparition de l'affeclion oculaire. Chez les enfans âgés de moins de quinze mois, je me borne à faire derrière les oreilles des onctions avec la pommade de Lausanne , qui sont toujours suivies d'une irritation locale, plus que suffisante pour produire l'effet désiré.
C'est à l'époque de la chronicité que l'on doit espérer de bons effets des collyres aslringens; ceux de borate de soude, d'alun natif, de nitrate d'argent sont très-convenables. Lorsque la muqueuse est hypertrophiée et baveuse , Ton peut employer avec succès la solution caustique iodurée de M. Lugol ou le nitrate d'argent fondu en nature , comme le font depuis long-temps les Anglais , et comme a été un des premiers à le tenter parmi nous M. Gendron (1) de Château-sur-Loire .
Lorsqu'il existe des ulcères et des varicosités de la conjonctive , on les traitera de la manière indiquée à l'article Kératite scrofuleuse et Pannus,
(1) Gendron (Esprit), Journal général de médecine^ t. LXXXVII.
MODIFICATIONS ORGANIQUES DE I.A CONJONC- TIVE , SUITE DE SON INFLAMMATION. — DU PTÉfLYGION.
Le ptérygion consiste dans une excroissance ou épaississement de la conjonctive , ayant une forme pyramidale , dont la base se trouve tournée du côté de l'orbite , tandis que la pointe se dirige du côté de la cornée.
On en rencontre souvent deux et même trois, et le docteur Cunier(l) rapporte l'histoire d'un nommé Éverat , qui en avait quatre , et qui , par leur position , formaient sur l'oeil une croix de Malte , en tout semblable à celui rencontré par Wardrop sur un enfant nouveau-né (2).
Pour peu que la maladie eût augmenté, ces excroissances eussent fini par former un panicule. Il y a quatre espèces de ptérygion , le simple , le charnu , le graisseux et le plébectasique. Quel que soit le degré de ces maladies, elles se présentent toujours sous la forme d'un triangle , dont la pointe s'approche de la cornée et s'avance quelquefois jusques au centre de celle-ci. Ainsi que l'a fait observer le professeur Scarpa , l'ophthalmie chronique variqueuse avec relâchement et épaississement de la conjonctive , le nuage de la corne et le ptérygion , sont trois maladies qui ne diffèrent entre elles que par le degré d'intensité. Dans toutes trois , il y a développement plus ou moins considérable des vaisseaux de la conjonctive , de relâchement et d'hypertrophie de cette membrane. Elle ne varie que par le plus ou moins de développement des vaisseaux qui revêtent quelquefois une forme tout-à-fait phlébectasique.
C'est une erreur de croire qu'il y ait des tissus de nouvelle formation ; ils sont seulement développés outre mesure , et peu à peu , tandis qu'ils se développent brusque-
îïient dans des chémosis que je considère comme de véritables ptérygions aigus. Le mécanisme par lequel ceuxci prennent une forme triangulaire s'explique facilement , d'un côté , parce que c'est dans le point qu'il occupe qu'il existe un plus grand nombre de vaisseaux , et de l'autre parce que la conjonctive, qui est très-lâche du côté de l'orbite, adhère de plus en plus au globe, à mesure qu'elle se rapproche de la cornée. Lorsque la maladie a envahi la cornée, elle soulève peu à peu la conjonctive cornéale, qui est alors sillonnée par des vaisseaux sanguins. Forestus avait déjà entrevu les causes de la forme triangulaire du ptérygion , puisqu'il dit qu'il est toujours construit comme un fer de flèche.
La forme triangulaire est son caractère distinctif , qui ^empêche de le confondre avec diverses excroissances des paupières. Le ptérygion simple se présente sous forme d'une petite raquette, partant du rebord orbitaire, et s'étendant jusqu'à la cornée; jamais il n'outre-passe l'union de cette membrane avec la sclérotique ; quand il est un peu développé , il ressemble à un petit muscle pectine; il est rarement douloureux; il n'occasione aucun inconvénient. Le panicule graisseux est une combinaison de ce ptérygion avec une agglomération de pinguecula ; le tout forme un ptérygion graisseux. Reste enfin le phéî)ectasique ou variqueux , composé d'une grande quantité de vaisseaux qui serpentent dans la conjonctive , et qui , élevant peu à peu sa portion cornéenne , permettent au sang de l'envahir, et forment ainsi des obscurcissemens cornéens plus ou moins développés. Les premier et troisième degrés du ptérygion se laissent facilement soulever, tandis que le graisseux est fortement adhérent au tissu sous-jacent. Les causes qui déterminent les ptérygions sont les mêmes que celles qui produisent les ophthalmies. C'est surtout à la persistance de celle-ci , à la permanence de l'afflux du sang dans les tissus , qu'il faut attribuer la
formation du ptérygion. Elle sera d'autant plus fréquente et plus rapide , que la cause productrice sera de nature traumatique ; elle se manifeste surtout à la suite des ophthalmies catarrhales à divers degrés , surtout chez les individus dont le système circulatoire ne fuit pas bien les fonctions : elle se présente principalement chez les individus un peu avancés en âge. Je ne l'ai jamais observé chez les enfans ; cependant Wardrop affirme Tavoir rencontré chez un enfant nouveau-né. Le pronostic du ptérygion est presque toujours heureux , puisqu'on peut le faire disparaître à son début par un traitement convenable , et que , lorsqu'il résiste au traitement , rien n'est plus facile que de l'enlever.
La vue n'est nullement altérée , lorsque la maladie se borne à la conjonctive scléroticale; mais lorsque celle de la cornée a été soulevée par des vaisseaux variqueux, il peut se faire qu'après l'opération la cornée reste un peu opaque , surtout lorsqu'il est nécessaire d'extirper des ptérygions multiples : quant au traitement , il varie selon la nature de la maladie. Lorsque celle-ci est peu grave , on la fait disparaître au moyen de collyres légèrement astringens; on peut même la toucher avec un petit pinceau imbibé de nitrate d'argent : lorsque la maladie résiste, ou lorsqu'elle augmente, il faut nécessairement recourir à l'excision; car les scarifications partielles et les mouchetures sont aujourd'hui généralement abandonnées en raison de leur insuffisance. Je ne partage point Topinion du professeur Scarpa , qui affirme que l'extirpation du ptérygion ne fait point disparaître complètement les taches qu'il a occasionées sur la cornée : j'ai pratiqué plusieurs fois avec succès cette excision , lorsque la cornée était déjà malade , et elle a repris sa transparence, quoique la maladie fut déjà fort avancée.
Un chef cantonnier de Neuilly se présenta au dispensaire avec un ptérygion , situé à l'angle interne de l'œil
gauche ; il s'étendait à'plus de deux lignés sur la cornée : je priai M. Comperat d'en faire l'ablation , opération qu'i'. pratiqua très -habilement : la guérison fut complète , et Tobscurcissement de la cornée disparut assez promptement. Il existe un grand nombre de procédés pour enlever les ptérygions : nous emprunterons leur énumération à notre ami le docteur Cunier, qui a consacré à cette opération un article fort intéressant dans le Bulletin médical belge.
« Ruysch , Brisseau et Dionis conseillent de passer une aiguille courbe, mousse, et enfilée d'un fil, par dessous le ptérygion , et , avec les deux bouts du fil l'élever et le tirer à soi , pour le séparer de ses adhérences avec un petit bistouri , prenant garde de blesser la cornée , et laissant plutôt une petite partie du ptérygion à la conjonctive de laquelle on travaillera ensuite.
» D'après Delaroche et Petit-Radel il n'y a jamais eu qu'une manière d'extirper l'onglet, le pannus^ et ce réseau de vaisseaux variqueux qui couvrent quelquefois les yeux, elle consiste à passer par dessous un fil ou un crin ^ ou à les accrocher avec une érigne pour les soulever et à les détacher ensuite en les coupant avec des ciseaux fins et pointus, le plus près possible de leur origine.
» Le ptérygion que Maître Jean a appelé graisseux , ne peut absolument être enlevé que par les ciseaux , à cause de sa grande mollesse.
» M. Velpeau donne une méthode opératoire, à laquelle il serait souvent dangereux de recourir, lorsque le ptérygion est fort ancien , à cause des altérations considérables que l'on rencontre presque toujours alors. »
«M. Middlemore a appelé tout récemment l'attention des praticiens sur celte production morbide : son mode opératoire est le même que celui employé depuis nombre d'années par M. Yah Onsenoort, et après lui par le clirurgien II. 6
major Kerst, professeur à l'hôpital militaire d'instruction de Tarmée hollandaise.
"Celte méthode offre les plus grands avantages lorsqu'un seul ptôrygion doit être excisé, ou bien lorsque plusieurs existent à la fois , et adhèrent à la conjonctive et à la cornée , sans cependant être réunis par des prolongemens , comme dans le cas qui va être rapporté.
»Stoeber saisit avec des pinces la partie du ptérygion qui recouvre la sclérotique , et qui est plus lâchement attaché au globe de l'œil que la partie qui se trouve sur la cornée; puis il incise avec le couteau à cataracte la base de la tumeur, et détache ensuite celle-ci à l'aide de ciseaux courbes sur leur plat : de cette manière l'opération est plus facile et moins dangereuse que lorsqu'on la commence par le sommet de la tumeur. » ,
Le professeur Scarpa s'est fortement élevé contre l'usage du fil de soie passé sous le ptérygion pour l'enlever ; nous avouons de bonne foi que nous ne partageons point les répugnances de ce grand chirurgien pour ce procédé; nous le mettons en pratique toutes les fois qu'il est possible de le faire, avec une petite différence apportée au modusfaciendi décrÎL par Petit-Radel, laquelle consiste à étrangler le ptérygion avec le fil dans son centre en serrant fortement ; par ce moyen en tirant sur le fil on Téloigne de la sclérotique, et avec le petit bistouri mousse et flexible de Libert on le détache dans tous les points de son diamètre , et l'on termine ensuite Tincision du côté de la cornée. Lorsque le ptérygion est variqueux, ce procédé offre un grand avantage, en ce que l'on est sûr d'un côté d'enlever tous les vaisseaux ,^ et de l'autre , d'avoir peu de sang. On n'a pas besoin de pinces dont l'action est toujours douloureuse et incertaine, à moins qu'on ne se serve de celles de Bloëmer qui sont dentelées , et qui offrent encore l'inconvénient de s'accro-i <^er au tissu.
Lorsque le ptérygion est graisseux le séton est inappli*
cable , il faut alors se servir de pinces à dissection à mors excessivement larges : dans le plus grand nombre des cas j'emploie des pinces analogues à celles mises en usage par Béer pour le trichiasis, avec la seule différence qu'elles sont encore plus larges: on cautérise avec le nitrate d'argent toutes les parties que l'on ne peut enlever avec l'instrument tranchant, avec la précaution de garantir la cornée des atteintes du caustique. Comme je n'ai jamais rencontré de ptérygion en croix de^Malte , je rapporterai ici sommairement l'opération du docteur Cunier.
« Le mîilade étant couché sur une table , un aide écartant autant que possible les paupières l'une de l'autre , et fixant en même temps le globe de l'œil par une pression exercée de chaque côté , je saisis avec une pince à disséquer le prolongement du ptérygion interne Ù la partie moyenne de sa réunion avec celui du pléry ion inférieur ^^ et rincisai alors jusqu'à la base de celte dernière tumeur à l'aide des ciseaux de Percy. Je saisis alors celte base avec les pinces, et la détachai avec les ciseaux. Il en fut de même de l'arc formé par la reunion de son prolongement externe avec celui du ptérygion externe, dont la base fut détachée à son tour. Dès-lors je relevai le lambeau pour m'assu rer que les tumeurs ou leurs prolongemens n'adhéraient en aucun point à la cornée , et que leur base seule était fixée dans la conjonctive de la sclérotique. Ce qui restait de la circonférence fut excisé de la même luanière.
>> Afin de prévenir l'inflammation qui aurait pu se développer à la suite de cette opération , je respectai Thémorrhagie, tout abondante qu'elle était. J'employai ensuite des lotions d'eau de mauves froide , souvent répétées ; je mis en usage les moyens indiqués pour empêcher lesadhéreaces du globe de l'œil avec la paupière. Les deux yeux furent abrités avec une compresse, suivant le conseil d'Aérin, la cornée de l'œil gauche ayant conservé une certaine
translucidiié , ainsi qu'il a été dit plus haut , le malade fufr retenu dans une obscurité modérée.
La plaie qui résultait de l'excision suppura légèrement, puis se cautérisa. Aucune partie n'avait échappé à l'instrument.
£ La cornée avait conservé toute sa transparence ; les Taisseaux variqueux qui , avant l'opération rampaient à la surface de la conjonctive scléroticale non recouverte par les tumeurs , disparurent , et trente-cinq jours après l'opération, Evrard put supporter l'action de la lumière à l'usage complet de laquelle il avait été rendu graduellement (1). »
PANNUS DE IiA CONJONCTIVE.
, Ce nom s'applique au gonflement de la muqueuse de la Ivérato-conjonclive produite par les vaisseaux sanguins qui la parcourent. Dans son moindre degré d'intensité , cette ïifFection consiste dans'quelques vaisseaux remplis du sang de la sclérotico-conjonctive, qui, se transformant enkérato-conjonctive , se perdent en devenant de plus en plus étroits. Lorsque la maladie est tout-à-fait intense , on aperçoit une multitude de vaisseaux sanguins qui , se croisant en plusieurs sens , occupent la conjonctive et la cornée. Bans ce cas, la kéralo- conjonctive, notablement tuméfiée et semblable à une enveloppe rouge , constitue presque une espèce de luxuriation ; il n'y a plus pour la vue que la seule perception de la lumière. Le pannus^ lorsqu'il est peu considérable , n'altère pas la vue en totalité; il l'affaiblit cependant toujours, parce que celte membrane , outre les vaisseaux qui sont étendus sur la cornée, est presque toujours troublée ou tachetée. De plus, dans tous les cas de la sclérotico-conjonctivite , elle rougit ; la lumière devient plus difficile à supporter; les larmes sont sécrétées avec beaucoup plus d'abondance ; la conjonctive
des paupières rougit, se tuméfie, ou elle forme une espècede
(1) Bulletin médical helije, 1. 1, p. 296.
^uxuriation sarcomateuse ou granuleuse : souvent des congestions dans la tête accompagnent ces symptômes locaux. Le pannus de la cornée se déclare presque toujours à la suite d'ophtbalmies d'un caractère spécifique , qui , antérieurement, ont occupé la conjonctive , et dont la durée a
été longue.
L'on a considéré le pannus comme le résultat du frottement des granulations sur la cornée. Middlemore (1) explique très-bien le mécanisme de sa production : mais cela n'arrive pas toujours ainsi , et j'ai vu un grand nombre de pannus de la cornée ( vascular cornea ) , qui existaient sans granulation des paupières et qui n'étaient dus, comme Ta bien dit Scarpa, qu'au soulèvement de la conjonctive cornéenne , par ses vaisseaux sanguins devenus visibles.
Le pronostic de cette affection, dont la conjonctivite scrofuleuse est la cause principale , est funeste ; car le pannus détermine très-souvent l'ulcération ou la cicatrisation de la cornée à cause de l'état inflammatoire qui raccompagne toujours , et il résiste avec opiniâtreté aux secours de l'art. Toutefois , on peut conserver un espoir de guérison d'autant plus fondé que la diathèse générale est meilleure^: tant que ces sortes d'affections ne sont pas déclarées incurables, celui qui traite cette maladie doit s'occuper d'abord de combattre la diathèse générale. On commence par appliquer des sangsues : s'il y a des symptômes de congestion cérébrale , et si l'œil paraît être dans un grand état d'irritation , il faut appliquer le long du dos et sur la région cervicale quelques ventouses scarifiées. Après cela, on à recours aux dérivatifs puissants, à l'onguent d'Autenrieth , l'écorce de garou , les cautères , les sétons. On fait des collyres avec la pierre infernale, le sublimé corrosif , le sulfate de cuivre , le sulfate de zinc , et les diverses préparations de plomb. La teinture anodyne, simple
(4) Middlemore, ouvrage cité , t. 1, p. J21.
— lie —
£>u composée, instillée tons les jours dans l'œil, ou portée à l'aide d'un piwceau, y produit de très-bons effets. On se sert aussi avec beaucoup d'avantages des médicamens alterans employés sous la forme d'onguent ou sous la forme pulvérulente. Si le pannus est compliqué de luxuriation de la blépharo-conjonctivite , on n'obtiendra , à l'aide de ces moyens , qu'un soulagement bien précaire et bien inconstant, quelle que soit Ihabileté de celui qui les emploie. En pareil cas, ce qui reste à faire au médecin, c'est de prendre des mesures pour détruire la luxuriation , soit au moyen du fer, soit au moyen des médicamens. Après cela, la guérisondu pannus ne se fait pas attendre. On fera bien de négliger le conseil que donne Jseger , d'inoculer artificiellement l'oplithalmie d'Egypte pour activer la guérison ; car il n'y a rien de certain sur l'efficacité de ce remède : si oa y a recours , il convient de le faire avec une extrême réserve. D'autres médecins veulent que l'on emploie la scarification ou l'extirpation partielle des vaisseaux gonflés passant de la conjonctive à la sclérotique et sur la conjonctive de la cornée : cependant , les vaisseaux soustraits se reproduisent presque toujours , et il n'en résulte aucun amendement. L'extirpation de tout le pannus avec l'usage subséquent du caustique est indiqué lorsque la conjonctive de la cornée forme une luxuriation : mais elle produit toujours de larges cicatrices de la cornée ou sa phthisie : c'est pourquoi on ne doit pas raisonnablement la proposer, si ce n'est dans les cas extrêmes.
Lorsque le pannus n'est pas très -considérable, on le guérit très-bien en appliquant tout autour de la cornée le porte-caustique annulaire du professeur Sanson : par ce moyen on coupe les vaisseaux qui entretiennent l'opacité de la cornée , et elle reprend peu à peu sa transparence. Je considère ce procédé comme une grande conquête chirurgicale : plus heureux que M. Sichel (1), je lui dois de
(1) Ouvr. cité, ; r^r t :-. . '.tom'»ii>JMW vî
nombreuses guérisons, et M. Alphonse Robert en a obtenu aussi des succès fort remarquables ; il est sans danger et Ton peut y revenir plusieurs fois.
XÉROSZS DE X.A CONJONCTIVE.
Au nombre des dégénérescences produites par Tinflammation sur la conjonctive, on doit placer le xérosis ou Tépaississement de répithélium de cette membrane. Il n'y a que quelques années que cette maladie a fixé rattention des ophthalmologistes ; car on en chercherait vainement des traces dans les ouvrages des anciens : c'est à Schmit (en 1803), que l'on doit les premiers travaux de cette maladie: il l'a considéra comme un symptôme de l'oblitération des conduits excréteurs de la glande lacrymale ainsi que de ceux des glandes de Méibomius. En 1811, Bénédict (1) lui donna le nom de xérophthalmie et lui attribua les mêmes causes, ainsi que Travers (en 1821), qui l'a considéra comme une cutisation de la conjonctive, opinion professée six ans plus tard ^ par le professeur Jaeger (2), qui ne l'attribua point à l'oblitération de la glande lacrymale : Makensie (3) €t D'Ammon (4) Tout considérée sous le même pointde vue.
Cette maladie ^consiste dans l'épaississement de l'épithélium qui se manifeste à la suite des inflammations ; il ressemble à celui que l'on observe sur la muqueuse des procidences du vagin, du rectum et des parties génitales de quelques filles publiques. La conjonctive a Faspect blanc et jaunâtre mat, comme poudreux (Duprez) (5) : lorsque l'œil se meut, la conjonctive s'élève en forme de pli, surtout autour de la cornée, et ressemble à une troisième paupière, ainsi qu'on l'observe chez quelques grands reptiles et chez les Ghélidoniens. En touchant la conjonctive avec le doigt pen-
(1) Benedict, ouvr. cité, p. 91.
(2) Clinique oculistique , 1826-1827.
(3) Mackensic, ouvr. cilé, p. d99.
(4) D'Ammon , journal cité , t. II.
{^) Thèse sur la xérophthalmie, Paris, 1836, p. 4.
dant qu'on meut la paupière, on éprouve un petit frôlement analogue à celui que ferait éprouver le mouvement d'une baudruche un peu épaisse. Dans quelques cas , la maladie est bornée à la conjonctive oculo-palpébrale; dans d'autres, elle s'étend sur toute ia cornée , qui perd ainsi une partie de sa transparence , et qui ne la retrouve que lorsque Ton humecte l'œil. Les vaisseaux superficiels de la conjonctive ont disparu , et l'on n'aperçoit que ceux qui sont profondément situés dans les tissus : les paupières sont presque toujours plus ou moins renversées , dans d'autres circonstances , elles adhèrent au globe de l'œil par des brides qui participent de la même altération. Lorsque la maladie est très-avancée , les individus n'éprouvent aucune sensation du contact de leurs yeux avec des corps irritans , tels que l'ammoniaque, le jus d'ail, ou l'évaporalion du phosphore. La cutisation de la cornée fait perdre aux yeux tout leur éclat , leur expression , ils sont atteints d'un sentiment d'hébétude excessivement désagréable : on ne peut se rendre raison de l'effet produit par cette maladie qu'en considérant l'œil d'un caméléon ou d'un igname.
Il est bien difficile d'assigner à la xérophthalmie une cause certaine , et surtout unique ; la plupart des auteurs , Shmit, Bénédicl , Rosas, Helling, pensent que l'oblitération des canaux sécréteurs de la glande lacrymale , et cependant dans de nombreux cas d'extirpation totale de la glande pratiquée par Guérin , Tood , O'Beirn et autres , la conjonctive ne s'est point épaissie. Faut-il croire que l'opération pratiquée par l'ectropion a produit cette maladie en détruisant les canaux excréteurs de la glande lacrymale , ou ceux des follicules de MéibomiusPdeux malades que j'ai observés dans ma pratique privée , et une troisième que j'ai vue à l'Hôtel-Dieu , concurremment avec Duprez n'avaient jamais subi d'opération.
Faut'il attribuer cette maladie à l'altération des nerfs de la cinquième paire , en procédant par analogie à ce qui se
passe lorsque Von a coupé les nerfs de la cinquième paire ,' ainsi que le démontrent les belles expériences de M. Ma^endie, mais dans les faits cités par ce célèbre physiologiste, la cornée , après s'être obscurcie, se ramollit et part quelquefois de toute pièce : la même chose arrive lorsqu'une maladie ou une tumeur a détruit les nerfs , ainsi que je l'ai vu deux fois? Comme l'observe très-bien M. Duprez, il vaut mieux rapporter cet obscurcissement de répithéliuoi à la persistance de l'inflammation , au frottement des paupières contre le globe, d'où résulte Toblitéralion des tîonduits excréteurs, non seulement des foUicuUes de TMéibomius, mais même ceux des corps papillaires et de la glande lacrymale ; dans ce cas , Tarrêt de sécrétion serait plutôt une suite de la maladie , mais elle n'en serait pas la cause. Il se passe là ce qui se passe dans la couronne du gland , des hommes qui ont été forcés de subir accidentellement la circoncision : pendant les premiers mois qui suivent l'extirpation du prépuce, les follicules qui sont situées à la couronne du gland, continuent à sécréter de l'humeur sébacée; peu à peu cette sécrétion diminue et finit par se tarir tout-à-fait : cette sécrétion est toujours en raison directe de la finesse del'épithélium du prépuce : il s'y forme quelquefois une cutisation analogue à celle de l'œil, qui m'autorise à considérer le travail de ces deux culisalions oculaire et balanique comme identiques (1).
\ Dans un des deux individus qui furent soumis à mon observation , la maladie avait été produite par l'usage intempestif et prolongé des astringens.
Traitement. C'est peut-être de toutes les dégénérescences de la conjonctive, celle qui offre le moins de ressources thérapeutiques : l'extirpation suivie de cautérisation n'a produit aucun résultat quand la maladie était générale. Dans un des cas dont j'ai parlé, et qui existait sur la femme d'un
<1) Communication faite à la sociélé de médecine pratique. Janvier,
postillon de Saint-Germain, la maladie était limitée à deux énormes paniius oculaires , avec épaississeraept de la conjonctive : le doigt promené sur eux ne faisait éprouver aucune sensation désagréable. Je procédai à Textirpation de la partie interne et je cautérisai après : la muqueuse reprit s.on aspect normal. Quelques semaines après, j'en fis autant de Tautre côté, et je fus moins heureux: je comptais réitérer celte opération lorsque la malade succomba à une autre affection.
Dans la plupart des cas, l'on se borne à huiler la conjonctive oculaire et palpébrale pour lu lubrifier et lui donner de la souplesse. Ammon recommande les irrigations d'eau froideou tiède, selon la sensation qu'en éprouve le malade. S'il se présente de nouvelles xérophthalmies à mon obser- \ation, j'essaierai l'huile de foie de morue, comme pouvant produire de meilleurs effets qae l'huile d'olivC;, en ce qu'elle résiste , pénètre , et peut produire des effets analogues à ceux qui sont produits par l'huile de poisson sur le cuir de vache desséché.
J'emploierai aussi, sur la conjonctive, un vésicatoire; car, malgré la cutisation, le vésicatoire produit son effet : et voici sur quoi je me fonde pour proposer ce moyen. M. St. A*** avait subi , il y a quelques années, l'opération de la circoncision , selon le procédé hébreu renouvelé par M. Lisfranc : soit en raison de la brièveté du prépuce, ou de toute autre cause, le gland resta découvert ; pendant quelques mois l'épithélium resta sensible , et les follicules balaniques sécrétèrent de l'humeur sébacée : peu à'peu ils s'obstruèrent, l'épithélium se durcit et devint même le siège d'une production épidermoïde tellement épaisse, que M. de St. A*** est devenu insensible non seulement au frottement du doigtsur la couronne ou gland, Jïiais aune titilla.tlonbien plus importante pour lui, celle de l'acte génital .C'est
'pour combattre cet endurcissement de la peau que je lui ai appliqué un vésicatoire du gland : ce vésicatoire amena im-
ïûédiatement la destruction des callosités et la production d'un épithélium nouveau.
Je compléterai cette observation en disant que M. St. A a déjà eu recours deux fois à ce moyen et que , pour en éviter un troisième, il porte un prépuce en caoutchouc , garni à Tinlérieur de pommade de concombre.
Voici maintenant l'histoire de la xérophthalmie observée da nsle service de M. Sanson.
Xérophlhalmie traitée par l'excision , sans résultat , service de M. Sanson , à l'Hôtel-Dieu.
Nicolas Pasquet, â^^é de vingt-six ans, d'abord berger, puis ensuite manœuvrier^ fut reçu ^ le 27 mars à iHolel- Pieu , salle Sainte- Jeanne , n° 45, pour un xérosis des conjonctives des deux yeux ; doué d'une bonne constitution, cet homme n'a jamais présenté de symptômes de gale , d'affection vénérienne ni de scrofules , et sauf une ophthalmie dont on ignore la nature , il a toujours joui d'une parfaite sanlé. A l'âge de quatre ou cinq ans , Pasquet avait sur la tête des croûtes jaunâtres qui fournissaient un suintement abondant, supprimé presque subitement par l'emploi de substances qu'il ne connaît pas. Peu de jours après cette suppression , les deux yeux, jusque-là parfaitement sains , sont envahis par une ophthalmie avec gonflement des paupières , rougeur de l'œil , impossibilité de supporter la lumière. Le malade ne peut dire si à cette époque la sécrétion des larmes était augmentée ou diminuée , ou bien si les yeux fournissaient un écoulement purulent. Des sangsues aux tempes à diverses reprises , des vésicatoires au cou et aux bras, des collyres dont on ignore la composition diminuèrent l'intensité de la maladie , sans la faire disparaître complètement. Jusqu'à l'âge de quatorze à quinze ans^ les yeux restèrent rouges , larmoyans, sensibles à la lumière; de temps en temps ces symptômes s'exaspéraient,
€t alors des sangsues , des collyres, soulageaient le malade sans le guérir ; pendant ce temps , le malade conserve sur le bras un vésicatoire , qui fut transformé en cautère, qu'il porte encore aujourd'hui. A cette époque, on lui insuffla dans les yeux du sucre en poudre, qui ne produisit aucun effet.
A l'âge de seize ou dix-sept ans , il consulta un oculiste ambulant qui lui donna une poudre blanche dont il ignore le nom, mais qui, grillée sur une pelle à feu, devenait rougeâtre et compacte ; on écrasait cette substance et on saupoudrait les yeux deux fois par jour. Chaque fois l'emploi de cette poudre produisait une vive douleur ; quinze ou vingt jours, après son appUcation, s'apercevant que sa vue diminuait, que la douleur et la rougeur augmentaient, le malade lui substitua un collyre d'eau blanche. Après ua mois ou deux de l'emploi de ce collyre, la douleur, la rougeur et le larmoiement avaient disparu de Foeil gauche , et bientôt Tœil droit se trouva dans le même état que le gauche et tels qu'ils sont aujourd'hui tous les deux. Depuis l'âge de dix-huit à vingt ans, le malade est sujet aux céphalalgies et aux étourdissemens.
OEil gauche. Le 30 mars, les paupières sont un peu tuméfiées , parcourues par un réseau veineux assez développé , mobiles , conservant leur direction normale et pouvant recouvrir l'œil droit exactement. Les cils châtains , peu nombreux , bien plantés , ne présentent pas de direction vicieuse; les points lacrymaux sont oblitérés, la caroncule lacrymale est blanchâtre , aplatie , à peine reconnaissable ; on ne distingue plus les orifices des glandes de Méibomius ; la conjonctive palpébrale et oculaire , d'un blanc grisâtre , comme recouverte de poussière , est sèche, forme un grand nombre de rides et de plis partout , excepté cependant sur la cornée , qui semble comme taillée à faceltes. Au dessous de cette membrane , on aperçoit de petits vaisseaux rougeâtres, surtout à l'angle interne. Les fiiouvemens de l'œil peuvent s'exécuter comme dans l'état
normal, en haut, en bas et en dehors; mais lorsque le malade porte la vue dans ce dernier sens, la conjonctive se ride en dehors de la cornée, et forme une espèce de troisième paupière, qui vient recouvrir cette cornée dans une étendue d'une ligne et demie à deux lignes ; lorsqu'au contraire le omalade veut porter l'œil en dedans , quelques plis moins prononcés qui, en dehors viennent recouvrir le côté interne de la cornée ; mais une bride , parlant de l'angle externe de i'œil, où elle adhère aux deux paupières pour se rendresur Je bord externe de la cornée, ne permet pas à celle-ci de se porter en dedans aussi bien que dans l'état normal , la conjonctive paraît plus épaisse sur la moitié inférieure que sur la supérieure de la cornée, où Ton distingue assez bien l'ouverture de la pupille qui ne présente rien de particulier. En examinant avec soin l'angle externe de l'œil, on n'aperçoit aucune sailUe , aucune tumeur formée par la glande lacrymale.
OEil droit. Les paupières sont dans le même état qu'à gauche , seulement leur angle externe est réuni dans retendue de deux ou trois lignes ; les glandes de Méibomius, les cils, les points lacrymaux , sont comme du côté opposé; la conjonctive présente aussi le même aspect ; mais les plis qu'elle forme sont moins prononcés, et s'avancent sur la cornée dans une moindre étendue qu'à gauche ; les mouvemens encore possibles sont cependant plus limités que dans l'œil opposé et surtout que dans l'état normal ; on distingue très-bien la pupille dans toute son étendue. Le malade distingue assez bien les objets ; selon lui , l'œil droit est meilleur que le gauche ; à six pieds de distance il peut reconnaître un franc ; depuis son lit il voit flotter le drapeau sur les tours Notre-Dame , sans cependant distinguer les couleurs ; il fixe mieux le soleil que les autres malades; lorsqu'il veut voir plus facilement , il humecte sa cornée avec sa salive . de l'eau et souvent avec son urine dont Teffet est plus marqué; son œil est insensible à l'action
d'une barbe de plume , du jus d'ognon ; les fosses nasales ïie sont pas plus sèches que celles d'un sujet bien portant. Toutes ses autres fonctions s'exécutent parfaitement ; notamment , il est sujet à un mal de tête. On lui prescrit une saignée de seize onces , des fumigations émollientes , des bains de pieds sinapisés. Les engines n'ayant produit aucun résultat, M. Sanson se décide à exciser la conjonctive malade.
A l'endroit où la conjonctive passe des paupières sur le globe oculaire, on pratique avec le bistouri, en haut et en bas, une incision semi-leptique, qui intéresse toute l'épaisseur de la conjonctive, et que l'on prolonge, et surtout en dehors, aussi loin que possible, sans intéresser cependant l'angle externe des paupières; avec des pinces et des ciseaux, on dissèque la conjonctive jusque sur les bords de la cornée et on excise les parties disséquées. Une portion de la conjonctive palpébrale aussi excisée, il s'écoule peu de sang pendant l'opération, qui, au dire du malade, n'a pas été bien douloureuse (on prescrit une saignée du pied et de l'eau de guimauve pour lotions).
Le 14 avril, depuis le moment de l'opération, le malade n'a pas souffert , si ce n'est à chaque pansement , qui consiste à glisser deux fois par jour, entre ses paupières et le globe oculaire, un petit stylet enduit de beurre frais, afin de prévenir les adhérences. Cette manœuvre cause chaque fois un léger suintement sanguin et une douleur assez vive, mais de peu de durée. La conjonctive qui couvre la cornée est dans le même état qu'avant l'opération ; le reste du globe oculaire est un peu rouge et humide, ce qui tient à ce que le malade l'humecte continuellement de l'eau de guimauve .
Le 16, la cicatrisation de l'œil gauche est complète ; la conjonctive est maintenant moins sèche, moins ridée qu'a-i vaut l'opéi-ation ; les vaisseaux qui rampaient sous cettômembrane ne s'aperçoivent plus ; l'œil peut se porter égale-^
ment en dedans et en dehors, mais les plis qui se formaient dans ces divers mouvemens, et s'avançaient sur la cornée, sont moins prononcés. Le malade prétend mieux distinguer les objets de Fœil gauche que du droit.
I^e 1" juin , à droite , desquamation surfuracée sur toute la conjonctive ; les petites plaques occupent également les paupières et le globe oculaire ; parmi ces derniers on en voit qui se continuent de la portion de la conjonctive qui recouvre la sclérotique sur celle de la cornée. A gauche la conjonctive est maintenant aussi sèche qu'à droite , seulement elle est plus adhérente et forme moins de plis. On peut très-bien distinguer la pupille dans toute son étendue, et le malade prétend maintenant y voir beaucoup mieux que du côté droit. Céphalalgie, saignée du pied, huile d'olive fraîche entre les paupières. Sous l'influence de ce dernier moyen, le malade trouve que sa vue s'améliore ; mais aussitôt qu'on l'interrompt, l'œil reprend son aspect primilif. Le malade est sorti le 2 juillet a peu près dans le même état que lors de son entrée à l'hôpital.
Ophthalniie purulente'traitée par le jus de citron ; excision de la conjonctive ; paracenthèse de l'œil.
M. ***** est un des hommes qui faisait partie de l'équipage du navire négrier le Rôdeur^ dont M. Guillie a tracé la triste histoire. Au retour de son chargement, il se manifesta à bord une ophthalmie purulente qui aveugla tout l'équipage, excepté un ou deux qui sauvèrent un œil, réalisant ainsi une de ces lamentables histoire des croisades.
M. **** croît avoir du le salut d'un de ses yeux aux instillations d'eau fortement acidulée -, l'autre ne se fondit point comme celui de ses autres infortunés compagnons , mais il resta en proie à un pannus qui se convertit plus
tard en véritable cutîsatlon : après avoir employé contre elle tous les moyens possibles, sans en obtenir aucun résultat , M. ***** voulant se débarrasser à tout prix de cette difformité , fit vider complètement son œil par un oculiste ambulant, n'ayant pu me décider à lui pratiquer cette opération. Le segment antérieur de Toeil enlevé , il se manifesta une inflammation suppurative de la conjonctive, elle •a repris sa souplesse normale, et il porte un œil artificiel qui a fait disparaître la difformité qu'il redoutait par dessus tout.
PAPiriiX: XT PINGUECUIiA.
On donne ce nom à deux petites tumeurs qui viennent sur la conjonctive. C'est Béer qui a nommé papule une petite élévation qui se forme à divers points de la conjonctive, qui est grosse comme une tête d'épingle , indolente , et stationnaire dans son développement ; car elle ne dépasse presque jamais la grosseur d'une tête d'épingle ; son développement ultérieur n'est le résultat que de l'imitation que l'on y détermine par des frottemens imprudens. Celte assertion est commune chez les jeunes filles dont la menstruation est difficile : quand elle est petite, on la détruit en la touchant avec un crayon de nitrate d'argent ; si elle est grosse, on la saisit avec une pince à dents de rats, et on la coupe d'un coup de ciseaux.
La pinguecula est une petite tumeur graisseuse qui se forme dans la conjonctive , dans plusieurs points de sa portion bulbaire; mais c'est surtout dans le diamètre transverse bi-pariétal de l'œil qu'elle se forme : elle ressemble d'abord à un petit flocon de tissu cellulaire primitif, analogue à celui que Ton rencontre dans les fœtus de trois ou quatre mois ; puis elle augmente peu à peu , et forme de petites élévations jaune serin , qui se réunissent quelquefois en groupe, pour former une espèce de pannus graisseux, dans le pourtour de la cornée.;
Celle tumeur ne part jamais seule, lorsqu'elle est pelite,' isolée , il faut ne pas s'en occuper, quand elle grossit, on procède à son enlèvement comme pour un ptérygiou.
OPHTHALMIE CORNÉENNJE , INFLAMMATION !>£ ZiA COILNÉi: , KÉRATITE.
Les inflammations de la cornée n'ont point fixé l'attention des anciens ; ils la considéraient comme une suite et une dépendance des ophthalmies en général. Julien Bose est un des premiers qui aient traité des maladies de la cornée dans une thèse soutenue à Leipsick (1) , il y a décrit l'inflammation de cette membrane qu'il considère comme Torigine et la cause de la plupart des maladies consécutives. '
Wetch, en 1807, Wardrop, en 1808, Hoffbawer, en 1820 , ont consacré à l'étude de la kératite ; des travaux fort bien faits. Plus tard Mirault d'Angers , Velpeau et Sanson (2) , ont étudié spécialement les maladies de la cornée, et ont écrit des monographies remarquables.
Rien n'est plus rare que ,1a kératite primitive ; elle est presque toujours le résultat de quelque autre tissu inflammé. Bien entendu, du reste, que nous excluons ici de cette classification l'inflammation de la cornée, suite de violences externes , d'application des caustiques , etc.
La cornée commence à s'obscurcir, elle s'entoure d'une seule inflammation formée par des vaisseaux rayonnans : elle prend une couleur vert de mer si bien décrit par Mackensie et Velpeau. Les symptômes sont surtout fort évidens quant la maladie commence par la face postérieure
<1) Nihilominus tamen cornea suo quoque modo inflanimationem sus cipil; (lum niniiruin in vehementissimo ophthalniiœ gradu (quem ctie-
mosini dicimus ) sanguis ex vasis suis inler ipsas corneœ laminas
mediante cellnlosâ inter se combinatas effunditur, etc. (Julius Bose, thesisinaug. Lipsise, 4767, p. 25.)
(2) Mirault, thèse inaug,; Sanson, Dictionnaire de médecine et chi- ^rurgie pratique.
delà cornée. La cornée commence par devenir opaque, son aspect est mat , terne , 1 humeur aqueuse perd sa transparence , la conjonctive oculaire et la sclérotique sont d'un rouge pâle , plus prononcé vers la cornée, sans cependant Tatteindre. Bientôt l'inflammalion augmente, des vaisseaux sanguins apparaissent.
Au commencement de la maladie, les individus ^qu'elle frappe ressentent une tension douloureuse sur l'œil et la région sus-orbitaire, surtout la nuit. La douleur augmente bientôt d'une manière assez intense , un épiphore considérable incommode beaucoup les malades, auquel se joignent la photophobie et un affaiblissement de la vue.
Quand l'inflammation commence par la sclérotique, il est difficile de voir des vaisseaux sanguins ramper sur la cornée, ils sont assez apparens au contraire quand la phlegmasie a été communiquée par la conjonctive à la sclérotique.
La couleur naturelle de l'iris peut se conserver, à moins pourtant que des stries sanguinolentes n'ait lieu dans la chambre antérieure. Bientôt la cornée se couvre de petites corps blancs , autour desquels on voit des vaisseaux injectés. Ce sont de petits abcès , qui peuvent s'ouvrir à l'intérieur ou l'extérieur, dans le premier cas ils constituent Thypopyon , dans le second , des ulcères de la cornée (voyez les notes). A tous ces symptômes locaux, il faut ajouter un trouble dans l'organisme par une fièvre inflammatoire , ou des symptômes gastriques.
Les causes efficientes sont généralement mécaniques; ainsi les blessures de la cornée par accident ou après l'opération de la cataracte ou un refroidissement des parties supérieures. Les douleurs peuvent diminuer, ou disparaître dans le cours de la maladie , pour se reproduire ensuite bientôt après.
Le pronostic se tirera , d'après la durée de la kératite ; ses récidives ; quoiqu'à son début et sous l'apparence des plus légers symptômes , le malade peut être exposé à de
graves dangers , surtout si l'inflammation produit l'obscurcissement de la cornée par une exsudation lymphatique. Une terminaison aussi funeste est d'autant plus à craindre que la maladie n'aura pas été traitée convenablement à soa début.
Le traitement de la kératite à son début doit toujours être antiphlogistique et en raison directe des phénomènes inflammatoires : c'est peut-être parce que Ton n'insiste pas assez sur ce moyen , que les affections de la cornée sont si longues et si difficiles à guérir. Après les saignées générales , il faut recourir aux évacuaitons locales , soit que l'on emploie les sangsues, soit que l'on recoure aux ventouses scarifiées. Toutes les fois qu'on le pourra , il faut préférer ces dernières; leur effet est plus certain, chez les enfans surtout. Depuis quelques années, M. Guersent père, praticien si habile à traiter les maladies des enfans , remplace presque toujours les sangsues par les ventouses: c'est surtout quand il faut agir aux tempes que l'on en sent tout le prix. Gomme dans toutes les inflammations des yeux, le calomel à doses élevées, joue un grand rôle, lequel est considérablement grandi par l'application externe qu'en a faite M. M ayor, de Lausanne, sous forme d'insufflation; autrefois on employait cette médication dans les cas tout-à-fait chroniques; les succès obtenus par M. Mayor, ceux plus récens, et non moins concluans, que rapporte M. Fricke de Hambourg, prouvent irrévocablement l'action anliphlogislique et résolutive du calomel ainsi administré.
Tous ces moyens cependant ne sont point suffisans pour arrêter T hyper-sécrétion de Ihumeur aqueuse. Il se manifeste souvent dans l'œil en raison de cette sécrétion exagérée une tension telle que la cornée se sépare de la sclérotique dans le point où celte dernière est moins forte, c'est-à-dire a la partie supérieure et externe ; l'humeur aqueuse s'échappe alors avec bruit. On reconnaît que l'humeur aqueuse
est excédante en ce que la cornée est proéminente , que le malade accuse un sentiment de tension extrême accompagné de douleurs, d'inquiétude, de névralgie, sus-introorbitale aiguë. Afin défaire cesser, et les douleurs da malade et les craintes fondées d'un éclatement presque suivi de la perte de l'organe, M. Wardrop proposa d'évacuer Thumeur aqueuse; ce procédé lui réussit si bien que cette pratique est restée parmi les chirurgiens anglais^ qui l'emploient journellement, sans que rien ne vienne justifier les craintes exagérées que démontrent la plupart des chirurgiens allemands pour cette opération : Lagenbeck et Léchla la proscrivent ; quant à moi, j'y ai eu recours avec succès et pendant long-temps j'ai cru être le premier qui l'eusse pratiquée en France, ainsi que je le disais dans la Gazette Médicale (1) : je m'estime heureux d'avoir été précédé , comme j'en ai eu la preuve depuis , par un homme qui l'employa sans succès, et à l'autorité duquel j'attache un grand poids^ c'est Marc-Antoine Petit de Lyon (2) : comme l'évacuation de l'humeur aqueuse s'emploie dans un certain nombre de cas , nous consacrerons à cette opération un article spécial.
De la kératite scrofuleuse. Tout ce que nous venous de dire de la symptomatologie de la kératite simple , se rapporte aussi à la kératite scrofuleuse ; celle-ci n'en diffère que parce que la maladie commence toujours par une pustule aphtoïde dans un point quelconque de sa circonférence, et que c'est cette pustule qui , par son ulcération ou les soulèvemens sous-conjoncliviens qu'elle produit , occasione des ramoUissemens , des épanchemens, d'où dépendent presque toujours les changemens de forme de la cornée. La kératite scrofuleuse n'est jamais primitive, elle est toujours précédée d'une inflammation strumeuse de la conjonctive. Cette maladie n'est point exclusivement l'apa-
~ (i) Gazette médicale^ i%Z^.
(2) M. A. Pelit, oiivr. cité, p. 132.
nage de l'enfance ; j'en ai vu sur des hommes âgés de plus de quarante- cinq ans et vérifiant ainsi les observations de Guthrie (1). La kératite comporte avec elle tous les symptômes de rophlhalmie scrofuleuse; mais ici la photophobie est plus intense , en raison de l'altération directe de la cornée, et de l'inflammation sympathique de la membrane de rhumeur aqueuse , et de la choroidite secondaire dont elle est presque toujours suivie.
Les altérations de la kératite strumeuse sont les mêmes que celles de la kératite simple ; ce sont les ulcérations , les obscurcissemeus , le staphylome et l'hypercératose. Il en est une cependant qui lui est propre , c'est le changement de forme de la partie antérieure de l'œil qui devient conique, et qui prend une forme analogue à celle des oiseaux du genre Stryx (2).
Froriep (3) a parfaitement expliqué cette transformation par les deux figures ci-jointes^
composées de cercles divers,' et pour Tintelligence'' de laquelle je dois rappeler que Winslow avait comparé 'a cornée à une petite sphère placée sur une sphère plus grande.
Le pronostic est plus grave que pour la kératite simple ,'
(1) Guthrie , Remarks on strumous corneitis and iritis. ( Médical and surgical journal. Édimb., 4828, tom. XXIX, pag. 315.)
(2) Carroii du Yillards , Buïletin clinique , 1836.
(3) De corneite scrofvlosa ^ aiiciore Robcrto Froriep^ Jenœ, 1830, pag. 6*
parce que la scrof uleuse est plus fréquente chez les enfans , et qu il est difficile de leur faire suivre un traitement convenable. Le traitement de la kératite strumeuse est lô même que celui de l'ophthalmie scrof uleuse. Je dois ob^ server seulement que toutes les fois que je vois apparaître une pustule sur la cornée, je la touche immédiatement avec un pinceau nitrate , comme pour les pustules varioleuses. Par ce moyen elles avortent presque toujours, et ne sont suivies ni d'ulcération ni d'obscurcissement. J'ai été conduit à cette pratique par les succès que j-'ai obtenus pour les pustules varioleuses qui, à leurdébut, ne diffèrentpas des pustules aphtoï des. Pourquoi la méthode ectrotique serait-elle moins heureuse ici que dans le traitement de la variole , de la pustule vénérienne, et l'expérience et les succès plus forts que les théories et les idées préconçues ?
UIiCilLES DE I.A CORNÉE.
Les ulcères de la cornée ne sont que des épiphénomènes de la kératite 5 ils revêtent diverses formes et diverses colorations. La première espèce est celle qui se manifeste à la suite de Ja pustule aphtoïde lorsque celle-ci est rompue , ou bien lorsqu'une pustule variolique de la cornée n'a ^ point été àfrêtée dans sa marche. On aperçoit alors sur un ou plusieurs points de la cornée une petite érosion en forme de fossette, d'une couleur gris de perle, et dont les bords paraissent renversés : cette petite ulcération marche rapidement, et est assez douloureuse, parce que le bord tranchant de la paupière vient continuellement heurter contre elle. Elle peut promptement perforer la cornée, et donner passage à l'humeur aqueuse.
La seconde espèce d'ulcération est celle que M. Velpeau nomme lymphatique, et que l'on rencontre souvent dans la kératite scrofuleuse des adultes : lorsque la couche grisâtre de matière plastique qui le recouvre est détachée, Ton observe un ulcère irrégulier, frangé, et dont les limites
sont mal déterminées (Velpeau); c'est un des ulcères les plus fâcheux; car il entame largement la cornée, et produit des cicatrices très-graves par leurs résultats.
Une troisième espèce d'ulcération de la cornée est celle que Ton nomme épicauma, ou ulcère brûlant, parce qu'il est accompagné de chaleur très-douloureuse , et qui augmente lorsque les larmes coulent en abondance. Cette ulcération peut altérer profondément les tissus de la cornée sans altérer sa couleur. Il est donc important d'examiner l'œil sous divers jours afin de le reconnaître en temps utile. Cette altération peut quelquefois détruire la cornée en entier;!,
Il est une espèce d'épicauma sans douleur, qui use la cornée en forme de facette comme un diamant taillé et que l'on ne peut apercevoir qu'en plaçant Toeil de biais ; c'est une véritable usure de la cornée, méconnue des Anciens.
Sous le nom d'ulcère en coup d'ongle, M. Velpeau(l) a décrit une espèce d'ulcération qui entoure la cornée sous la forme d'une rainure. Celui-ci cherche à contourner la cornée plutôt qu'à s'étendre sur elle. Celte ulcération a des bords renversés, elle marche très-rapidement, et elle finit par user tellement la cornée que celle-ci s'ouvre et donne passage à l'humeur aqueuse. Ce phénomène arrive trèspromptement quand l'ulcération coïncide avec une affection catarrho-purulente de la cornée. J'ai vu plusieurs rhexis de l'œil très-prompts et arrivés de cette manière chez des ophthalmistes de l'armée belge.
Toutes les ulcérations de la cornée sont accompagnées de photophobie et de larmoiement ; ces d.eux symptômes sont toujours plus ou moins vifs en raison de la plus ou moins grande altération de la cornée. {Ulcère phagédénique^ Voyez : Maladies syphilitiques de l'œil.
Les ulcères de la Cornée constituent une maladie grave , dont on ne peut pas toujours calculer l'étendue, la profon-
(1) Veljpeau, ouvr. cité.
deur,la durée : en raison de celte incertitude, le pronostic de ces ulcérations doit toujours être réservé; car si l'ulcération ne fait point perdre la vue , elle gêne toujours plus ou moins la vue, en raison de la modification que font subir à la cornée les phénomènes des cicatrisations et de régénération des tissus.
D'après les observations de M. Velpeau (^), un des meilleurs moyens de guérir et d'arrêter les diverses ulcérations de la cornée , c'est de les traiter par les instillations de collyres de nitrate d'argent : cette médication ne paraîtra pas extraordinaire , lorsqu'on se rappellera que le professeur Scarpa , avait pour habitude de toucher tous les ulcères de la cornée avec un petit crayon de nitrate d'argent fondu. Cette pratique, qui a été si heureuse dans ses mains et dans celles de ses nombreux élèves, n'est-elle pas une véritable méthode ectrotique. Quant à moi, persistant dans une voie qui m'a fourni des résultats si avantageux, j'emploie toujours la cautérisation , même à l'état le plus aigu, ensuivant le même procédé que pour les pustules aphtoïdes et varioleuses. La cautérisation, bien loin d'augmenter la photophobie et le larmoiement, les diminue au contraire. M. Velpeau (2) a observé les mêmes résultats à la suite de l'instillation du collyre de nitrate d'argent.
Mais je ne partage pas l'opinion de se savant professeur sur l'emploi du vésicatoire dans quelques cas d'ulcérations de la cornée; ils augmentent l'irritation locale et par l'œdème qu'ils provoquent dans les parties molles, ils empêchent de pouvoir examiner l'œil a volonté.
Lorsque l'ulcère est arrêté , l'on emploi avec avantage les collyres détersifs astringens, et sur la fin de la cicatrisation du laudanum de Sydenham, mélangé avec un tiers d'eau dans le principe , puis employé peu à peu , à doses plus fortes, ensuite tout pur.
0) Velpeau, vépeit. cité.
(2) lde?n.
X>U S]CaATOC£Z.£.
On a donné le nom de kéralocèle à une petite tumeur de la cornée qui s'effectue par un mécanisme analogue à celui de l'anévrysme mixte externe (Velpeau), c'est-à-dire que la cornée, détruite dans ses lames profondes, se dilate dans ses lames superficielles plus ou moins affaiblies. C'est M. Jûngken qui a le premier décrit cette maladie : ses opinions ont été développées en France par M. Stœber; mais il est une autre espèce de kératocèle qui se comporte et se forme d'une manière tout opposée ; c'est celui qui se forme par la hernie des lames internes de la cornée, à travers une ulcéralion profonde de celle-ci. Dans les deux cas, le kératocèle est une maladie assez grave, dont on ne peut indiquer un traitement-certain, tant il peut avoir de causes diverses; cependant le kératocèle produit par l'ulcération et la saillie des lames internes , se guérit sous l'influence de quelques collyres astringens. Il ne faut point perdre de vue que son développement ultérieur est presque toujours suivi de la rupture de la cornée herniée à travers laquelle s'échappe l'humeur aqueuse qui souvent entraîne lïris. Par les mêmes applications astringentes, on peut aussi guérir toute autre espèce de kératocèle ; mais c'est beaucoup plus long à disparaître.
"^ Ramollissement de la cornée. Toutes les fois que la cornée a été long-temps enflammée , sa force de cohésion diminue; alors elle est susceptible de s'amollir et de perdre sa forme. Il y a plusieurs sortes de ramollissement : le ramollissement opaque , le ramollissemeut pullacé , enfin le ramollissement transparent.
La première espèce de ramollissement qui nous occupe , peut être général ou partiel ; quand il est général , la cornée , après une teinte gris-de-perle complètement opaque , a perdu sa forme habituelle : tantôt elle est conique, tantôt elle est bosselée en divers endroits. Lorsque la cornée IL 7
n'est usée dans aucun point, elle ne change nullement de
couleur : ce n'est que lorsqu'elle s'use graduellement et
s'amittciî outre mesure, que l'on aperçoit différenles petites
tumeurs noirâtres , produites par l iris que Ton nomme
raisinièrcs, nom que leur ont donné d(^'à les anciens. Cette
maladip a été observée fort souvent par Vetch à la suite de
ropliilj.vmie égyptienne; Rosas l'avait aussi décrit avec
be:mcouj> de soin, au rapport de M. Siœber. Ce professeur
avu't vu un œil tellement ramolli, que chaque coniractioa
musculaire des paupières sulTisaii pour le déformer. Il
est une autre espèce de ramollisseuieni de la cornéeque
M Ve'pcau a décrite le premier, et que jusqu'à prés» ni je
n'ai jamais rencontrée. Il n'en avait vu lui-même que iroLs
cas, existant sur des femmes présumées atteintes de syphilis,
Yoici cjmment s'exprime M. Yclpeau : u Les trois yeux
» malades nous ont offert exactement les niômes caractères.
» Toute lu cornée, extraordinairement rarélîée, simulait
» une petite pomme, noire, brune ou peu roussâtre, qui sou- *
» levait les paupières et proéminait entre elles à la manière
» d'un énorme staphylome de l'iris. Celte tumeur molles^
» treuihlotante, insensible, comme striée ou semblable à
» une niasse de mélanose, s'était, à ce qu'il paraît, dévelop-
» pée en peu de jours ; je dis à ce qu'il paraît, attendu que
» que je n'ai pu me procurer aucun renseignement exact
>» sur son origine , et qu'elle avait acquis son plus haut
» degré, lorsque les malades entrèrent à Thôpital.»
On donne le nom de ramollissement pultacé à différentes formes de modifications organiques qu'a subies la cornée, et dont la plupart ont été décrites avec un soin tout parti- • culier en France par le docteur Mirault (l), en Allemagne par le professeur D'Ammon. Ce ramollissement offre différentes formes et différentes couleurs j tantôt lu cornée
(I) Thèse citée, et Archives de médecine, 1823»
est aplatie , sang^uine ou couleur de rouille , tantôt elle est végétante comme une plaie bourfïineuse , tantôt enfin ses lames sont soulevées et ressemblent à du lait cailleboté ; malgré tous ces désordres, il ne faut point se hâter déconsidérer la cornée comme perdue d'après les faits exposés par M. Mirault, dyns sa leitre au professeur LaUemand, Ton a vu qu'un grand nombre de cornées ainsi transformées n'avaient point tardé à recouvrer une transparence suffisante pour permettre au malade de pouvoir se conduire* L'on oppose au ramollissement partiel ou général de la cornée le même traitement que pour les maladies chroniques de cette pai lie de Toeil. La dernière espèce de ramollis emenl est celle connue sous le nom de hypercéraiose ; nous lui consacrerons un article spécial en traitant de Thydropisie de l'œil; car nous ne la considérerons pas comme une maladie de la cornée , mais bien comme la conséquence de diverses autres espèces de maladies.
OBSCURCISâZMEZUS DZ: X.A CORNÉE.
Les auteurs appellent obscurcissement de la cornée des taies de formes variées auxquelles on a donné différens noms. Ces taies ont toujours pour causes des affec/ions chroniques qui, sans être accompagnées d'inflammation, détruisent la transparence partielle ou générale de la cornée. Ces altérations se distinguent entre elles par leur forme, leur couleur, leur étendue et leur cause.
Nous les diviserons en cinq genres principaux, savoir; le néphélion ou nuage , l'albugo , l«s cicatrices de la cornée , l'obscurcissement sanguiq et l'obscurcissement purulent.
Le néphélion (nuage) , offre un obscurcissement nébuleux blanchâtre, très-peu intense, demi-transparent; il trouble la vue , sans jamais la détruire en entier; il est situé assez souvent entre la cornée et la sclérotique ; les malades
voient comme à travers un brouillard , ne peuvent point distinjïuer les petits objets. Le néphélion peut couvrir toute la cornée , ou bien n'occuper qu'une très-petite étendue.
Quelquefois l'obscurité muqueuse s'étend sur la mar^^c de la cornée ; c'est alors qu elle n'obscurcit pas entièrement la vue : la couleur des taches acquiert différens degrés d'intensité , et sur le même œil il peut en exister de plus ou moins foncées. Il est quelquefois difficile dans cette période de distinguer la couleur de l'iris et celle de la pupille, c'est à celte particularité de la maladie, qui est l'intermédiaire du néphélion à l'albugo , que les ophthalmologistes avaient donné le nom d'œgis.
De l'albugo, La cornée offre un obscurcissement plus considérable, d'une blancheur plus intense^ à limites distinctes. On aperçoit quelquefois un point noir qui indiqua le prolapsus de l'iris. Quand l'albugo est en face de la pupille, il abolit entièrement la vue ; il est toujours plus intense à sa surface qu'à sa circonférence ; quand on ne porte pas une attention scrupuleuse à l'albugo , l'on peut prendre cette affection pour une cataracte ; mais avec plus de soin, et un peu d'expérience, en considérant l'œil obliquement, il est facile de se convaincre que l'obscurcissement occupe la cornée , et si l'on applique sur l'œil l'extrait de belladone, on n'obtiendra pas une dilatation artificieuse de la pupille, comme cela a lieu dans la cataracte. Les cicatrices de la cornée se forment par des causes traumatiques, des ulcères ou des abcès de la cornée; elles ont tantôt une forme zonulaire dentelée dans leur étendue ; elles peuvent occuper une grande surface de la membrane ou être très-pêlites ; mais dans tous les cas les limites des unes et des autres sont bien déterminées. Quand les cicatrices sont entourées, de toutes parts ou d'un seul côté, d'une espèce d'obscurcissement, elles prennent les noms de leucomateuse et de nébuleuse.
De Volsourcissement purulent. A la suite des exophlhrl-l mies , qui n'ont offert aucune trace d'ulcères, comme nous Tavons déjà fait pressentir , l'obscurcissement peut avoir lieu. Il peut exister des abcès de la cornée dont la sérosité du pus est résorbée , tandis que Taulre partie se durcit et forme une tache jaune, proéminente, séparée par des stries grises. Maî(jré l'ordre que nous cherchons à mettre dans la différence des taies de la cornée , nous avouons qu'il est souvent difficile de les distinjjuer, de reconnaître les causes qui les ont produites; mais, l'habiludeetles souvenirs du malade venant en aide , l'on pourra acquérir quelques notions pour établir son pronostic.
De r obscurcissement sanguin. Il est toujours la suite de contusions de l'œil ou des inflammations vives de la cornée. Le sang s'épanche entre les lames de celle membrane.
Les taies de la cornée chez les enfans surtout, et quand elles sont de petites dimensions, peuvent disparaître peu à peu, même contre Tattente du chirurgien. Quand la cicatrice est incurable, elle est semblable à un arc placé sur la marge de la cornée, offrant une taie qui ne prive point de la vue ; mais cet arc est plus fréquent chez les vieillards et on lui reconnaît pour cause l'ossification.
Le traitement des obscurcissemens de la cornée est presque (out externe, à moins que la maladie ne récidive un grand nombre de fois par l'inflammation , ayant pour cause une diathèse occulte; mais, tout en exécutant le traitement général approprié aux causes internes, il ne faudrap oint négliger les topiques convenables pour la résolulion des taies. Il est important, dans le traitement externe,' de s'assurer de la nature de l'obscurcissement; ainsi les laies produites par des congestions lymphatiques ont jme consistance dure et fibreuse : Ton emploiera les émoiliens, dont les plus usités sont , Thuile de vers terrestres, de lis , de noix , la moelle de bœuf, le mucilage de coings, le miel , les extrails de ciguë , de chélidoine ; tous ces
ipédicamcnsont besoin d'être employés Irès-frais sans cela ils pourraient causer d<^ rinflamiriaiion. On doit les instiller dans l'œil plusieurs fois le jour au moyen d'un pinceau, d'une plume à écrire ou d'une petite cuiller; après quoi on frotte fréquemment les y<^ux. Ce traitement doit continuer jusqu'à ce que la tache se gonfle, devienne transparente, d'un bleu d'azur, et que les vaisseaux aient disparus dans la conjonctive. Si aptes une application prolongée, d'un ou de plusieurs de ces médicamens on n'obtenait pas de changement notable, il faudrait inciser légèrement d« manière à ne point percer la cornée, soit avec une aiguille à cataracte , un bistouri ou des ciseaux très-fins , répéter de temps en temps les incisions et alterner avec les topiques.
Quand la consistance de la laie sera diminuée, il sera convenable de passer aux médicamens résolutifs , désaltérans pour activer la résorption et donner du ton à la fibre organique. Ainsi l'on emploiera le borax , l'alun calciné , le sulfate de zinc , la lutie, le verre pilé , l'opium et ses diflerentes préparations , etc. Dupuytren se servait fréquemment composé d'un collyre d'égales parties de calomel, de lulie et de sucre, qu'il portait sur la taie au moyen d'un pinceau humecté préalablement : on venait en foule à THôtel-Dieu pour se faire traiter par Dupuytren , et il réussissait très-bien.
M. Récamier (1), à qui la science est redevable d'un si grand nombre de médications importantes , a recommandé les injections en forme de douches, pour guérir les opacités commençantes ou récentes de la cornée. On les pratique soit avec un récipient terminé par un boyau et une canule , soit avec une seringue à jet continu, dont l'orifice doit être le plus étroit possible : la matière des injections se compose de trois parties d'un liquide émollient,etdeux de lait.
(4) Gazette de santé , année 4827, pag. 208.
Depuis quelqn^^s années ^ j'emploie avec avanlago l'iiuile de foie di^. morue {oU'umjPcoris Asellî)^ appliquée avec un pinceau à miniature. Pour que ce moyen réussisse , il faut l'employer (ort lon{y-temps , à doses (graduées , et en suivant les indications presci itesdans le Mémento pharmaceutique. J'ai vu le docteur Arvius de Coblentz mettre en nsafje avec un é^jal succès le suc à\\ fîrillon domestiquf^ écrasé (^grûlus domesticus Linnœi ) , et placé sur la taie avec les barbes d'une plume. Il est important que le suc emp'oyé soit récent: j'ai souvent (juéri des taies par l'insiill^tion de îa vieil'e huile de noix. L'on peut recourir après tous ces moyens, au laudanum de Rousseau, de Jaeger ou au mien; ïnais ces médications ^ont énergiques, etil sera bon de les appliquer avec précaution. En thèse générale, les médica^nens qui peuvent causer de l'irritation sur les yeux , ne doivent pomt prolonger leur action au-delà d'un quart d'heure; car alors ils peuvent causer de l'inflammation. Le professeur Lallement de Montpellier a tiré de très-beaux succès de l'emploi du nitrate d'argent fondu : par de légers altouchemens, il réussissait à faire passer la taie de la cornée à l'état aigu, puis il la traitait de nouveau , comme si elle fût récente.
Voici maintenant quelques faits bien remarquables de guérison de nuages et taies anciennes de la cornée.
I" OBSERVATfONi
Taie datant de trente cinq ans; application de l'huile de foie de morue pendant quatre mois ; guérison.
Le nommé PieiTe Dautier, charbonnier, portait depuis trente-cinq ans une taie qui couvrait tout le champ de la pupille, au point que, s'il fermait l'œil sain , il ne pouvait se conduire. C'est dans cet état qti'il se présenta au dispensaire , dans le courant de l'été de 1836. Je lui conseillai de tenter l'usage de l'huile de foie de morue , en commençant
par de l'huile blonde. Pendant trois semaines , il n'éprouva aucun résultat de celte application. Tout à coup , l'on reconnut que la taie perdait son opacité: de blanc moiré qu'elle était, elle devint d^une couleur opaline : peu à peu elle prit une voie décroissante, enfin l'on reconnut l'ouverture pupillaire. L'huile blonde fut remplacée par l'huile brune et enfin aiguisée avec du laudanum de Rousseau. La guérison fut complète en quatre mois. Le malade a été vu avant sa guérison et après par MM. Gastellin , Roux de Marseille, Isnard et autres.
Taie consécutive à une kératite ; inutilité de divers traitemens ; guérison pai l'huile de foie de morue.
Mademoiselle G. Lallemant , fille du général de ce nom, blonde et lymphatique , portait depuis quelques années , à la suite d'une ophthalmie avec kératite, une opacité fort développée sur la cornée. Après avoir inutilement employé tm grand nombre de moyens , elle fut confiée à mes soins> et je la soumis à l'usage de l'huile de foie de morue , appliquée soir et malinsur la laie avec un pinceau à miniature. Pendant plusieurs mois , ce moyen fut continué avec assiduité ; la couleur perlée fit place à une teinte opaline : peu à peu il ne resta qu'un nuage, et celui-ci finit par se dissiper complètement , sans qu'il en reste aucune trace.
Taie profonde , suite de kératite ulcéreuse ; administration de l'huile de foie de morue ; guérison.
„ Le fils du colonel Soubeiran portait depuis plusieui*s années une kératite strumeuse dont il n'avait jamais pu se débarrasser : de temps en temps elle repassait à l'état aigu.
Je parvins à le guérir en le soumettant à un régime convenable et à un traitement approprié. Restaient les taies de la cornée, suite des ulcérations.
Je pensai que les applications d'huile de foie de morue , pourraient faire disparaître les traces de l'ulcération. Pendant quatre mois , l'on n'en éprouva aucun résultat. Après ce temps écoulé, la taie recommença à pâlir. L'huile blonde fut renforcée par Vhuile brune : deux nouveaux mois s'étaient à peine écoulés, qu'il ne restait plus aucune trace de l'obscurcissement; la guérison s'est soutenue.
GÉHONTOXON.
\/lrc sénile, anneau sénile. Le nom que Ton a donné à cette maladie semble indiquer qu'elle est exclusivement Tapanage de la vieillesse; il n'en est rien cependant; car on la rencontre aussi chez les jeunes gens fils de vieillards, et Wardrop(l)a constaté que cette affection était héréditaire dans une famille. Il est partiel ou général, congénital ou accidentel. On doit le considérer comme un envahissement de la matière fibreuse de la sclérotique; et quand on examine au microscope solaire un fragment de cet arc , on y reconnaît facilement la forme fibreuse de la sclérotique , surtout lorsque la sclérotique a été usée par le staphylome ciliaire ou par une hydropisie sous-scléroticienne.
STAPH-^LOMi: 3>£ I.A CORNén.
Par staphylome de la cornée , on entend une déformation de cette membrane et sa fusion avec l'iris , compliquées d'obscurcissemens et de perte de la vision. Le staphylome de la cornée peut être général on partiel , selon que la maladie a envahi toute la cornée ou seulement une de
(1) Wardrop , ouvr. cité , p. 9L
ses parties. On lui donne le nom de spbérîqiîe , quand la cornée est malade dans toule sa périphérie ; conique , au contraire, quand elle se termine en po nte. 11 est vraiment étonnant de voir la quantité de noms qu'on lui a donnés , depuis Hippocrate jusqu'à nos jours , pour désigner cette maladie.
Lorsqu'une inflammation profonde de Toeil, surtout celle qui a son siège dans l'iris et dans la membrane de Desceinets, n'a pas été combattue à temps, ou lorsque la maladie a résisté au traitement dirigé contre elle ; il se manifeste dans la partie aniérieure de l'œil des phénomènes qui en modifient la forme. L'iris, la cornée , la membrane de l'humeur aqueuse se gonflent, se rapprochent, et il se manifeste quelque ulcération ou quelque (^ervure dans la cornée, l'humeur aqueuse s'évacue, l'iris se trouve immédiatement en contact avec la pariie interne et convexe de la cornée , il y adhère , se fond avec elle et forme dans quelques cas une synéchie antérieure complète. Souvent la maladie ne se borne point là ; il se manifeste du côté de la lentille cristalline des adhérences avec l'iris, et de cette manière se trouvent détruits les deux espaces que l'on est convenu de nommer chambre antérieure et postérieure de l'œil.
Malgré ces diverses adhérences, la sécrétion de Thumeur aqueuse n'est point totalement interrompue , et c'est a son excès de présence qu'il faut surtout attribuer la formation du siaphylome spliérique qui se forme d'autant plus facilement que la cornée sera moins retenue par des adhérences profondes.
Cette forme sphérique est que^uefois si prononcée, que toule la cornée s'est dédoublée pour se transformer en une peau mince , distendue pur un liquide , se crevant quelquefois spontanément , et se remplissant de nouveau après la cicatrisation.
Lorsque les parties de la cornée qui correspondent à
Son uriiorî' avec la sclérotique ont été renforcées par W£Le adhérence complète de liris, la cornée se df double seulement au centre et présente une petite pyramide à base trcs-Lu^ge , ce qui a fait donner à cette affection le nom de stapliylome conique de la cornée. De même (JUÔ l'autre , il est susceptible de se crever et' de donner passage à ilinmeur aqueuse. Les évacuations se répétant plusieurs fois , rœii peut dé{j;énérer et prendre une physionomie cancéreuse , d'autant plus probable qu'à celte époque, la conji-nciive qni recouvre la cornée est sillonnée de toutes parts par d<^s myriades de petits vaisseaux, s'anastomosani Us uns avec les autres, (t qni, arrivés autour de la cornée, ferment un cercle variqueux assez prononcé.
C'est par un mécanisme analogue à celui que nous avons indiqué pour la formation du staphylome conique que se produisent les staphylomes partiels de la cornée. Celle ci ayant été usée ou ramollie dans quelque point de sa circonférence, riris la chasse en devant, et elle se dédouble au devant de lui comme une aponévrose au devant du sac herniaire. Lorsque le staphylome est partiel, il peut rester un ou plusieurs transparens dans la circonférence de la cornée.
Cette maladie est quelquefois confondue avec Thydrophthalmie antérieure de la propulsion conique de la cornée , connue sous lenom d'hypercératose , et avec quelque foi me de kératocèle. li est facile cependant de ne pas faire erreur en se rappelant que, dans Thydropisie antérieure de l'œil, riris ne change pas de forme et de position, à moins toutefois que le cristallin ne soit excessivement hypertrophiée. Quant au kératocèle , c'est une petite tumeur transparente surgissant à travers un ulcère ou une plaie de la cornée sans Texistence d'une synéchie antérieure.
Les causes qui produisent le staphylome de la cornée sont les mêmes que celles qui produisent les ophthalmies; et c'est surtout lorsque celles-ci sont produites par les
scrofules, la syphilis, que la dégénérescence et la déformation de la cornée est plus rapide. Les sujets à tempérament lymphatique, à peau vulnérable, y sont plus exposés que les autres. La maladie se produira d'aulantplus facilement que la cornée aura été plus spécialement enflammée. Aussi, à la suite des ophthalmies varioleuses , blennorrha{>iques^ gonorrhéiques , rien n'est plus fréquent que de voir la cornée se ramollir et dégénérer en diverses espèces de slaphylomes. Les blessures de la cornée , sa destructioa partielle par les acides , provoquent souvent ces déformations.
Le staphylome de la cornée est une affection grave sous plusieurs rapports : l*' parce qu'il détruit plus ou moins complètement la vision; V parce qu'en augmentant de volume , il ne tarde pas à déborder les paupières , dont les contractions irritent les parties et produisent ua afflux de sang continuel, à la suite duquel se manifestent fort souvent des dégénérescences de mauvaise nature se terminant presque toujours par le cancer. Lorsqu'il resie un point de la cornée, qui est transparent, la maladie office encore quelque espoir de guérison.
Des moyens proposés pour guérir le staphylome de la cornée sont presque aussi nombreux que les noms qu'on lui a donnés. En effet, les eff'orts de tous les chirurgiens anciens et modernes ont été unanimes dans leurs tentatives, pour guérir la maladie et surtout la difformité. Ainsi Platner eiWoolhouze recommandèrent la compression ; Celse, Aëtius , Paul d'Egine , préconisèrent la ligature ; Heister, Bell, l'incision cruciale; Janin, Béer, prescrivirent la cautérisation avec le beurre d'antimoine; Saint Yves, Giinz,Koftum, recommandèrent la pierre infernale avec la précaution de laisser au centre du staphylome un petit fragment du caustique pour y produire un petit cautère : enfin, Wardrop attribua une vertu curative très-prononcée à l'évac^aiiun de l'humeur aqueuse.
Dans la plupart des cas, ces moyens sont infructueux; il faut avoir recours à l instrument tranchant pour enlever la maladie. Mais il ne faut point se dissimuler que Topération ne rend point la vue, mais elle corrif^e la diflormité. Voici comment le professeur Scarpa recommande de pratiquer cette opération :
« Le malade étant assis, la tête fixée par un aide, Topérateur prend un petit couteau semblable à celui dont on se sert pour l'extraction du cristallin ; il Tenfunce dans la tumeur, qu'il transperce de dehors en dedans, à une ligne et demie ou deux lignes de son sommet, puis, poussant Tinstrument dans la même direction, il taille, aux dépens de la tumeur, un lambeau demi-circulaire, très analogue à celui qu'on pratique sur la cornée dans Topération de la cataracte ; il soulève ensuite ce lambeau avec une pince , et Vexcise au niveau de la base en portant en haut le tranchant de l'instrument. Le diamètre du segment qu'on emporte à l'aide de cette double section toujours relatif aux dimensions de la tumeur, peut varier depuis deux jusqu'à quatre lignes. Le plus souvent on enlève avec le sommet de la tumeur, une petite portion de Tiiis, qui dès le principe du mal contracte avec la cornée des adhérences plus ou moins étendues; mais la lésion de cette membrane est moins un inconvénient qu'un avantage , puisqu'elle facilite la sortie du cristallin et celle d une partie de l'humeur vitrée. Après cette évacuation partielle, le bulbe de 1 œil s'affaisse et se cache derrière les paupières, sur lesquelles on applique un plumasseau de charpie sèche, maintenu par une simple bande. »
Cette opération fut décrite par le professeur Scarpa en 1801; je me plais à le rappeler ici, parce que c'estun parti pris par quelques personnes d'attribuer à M. le professeur Jseger des inventions| auxquelles il n'a aucun droit , c'est ainsi que Marcellus Hoelzl lui attribue ce procédé lors-» qu'il n'y a fait qu'une modification imperceptible qui con-
mie à saisir la tumeur avec un petit crochet. Or, comme déjà, plusieurs fois , j'ai été appelé à redresser les préienlions de M. Jaeger et de ses élèves, je crois devoir citer ici en entier le passage de M. Hoelzl qui a rapport à cette opération, qu'on lui attribue à tort :
« Sedeat œ^jer pedibus extensis in sella mediocriteraltâ, ») reelinaiorio orbaiâ. Assistens rétro illum siet, arque pal- » niam manûs alierius aegri fronli imponat, caputque pec- 3) tori suo adprimat et ita firmet ; digitis manûs ejusdem w aut elevatorio Richteri palppbram superiorem elevet et -» marf^ini orbiudi snperiori adpressam teneat ; dijjiiis ma- » nûs a'terius (oculi operandi correspondentis ) pnlpebram ». inferiorem detrahat. — Operator antè ae^jrum sedeat, seu » melicis , quoniam in operatione lali dolorificâ ae^ri con- V slanliae et quieti fidendum non est, siet, atque lumoris » ap ce hamulo prelienso , scalpelhim Beerii , hune in scoîvpurn inventum (Staphylom-Messer) , quod ni! alind est, » nisi sculpellum pro cataraclae extraclione (Staarmesser) » majus et firmius, acie sursum directJ in angulo oculi ex- » terno ad corneae staphylomatosœ basim infra ocu'i dia- » mctrum horizon lalem intrudat , donec , uti in cataracfse M extractione in angulo externo proveniat scalpelli apex, M quod lum ulterius protrudat et ita partem superiorem , » cirriter 2/3 totius, solvat; quo facto statim acie scalpelli » ejusdem deorsùm versa partem inferiorem rescindât. — î> Haec operaiionis methodus a cel. doctore Frederico Jae- •» ger inventa, omnibus aliis merito est prœferenda quoniam » nec lantum instrumentorum adparatum fut qui in eleva- ^) torio Richteri , hamulo et scalpello consislit), nec eorum » mutationemdeposcit, atque indicationemomnemimplendo »f brevissimo peragitur tempore (1). »
Comme on le voit , on n'a eu que la peine de traduire le procédé du professeur Scarpa^ en y ajoutant l'usage d'un
(i) M. Hoelzl, Dissert, de staphylomate, Vienne, 1820, p. 28.
crochet pour saisir la tumeur , ce qui n'est nécessaire que dans le second temps deropération, et que Ton fait beaucoup mieux par le procédé que j'ai déjà indiqué dans la Gazette médicale , je veux parler de la pince à crochet de Maunoir(i). Comme après cette opération la vue est perdue, qu'il se forme un nouveau tissu fibreux, j'ai pensé qu'il deviendrait plus rationnel de vider complètement l'œil afin que le bulbe s'affaissât davantage , et que le malade pût jouir plus .sûrement des bienfaits de la prothèse oculaire.
Le professeur Scarpa avait prescrit comme dangereuse et irrationnelle !a méthode deWoo'houze, qui consistait à enlever circulairement avec le staphylome cornéen, an moins une li(;ne et demie de la sclérotique. Celle méthode était presque toujours suivie ou d'hémonrhagie très-considérable, ou d'inflammation profonde. Quand on n'agit quesur un point de la circonférence de la sclérotique, ces inconvéniens ne sont pointa redouter; voici le procédé que j'emploie pour obtenir la disparition du staphylome , et l'affaissement de rœil au moyen d'une cicatrice convenable :
Le malade étant placé comme pour l'opération précédente, un aide relève la paupière, et je saisis un bistouri courbe de Polt non boutonné (bistouri à fistules). Cet instrument tenu en troisième position, je l'enfonce dans l'œil à la partie externe à trois lignes environ de l'insertion de la cornée avec le sclérotique, le tranchant tourné en haut; puis, faisant décrire à la lame un quart de cercle, je fais par un mouvement de bascule ressortir la pointe à la même distance qu'il est entré du côté du grand angle : j'abaisse vivement le poignet en achevant la section de dedans en dehors en retirant la lame. De celte manière l'œil se trouve divisé en deux parties dans le centre de la cornée : saisissant alors les deux lambeaux l'un après l'autre avec des pinces à crochet , je l'excise avec des ciseaux courbes sur leur plat , de manière à avoir une perte de substance semi-
(1) Gazette médicale citée. ]
elliptique très-allongée. L'iris se trouve compris naturellement dans cette section, et lorsque 1 œil est revenu sur lui-même, Ton obtient une cicatrice régulière , solide, qui supporte sans inconvénient un œil ariificiel.
J'ai employé plus de vingt fois ce pi océdé avec succès. MM. Comperat et Bonjean. mes élèves, l'ont pratiqué de même sous mes yeux. Ainsi que les autres procédés, il est irès-peu douloureux; ce n'est qu'au troisième jour qu'il se manife^^te en général quelques phénomènes inflammatoires accompagnés de douleurs , la suppuration s'établit et l'œil s'affaisse sous Finfluence de l'évacuation des humeurs et se transforme en un tubercule uniforme au centre duquel l'on découvre dans les premiers temps un autre petit tubercule rouge que Ton fait disparaître en le touchant avec le nitrate d'argent. Le professeur Scarpa observe que, bien loin d'être ob'igé de combattre les accidens inflimmutoires, il faut souvent provoquer la suppuration en introduisant dans la cavité de lœtl une petite tenie de linge qu'on laisse dans la cavité jusqu'à ce que la suppuration se soit établie. Il ^st même des cas où il devient nécessaire d'appliqiuT des catapla mes sur l'œil. Dans les cas oii la suppuration ne se déterminait pas assez pron^ptement, j'ai vu le professeur Caïroli porter au fond de i'œil un crayon de nilrate d'argent fondu.
Lorsque le stapliylome partiel est de bonne nature et qu'il ne gêne pas le mouvement des paupières . il faut l'abandonner parce que son excision, produisant l'évacuation complète de l'humeur aqueuse, peut mellre complètement l'iris en contact avec la cornée et produire un staphylome général ainsi que Ta observé le professeur Jseger dans une opération qu'il fit le 13 avril i820 à la clinique devienne. Lorsque le staphylome partiel est compliqué d'occlusion complète de la pupille ; le professeur Béer prétend (1)
(1) StaphyJomat. métamorphose ^ s. 43 , anm.
qu'en pratiquant une pupille arlificielle "on est plus sûr de guérir qu'en faisant la récision. Jùngken est du même avis(1). Lorsque cette opération est inapplicable , il faut détruire la tumeur cornéenne en la touchant fréquemment avec la pierre infernale et mieux encore avec un petit pinceau d'amianthe imbibé de beurre d'antimoine.