THEATRE LYRIQUE
C’est mercredi matin, à sept heures, que les fédérés mirent le feu au Théâtre Lyrique.
Le concierge, M. Mial, prévoyant quelque funéste accident, était sorti ce jour-la pour mettre ses enfants en sûreté. Sa femme était donc seule quand les fédérés se présentèrent .
Us étaient environ quarante sous la conduite d’un colonel d’état-major de la garde nationale, qui tout d’abord appuya son pistolet sur la gorge de madame Mial, lui enjoignant de les diriger à travers le théâtre.
La malheureuse femme, tremblante, prit les clefs, les conduisit sur la scène et dans les différents couloirs. Des bonbonnes de pétrole furent déposées dans les dessous tandis que l’on badigeonnait les murs à grands flots du liquide incendiaire.
Madame Mial contemplait ces sinistres préparatifs avec terreur, elle essaya de se retirer.
— Restez, lui cria brutalement le colonel.
— Mais pourtant, maintenant que je vous ai conduits, vous n’avez plus besoin...
— Restez, répéta-t-il, ou je vous brûle la cervelle.
La concierge eût très vraisemblablement péri dans les flammes si, profitant d’une distraction des incendiaires, elle n’avait eu le bonheur de s’échapper.
Cependant le feu gagnait rapidement ; des coulisses il s’était étendu aux loges et, quelques instants après, des torrents de flammes signalaient à Pqris ce nouveau sinistre.
Incendié le mercredi matin, à sept heures, le Théâtre Lyrique a brûlé jusqu'au soir, et, quand enfin le dévorant fléau eut arrêté ses ravages, il ne restait plus que la façade, le foyer du public compris; tout le reste, sans exception, avait été brûlé.
Le désastre est énorme. L’on sait que la construction des deux théâtres (théâtres Lyrique et du Châtelet) n’a pas coûté à la Ville moins de huit millions. Il faut ajouter à ce chiffre la perte d’une quantité considérable de matériel.