L'HOTEL DE VILLE
Le plus irréparable de tous les malheurs dont la rue de Rivoli a été le théâtre, est l’incendie de l’Hôtel de Ville.
Ce monument, que sa destination semblait devoir mettre à l’abri de la destruction, n’a pas échappé aux sauvages atteintes des incendiaires.
Dans ses murs calcinés se trouvent des monceaux de cendres, derniers restes des immenses et précieuses archives de l’état civil.
C’est une perte irréparable pour l’art et pour la société.
Les incendies allumés dans Paris par les ordres du Comité de salut public Font été, tout le prouve aujourd’hui, en vertu d’un plan dès longtemps arrêté, qui n’a pu être exécuté dans tous ses détails
et dans toute son horreur, grâce à la promptitude des opérations de l’armée .
Le procès de l’Internationale de juin 1870 mérite, à ce point de vue, d’être lu avec attention. On y trouve, dans une lettre de Gluseret, cette phrase significative : « Ce jour-là (le jour de la révolution), je vous l’affirme, et je ne dis jamais oui pour non, Paris sera à nous, ou Paris ri existera plus. »
On avait saisi, en outre, chez Pindy, un des prévenus de l’Internationale qui a joué un rôle important dans la révolution du 18 mars, des formules de poudres et d’engins destructifs avec ces mentions : « A jeter par les fenêtres. » — « A jeter dans les égoûts. » Pindy déclara qu’il ne possédait ces objets qu’à titre de simple curiosité. Mais si nous rapprochons ces découvertes et ces préparatifs des incendies et des tentatives d’embrasement de la ville entière dont nous venons d’être témoins, nous en arrivons à être convaincus que ce n’est pas comme simple curiosité que M. Pindy avait ces formules, et qu’il possédait déjà les engins destructeurs, dont l’emploi était formellement désigné par les étiquettes placées sur leurs enveloppes.
Pindy était, depuis le 18 mars, colonel commandant de l’Hôtel de Ville, il avait plusieurs fois
manifesté son intention de faire sauter ce monument plutôt que de se rendre. Laissé par Eudes dans l’Hôtel de Ville quand le Comité de salut public et la Commune se retirèrent à la mairie du XIe, il s’acquitta de la mission qui lui avait été confiée, et c’est certainement sur ses ordres que le feu a été mis mercredi à l’Hôtel de Ville.
Le désarroi était si grand parmi les derniers défenseurs de la Commune, et les ordres si contradictoires, que chacun agissait un peu à sa guise et prenait sur lui les plus graves décisions sans se préoccuper s’il ne compromettait pas le salut de ses compagnons.
C’est ainsi que les fédérés, qui défendaient les barricades construites autour de l’Hôtel de Ville, n’apprirent qu’assez tard l’évacuation de ce monument et qu’on venait d’y mettre le feu.
Ils se replièrent alors en désordre, abandonnant les barricades sans prévenir les postes avancés et les bataillons qui occupaient la Préfecture de police, que les gardes nationaux quittèrent dès qu’ils apprirent l’incendie de l’Hôtel de Ville, mais, seulement, après y avoir mis le feu.
Il s’en fallut de peu que les défenseurs de la Préfecture ne fussent cernés, grâce à l’abandon
des barricades qui protégeaient le derrière de leurs positions.
Si ces bataillons n’avaient pas été prévenus, la troupe aurait eu le temps de cerner la Préfecture et aurait pu ainsi empêcher l’incendie de ce monument.
C’est à tort que l’on a dit qu’un grand nombre de cadavres de fédérés avaient été engloutis dans les décombres de l’Hôtel de Ville. La veille du jour où le feu a été mis au palais municipal, tous les membres de la Commune et les employés de ce pseudogouvernement sont sortis en grand appareil. Il était nuit close. Le cortège, éclairé par la lueur des torches, s’est dirigé vers la rue du Temple, et de là vers le boulevard et Belleville.
Deux hommes sont restés à l’Hôtel de Ville. Ils étaient spécialement chargés d’accomplir la sinistre exécution.
On les voyait courir comme des démons au milieu du palais abandonné, semant des traînées de poudre, renversant des bonbonnes de pétrole, répandant de tous côtés des matières incendiaires.
Nous savons de plus que plusieurs bataillons avaient pour mission d’empêcher les pompiers d’aller éteindre le feu.
MAIRIE DU IVe
La Mairie du IVe arrondissement a été également incendiée, mais on a pu se rendre maître du feu, sans que le bâtiment ait beaucoup souffert dans sa construction.
Toute la rue Saint- Antoine, du côté droit, depuis l’église Saint-Paul jusqu’à la Bastille, a été criblée par les obus; les maisons sont presque toutes atteintes par des projectiles.
Le temple protestant est à jour, les obus l’ont transpercé ; le magasin du Paradis des dames a beaucoup souffert; l’église Saint-Paul a une partie de sa toiture enlevée.
La façade de l’église Saint-Leu, sur le boulevard Sébastopol, est transpercée ; des milliers de projectiles sont venus s’abattre sur elle. Toute la . sculpture extérieure est perdue.
Les anciens bâtiments de l’Arsenal, occupés par la direction de l’artillerie, ont été incendiés; aujourd’hui, les flammes se montrent encore,
et des explosions de capsules se font entendre à tout moment.
La Providence a protégé ce quartier, qui aurait sauté tout entier, si les munitions n’avaient pas été retirées quelques heures avant que l’incendie ne fût allumé.
La Bibliothèque, si riche en manuscrits et en précieuses collections, est intacte; la caserne des Célestins n’a pas souffert non plus .