LE PALAIS D’ORSAY ET LE CONSEIL D’ÉTAT
Le palais d’Orsay, où siégeaient le Conseil d’État et la Cour des comptes, a été, comme on le sait, la ' proie des incendiaires de la Commune.
Peu de jours après le 18 mars, le citoyen Peyrouton se présentait comme délégué de THôtel de Ville et prenait possession du palais. Jusqu’au 1er avril, on laissait encore pénétrer dans le bâtiment ; mais à partir de cette époque, les gens de la Commune commencèrent les visites dans les salles et cabinets. Les tiroirs furent forcés et vidés. Un nommé Coussinki, appartenant au 91e de marche, fut installé comme chef du matériel du Conseil d’Etat, et un nommé Coppmann, avec la même qualité, à la Cour des comptes. En même temps, le 135e et le 67e bataillon s’établirent dans le palais et dans les maisons avoisinantes. Le 67e (de la place du Trône) est resté jusqu’au dernier moment .
Le mardi 23, à six heures du soir, les troupes du Gouvernement ayant occupé le palais Bourbon, les fédérés commencèrent à déguerpir ; à plusieurs reprises, il avaient pris la fuite, et Ton crut le quartier sauvé ; mais les fédérés revinrent aux palais de la Légion d’honneur et d’Orsay, pour mettre à • exécution les sinistres instructions parties de l’Hôtel de Ville. Des tonneaux de pétrole furent apportés dans la petite cour du côté de la rue Bellechasse, et le feu mis à la partie ouest du bâtiment. En même temps , des gardes nationaux du 67e enfoncèrent les portes du. Conseil d’Etat, et apportèrent dans les salles et la bibliothèque des matelas imprégnés de pétrole. Tout le rez-de-chaussée fut incendié et le feu se communiqua rapidement au premier, à la Cour des comptes, par les escaliers et par les vastes ouvertures pratiquées au plafond des salles d’attente pour recevoir le jour.
Il était sept heures moins vingt quand le feu éclata ; il se propagea avec une rapidité inouïe, qui s’explique par la construction du monument, tout en bois à l’intérieur et rempli de papiers. Non-seulement Paris fut couvert de paperasses enflammées, mais le vent en emporta à Versailles, et, ce qui est plus étonnant, les pompiers accourus du dépar-
tement de l’Eure rapportèrent des débris de papiers noircis provenant de la Cour des comptes, et qui avaient voltigé jusqu'à Evreux. Le palai; est entièrement consumé; il n’en reste que les murs. L’escalier d’honueur de la Cour des comptes est couvert par les fresques de Chassériau qui ont échappé en partie ; les deux grisailles du bas sont intactes; au premier, le grand panneau représentant la Paix 'protectrice des arts est brûlé en partie ; le panneau en face : « 1/ Ordre pourvoit aux frais de la guerre » est presque intact, ainsi que les panneaux du fond : « La Justice rèprimantles abus et le Gommer ce rapprochant les peuples. »
Au Conseil d’Etat, deux belles toiles sont en cendres: le président Duranty , par Paul Delaroche, dans la salle du contentieux, et Justinien , par Eugène Delacroix, dans la salle de législation. Dans la grande salle de l’assemblée générale se trouvait une série de beaux panneaux représentant Vauban, Sully, Colbert, Richelieu, Turgot, Suger, Portalis et Cambacérès.
Le palais d’Orsay a eu pendant sa construction des destinations différentes. Elevé sur l’emplacement occupé par un chantier de bois, il devait être le palais du roi de Rome ; plus tard, il fut con-
tinué et presque fini, pour recevoir le ministère des affaires étrangères ; enfin, vers 1840, on se décida
à y établir le Conseil d’Etat, qui siégeait alors dans un bâtiment du ministère des travaux publics, et qu’on installa au rez-de-chaussée. La Cour des comptes., qui de temps immémorial avait son siège au Palais de Justice, occupa le reste du palais d’Orsay.
On évalue à plus de deux millions les frais de réparation, et il n’a pas encore été pris de décision au sujet de l’installation du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes, jusqu’à la réédification de leur ancien local.