GRENIER D’ABONDANCE
Le jeudi, 25 mai, vers deux heures, on voyait de différents points de Paris une épaisse colonne de fumée entremêlée de flammes s’élever du côté de la Bastille. C’était le vaste établissement du boulevard Bourdon qui flambait, sans qu’on ait pu y entreprendre des travaux de sauvetage, à cause de la présence des fédérés.
Les immenses magasins du Grenier d’abondance formaient le plus vaste des docks de Paris. Un bâtiment en pierre, long de 350 métrés, s’élevait là sur le bord du canal. Des caves magnifiques, trois étages de magasins, des grues puissantes, un chemin de fer, des batiments annexes , une salle de vente et une quantité d’environ douze à quinze mil-
lions de marchandises, ont été la proie des flammes. Il y avait là du blé, de l’huile, des spiritueux, un peu de vin et une énorme quantité de morue. Toutes ces substances en combustion ont répandu dans le quartier une odeur nauséabonde.
Elevé en 1807, le Grenier d’abondance a longtamps servi de réserve aux boulangers de Paris, dont il contenait l’approvisionnement pour deux mois. La liberté de la boulangerie le fit abandonner il y a quelques années, et M. F. Godillot y établit un dock pour le commerce. Pour y entreposer les huiles, ce négociant y avait construit quarante tonneaux gigantesques, semblables à des tours de place forte. De toutes ces installations , il ne reste plus qu'un monceau de matières incandescentes, et quatre murs menaçant ruine, qui le font ressembler à une forteresse démantelée.