PLACE DU CHATEAU-D’EAU
Les maisons nos 1 et 2 formant le coin du boulevard Voltaire et de la place du Château-d’Eau, celles nos 20 et 22 sur le même boulevard, ainsi que les magasins du Grand Turgot au coin de la rtie du Temple, sont entièrement brûlés.
La caserne du Prince-Eugène a été criblée de projectiles ; les maisons qui entourent cette immense place ont aussi été atteintes.
La vaste construction des Magasins-Réunis a également beaucoup souffert .
La fontaine du Château-d’Eau a eu deux de ses énormes lions renversés de leurs socles, dans la vasque ; la position qu’ils occupent prouve avec quelle violence étaient lancés les obus qui les ont atteints.
DELASSEMENTS
Depuis quelque temps le théâtre des Délassements avait obtenu divers succès sous l’habile direction de MM. de Jallais et Gœtschy.
Le mercredi, 24 mai, plusieurs gardes nationaux fédérés, dirigés par un sous-lieutenant, se présentèrent au théâtre, s’adressèrent à M. Gœtschy, et lui plaçant un revolver sur la poitrine, lui demandèrent du feu pour incendier le théâtre; sur son
refus, le sous -lieutenant et ses hommes se dirigèrent dans le théâtre, allumèrent l’incendie en commençant par les loges des artistes, et continuèrent ensuite par les stalles.
Une vive fusillade avait lieu dans ce moment sur le boulevard du Prince-Eugène et au coin de la rue d'Angoulème. M. Gœtschy ne put obtenir aucun secours ; en peu de temps, le théâtre fut anéanti. Le café situé à l’angle de la rue d’Angoulème eut le même sort, mais M. Pouech, son propriétaire, a pu sauver une partie de son matériel.
Le préjudice que l'absence de ce théâtre fera éprouver dans ce quartier sera vivement senti par les nombreuses personnes qu’il faisait vivre ; M.et Mme de Jallais, qui avaient beaucoup contribué parleur aménité à rendre cette administration fructueuse, ont reçu de toutes parts des témoignages de regrets et de la plus vive sympathie.