DIMANCHE 28 MAI
Il semblait, à mesure que cette funeste bataille d’une semaine touchait à sa fin, que les fédérés, dans un effort désespéré, avaient plus de ténacité encore ; mais nos soldats n’avaient rien perdu de leur entrain des premiers jours. Leur courage leur fit surmonter tous les obstacles.
La lutte était si vive dans la matinée, qu’on n’osait espérer une fin si prochaine.
Les barricades de la rue Saint -Maur et du faubourg du Temple furent longues à enlever, les balles sifflaient encore à une heure sur la place du Château-d’Eau.
Mais les fédérés étaient serrés de plus en plus et complètement cernés entre le canal Saint- Martin et le faubourg du Temple.
Un grand nombre d’entre eux mirent bas les armes, après avoir épuisé toutes leurs munitions.
D’autres furent pris au moment où ils brûlaient leur dernière cartouche ; c’est environ vers cinq heures que la troupe s’emparait de tout le quartier et les faisait prisonniers jusqu’au dernier; parmi eux se trouvaient quelques membres de la Commune, restés jusqu’alors introuvables.
Plusieurs convois de prisonniers sont passés dans l’après-midi sur les boulevards.
Un premier groupe de douze à treize cents hommes, ainsi que quelques femmes ; puis, plus tard, quatre ou cinq mille environ.
Beaucoup d’entre eux étaient revêtus de l’uniforme de la ligne, sous lequel nos soldats viennent de se montrer si dignes.
On avait retourné les capotes sur le dos des prisonniers, et on les fit mettre à genoux un instant, en passant devant l’église de la Trinité.
Ces convois étaient escortés de cavaliers, revolver au poing.
C’est ainsi que se termina cette fatale semaine de guerre civile, pendant laquelle, du matin au soir et du soir au matin, passaient sur nos têtes des milliers d’obu-s partant des buttes Montmartre, et fendant l’air de leur sifflement sinistre.
LE POINT-DU-JOUî{
Photographie par Pierre Petit,