‹ Guide theorique et pratique du photographeChapitre 2 sur 107 · GUIDE PRATIQUE · texte numérisé non relu

GUIDE PRATIQUE

DU

Au xvie siècle, le physicien, Jean -Baptiste Porta découvrit que, dans une chambre parfaitement obscure, on peut voir l'image des objets extérieurs éclairés par le soleil. Son procédé était assez simple; il pratiquait dans le volet d'une fenêtre une petite ouverture circulaire du diamètre du petit doigt; la fenêtre était hermétiquement bouchée de manière à interdire tout autre accès à la lumière, et en rapprochant ou en éloignant un carton blanc de l'ouverture pratiquée dans le volet, il voyait s'y former l'image distincte, mais renversée, des objets extérieurs éclairés par la lumière. Porta observa que l'image était d'autant plus claire et d'autant plus nette, que l'ouverture donnant accès à la lumière était plus étroite, et qu'on pouvait donner à cette image la plus grande netteté en plaçant une lentille convexe dans cette même ou-

Guide du Photographe. 1

verture. Il parvint en outre à redresser l'image au moyen d'un miroir, en sorte qu'on put l'observer dans la chambre obscure, non plus renversée, c'est-à-dire avec transposition des objets de gauche adroite, mais dan« leur ordre naturel et tels qu'ils sont.

Le célèbre napolitain pressentit l'importance et l'avenir de sa découverte, au moyen de laquelle, dit-il : Maxima naturœ secreta nobis illucescere possimi.

C'est pour cela qu'il propose l'usage de la chambre Boire aux personnes inhabiles dans l'art de la peinture, pour dessiner les personnes et les choses. Il fait observer que les objets à dessiner doivent être bien éclairés par le soleil; que l'opérateur doit approcher ou éloigner de l'ouverture du volet le carton qui lui sert à dessiner, jusqu'à ce que l'image ait acquis sa plus grande netteté, avant d'en tracer les contours au crayon, ou de la colorier au pinceau, suivant ses formes et ses couleurs. (Voyez note lre.)

Non-seulement les personnes qui ignorent l'art de la peinture, mais encore les peintres et les dessinateurs les plus habiles empruntèrent dans la suite le secours de la chambre noire. Le Car* letto s'en servit vers l'an 1697 pour faire son admirable vue de Venise.

Mais aujourd'hui chacun peut, sans aucune peine, obtenir des résultats bien plus parfaits; on peut, à son propre travail, substituer celui de la lumière, dans la délicate opération de dessiner, d'une manière per«manente, l'image fugitive des objets représentés dans la chambre noire ; et la lumière obéissante opère avec une fidélité et un art incomparables.

Il est intéressant et même utile de connaître com-

ment on est parvenu à faire agir la lumière dans la chambre noire pour lui faire dessiner en traits ineffaçables l'image des objets naturels.

On savait depuis très-longtemps par expérience que l'action de la lumière altère, modifie et détruit un grand nombre de corps. Les couleurs les plus brillantes qui enrichissent nos étoffes de soie, de coton et de laine sont d'ordinaire peu fixes; il suffit souvent d'un coup de soleil pour les faire passer sans retour.

Beaucoup de sels se décomposent au contact de la lumière avec une singulière facilité. Les sels d'argent jouissent au suprême degré de cette propriété; le chlorure d'argent exposé aux rayons directs du soleil, ou même seulement à la lumière diffuse, ne tarde pas à se décomposer, à noircir, à se changer enfin en argen t métallique tellement divisé qu'il paraît noir.

En 1 802, Wedgwood et le célèbre Davy publièrent les premiers essais directs qu'on ait faits pour utiliser cette propriété des sels d'argent à la reproduction des estampes, des gravures, etc.

Ils imprégnaient une feuille de papier avec un sel altérable à la lumière, la recouvraient avec le dessin et exposaient ainsi te tout au soleil. La lumière transmise par les blancs du dessin et interceptée par les noirs, impressionnait partiellement le papier sensible et produisait une copie exacte du dessin, mais dans laquelle les noirs étaient traduits par des blancs, et vice versa. (Voyez note 2.)

Il fallait encore fixer la copie obtenue pour la rendre inaltérable à l'action ultérieure de la lumière; mais les deux physiciens anglais échouèrent devant la solution

d'un pareil problème. Ils essayèrent bien aussi de reproduire l'image de la chambre noire, mais sans aucun succès; leur préparation n'était point assez sensible pour être impressionnée sous l'influence de la faible lumière qui forme l'image dans la chambre noire.

Un français, J. Niepce, sans avoir connaissance des tentatives faites avant lui par Wedgwood et Davy, avait commencé vers 1813 à s'occuper de résoudre le même problème, et sans se laisser décourager par les difficultés de son entreprise, il était arrivé à reproduire les mêmes résultats déjà obtenus avant lui. Il parvint de plus à fixer limage peinte par la lumière dans la chambre noire et à rehausser ainsi l'importance et l'utilité de cet instrument.

Tous les bitumes, les résines, et les résidus des huiles essentielles sont sensiblement décomposés par la lumière. Aussi à l'exemple de Wegdwood et Davy qui avaient eu recours aux sels d'argent, Niepce se servit de ces autres substances pour arriver à dessiner au moyen de la lumière.

L'asphalte ou bitume de Judée blanchit promptement, lorsqu'il est exposé aux rayons lumineux. Le choix de Niepce s'arrêta sur cette substance. Le. but que se proposait cet inventeur se bornait dans le principe à la reproduction des estampes et des gravures. Pour y arriver, il rendait transparent le dessin à copier par l'application d'un vernis, de manière à faciliter la transmission de la lumière; il appliquait ensuite ce dessin sur une planche d'étain, recouverte d'une couche de bitume de Judée ; les rayons lumineux, en tra-

versant les blancs de rira âge, blanchissaient d'une part le bitume sous-jacent ; mais, interceptés par les ombres de la gravure, ils ne pouvaient d'un autre côté changer la couleur noire du bitume. Par cette méthode, lorsque la lumière avait terminé son action, on obtenait une reproduction fidèle du dessin, dans laquelle les lumières et les ombres conservaient leur ordre naturel.

Pour fixer cette image, il fallait enlever la substance restée altérable à la lumière. Niepce y parvint en plongeant la plaque métallique dans l'essence de lavande. Les parties du bitume non impressionnées parla lumière s'y dissolvaient, tandis que celles qui avaient été altérées par l'agent lumineux demeuraient insolubles. On avait donc obtenu un dessin produit par la lumière, et ce qui est bien plus important, un dessin inaltérable à l'action ultérieure de cette même lumière. Tels sont les premiers pas qui furent faits dans l'art que nous possédons aujourd'hui d'utiliser l'action décomposante de la lumière sur une grande variété de combinaisons chimiques.

La faible intensité de lumière qui accompagne et qui produit l'image dans la chambre obscure fut un grand obstacle pour Niepce, lorsqu'il voulut reproduire cette image; mais enfin vers 1825 il réussit à l'obtenir dans un espace de 6 à 8 heures.

Sa manière d'opérer dans ce cas était tout-à-fait analogue à sa méthode de reproduction des estampes et des gravures :

Il recouvrait une plaque de cuivre argenté avec le bitume de Judée, et l'exposait pendant un temps suffisant dans la chambre noire ; il terminait ensuite l'é-

fi INTRODUCTION.

preuve et la fixait avec un mélange d'essence de la- ! vande et de pétrole. Les parties correspondantes aux > ombres, qui n'avaient pas été impressionnées par la lumière, étaient dissoutes, et l'épreuve obtenue prenait ainsi un grand développement, tandis que les parties jj correspondant aux lumières, profondément altérées par les rayons lumineux, n'étaient point attaquées par ÌB mélange. De cette manière l'image obtenue présen- ; tait encore un effet naturel : c'est-à-dire que les lumières et les ombres de cette image correspondaient ï à celles des objets représentés. Les lumières étaient j formées par le bitume devenu blanc, les ombres par ji le poli du métal, les clairs-obscurs et les demi-teintes ! par les parties du bitume sur lesquelles le dissolvant | avait agi d'une manière incomplète.

Les images ainsi produites se formaient lentement f et étaient loin d'avoir la perfection voulue. L'inven- i teur essaya une foule de moyens pour augmenter la |i sensibilité de l'asphalte, et pour rendre le dessin obtenu j plus vigoureux, plus intense, d'un effet plus artisti- I que, en traitant la plaque sensible avec différentes sub- j stancefc, parmi lesquelles nous citerons surtout l'iode dont il attendait un meilleur effet. (Voyez note 3.)

Dans cet intervalle, un habile peintre de Paris ayant appris qu'on était parvenu à fixer l'image de la chambre noire, trouva moyen d'obtenir de îNlepce la révélation du secret qui le conduisait à ce résultat.

Daguerre, c'était son nom, une fois mis au courant des procédés du nouvel art, que son inventeur désignait sous le nom à'héliographie, cessa bientôt de pratiquer la peinture pour se lancer exclusivement dans

atte nouvelle voie; il se mit à travailler de concert ivec Niepce.

Comme cela arrivé toujours aux inventeurs, il n'était pas donné à Niepce de voir la réalisation des espérances qui lai avaient coûté tant de sacrifices. A la veille de jouir du triomphe de son art et de recevoir la juste récompense de ses travaux persévérants, le destin voulut qu'il fût enlevé par une mort subite, pauvre, sans gloire, ignoré même de ses concitoyens.

Daguerre, resté seul, continua à travailler sans relâche à perfectionner le merveilleux art inventé par Niepce, et ses efforts furent couronnés d'un succès inespéré.

Il avait observé qu'une plaque de cuivre argenté soumise à la vapeur de l'iode, suivant la méthode indiquée par Niepce, et laissée ensuite partiellement exposée à la lumière, puis mise au contact de la vapeur du mercure, subissait les modifications suivantes : la portion de la plaque qui avait subi l'influence lumineuse était accusée très-distinctement , tandis que la partie restée dans l'ombre ne manifestait aucun changement.

Ce fait conduisit naturellement Daguerre à substituer l'iode au bitume, et le mercure au mélange de lavande et de pétrole, et il devint ainsi possible d'obtenir des résultats beaucoup plus parfaits dans un espace de temps infiniment plus court.

La mercure n'a pas la double propriété du mélange dont nous venons de parler ; il ne peut pas concourir en même temps au développement et à la fixation de l'image ; il ne fait que la révéler, sans dissoudre la

substance restée altérable à la lumière; celle-ci doi être enlevée au moyen d'un dissolvant convenable Daguerre y réussit en employant une dissolution concentrée de chlorure de sodium, qu'il abandonna plot tard, sur les indications de John Herschel, pour adopter Ihyposulfitede soude dont l'effet est beaucoup plus prompt et plus sûr. p

Dans ce second procédé de Daguerre, une lame de cuivre plaquée d'argent, après avoir été exposée pendant quelques minutes à la vapeur de l'iode, à la température ordinaire, et après avoir ainsi reçu à sa superficie une couche d'iodure d'argent, est placée unmediatement dans la chambre noire. La lumière decompose inégalement l'iodure d'argent, et cette décomposition ne se manifeste d'une manière visible, quen exposant la plaque aux vapeurs du mercure! STT COndensent eù Plu* àa moins grande Sï? ? Partl6S qUe k lumière a ?lus ou moms 1 " atteqUéeS' k conden^ion dumercure

produit des lumières sur les parties blanches du dessin, tandis que les ombres ou les noirs sont principalement traduits par le poli de l'argent, mis à nu par le dissolvant fixateur. (y0yez note 4 ) P

anno^failt nmalgFé lesimmenses Perfectionnements apportes par Daguerre à l'invention de Niepce, on ne

Rageusement à fane des portraits. L'iodure d'argent seul, quoique bien plus impressionnable que le bitume employé au début, exigeait un temps d'exposition trop prolongé pour permettre la reproduction des êtres animés % était réserve à un habile et savant artiste, à M. Clau-

det de Lyon, fixé depuis quelques années à Londres, de trouver le moyen d'exalter au suprême degré la sensibilité de l'iodure d'argent. Il lui suffit pour cela d'exposer simplement la plaque iodée à la vapeur du chlorure d'iode. D'autres auteurs ont proposé dans la suite de remplacer le chlorure d'iode par le chlorure de soufre, le brômoforme, le brome étendu d'eau, et enfin M. Bingham a découvert l'incomparable bromure de chaux au moyen duquel on parvient à abréger la durée de la pose, au point que l'impression de la chambre obscure est devenue pour* ainsi dire instantanée. En effet, il est démontré qu'on peut reproduire les ondes d'une mer agitée, une revue, une procession, quand le photographe a su préparer sa plaque au maximum de sensibilité dont elle est susceptible.

Il manquait encore aux images obtenues par la méthode de Daguerre , un moyen de les rendre plus solides, plus vigoureuses et de corriger le ar disgracieux reflet métallique. En effet, elles laissaient beaucoup à désirer du côté de leur résistance à, l'action du temps, et le plus léger contact suffisait pour les altérer. Le dépôt de mercure sur l'argent était peu adhérent et comparable à la poussière des ailes d'un papillon ; de plus, la différence de teinte entre le mercure et l'argent n'était pas assez tranchée, pour donner à l'image une vigueur convenable, elle était encore affaiblie par l'éclat des deux métaux.

En 1840, M. Fizeau fit connaître un procédé de son invention, au moyen duquel il plaçait l'image daguerrienne sous l'égide du plus inaltérable des métaux, de l'or ; il la fixait ainsi, la renforçait et détruisait en

partie ce fâcheux reflet métallique qui ne permettait de la voir que sous un angle déterminé.

La photographie semblait avoir renié son origine primitive, car nous avons vu que Wedgwood et Davv avaient essayé de fixer sur le papier les images obtenues au moyen de la lumière et d'un sel d'argent Cependant on travaillait en silence, un anglais du nom de Talbot ayant appris que Niepce avait trouvé le secret de fixer surl'étain et sur l'argent limage de la chambre noire, s'était mis à la recherche d'un moyen d'obtenir le même résultat sur le papier.

L'altérabilité des sels d'argent au contact de la lumiere, en vertu de laquelle ils sont décomposés chimiquement, désoxydés, noircis, servit de base à la méthode de Talbot. En 1839, six mois après la publication du procédé de Daguerre, il fit connaître au monde son moyen d'obtenir l'image de la chambre obscure. 11 imprégnait une feuille de papier avec une solution de sel de cuisine et la traitait ensuite par une solution de nitrate d'argent. Il s'opérait une double reaction chimique qui produisait sur le papier une couche uniforme de chlorure d'argent. Le papier prépare de cette manière n'était pas encore assez sensible pour subir l'impression à la chambre obscure: mais Talbot observa que si on le fait sécher et qu'ensuite après un certain temps, on le lave de nouveau avec une quantité convenable de solution de nitrate d'argent, le papier devient plus sensible à l'action lumineuse ; et qu'enfin si on lave alternativement le papier avec le sel ordinaire et le nitrate d'argent kvith-solt and Silver), et qu'on le fasse sécher dans l'intervalle

on arrive à lui donner une sensibilité suffisante pour recevoir -l'image de la chambre noire.

Un pareil résultat n'était encore que le prélude d'un autre moyen plus parfait que M. Talbot découvrit un an plus tard, en 1840. Il donna à sa nouvelle méthode le nom de Calotype, qui veut dire beau type, beau dessin. Cette découverte fut alors regardée comme très - importante et excita tellement l'attention du monde savant, que le physicien Biot en fit le sujet d'un brillant rapport à l'Académie des sciences de Paris.

Le mode d'opérer et les substances employées pour produire le dessin étaient à peu près les mêmes dont se servent encôre aujourd'hui les photographes. Talbot lavait son papier avec une solution de nitrate d'argent, et après l'avoir fait sécher, il l'imprégnait avec une solution d'iodure de potassium, puis avant d'exposer ce papier dans la chambre noire, il y étendait de nouveau une solution de nitrate d'argent acidulée par l'acide acétique et l'acide gallique. L'impression se produisait assez vite dans la chambre obscure, mais elle était latente, invisible à l'œil, et ne se manifestait i qu'à la longue et à la condition de conserver l'épreuve dans l'obscurité. L'inventeur parvint enfin à la faire immédiatement apparaître, en lavant le papier avec un | mélange d'acide gallique, de nitrate d'argent et d'a- ! cide acétique. Pour fixer l'image, pour la rendre inalj térable à la lumière, il se servait du bromure de po- ! tassium qui fixe le dessin d'une manière permanente. Cependant il ne devient pas stable par lui-même, mais par suite de la dissolution du sel d'argent qui,

en continuant de noircir au contact de la lumière rendit e dessin confus et finirait par l'anéantir sous une couche noire uniforme. (Voyez note 5.)

Limage obtenue de cette manière n'était pas desmée pai. ïalbot à servir par elle-même, puisque ses teintes ne sont pas conformes à celles du sujet'" ! dmt, mais directement contraires et opposée s, de telle «rte que la position relative des parties du modèle est intervertie. En effet, d'un côté le sel d'argem éÏÏ noirci par la lumière, les parties éclairées nfpe™ être représentées sur le papier que par des teintes noires, tandis que les ombres et les noirs du mod He ont traduits par des dégradations du blanc au no

tenu t i P°UrqU0Ì' dans les ^ ob-

tenus les lumières correspondent aux ombres du modèle, et réciproquement. D'un autre côté, IWe

SSEf**!" la cîrbre noire est«

Z eî? «rrm?- des rayons iumineux ***

i objectif et de plus, dans l'image ainsi obtenue les cotés sont inverses, c'est-à-dire que la droite est t/an! posée à gauche, et vice versd. «esiirans Ces inconvénients apparents forment justement le

1 image sur papier n'est plus un dessin unique mais un type comparable à la forme de l'imprime^ Tla

U mnombrab e d'autres dessins, d'autant plus parfis qU Us ne laissent rien à désirer sous le rapport àe lexachtude et de la vérité. Les objets y sont re présentés avec leurs effets naturels d'ombre e"d lu-

INTRODUCTION. i3

mière et conservent exactement entre eux leur position relative.

Les procédés trouvés par Talbot pour la reproduction ou le tirage des épreuves photogéniques au moyen du calotype, sont ceux qu'on suit encore aujourd'hui. 11 plaçait son dessin sur une feuille de papier sensibilisé par le chlorure d'argent, suivant les indications de sa première méthode, et l'exposait ainsi au soleil; l'image ne tardait pas à être reproduite. Cette dernière image dans laquelle tout se trouve corrigé, est désignée par les photographes sous le nom d'épreuve 'positive, tandis qu'ils appellent épreuve négative celle où les teintes et les positions sont inverses. Il est évident qu'il faudra nécessairement une bonne épreuve négative pour produir de bonnes positives ; aussi les photographes se sont tout d'abord appliqués à Tenvi à corriger les imperfections du papier destiné aux épreuves négatives, sa porosité, sa texture fibreuse et inégale, en le traitant tantôt avec de l'amidon, tantôt avec de la cire, avec de la gélatine, etc. Mais il faut convenir que ces efforts n'ont pas encore amené de résultats entièrement satisfaisants, puisque les images positives tirées au moyen de négatifs sur papier sont toujours plus ou moins vagues et confuses.

Pour lutter avec plus d'avantage contre cette difficulté, inhérente à la structure du papier, M. Niepce de Saint-Victor, neveu de l'inventeur de l'héliographie, choisit une autre voie. 11 eut, en 1848, l'heureuse idée de substituer le verre au papier, dans la production des épreuves négatives, et créa ainsi ce qu'on a appelé la photographie sur verre.

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Dans ce procédé, le verre ne joue point d'autre rôle que de présenter sa surface plane, sa solidité et sa transparence ; les réactions chimiques s'opèrent dans Fépaisseur d'une couche d'albumine dont on le recouvre sur un de ses côtés, c'est cette couche qui remplace le papier photogénique de l'épreuve négative. Les manipulations nécessaires sont fort simples ; on fait dissoudre dans l'albumine ou blanc d'œuf une petite quantité d'iodure de potassium, on la bat en neige et quand elle est redevenue liquide , après un certain temps de repos, on l'étend sur le verre et on la fait sécher. Alors on procède de la même manière et avec les mêmes substances indiquées par ïalbot pour sensibiliser, pour développer l'image et pour la fixer. (Voyez note 6.)

La photographie sur verre n'est donc qu'une modification da procédé sur papier pour obtenir les négatifs, mais on obtient par elle des dessins d'une netteté admirable et d'une précision rigoureuse de lignes, bien préférables à tout ce que peut produire le papier, et comparable au produit de la plaque daguerrienne. Le verre albuminé est surtout utile pour la reproduction des vues de monuments, des statues, des instruments et de tous les objets qu'on veut copier avec une grande exactitude de détails. Tous ceux qui ont vu aux expositions universelles de Londres et de Paris, les nombreuses et magnifiques vues de M. Martens, ne pourront s'empêcher de reconnaître avec moi l'immense supériorité du verre albuminé sur le papier.

Un autre avantage important de l'albumine, c'est qu'elle peut se conserver sensible pendant des mois

entiers, soit avant, soit après 1' exposition dans la chambre noire, tandis que le papier s'altère après un court espace de temps. Cette propriété de l'albumine est d'une valeur incalculable. pour le photographe voyageur, puisqu'il n'aura plus besoin d'emporter avec lui l(me sa chambre noire et des glaces préparées et sensibilisées, et qu'il pourra, au retour, faire sortir et développer à son loisir les images qu'il aura prises.

Toutefois ces qualités de l'albumine sont un peu compensées par son peu de sensibilité; aussi, si elle est supérieure à tout pour prendre des vues, pour copier la nature sans mouvement, elle devient insuffisante pour reproduire les scènes animées et les portraits. C'est là du moins la règle générale, et bien que j'aie vu, en 1840, mon ami H* Plaut, de Paris, obtenir en quelques secondes de magnifiques portraits sur albumine , que Talbot ait aussi obtenu des épreuves tout-à-fait instantanées, etque d'autres expérimenteurs soient arrivés à des résultats analogues, des effets de cette nature ne peuvent être réalisés sur albumine d'une manière constante ; ils sont dus à des circonstances tellement compliquées , à des combinaisons particulières si variables, que l'on n'arrivera peut-être jamais à les reproduire à volonté, suivant les besoins - de l'opérateur.

Les mêmes efforts que les photographes avaient faits pour corriger l'imperfection du papier furent renouvelés pour vaincre la lenteur photogénique de l'albumine. Après avoir expérimenté les substances accélératrices sans aucun succès, à cause de leur action capricieuse et changeante, on a cherché à remplacer

l'albumine par d'autres substances susceptibles de s'étendre d'une manière uniforme sur le verre, comme l'amidon, l'arrow-root, le gluten, la caséine, la gélatine J le tapioca, etc. Bien que ces tentatives n'aient pas pré-| cisément conduit à aucun perfectionnement réel, elles servirent cependant de guides et comme de précurseurs à l'heureuse application du collodion, qui fit bientôt tomber dans l'oubli toutes les autres substances essayées, par sa sensibilité exquise, par la promptitude de son action et par la beauté des images qu'il donne. Mais il n'a rien fait perdre à l'albumine par la raison que le collodion ne peut être employé à sec.

Le collodion est une singulière préparation, connue depuis peu. On l'obtient en dissolvant du coton fulminant dans l'éther sulfurique; il se forme une solution mucilagineuse, siccative au suprême degré Quand on l'applique sur le verre, elle se volatilise à 1 instant, en y laissant une pellicule mince et solide.

Cette substance a été indiquée pour la première fois, en ISSO, par un peintre photographe, M. Legray comme capable de remplacer l'albumine par sa rapidité. Toutefois ses indications un peu vagues étaient restées infructueuses, et il n'en avait tiré lui-même aucun parti avantageux. Il était réservé à un anglais, A\chev> de faire connaître, en 1831, une méthode complete pour arriver à obtenir, au moyen du collodion, des produits plus parfaits et plus étonnants, et avec toute la promptitude que donne la plaque. ^ La substance qui sert à rendre le collodion sensible a la lumière, est encore l'iodure d'argent, obtenu par une double décomposition d'iodure de potassium et

ie nitrate d'argent, comme on le fait pour le papier I pour l'albumine.

Dans sa méthode, M. Archer commençait par faire jne solution alcoolique d'iodure de potassium et d'ioiure d'argent qu'il mélangeait au collodion ; celui-ci ievenait ainsi photogénique, et, pour lui donner la 3ensibilité requise , on le passait au nitrate d'argent x>mme à l'ordinaire. Après avoir impressionné l'image* dans la chambre obscure, M. Archer la révélait au moyen de l'acide pyro-gallique (t) et la fixait avec l'hyposulfite de soude.

De ce moment les photographes avaient en main un procédé bien supérieur à celui de la plaque métallique, puisqu'il leur permettait de réproduire des portraits, des académies, en un mot, tout ce qui vit et qui respire, et d'en multiplier à volonté les exemplaires. Toutefois ils ne s'endormirent pas dans les loisirs de résultats si merveilleux, ils voulurent encore aller plus loin. Peu satisfaits du mode d'action de l'iodure d'argent au contact de la lumière, ils lui associèrent le bromure d'argent et arrivèrent ainsi à obtenir la reproduction des objets dont les couleurs seraient restées insensibles sous l'action de l'iodure d'argent isolé; ils transformèrent directement l'épreuve négative sur collodion en une image positive, en la traitant tantôt avec le bi-chlorure de mercure, le ferro-cyanure de potassium, le cyanure double de potassium et d'argent, tantôt en ajoutant au liquide révélateur du nitrate d'argent, de l'hyposulfite de soude, du cyanure

• (1) N'oublions pas que l'application de l'acide pyrogallique est due an savant M. Regnault, de l'Institut. [Note du traducteur.)

de potassium. Enfin, on en arriva jusqu'à transporter) le collodion du verre sur une toile cirée, etc. Des travaux de cette nature furent poursuivis avec une es-i pece de fureur dans toutes les directions et dans toutes les branches qui font l'objet des occupations du photographe; et c'est ainsi que cet art est arrivé à pas de géant à atteindre bientôt ce haut degré de perfection qui excite l'admiration de tous les hommes instruit».

L'image photographique, malgré toute sa perfection et son exactitude, reste cependant dans les conditions d'une peinture ordinaire ; elle est incapable de don- ! ner à l'observateur la sensation du relief, de cet aspect que les objets ont dans la nature, encore bien que l'image reproduite offre toutes les conditions de lumières, d'ombres et de détails que présentent les objets naturels. Léonard de Vinci explique parfaitement ce fait dans son Traité de la peinture, et ses observations sont tout-à-fait applicables à notre espèce. (Voyez note 7.)

M. Wheastone, en prenant pour point de départ les observations de Léonard, découvrit l'instrument connu sous le nom de stéréoscope. Cet instrument modifié par Brewster est aujourd'hui dans les mains de tous les photographes ; il donne un relief magique à deux dessins photographiques du même modèle, mais pris à des points de vue différents. Ainsi le modèle est représenté dans l'instrument avec le même aspect qu'iJ a dans la nature, au point de produire sur l'observateur la même illusion que s'il avait devant les yeux le modèle original.

Du rapide coup-d'œil que nous avons jeté sur la pho-

tographie, sur son origine, sur ses progrès sur les moyens dont elle dispose, nous pouvons conclure que les procédés sur albumine et sur collodion sont les plus parfaits et les plus importants, et qu il suffit au photographe de les connaître pour reproduire la nature L'albumine et le collodion ont en outre 1 avantage de présenter la pins grande analogie dans les opérations photographiques, en sorte que ce qui convient à l'une s'applique également à 1 autre, tandis que les procédés sur papier et sur plaque nécessitent d'autres manipulations, d'autres instruments et des substances différentes.

Nous parlerons donc, avant tout, de la photographie sur verre, c'est-à-dire sur albumine ou sur collodion. Cependant, nous ferons aussi connaître les procèdes employés pour produire l'image négative sur papier at les épreuves sur plaques, et nous en dirons tout ce cnii suffit à l'opérateur pour suivre, dans tous les cas, ses goûts et le genre de recherches, de travaux et i'applications qui conviennent le plus à son inclination. Nous terminerons par quelques notions de otarie, afin que l'opérateur puisse au besoin y W»om * retrouver ainsi son chemin à travers les difficultés !ui dérivent de la nature des substances chimiques imployées.

Cependant, avec une pareille prétention, on se aenandera peut-être si c'est au premier venu à s'ériger m professeur d'un art qui a fait l'objet des études des .sommités scientifiques et artistiques. Où sont, dira- ,-on ses découvertes, quels sont ses titres pour s arroger un mandat si difficile ?

Les titres de l'auteur sont ses épreuves sur albumine les premières qui aient été exposées à Turin en 852 et présentées, sous les auspices d'un peintre distingue, a Sa Majesté le roi Victor Emmanuel: cesont es épreuves stéréoscopiques sur collodion dont il" fait hommage à plusieurs de ses amis; les épreuves sur papier et sur plaques quii produisait il /a quelques années et dont il a cessé maintenant dL'oTcu- Per pour s'en tenir au collodion seul pour les por traits et à l'albumine pour les vues. Les seuls procfdés que l'auteur n'ait pas expérimentés, et que pour cet e raison il a décrits en abrégé, sous le nom de leurs ven eurs respectifs, sont ceux qui ont rapport aux papiers dont la préparation a pour base difïérents sels et qui seront désignés sous les noms d'ampbhvpe t chromatype, de polype, de cyanotype, etc Mais, avouons-le franchement, le véritable motif oui

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quelques succès de peu d'importance; nous ne nZ sommes m me pas dissimulé que beaucoup S'autre Plus capables auraient pu faire un meilleur ouvTale ce qui nous a entraîné comme une pente irrésS' c es de voir notre pays gémir de Ll^t un traite spécial sur cet art utile et désorma is inZ pensable par ses nombreuses applications. Au i "ans *» « ^ 4 cai

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Si nous n'avons pas pu éviter toute erreur, il nous sera permis de dire avec Beccaria : Il n'y a qu'une sorte d'hommes qui n'aient jamais commis de fautes; ce sont ceux qui n'ont jamais rien fait, et qui par conséquent sont toujours disposés à critiquer tout (1). Ce qui nous encourage par-dessus tout, c'est que notre ouvrage contribuera sans doute à exciter dans le pay» un plus grand intérêt pour ce tel art, et qu'il engagera peut-être d'autres personnes à donner à notre nation un travail plus complet et moins imparfait.

(i) Beccaria Trattato d'eli elettricismo; Torino, 1753.

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