DE QUELQUES PROCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES SPÉCIAUX
La faculté que possèdent diverses substances de la nature d'être impressionnées par la lumière, est beaucoup plus étendue et plus générale qu'on ne le suppose communément. Les sels d'argent ne font qu'occuper la première place dans la série des corps impressionnables. Si l'on n'est pas parvenu jusqu'ici à trouver aucune autre substance qui présente tous les avantages de l'argent combiné avec l'iode, le chl®re, le brome, etc., il est cependant intéressant et même utile de connaître comment se comportent à la lumière certaines autres combinaisons moins coûteuses que les sels d'argent, et comment on pourra arriver à les
ÀMPHYTYPE. 321
utiliser pour obtenir sur papier des dessins parfaits (1).
AMPHYTYPE.
Procédé de J. Herschel.
On prépare du papier en le traitant d'abord avec du ferro-tartrate ou avec du ferro-citrate de protoxyde de mercure ou de plomb. On le traite ensuite avec de Tammonio-tartrate ou avec de l'ammonio -citrate de fer, de manière à ce que ces composés soient toujours en excès. On porte à la chambre noire le papier
(1) M. John Herschel, étonné dn grand nombre et de la variété des substances susceptibles d'être impressionnées photographiquement, s'exprime ainsi dans une communication qu'il a faite à la Société royale de Londres :
It is no longer an insuîated and^momalous affection of certain salts of silver or gold but one which doubtless in agrrater or less degree pervades ail nature, and connects itself intimatcly with the mechanism by which chemical combination and décomposition is operated. The general instability of organic combinations might lead us to expert the occurrence of mimerons and remarkable cases of tins affection among bodies of that class, but among metallic, and otlipr éléments inorganically arranged, instances enough bave already appeared, and more are daily presenting themselves tojustify its extension to ail cases in which chemical éléments may be snpposed combined with a certain degree of lascity, and so to speak in a tollering equihbrium. M. Martin, en trailantle même sujet dans son ouvrage déjà cité, dit: Die Eizeugimg von Photographien auf Papier gewahrt, abgeschen von ihrer praktischen Anwendbaikeit, se lbst als physikalischer Versuch ungemeines Interesse. Eie grosse Menge von Stoffen die angewendet werden kann und deren ieder seine an^allenden Eigenthiïmlichkeiten hat, bedingt eine so grosse Mannigfabigkeit in den Resultaten dass man diesen Gegenstaud noch nicht erschôpft hat und anch so bald nicht erschôpfen wird.
ainsi préparé, et l'image s'y produit d'elle-même pourvu que l'on prolonge suffisamment la pose 1 La présence du plomb a pour effet de donner plus de netteté et de vigueur. Cette image n'est pas permanente, elle disparaît avec le temps, même dans 1 obscurité la plus profonde, surtout sielle contient! de 1 acide citrique ou de l'acide tartrique en libertécependant le dessin n'est détruit qu'en apparence! il subsiste a l'état latent; en effet on peut le faire reparaître : 1» en plongeant l'épreuve dans une solution étendue de pernitrate de mercure qui a pour effet de faire déposer le précipitéqui se forme par le mélange du nitrate avec l'eau; 2° en lavant l'épreuve à l'eau chaude, en la faisant sécher et la repassant avec un 1er chaud ; au premier abord, l'image est toute tachée, mais elle se nettoie petit à petit en la mettant dans un heu frais. —
H est assez singulier que cette image change tout-àlait de caractère aprèssa nouvelle apparition, c'est-àdire que de positive elle devient négative ; et c'est ce
libre1 Talbor d°nner ^ ^ d'amph^Pe Par le cé"
M. Herschel n'a jamais donné de proportions déterminées pour son procédé.
bromid'argyrotypie, Procédé de Hunt.
Cette dénomination me paraît désigner un procédé qm a pour objet de produire sur papier un bromure a argent et de développer ensuite l'image produite par la lumière au moyen des vapeurs de mercure.
CATALISSOTYPIE.
Voici la méthode indiquée par le professeur Hunt : Faites une solution composée de :
Imprégnez-en le papier et faites-le sécher ; recommencez une seconde fois cette opération, et traitez ensuite le papier avec la solution suivante :
Faites sécher promptement à l'obscurité et conservez pour l'usage.
Lorsqu'on veut employer le papier ainsi préparé, on lui fait subir un nouveau bain dans la solution argentifère, et on l'expose encore humide à la chambre noire. Au bout de quelques secondes, on ferme le châssis, et on le rapporte dans le laboratoire ; l'image est à peine visible, bien qu'on ait prolongé l'exposition; on la met de côté, jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement sèche, puis on la porte dans une boîte à mercure, semblable à celle que l'on emploie dans le daguerréotype. Les vapeurs du mercure développent l'image, mais d'une manière incomplète. Pour lui donner toute sa perfection, on la retire de la boîte et on la met quelques heures dans un, coin à l'obscurité ; elle finit par acquérir toute la délicatesse d'un daguerréotype. Pour fixer cette épreuve, on la lave d'abord à l'eau, puis avec une solution d'hyposulfite de soude, et enfin à l'eau pure, pour éliminer tout l'hyposulfite ; puis on la fait sécher. L'image ainsi obtenue peut servir au tirage des positives; sa formation est due à une combinaison curieuse de mercure avec le bromure d'argent. Quand on veut exposer à sec, au
Eau distillée
Bromure de potassium,
2 onces 60 grains.
Eau distillée. .
Nitrate d'argent
1 once 120 grains.
lieu d'opérer par la voie humide, il faut un temps beaucoup plus long. Ainsi, au lieu de quatre ou cinq secondes, on mettra par exemple deux à trois minutes.
CATALISSOTYPIE.
Procédé de Muller.
Dans ce procédé l'image se développe d'elle-même, après son exposition à la chambre obscure, sans avoir besoin des liquides révélateurs ni des verres continuateurs.
On traite le papier :
1° Avec une solution composée de :
Eau I once.
Nitrate de plomb 15 grains.
On laisse sécher spontanément.
2° avec une solution composée de :
Eau . 1 once.
Iodure de fer 8 à 10 pains.
Le papier contient alors de l'iodure de plomb et du nitrate de protoxyde de fer, on l'essuie avec un papier buvard, mais on ne le fait pas sécher. 3° on le plonge dans une solution de :
Eau 1 once.
Nitrate d'argent 100 grains.
On l'expose ensuite dans la chambre noire ; après la pose, l'image est latente, mais elle apparaît d'ellemême quelque temps après, et elle présente une grande perfection et une grande finesse de détails. On la fixe avec l'hyposulfite. Si l'on voulait essayer de faire
CYANOTYPIE. 326
venir plus promptement l'image au moyen de l'acide gallique, elle serait bientôt perdue.
11 semble, dit le docteur Wood, inventeur d'un procédé analogue au précédent, que le sel d'argent faiblement impressionné par la lumière et à un degré tout-à-fait insuffisant pour manifester aucun effet visible, reçoit une action catalitique qui se communique au sel de plomb ou de fer et qui se continue après la cessation de Faction lumineuse, et c'est ce qui fait que M. Wood a donné à son procédé le nom de catalissotypie. Sous ce point de vue, cette dénomination pourrait être plus exactement appliquée aux procédés que j'ai décrits en parlant de l'albumine, et dans lesquels une feuille de papier mise au simple contact de l'image photographique, pendant qu'elle se développe sous l'action de l'acide gallique et du nitrate d'argent, prend une image positive sans avoir elle-même reçu une impression lumineuse.
CYANOTYPIE.
Procédé de J. Herschel
En plongeant du papier dans une solution de sesquicyanure de fer et de potassium (1) et en l'exposant au soleil pendant une demi-beure, on obtient une image négative que l'on fixe dans l'eau où l'on a dissous un peu de sulfate de soude, pour assurer la solidité du bleu de Prusse qui s'est déposé. Après le lavage, la couleur de l'épreuve sera bleue sur un fond blanc.
(i) On prépare ce produit en faisant agir la pile voltaïque sur du prussiate jaune de potasse.
Guide du photcgraph: 28
ÓZb PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER.
Si on lave le papier avec une solution d'arnmomocitrate de fer, qu'on le fasse sécher, qu'on le traite avec du prussiane jaune de potasse , qu'on fasse de nouveau sécher, on obtienrka un papier noir sensible qui donnera des images d'une grande beauté, mais douées de la singulière propriété de noircir spontanément dans l'obscurité par le seul effet du contact de l'air. Le papier, en noircissant, devient de nouveau sensible, parce que l'effet de la lumière est détruit, et il peut recevoir de nouveaux dessins qui noirciront à leur tour sans qu'il soit possible de les fixer. Lorsqu'on les lave à Fammoniaque liquide ou avec le carbonate d'ammoniaque, ils disparaissent à l'instant, mais ils reparaissent bientôt avec des lumières et des ombres interverties.
Dans cet état mes dessins sont fixés ; en les lavant à l'eau ils prennent une couleur bleu de Prusse. 11 y a une infinité d'autres procédés pour obtenir des cyanotypcs, mais jusqu'ici ils ne sont d'aucune utilité dans la pratique.
CHYSOTYPIE.
Procédé de J. Herschel.
On imprègne le papier avec une solution modérément concentrée d'ammonio-citrate de fer, on l'essuie , dans un papier buvard et on l'expose dans la chambre noire. On développe l'image avec une solution d'or dans l'eau régale et rendue neutre par la soude ; on ia lave dans l'eau faiblement acidulée par l'acide sulfurique, on la fait sécher ; on la traite ensuite avec une solution de bromure, puis d'iodure de potassium,
CHROMATYPIE. 327
et on la sèche de nouveau. Cela fait, limage est terminée et fixée. Le nitrate d'argent employé au lieu de' chlorure d'or, peut aussi développer l'image produite par l'ammonio-citrate de fer. soumis à l'action de la lumière, mais son action est beaucoup plus lente ; il faut d'ailleurs dans ce cas fixer avec Fhyposulfite de soude.
Un papier imprégné d'oxalate d'ammoniaque, puis essuyé et passé dans une solution de chlorure d'or, est également très-sensible. 11 en est de même du papier imprégné d'acétate de plomb et ensuite de chlorure d'or neutre. Un mélange de chlorure d'or neutre et de bi-chromate de potasse produit encore le même effet sur le papier; on obtient ainsi des épreuves négatives blieues sur un fond jaune, qui blanchit au lavage.
Suivant Himly, si l'on traite du papier avec une solution de chlorure d'or dans le prussiate jaune de potasse, qu'oïl le fasse sécher, qu'on le plonge ensuite dans une solution de nitrate d'argent, et qu'enfin on le sèche de nouveau, on aura un papier positif trèssensible qui donnera de bonnes photographies. Onles fixera à l'eau salée et à Fhyposulfite de soude. Mais le procédé d'Himly ne peut pas être proposé dans la pratique, parce que la solution de chlorure d'or produit, en se dissolvant à chaud dans le prussiate jaune de potasse, un composé très-dangereux, l'or fulminant.
CHROMATYPIE.
f Procédé de Ponton.
On fait une dissolution concentrée de bi-chromate de potasse, *on en imprègne le papier et on le fait sé-
oZ5 PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER.
cher au feu sans perdre de temps. On le piace ensuite sous un cliché dans le châssis à reproduction. On obtient ainsi un dessin orange sur fond jaune, que Fon fixe en le lavant à l'eau. Le sel impressionné par la lumière ne se dissout pas ; il semble que l'acide chromique qu'il renfermait est mis en liberté par la lumière et se combine avec le papier. En effet, le chromate neutre ne se décompose pas de la même manière. A l'opposé du papier préparé à l'iodure d'argent qui est plus sensible lorsqu'il est humide, le papier préparé au bi-chromate de potasse présente, au contraire, le maximum de sensibilité lorsqu'il est parfaitement sec.
Le bi-chromate de potasse est moins sensible que la plupart des sels d'argent, ce qui fait que son usage ne peut pas s'étendre à la reproduction des épreuves négatives. Son plus grand mérite est d'être peu coûteux ; son prix relativement au nitrate d'argent est : : 2 : 100.
Suivant M. Becquerel, si l'on plonge dans une solution alcoolique d'iode une épreuve obtenue sur papier encollé à l'amidon, si on la lave ensuite à l'alcool et qu'on la fasse sécher, les blancs prendront una couleur bleue, et les jaunes deviendront plus ou moins transparents. Si l'on étend à la surface du papier une couche uniforme d'amidon, si on la lave ensuite dans une faible solution alcoolique, d'iode, puis à grande eau, il prendra une belle couleur bleue. En plongeant ensuite ce papier dans une solution concentrée de bichromate de potasse, en l'essuyant et en le séchant complètement au feu, il acquerra une sensibilité telle qu'il donnera en cinq minutes d'exposition au soleil
CHROMATYPIE. 329
la reproduction d'une négative. Le dessin positif obtenu, on le lave et on le fait sécher. On le plonge alors dans une faible teinture d'iode ; au bout de quelque temps on le lave à l'eau, enfin, après ravoir bien essuyé dans un papier buvard, on le laisse sécher spontanément.
Si limage, qui doit avoir une couleur violette, ne paraissait pas suffisamment distincte, il faudrait répéter à diverses reprises l'immersion du papier dans la teinture diode, pour arriver à l'intensité voulue. Enfin, si on a le soin de recouvrir le dessin d'une couche de gomme arabique, pendant qu'il est encore humide, sa couleur deviendra plus belle en séchant.
Suivant le professeur Hunt, on obtiendrait un bien meilleur résultat en traitant le papier avec un mélange de •
Eau 1 once.
Sulfate de cuivre -^drachme.
On ajoute à ce mélange une demi-once de solution saturée de bi-chromate de potasse , on y plonge le papier, que l'on conserve à l'obscurité, jusqu'au moment de s'en servir. La lumière commence par lui donner une couleur brune et produit d'abord une épreuve négative ; mais en prolongeant la pose, on finit par obtenir une image positive jaune sur fond blanc.
Dans tous les cas, si, au sortir de l'action lumineuse, on lave l'épreuve avec du nitrate d'argent, on obtiendra une belle positive, qu'on fixe en la lavant à l'eau pure.
M. Bingham fait remarquer, qu'en substituant le sulfate de nickel à celui de cuivre, le papier devient
plus sensible et l'image se développe beaucoup mieux sous Finfluence du bain d'argent.