SENSIBILISATION DE LA PLAQUE
la sensibilité qu'elle avait perdue en examinant sa couleur. Aussi MM. Sh-aw et Percy ont prouvé qu'une plaque sensibilisée et qui a perdu cette sensibilité en l'exposant en pleine lumière, reprend en peu de temps toute sa sensibilité primitive, si on la soumet de nouveau aux vapeurs de l'iode et du brome.
Dans le procédé primitif de Dagaerre , on se contentait d'ioder simplement la plaque, pour la rendre sensible. Ainsi préparée, elle était% moins impressionnable, mais la réussite présentait plus de certitude. Le bromure de chaux que Ton emploie aujourd'hui fait l'office d'accélérateur; il rend l'iodure d'argent mille fois plus sensible. On a proposé beaucoup d'autres substances accélératrices, mais aucune n'offre plus d'avantage que le bromure de chaux.
Avec les agents accélérateurs , la réussite devient plus difficile et plus incertaine, parce qu'il faut toujours arriver à obtenir un rapport exact entre la quantité d'iode et celle de la substance accélératrice. En effet, si la plaque n'a pas reçu une suffisante quantité de substance accélératrice, l'image est non-seulement lente à se former, mais elle reste incomplète, indéterminée et sans vigueur. Si, au contraire, l'accélérateur a été employé en excès, le dessin devient nébuleux et comme voilé. Le photographe devra continuellement lutter entre cet excès et ce défaut, et il ne fera pas comme les insensés qui :
Dùm vitant vita in contraria currunt.
TROISIÈME OPÉRATION
Quant à ce qui regarde cette opération, le lecteuï n'a pas besoin de nous entendre répéter tout ce qui a été déjà dit avec de grands détails, en parlant dû collodion et de l'albumine. Nous ajouterons seulement que pour corriger le défaut que présentent les épreuves sur plaque de donner une image renversée, on pourra se servir d'un miroir incliné ou d'un prisme rectangulaire dont l'hypothénuse est étamé. Toutefois, cette méthode n'est pas complètement exempte d'inconvénients, qui sont rarement compensés par le redressement de limage. En effet, le temps de pose doitalors être plus ou moins long d'un tiers que dans la méthode ordinaire ; on réussit plus difficilement à mettre au foyer, et la tendance du miroir ou du prisme à dévier les traits de l'image fait nécessairement perdre beaucoup de netteté.
QUATRIÈME OPÉRATION
DÉVELOPPEMENT DE L'iMAGE.
On emporte dans l'obscurité le châssis mobile de la chambre noire qui renferme la plaque impressionnée et on la met avec sa planchette dans la boîte au mercure. On chauffe, au moyen d'une lampe à esprit-devin, le fond de la capsule qui renferme le mercure, jusqu'à la température de + 60°, que l'on constate au moyen d'un petit thermomètre placé sur le devant de la boîte; au bout d'une ou deux minutes, on approche
DÉVELOPPEMENT DE i/lMAGE. 345
une bougie allumée près du verre jaune latéral de l'appareil, et on suit avec les yeux le développement de l'image. Quand on la juge assez venue, on la retire de la boîte, on l'examine de nom eau avec attention, et si on la croit suffisamment développée, on procède au fixage; dans le cas contraire, on remet la plaque dans la chambre à mercure et on la soumet de nouveau à sa vapeur jusqu'à ce que l'image soit arrivée au point voulu de vigueur et d'intensité.
Le mercure, au moment du développement de l'image, fait voir si la substance accélératrice, si le bróme a été absorbé par la plaque dans une juste proportion. Une teinte grise, nébuleuse, accuse un excès de brome, tandis que des blancs faibles ou des noirs trop tranchés, sans demi-teintes, manifestent un trop grand défaut çle cette substance.
Dans tons les cas, pour bien réussir, le mercure doit être exempt d'humidité. Par un temps froid, la plaque ne devra pas être mise trop froide dans la boîte à mercure, parce que la différence de température occasionnerait la condensation de l'humidité de l'atmosphère sur le métal. L'opérateur évitera de trop s'exposer aux vapeurs du mercure qui sont dangereuses à respirer. Au bout d'un certain temps, le mercure se recouvre d'une couche d'oxyde noir qui nuit à sa faculté de développer l'image, il faudra l'en débarrasser, en le filtrant à travers une peau de chamois 011 en le faisant simplement passer à travers un tampon de coton placé au fond d'un entonnoir de verre.
Si, au lieu de développer l'image par le mercure,
on met la plaque impressionnée sous un verre jaune ou rouge et qu'on expose le tout à la lumière, l'image photographique apparaîtra sous l'action delà lumière rouge ou jaune. Cette curieuse propriété n'est d'aucun avantage direct dans la pratique, parce que les épreuves ainsi obtenues sont toujours très-imparfaites; il est cependant singulier qu'il suffise d'un verre jaune pour développer l'image simplement iodurée, mais qu'un verre rouge soit indispensable, lorsqu'on a employé un agent accélérateur pour déterminer la formation plus prompte de l'image.
L'image daguerrienne doit être fixée d'une manière tout-à-fait analogue à celle qui a été indiquée pour fixer les épreuves négatives sur albumine, sur collodion et papier; ainsi, après avoir mis la plaque à fixer dans une cuvette appropriée, on verse d'un seul trait sur le dessin une solution composée de ;
Cette solution doit avoir été filtrée au moins deux fois ; car il est de la plus haute importance pour le succès qu'elle ne contienne pas la plus petite impureté et qu'elle soit tout-à-fait limpide.
Lorsque la couleur bleue et violette de. l'épreuve aura été enlevée par l'hyposulfite et que la plaque aura repris son brillant primitif, on la plongera dans une cuvette pleine 'd'eau filtrée ou distillée, que l'on
CINQUIÈME OPÉRATION
FIXAGE DE L'IMAGE.
Eau
Hyposulfite de soude,
100 gram.
DÉVELOPPEMENT DE LIMAGE. 347
renouvellera plusieurs fois pour obtenir un lavage complet.
On peut alors examiner l'épreuve à la libre clarté du jour, car elle est fixée. Si on la trouve bien réussie, il sera bon de la fixer avec le chlorure d'or, qui, en affaiblissant le reflet métallique de l'argent, donnera en même temps au dessin une teinte plus riche, plus vigoureuse et plus agréable.
Les photographes sur plaques appellent chlorure d'or une préparation due à M. Fizeau et que Ton obtient de la manière suivante :
1° On fait dissoudre d'une part : 1 gramme de chlorure d'or neutre dans 600 grammes d'eau.
2° Et d'autre part, 4 grammes d'hyposulfite de soude dans 400 grammes d'eau.
On mélange ensuite les deux solutions comme il suit :
On agite avec une spatule de bois ou de verre la solution d'hyposulfite de soude et l'on y verse en même temps, peu à peu et en un petit filet, toute la solution de chlorure d'or. Le précipité qui se forme se dissout à mesure dans le mélange ; on filtre ensuite la solution et on la conserve à l'abri de la lumière.
On place la plaque sur un support horizontal, on la recouvre d'autant de chlorure d'or qu'elle peut en retenir ; puis on promène au-dessous une lampe à alcool, et on chauffe l'épreuve , jusqu'à ce qu'au moment de l'apparition d'une infinité de petites bulles d'air, elle ait prisun grand éclat, et que cespetites bulles se soient dissipées au contact de la chaleur ; on prend alors la plaque par un de ses angles, au moyen d'une
petite pince, on rejette d'un seul coup tout le chlorure d'or et on la plonge dans une cuvette pleine d'eau. L'on reprend ensuite la plaque avec la pince et on y fait tomber un fort jet d'eau, pour enlever tout le chlorure d'or qui pourrait y rester.
Alors l'opérateur tenant la plaque tournée vers lui et dans une position inclinée, la place au-dessus de la flamme de la lampe pour la sécher et il facilite cette dessiccation en soufflant modérément sur la plaque.
Si l'opération a été bien conduite, et si la chaleur de la lampe, sans être excessive, a été suffisamment forte pendant le dessèchement de la plaque, on obtiendra une épreuve magnifique, vigoureuse et d'une extrême fraîcheur, avec un ensemble de teintes et de détails qui ne laisseront rien à désirer. Il ne restera plus alors qu'à l'encadrer dans un passe-pariout, suivant l'usage.