THEATRE- FRANÇAIS
rue Richelieu, 1er arrondissement.
Le Théâtre-Français ou Comédie-Française se trouve aujourd'hui entre la rue Richelieu et Textrémité sud du Palais-Royal ; mais ce n*a pas été son unique place : on sait que la Comédie-Française avait longtemps erré en bien des quartiers de Paris, avant de se fixer où elle est maintenant. Quelques mots historiques à cet égard ne seront peut-être pas sans intérêt pour le lecteur.
La Comédie-Française date d'environ quatre siècles. Elle commença par les Mystères de la Passion. Ce fut sous Charles VI, vers Tan 1420, qu'elle eut un règlement et put représenter publiquement des pièces de théâtre, appelées Mystères ; mais elle ne fut un peu constituée qu'un siècle plus tard. En 1545, les Frères de la Passion, forcés de déguerpir de Thôpitalde la Trinité, s'établirent à Thôtel de Flandre, dont ils prirent une partie en location, près de la rue Coquillière et la rue Coq-Héron. Us y donnèrent leur spectacle jusqu'en 1547. François I«' ayant prescrit la démolition de cet édifice, ils louèrent l'hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil. Sous Henri IV, ils cédèrent leur théâtre à une nouvelle troupe nommée les Enfants sans souciy laquelle fit bientôt oublier les Frères de la Passion. Les acteurs avaient alors des masques, et les spectateurs apportaient leurs sièges au théâtre. Sous Louis XIII, en 1613, les comédiens firent confirmer leurs privilèges pour jouera l'hôtel de Bourgogne, où l'acteur Turlupin rendit son nom proverbial La scène française continuant à se dégager des farces qui la déshonoraient, un nouveau théâtre s'éleva, en 1634, au Palais- Royal, par les ordres du cardinal de Richelieu, qui y fit
jouer sa tragédie de Mirame. Le prélat, ensuite, chargea Rotrou et Pierre Corneille de composer un répertoire : et de ce moment commença de poindre l'ère théâtrale du classique et du beau. En 1636 parut la tragédie du Cid, qui, en 4640, fut suivie des Horaces et de Cinna.
Un autre théâtre, sous le titre de Théâtre du Petit-Bourbon, s'était élevé à la place de Thôtel démoli du connétable de Bourbon, près du Louvre : il fut accordé par Louis XIV, en 1658, à la troupe de Molière. Celle-ci passa ensuite au théâtre du Palais-Royal, où elle débuta le 5 novembre 1660 ; de sorte que ce théâtre du Palais-Royal, qu'un incendie détruisit plus tard, vit briller les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine et de Molière à la fois.
A la mort de Molière, en 1673, le théâtre du Palais-Royal fut destiné au spectacle appelé Opéra, et la Comédie-Française alla se réfugier au théâtre alors existant de la rue Guénégaud, où furent données^des pièces de Montfleury et dé Thomas Corneille, et la Phèdre de Racine. En 1688, les comédiens français s'établirent dans une nouvelle salle, rue des Fossés-Saint-Germain, aujourd'hui rue de F Ancienne- Comédie, en face du café Procope, et de là ils vinrent au Palais des Tuileries; ils y étaient encore en 1770. Douze ans plus tard, on élevait ÏOde'on et la troupe en fit l'ouverture sous le titre de Théâtre-Français, qu'il devaitquit ter en 1790, pour celui de Théâtre de la Nation, Enfin, le théâtre de la rue Richelieu, qui avait été bâti en 1787 pour d'autres comédiens, fut cédé, en 1799, à la Comédie-Française, et s'appela Comédie-Française ou Théâtre-Français,
La façade principale de ce théâtre, construit d'après les dessins de l'architecte Louis, est sur la rue Richelieu ; elle est décorée de douze colonnes doriques : au-dessus de cette ordonnance en est une autre composée d'autant de pilastres corinthiens. On a refait une façade sur la rue Saint- Honoré, d'après la même ordonnance que celle de la rue Richelieu, et on a dégagé les abords par une place assez spacieuse. Tout autour de cet édifice est, au rez-de-chaussée, une galerie non interrompue.
Le plan du vestibule intérieur est déforme elliptique, entouré de trois rangs de colonnes doriques, accouplées au premier rang et isolées au dernier ; quatre escaliers, agréablement disposés, aboutissent à ce vestibule, dont le plafond est orné de sculptures. Le bâtiment, long de 55 mètres et large de 35 mètres, en a 33 de hauteur au sommet de la terrasse- Au centre du vestibule est une statue en marbre de Voltaire, par Houdon. La forme de la salle est elliptique ; il y tient environ quinze cents spectateurs. Le salon et la galerie ont des bustes en marbre des auteurs dramatiques depuis Rotrou, qui vivait en 1634, jusqu'à Andrieux, mort en 1830.
Le Théâtre-Français joue la comédie et le drame. C'est à ce théâtre que le grand Talma et l'immortelle comédienne Mars ont élevé si haut leur art; c'est là que la grande tragédienne Rachel a ramené le goût des bons modèles classi ques.
L'intérieur de la salle, embellie en 1822, d'après les dessins de Fontaine, et restaurée encore depuis 1830, a été habilement disposée pour contenir le plus de monde possible, et pourtant le chiffre ne dépasse guère celui de 1,500 spectateurs. L'avant-scène a 12 mètres 60 centimètres d'ouverture ; le théâtre, 23 mètres de profondeur et de largeur. Il y a un orchestre, un parterre, des balcons, des premières et des secondes galeries, des premières, des secondes et des troisièmes loges et un amphithéâtre. La môme distribution se remarque généralement dans les autres théâtres, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. Aux grands théâtres, le parterre est réservé aux hommes exclusivement, mais, dans la plupart des théâtres, il est souvent occupé par les femmes et les hommes réunis ensemble. Les places d'orchestre sont numérotées, et la plupart divisées en stalles ; ce sont les meilleures places de la salle pour jouir du spectacle, bien qu'elles se trouvent tout à fait derrière les musiciens, dont le voisinage est d'ordinaire assez assourdissant Le coup d'œil est plus agréabl^ con et aux premières loges ou galeries, mais . ccssairement moins rapproché des acteurs quji
Le jugement porté sur les pièces jouées, les applaudissements ou les sifflets viennent en majorité du parterre : c*est l'aréopage des auteurs et des acteurs tout à la fois.
Prix des places au Théâtre-Français :
AU tN
BUREAU LOCATIO?!
Loges du rez-de-chaussée, no i, 2, 3, 4. 8 fr. io fr.
Avant-scènes des premières loges. ... 10 12 50
Premières loges 8 10
Baignoires 7 9
Secondes de face fermées 6 8
■— — découvertes 5 7
— — de côté , 4 6
Troisièmes loges de face fermées .... 3 50 5
— __ découvertes . . 3 4 50
Quatrièmes loges de face 2 3
de côté i 50 2 50
Fauteuils.
Balcon 7 9
Galerie des loges du troisième rang. . . 3 4
Orchestre 6 8
— avancé 5 7
Places non stallées.
Parterre 2 50
Troisième galerie 1 50
Amphithéâtre 1
ODÉON ou SECOND TnÉATRE-FR4NÇAIS.
(Place de l'Odéon, près du Luxembourg, vi« arrondissement.)
Le Second Théâtre-Français ou YOdéon fut construit en {119, brûlé par accident en 1799, rebâti en 1807, brûlé de nouveau en 1818, et enfin reconstruit en 1818 avec toutes les précautions propres à le préserver d'un nouvel incendie. C'est le premier théâtre de la capitale, qui, dans ses formes mâles et nobles, ait été entièrement isolé de tous les autres édifices. L'extérieur a 56 mètres de longueur, 36 de largeur et 21 de hauteur. Huit colonnes d'ordre dorique formant péristyle décorent sa façade principale, trois
galeries publiques, percées de 46 arcades, se lient avec le porche et forment promenade ; le côté le plus rapproché du Luxembourg, dont l'édifice n'est séparé que par la rue de Vaugirard, est garni de boutiques et de cabinets de lecture. Le vestibule est petit, mais deux beaux escaliers mènent à l'intérieur dans la salle, qui contient environ 1,600 personnes. Elle est décorée avec goût, et le salon ou foyer est vaste et remarquable par son élégance.
C'est une des plus belles salles de spectacle de Paris ; mais son éloignement du centre de la capitale fait qu'elle est peu fréquentée : aussi le gouvernement lui fait- il une subvention qui l'aide à se soutenir. C'est là qu'ont été jouées toutes les comédies de Picard et les premières tragédies de Casimir Delavigne, entre autres celle des Vêpres Siciliennes^ qui longtemps y attirèrent la foule; c'est là que la belle pièce de M. Ponsard, V Honneur et V Argent, a eu un succès si bien mérité. Sous le premier Empire, c'était un opéra bouffe, où l'on jouait les pièces italiennes, et quelquefois de petits opéras français ; c'est aujourd'hui une espèce de succursale du théâtre de la rue Richelieu. L'Odéon a sa troupe et son répertoire ; il donne souvent des tragédies et des comédies nouvelles, ce qui ne l'empêche pas d'en représenter d'anciennes.
Prix des places du théâtre de l'Odéon :