I. — Versailles
'Musée visible tous les jours, excepté le lundi.)
La première origine de Versailles est incertaine. Cette ville, qui avant Louis XIII n'était encore qu'un pauvre petit village, a une église dont on fait remonter la date à l'an 4084 de notre ère. Ce lieu n'était qu'un rendez-vous de chasse au sein des forêts qui l'entourent, et qui s'éten- «lent d'un côté jusqu'à celle de Saint-Germain, de l'autre à celle de Rambouillet. C'est à ce puissant attrait de la chasse que Versailles a dû sa fortune. Elle commença sous Charles IX, qui y institua quatre foires et un marché. Le seigneur de l'endroit, Antoine de Loménie, fils d'une des nombreuses victimes de la Saint-Barthélemi, vendit Versailles à Louis XIII en 1627. Ce prince y fil bâtir un pavillon, puis une habitation plus grande, c'est-à-dire un i'orps de logis de 43 mètres sur chaque fao^j^deux ailes terminées par quatre pavillons. Tel^^^^^Hk^n
de Versailles lorsque, en 1660, Louis XIV conçut le projet (l'en faire une des magnificences du monde. Emprunlonîî à Touvrage de M. Vatout * ce passage, qui caractérise si parfaitement le Versailles du grand roi :
« Le génie de l'homme luttant contre la nature ; les fleuves délourn(^s de leur cours pour apporter leurs eaux dans des lits de marbre ; une armée occupant ses loisirs à ces immenses travaux ; tous les arts à la fois rivalisant de zèle pour égaler la grandeur de la pensée qui les avait convoqués; un palais plus splendide que tous les palais des rois, s'élevant sur les plans de Mansart et se décorant des trésors du pinceau de Lebrun ; des jardins merveilleux dessinés par Le Nôtre et ornés des chefs-d'œuvre de Pugel et de Girardon ; une maison souveraine prodiguant par millions les riches tributs de ses conquêtes ; une cour festueuse ajoutant par son luxe à l'éclat de ce royal séjour ; enfin, ces premières fêtes ordonnées par Colbert, animées par Molière, célébrées par La Fontaine, et présidées par un demi-dieu rayonnant de jeunesse, d'amour et de gloire : tel fut le spectacle que présenta la pompeuse création du palais de Versailles. »
Le palais de Versailles fut terminé en 1672, et Louis XIV, en y fixant sa résidence, y amena les ministères, les administrations et les divers établissements qui donnent de l'éclat aux cités. La noblesse et le clergé abandonnèrent Paris à la magistrature et à la bourgeoisie, pour habiter la nouvelle ville : chacun voulut y avoir un hôtel, on au moins un pied-à-terre. Louis XIV ne quitta plus Versailles que pour aller, à sa mort, en 1715, rejoindre ses ancêtres à Saint-Denis. Pendant les sept années de minorité de son successeur Louis XV, la cour s'était tenue à Paris; mais, en 1725, elle revint à Versailles, qui comptait près de 100,000 âmes, et y resta jusqu'en 1792, où l'infortuné Louis XVI en fut arraché pour être ramené à Paris. La
» Souvenirs historiques des résidences royales de France. î toI. in-8", Paris, -1837.
Convention fit du palais de Versailles une succursale des Invalides; il était môme question de le dcHruire, lorsqu'en 1799 Tavénement de Bonaparte au pouvoir sauva le monument royal, qui fut réuni à la couronne. Devenu empereur. Napoléon songea à le rétablir dans sa grandeur première. L'architecte Gondoin présenta un plan qui s'élevait à 50 millions et qui ne put avoir de suite ; les architectes Percier et Fontaine en présentèrent un autre de 6 millions, que la campagne de Russie empêcha de mettre à exécution. Louis XVIIl le fit reprendre, et Ton restaura l'édifice; mais la prudence du monarque recula devant les dépenses qu'il eût fallu faire pour le rendre habitable de nouveau par la cour de France.
H était réservé à Louis-Philippe de restituer le palais de Versailles à son antique splendeur, ou plutôt de lui assurer la plus noble destination qu'il fût possible de lui donner, en le consacrant à toutes les gloires de la patrie. Ce prince, en effaçant de mesquines distributions, a su créer de nouveaux salons et des galeries immenses, pour y exposer, comme dans un musée, les richesses des arts; il a restauré les lambris, les plafonds, les peintures ; il a prodigué partout For, les meubles, les ornements; il a su ajouter une majesté nouvelle à la majesté des anciens appartements, et l'on croirait que Louis XÎV n'est absent que d'hier. Louis- Philippe y a, de plus, fait revivre sur la toile tous les hommes, toules les actions, toutes les batailles qui ont illustré les annales françaises, depuis le berceau de la monarchie jusqu'à nos jours. Ici brillent nos plus beaux faits d'armes sous la première race; là, c'est Louis XIV environné de toutes les grandeurs de son règne; plus loin, c'est 1792, avec son élan, sa jeunesse et son enthousiasme; ailleurs, c'est Napoléon avec les prodiges de l'Einpire; ailleurs encore, c'est le peuple de Juillet revendiçjuant les libertés publiques et renversant une branche ainée pour en adopter une plus vigoureuse et plus nationale ; ce sont enfin nos victoires d'Afrique et celles plus récentes de la jijuerre irOricnt et de la canipa^^rio d'Italio. Ainsi le palais
d*abord consacré à l'apothéose d'un seul homme, est devenur celui des illustrations de toute la France, sans distinction d'époques, de règnes et d'opinions; ainsi toutes les gloires nationales sont venues s'agglomérer et se confondre dans le même sanctuaire, comme n'ayant tout naturellement qu'une seule et même patrie.
Notre objet ne saurait être ici de décrire les ronds et les ovales, les perrons et les astragales du palais de Versailles ; un tel soin appartient aux gens de l'art et aux auteurs délivres spéciaux Nous ne devons, pour notre compte, parler de ce palais que comme musée national. La collection qu'ir renferme se compose de tableaux, de portraits, de bustes et de statues, de vues de châteaux et de marines.
Les tableaux représentent : 1° les grandes batailles qui, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours, ont immortalisé les armes françaises ; 2° les événements ou les traits les plus remarquables de nos annales historiques; 3° le siècle de Louis XIV; 4° les règnes de Louis XV et de Louis XVI; 5« la levée en masse et les faits mémorables de 1792; 6** les victoires de la République; 7** les campagnes de Napoléon; 8° les actions merveilleuses er guerrières de l'Empire; 9** les règnes de Louis XVIII et de Charles X; 10° la révolution de 1830 et le règne dtr Louis-Philippe; 11° les fastes militaires du règne de Napoléon ni. Outre ces tableaux, il existe une collection de gouaches qui retracent la campagne d'Italie.
Les portraits comprennent : 1° la collection de tous \e> rois de France, depuis Pharamond jusqu'à Louis-Philippe ; 2° tous les grands amiraux de France ; 3° tous les connétables; 4" tous les maréchaux ; 5° nos autres généraux ei ofiiciers illustres qui ont marqué dans les fastes de la gloire militaire du pays.
La grande cour d'entrée offre, du côté des appartements, la statue équestre de Louis XIV en costume du tcmps^ Elle paraît au milieu de seize statues colossales qui représentent : Du Guesclin, dont Tombre gagnait des batailles ; Bavard, chevaher sans peur et sans reproche; Turcnnc et
Condé, illustres généraux; Duquesne, Duguay-Trouin, Tourville étSuffren, célèbres marias; Suger, Sully, Richelieu et Golbert, ministres immortels ; les maréchaux Masséna, Jôurdan, Montebellô et Trévise : alliance des siècles de grandeur et de grande renommée, qui prépare l'esprit du visiteur aux objets qu'il va contempler dans Tintérieur du palais, formé de trois corps de bâtiments principaux : le corps central, Taile du sud et Taile du nord.
Le salon des Pendules doit son nom àlamagnifiquepen^ dule de Pasmant, exécutée par Dauthiot, qui s'y trouve avec d'autres, et qui marque régulièrement l'état du ciel, les phases de la lune, le cours des planètes, les jours, les moiâ et les années. On passe de ce salon au cabinet des Chasses, qui aboutit à un escalier au bas duquel, en 1757, Damions frappa Louis XV d'un coup de canif, à l'instant où ce prince montait en voiture. Dans le voisinage est la salle à manger de Louis XIV, qui était grand amateur de bonne chère et ne buvait que du vin de Champagne, excepté dans les derniers temps de sa vie, où son médecin Fagon le réduisit au bourgogne. C'est là que le monarque se plaisait à recevoir à sa table Molière, et lui servait une aile de volaille, au grand dépit des courtisans. La salle des Croisades, autrefois dépendante de la salle de Comédie, qui n'existe plus, a été décorée par Louis-Philippe de tableaux qui retracent l'histoire des Croisades. La salle des Étals-Généraux, jadis salle de spectacle, offre trois grands tableaux qui représentent les états de 1506, sous Louis XII ; les états de 1614, sous Louis XIII; et les états de 1789, sous Louis XVI. Le salon d'Hercule est l'ancienne chapelle où Bossuet faisait entendre devant Louis XIV, au milieu de sa cour et dans tout l'éclat de sa puissance, ces sublimes paroles : m Dieu seul est grand I » C'est là aussi que prêcha Massillon et que fut célébré, en 1672, le mariage du duc de Cfeartres, depuis régent de France.
Da»[s les grands appartements, on admire la stalle du Saèlfe, le sdon de Diane, le salon de Mars, le salon de Mer6are> le salon d'Apollon, jadis salle
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Louis XIV reçut les ambassadeurs de Sîam et Tambassadeur de Perse. Viennent ensuite le salon de la Guerre, la grande galerie des Glaces, dont le plafond devint F Apothéose de Louis XIV, en retraçant les victoires du monar. que; le salon de la Paix, le salon de la Reine, la salle de l'792 ou des Cent-Suisses, qui offre surtout les deux tableaux des batailles de Jemmapes et de Valmy ; et les salles des gouaches, ces peintures au nombre de plus de trois cents, qui comprennent toutes nos campagnes depuis 1795 jusqu'en 1809.
Le rez-de-chaussée du corps central du palais contient la salle des Amiraux de France, depuis Florent de Varennes, le premier qui eut cette charge en 1270, sous Louis IX ou saint Louis, jusqu'à nos jours; la salle des Connétables, au nombre de trente-neuf, depuis Albéric, le premier qui eut cette charge en 1050, jusqu'à Lesdiguières, en 1626, où s'éteignit cette haute dignité militaire ; les quatorze salles des Maréchaux de France, depuis le premier créé en 1185, qui fut Pierre P^ jusqu^à nos jours; les salles des Guerriers célèbres, depuis Dunois, compagnon de Jeanne d'Arc, jusqu'à nos jours. Viennent ensuite les salles des Rois dé France et la salle des Vieux-Châteaux. L'aile du sud contient : au rez-de-chaussée, la galerie Napoléon et la galerie de sculpture; au premier étage, la grande galerie des Batailles, la salle de 1830, etc. L'aile du nord contient, au rez-de-chaussée, la galerie dite de l'Histdre de ifrance, la galerie des statues et tombeaux des rois de France; et, au premier étage, la chapelle, la deuxième galerie de ^Histoire de France, la deuxième galerie des statues et tombeaux des rois de France, etc. Enfin, dans la même aile du nord, se trouve la salle de l'Opéra nouvellement restaurée.
Citons encore le jardin du, palais et ses vastes bassins, is^s allées ombragées, son orangerie et les deux Triawms^ ç]xa.Tfmjj^iei retraite qu'affectionnaient Louis XVI et MariejjUtçineÛe.JNous ne.j^rlçrpns, point de la ville de Versailles propr^ent dit^^ sa description, nous ëntraînerail
au delà des limites de notre sujet, et les voyageurs pourront, sans nous, admirer ses belles avenues, ses boulevards, ses grandes rues, son église, son théâtre, sa bibliothèque, et le monument élevé sur une de ses places à la mémoire du général Hoche, le pacificateur de la Vendée. Quant aux grandes eaux de Versailles, on sait qu'elles jouent dans certaines occasions que les journaux ont soin de faire connaître au public.
La route et la porte de Satory conduisent au bois de ce nom, situé sur une colline. Un vaste plateau y sert d'hippodrome pour les courses de chevaux. Près de Versailles se trouvent encore la ferme-école de Grignon et Técole militaire de Saint-Cyr.
Pendant le siège de Paris (1870), Versailles devint le quartier général du roi Guillaume. — L'armistice une fois signé (28 janv. 1871), l'Assemblée nationale, après un court séjour à Bordeaux, choisit Versailles pour le lieu de ses séances. Enfin, quand la Commune révolutionnaire eut été proclamée à l'Hôtel de Ville (18marsl871),le chef du pouvoir exécutif dut quitter Paris avec les ministres et rejoindre à Versailles l'Assemblée nationale.
IL ~ Saint-Germain.
La ville de Saint-Germain et son château sont situés sur une montagne au pied de laquelle coule la Seine : on y compte 14,283 habitants. La forêt de Laie ou Laye, qui donna primitivement son nom à cette ville, a pris ensuite celui de Saint-Germain tout court. L'établissement de l'abbaye Saint-Germain, sous le roi Robert, en 1010, avait attiré quelques paysans dans cette partie de la forêt ; le château royal y attira plus tard des seigneurs. La ville étai t déjà considérable en 1346, année où elle fut prise et pillée par les Anglais, puis brûlée, ainsi que le château. Rebâtie peu de temps après, elle fut détruite une seconde fois pBT les Anglais en 1419. Elle sortit de nouveau.de ses cendres,, çt^n <561, Charles JX, y établit la premièra manufacture de
glaces que nous ayons eue en France. Le procédé en avait été apporté par un ouvrier vénitien expatrié, et que Charles IX naturalisa et anoblit. Henri IV, en reconstruisant le château, en 1598, exempta les habitants de Saint-Germain de toutes charges et impôts; ils jouirent de ce privilège jusqu'en 1789, heureuse aurore de Tégalité relative des charges et de régalité absolue des droits devant la loi. Henri II, Charles IX et Louis XIV naquirent dans le château de Saint-Germain, près duquel, en présence du premier de ces princes, eut lieu le fameux duel entre la Châtaigneraye et Jarnac, ce dernier devenu si fameux par le célèbre coup d'escrime qui a reçu son nom. Louis XIV, pour augmenter le nombre des logements, ajouta au château de François I*' les cinq gros pavillons qui le flanquent : mais bientôt le grand roi quitta Saint-Germain pour Versailles, afin de ne plus apercevoir Saint-Denis, qui devait devenir un jour sa dernière demeure, spectacle que, de la terrasse de Saint-Germain, il avait sous les yeux du matin au soir. Le château de Saint-Germain fut ensuite habité par la tendre La Vallière et par le roi dévot Jacques II d'Angleterre, qui, deux fois précipité du trône, vint dans ce lieu cacher ses regrets et s'éteindre au milieu des moines, en 171 8 ; il fut le dernier personnage historique de ce château, où, de nos jours, Napoléon établit une école de cavalerie, et où, depuis lors, tient garnison un régiment de cette arme.
La ville de Saint-Germain, remarquable par la beauté de sa situation et recherchée à cause de la pureté de l'air qu'on y respire, est assez vivante, et les maisons y sont bien bâties ; les rues, pour la plupart, sont larges et bien pavées ; elle a plusieurs places, une paroisse, un hôpital^ une halle et un théâtre. Le bourg du Pecq s'étend sur la pente de l'escarpement du coteau de Saint-Germain et le long de la Seine ; il semble être un faubourg de la ville même de Saint-Germain. Le chemin de fer aboutit à l'esplanade du château, d'où l'on découvre un admirable panorama ; les bateaux à vapeur de Rouen et du Havre passent aussi audessous. La forêt de Saint-Germain, une des plus beUes de
PETIT GUIDE AUX ENVIROx\S DE PARIS. 365
France, couvre tout le plateau élevé qu'entoure la Seine jusqu'à Poissy. Presque au milieu de cette forêt, on troave la maison des Loges, succursale de celle de Saint-Denis, pour l'éducation des orphelines de la Légion d'honneur. Là se tient, le dimanche qui suit le 31 août, une foire ou fête champêtre extrêmement vivante et qui attire une affluence du beau monde de Paris et de ses environs, surtout de Versailles et de Saint-Cloud, dernier endroit que nous allons visiter en reprenant le chemin de fer.