‹ Guide universel et complet de l'étranger dans ParisChapitre 193 sur 273 · VI. ~ Montmorency, Enghien · texte numérisé non relu

VI. ~ Montmorency, Enghien

La vallée de Montmorency est une des plus renommées par ses agréments. Sur le plateau se déroule la petite ville de Montmorency, dont un ermitage voisin est devenu célèbre par le séjour de J.-J. Rousseau. Dans le fond de la vallée, et à peu de distance de Montmorency, est Enghien, %vec un lac et un parc délicieux. A quelques pas se trouve e joli village d'Epinay.

VIL — Fontainebleau.

Le palais de Fontainebleau a une date très-ancienne; elle paraît remonter jusqu'au temps de Robert, fils de Hugues Capet, vers l'an 1010. C'est dans ce palais que saint Louis médita si souvent sur le bonheur de la terre, toul en rêvant la gloire du ciel ; c'est là que François P' appela tous les arts d'Italie pour y répandre leurs prodiges ; c'est là enfin qu'un souverain pontife, qui avait béni le mariage de l'empereur Napoléon avec une archiduchesse d'Autriche, passa plus tard des jours d'exil, et ce fut aussi dans la cour de ce palais que. le plus grand capitaine du siècle prit congé de ses braves pour se retirer dans une île d'où il devait s'échapper au bout d'une année, et ressaisir la couronne impériale pour la perdre une seconde et dernière fois dans les champs de Waterloo. Ces souvenirs de tous les âges, de tous les caractères, ces voyages mystiques de nos anciens rois; tous les arts en travail pour enfanter ces brillantes galeries, ces tableaux, ces statues, celle mosaïque d'architecture de diverses époques ; cette immense forêt avec ses sites agrestes, ses arbres séculaires, ses traditions merveilleuses : tout parle ici à Timagination, au cœur, à la pensée ; tout inspire l'ardeur de connaître en ses moindres détails l'un des plus poétiques monuments de la France.

Revenu de la Terre-Sainte, Philippe- Auguste, à Fontainebleau, se défiant des menées de Richard Cœur-de-Lion, créa les gardes de son corps^ et ne marcha qu'entouré de sergents armés de masses de cuivre. Fatigué de la guerre, il se reposa dans le palais de Fontainebleau, et se livra au plaisir de la chasse dans la forêt où il avait, jeune encore, essayé son courage au milieu des bêtes fauves. La femme de Louis YIII, RIanche de Castiile, aimait les frais ombrages de Fontainebleau, et Louis IX ou saint Louis, que rcvjavons déjà cité, agrandit le château, dont un pavillon enferme encore la chambre qu'il occupait en 1259, qui a

gardé son nom, et qui, plus lard, en 1314, après le supplice des Templiers, reçut le dernier soupir de Philippe le Bel, comme ce palais l'avait vu naître en 1268. Charles le Bel était dans ce palais lorsqu'il donna audience, en 1325, à sa sœur Isabelle, femme d'Edouard II, roi d'Angleterre. En 1350, le roi Jean y vint chercher un refuge contre la peste qui décimait la capitale. En 1364, Charles V, surnommé le Sage, fondait à Fontainebleau et à Paris les deux premières bibliothèques nationales de France ; et celle de Paris, en 1373, comptait déjà neuf cent dix volumes, collection assurément très^remarquable pour le temps. Si nous franchissons environ deux siècles, nous trouvons le restaurateur des lettres, François P"^, réalisant, dans le palais de Fontainebleau, ces merveilles des arts que Louis XIV et Louis XV surent développer encore, malgré leur prédilection pour Versailles. Charles IX était à Fontainebleau en 1564; ce prince fanatique et dévot quitta bientôt ce palais pour venir à Paris se préparer aux massacres de la Saint-Barthélémy, qui, pour la honte des temps et de l'histoire, allaient se faire huit ans plus tard. Henri IV a jeté une auréole de gloire et de bonheur sur Fontainebleau, où il se trouvait avec sa charmante Gabrielle, en 1599. Après la mort de celle-ci, le roi épousa Marie de Médicis, qui, en 1601, au palais même de Fontainebleau, mit au monde Louis XIII, pour accoucher, six ans après, d'un second fils, lequel fut le duc d'Orléans, jeune prince qui vécut à peine quatre ans, mais dont le nom passa au troisième fils de Henri IV, Gaston, duc d'Anjou, également né à Fontainebleau. Enfin Henri IV avait reçu à Fontainebleau, en 1601, les ambassadeurs vénitiens : il y donna audience en 1607 à un ambassadeur du sultan, qui vint solliciter son alliance, comme il allait y recevoir, en 1608, l'ambassadeur du roi d'Espagne.

Henri IV tombé à Paris sous le poignard du moine Ravaillac, Louis XIII alla se faire sacrer à Rdjjj,s^jr reparut à Fontainebleau qu'en 1620, Il y sign paix avec la Grande-Bretagne. Ce princ

en 1634, par Jacques Lemercier, le fameux escalier du fer à cheval dans la cour dite du Cheval-Blanc ; mais il vint» en 1643, mourir à Paris, peu de jours après le cardinal de Richelieu, dont le trépas Pavait tant réjoui. En 1657, la reine Christine de Suède, dans son second voyage en France, se trouvant au château de Fontainebleau, qui lui avait été assigné pour demeure, fit tuer sous ses yeux son écuyer Monaldeschi, qu'elle accusait de trahison envers sa souveraine. Cette action barbare indigna toute la cour, et Christine reçut Tordre de quitter la France ; néanmoins, cinq à six mois après cet attentat commis à Fontainebleau contre l'autorité du roi, contre le droit des nations et contre l'humanité, cette reine étrangère obtint encore du cardinal Mazarin la permission de venir à Paris voir danser un ballet oà figurait Louis XIV, alors âgé de vingt ans. En 1660, ce prince épousa Marie-Thérèse d'Espagne, qui bientôt devint grosse, et la cour se fixa momentanément à Fontainebleau, où la nouvelle reine, en 1661, accoucha du Dauphin. En 1679, Louis XIV, avec toute sa cour, abandonna Fontainebleau pour Versailles, nouvel Olympe qui attendait le demi-dieu et devait le garder jusqu'à sa mort, arrivée en 1715. Cinquante ans plus tard, le fils unique de Louis XV expirait d'une maladie de poitrine à Fontainebleau, où son royal père l'avait envoyé, et où luimême n'avait fait que de courtes et rares apparitions. Louis XVI ne parut non plus que rarement à Fontaine, bleau ; mais l'empereur Napoléon s'y rendit fréquemment et c'est là qu'en 1814 il signa sa première abdication, et fit ses adieux à sa garde avant de partir pour l'île d'Elbe.

C'est là qu'enfin le pape Pie Vn, cité plus haut, cédant . à l'instance magique de l'Empereur, avait signé le fameux Concordat du 25 janvier 1813, appelé Concordat de Fontainebleau. Après le départ de Napoléon, cette résidence p&rut presque entièrement oubUée sous la ftestauration* Charles X, qui aimait la chasse, y fit seulement quelques promenades. Mais, après la Révolution de juillet 1830,;

PETIT GUIDE AUX ENVIRONS DE PARIS. Sti

Fontainebleau reprit une face nouvelle ; ce palais doit à Louis-Philippe de magnifiques embellissements.

Terminons par un mot de description, relativement à rintérieur du palais. La cour du Cheval- Blanc, devenue si fameuse, comme nous l'avons vu, par les adieux de Tempereur Napoléon à sa vieille garde, sert d*entrée principale. Il s*y trouvait primitivement une statue équestre de Marc Aurèle, qui fut brisée en 1626; mais la cour en a gardé le nom. La grande grille qui la ferme y fut placée par Napoléon. Le grand bâtiment à droite, appelé Taile neuve, a succédé à la galerie d'Ulysse. A gauche, sont les appartements du régisseur. L'escalier du fer à cheval, regardé comme un chef-d'œuvre de difficulté vaincue, sert d'entrée principale au palais, dont la façade se compose de cinq pavillons. L'intérieur contient une suite de galeries et de grands et petits appartements meublés et décorés avec magnificence ; il serait trop long de les décrire. La bibliothèque renferme plus de 20,000 volumes.

Le parc du château est divisé en deux parties par ùri canal long de 1,200 mètres, creusé sous Henri IV. -— La treille du roi s'étend au nord de la pièce d'eau; elle produit chaque année de 3 à 4,000 kilogr. d'excellent chasselasJ

La forêt, d'une superficie de 17,000 hectares et de 80 kilomètres de circuit, toute hérissée de rochers de grès, très-accidentée, très-agreste, offre aux voyageurs et aux artistes les sites pittoresques qu'on ne retrouve qu'aux pays de montagnes.

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