IV. — Paris sous la troisième race des rois de France
Hugues Capet établit son séjour à Paris, dans le palais nommé aujourd'hui le Palais de Justice, et ses successeurs continuèrent d'y résider jusqu'à. Charles VII, qui l'abandonna au parlement. La fortune de Paris fut désormais associée à la fortune de la royauté. Dès la fin du onzième siècle, les écoles de Paris sont célèbres; on l'appelle déjà la ville des lettres ; Vécole épiscopale a des maîtres comme Adam du Petit-Pont, Pierre Comestor, Michel de Corbeil, Pierre le Chantre, et surtout Guillaume de Champeaux ; elle est éclipsée par l'illustre Abailard, qui plante le camp de ses écoles sur la montagne Sainte-Geneviève. Les abbayes, les églises se multiplient (Saint- Victor, Sainte- Geneviève des Ardents, Saint-Pierre aux Bœufs, Saint- Jacques la Boucherie, la léproserie de Saint-Lazare, la commanderie de Saint-Jean-de-Latran, etc.). Déjà un prévôt du roi gouverne la ville et y fait la police ; sa cour siège au grand Chàtelet, et la ville est protégée par une nouvelle enceinte sous Louis VI. Les Croisades développent l'industrie de Paris, la population augmente; les
Templiers y établissent le palais fortifié qui doit devenir le centre de TOrdre, et- autour duquel se forme un quartier tout entier. L'évéque Maurice de Sully jette les fondements de Notre-Dame, souâ Louis VII ; et déjà la promenade du Pré-aux-Clercs, à l'ouest de la ville, a quelque célébrité.
Sous Philippe-Auguste, Paris devient une véritable capitale ; le roi fait paver les premières rues, qui forment la croisée de Paris; on lui doit des aqueducs, des fontaines, des halles, des églises, des couvents, le vieux Louvre, dont la grosse Tour devient le symbole de la suzeraineté royale et la prison des grands vassaux rebelles. Le Parloir aux Bourgeois est transféré près du grand Châtelet, sur le quai de la Mégisserie ; les écoles de Paris sont réunies en Université, qui prend le titre de fille aînée des rois ; elle a des privilèges, et ses 20,000 écoliers, venus de toutes les parties de l'Europe, forment sur la rive gauche une ville entière, qu'on appellera souvent le quartier latin. Une nouvelle enceinte fortifiée montre les progrès de la Cité ; elle va, sur la rive gauche, de la Tournelle à la Tour de Nesle (près de l'Institut) ; et, sur la rive droite, de la Tour qui fait le coin (près du pont des Arts) à la Tour Babel ou Barbeau (près du port Saint-Paul). Il y a 14 portes et plusieurs poternes ; la muraille est garnie de nombreuses tours rondes.
Sous saint Louis (1226-1270), les églises, les couvents, les collèges se multiplient ; on construit la Sorbonne, la Sainte-Chapelle, les Quinze-Vingts, etc. Le célèbre prévôt, Etienne Boileau, établit à côté du guet royal, le guet des métiers, pour assurer l'ordre dans la ville ; il fait rédiger le Livre des métiers, comprenant les statuts et règlements des nombreuses corporations qui attestent les progrès de l'industrie parisienne ; le chef de la bourgeoisie prend le nom de prévôt des marchands. Sous les successeurs de Louis IX, les progrès continuent ; les ordres rehgieux enseignants font partie de l'Université ; beaucoup de nouveaux collèges sont fondés (Navarre, Bayeux, Laon, Monlaigu, du Plessis, Narbonne, Lisieux, etc.) ; le Parlement
royal est installé à demeure dans Paris, et la turbulente confrérie des clercs de la Basoche s'organise autour de la grande cour judiciaire. Paris, qui s*est soulevé contre les mesures fiscales de Philippe le Bel, voit les premiers états généraux réunis en 4302, et assiste au supplice de Jacques de Molay, le grand maître des Templiers, en 4314, puis à celui d'Enguerrand de Marigny, conduit au gibet de Montfaucon.
Au quatorzième siècle, Paris commence à montrer son génie révolutionnaire ; le Parloir aux bourgeois a été transféré à la Maison des Piliers, sur la Grève ; c'est de là qu'Etienne Marcel, le célèbre prévôt des marchands, dirige la bourgeoisie et cherche à s'emparer du pouvoir que la royauté semble incapable d'exercer, soit dans les états généraux, réunis à Paris, de 4355 à 4358, soit en armant les Parisiens, et en leur donnant, comme signe de ralliement, le chaperon rouge et bleu, soit en présidant à la défense de la ville, après la défaite de Poitiers. On reconstruisit la muraille extérieure, on la garnit de 750 guérites et de canons, on agrandit l'enceinte septentrionale, qui partit de la tour de Bilhfj près de l'Arsenal, et alla jusqu'à la tour du Bois, près des Tuileries. Lorsque la paix fut rétablie, Charles V fit élever, à l'est de la ville, la Bastille Saint-Antoine, au moment où il établissait la demeure royale dans l'hôtel Saint-Paul, et abandonnait au Parlement l'ancien palais des rois, qui devint le Palais de Justice. — Sous Charles VI, Paris fut encore le théâtre de nouvelles révoltes ; les Maillotins, en 4382 ; plus tard la faction des bouchers ou Cabochiens ensanglanta la ville ; les massacres des Armagnacs, en 4418, préparèrent la domination des Anglais, qui restèrent maîtres de Paris jusqu'en 4436. Le connétable de Richemont rétablit alors l'autorité de Charles VII, qui rentra dans sa capitale désolée, en 1437. A la fin du quinzième siècle et au seizième, les rois résidèrent rarement à Paris ; mais la ville répara rapidement ses pertes ; Louis XI, qui en comprenait toute l'importance, flatta les bourgeois, augmenta leurs privilèges, or-
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ganisa Ipurs milices en 72 compagnies, fit paver les rues, creusa des égouts, éleva des boucheries, de nouveaux ponts, établit une police plus régulière, et favorisa le développement du commerce et de Findustrie. Malgré Fopposition de l'Université, toujours très-puissante, il protégea les premiers imprimeurs, élèves de Jean Fust. A Tépoque^de la Renaissance, de nouveaux monuments embellirent Paris; sous François !«»•, le Louvre, l'hôtel de Cluny, Thôtel de la Trémoille, le Collège de France, l'Imprimerie royale, la fontaine des Innocents, l'Hôtel de Ville, les églises Saint- Merri et Saint-Eustache ; sous les auspices de Catherine de Médicis, les Tuileries, l'hôtel de Soissons, les collèges de Clermont et des Grassins, etc. La juridiction des juges et consuls fut le premier tribunal de commerce créé en 1563; les premières rentes sur l'Hôtel de Ville furent instituées sous François P^.
Mais Paris fut encore, pendant les guerres de religion, le théâtre de terribles événements : Sainl-Barthélemi, en 1572; organisation de la Ligue, journée des Barricades, 12 mai 1588; révolte contre Henri lU; sièges de Paris, 1589, 1590, 1592; états de la Ligue, 1593. L'année suivante, la haute bourgeoisie de Paris s'entendit avec le gouverneur Brissac, pour livrer la ville à Henri IV, qui y rentra en 1594. Pendant le règne de ce prince, on acheva les Tuileries, la galerie du Louvre, l'Arsenal, l'Hôtel de Ville, le Pont-Neuf ; on construisit la place Dauphine et la place Royale ; le quartier du Marais fut commencé, la foire Saint-Germain devint très-populaire, et le quartier Saint- Germain fut relié à la Seine et au pont Neuf. Paris méritait les éloges de Montaigne, qui écrivait alors : « Paris a mon cœur dès mon enfance... Je l'aime tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis François que par cette gmnde cité, grande en peuple félicité de son assiette, mais surtout gran rable en variété et diversité de commodi' la France est l'un des plus nobles ornemij Sous Louis Xni, l'évôché de Paris fuJ
Téché, Î623 ; une nouvelle enceinte, avec fossés, bastions, eourtines, s*étendit,en 1626, de la porte Saint-Denis à la porte de la Conférence sur la Seine (près de la place de la Concorde) ; des quartiers nouveaux furent construits, avec de riches hôtels; Marie de Médicis fit élever le palais du Luxembourg; Richelieu, le Palais-Cardinal, plus tard Palais-Royal ; Anne d*Autriche, le Val-de-Gràce. L'aqueduc d*Arcueil amena sur la rive gauche les eaux de Rungis ; le Jardin des Plantes fut créé, 1626 ; le Cours-la-Reine fut planté; beaucoup d'églises, de couvents furent élevés; l'Académie française fut fondée à Paris, au moment où les théâtres de Bourgogne, du Marais, etc., commençaient à donner des chefs-d'œuvre.
Avec la Fronde, les troubles recommencèrent à Paris, qui vit la deuxième journée des Barricades, 1648, fut assiégé par l'armée royale commandée par Condé, 1649, et assista à la bataille du faubourg Saint-Antoine, où Condé, devenu rebelle, ne fut sauvé que par le canon de la Bastille, 1652. Paris fut puni, perdit ses privilèges et ses magistrats et cessa d'être la résidence de la cour, qui habita dès lors Saint-Germain, puis Versailles. La capitale n'en garda pas moins son importance les anciennes murailles furent renversées et remplacées par des boulevards, de la porte Saint-Antoine à la porte Saint- Honoré ; les faubourgs Saint-Antoine, du Temple, Saint-Marlin, Saint-Denis, Montmartre, Saint- Victor , Saint-Marcel, Saint-Jacques, les quartiers du Luxembourg, Saint-Germaindes-Prés, des Invalides, firent partie de la ville, divisée alors en 20 quartiers jusqu'en 1790. Un lieutenant de police [La Reynie, puis d'Argenson) mil fm au désordre de la capitale, 1666; elle fut éclairée par 6,500 lanternes à chandelles, les rues furent assainies; il y eut des voitures publiques ou fiacres, des marchés, des casernes; on multiplia les ponts, les places, les portes triomphales, les maisons religieuses; on acheva les Tuileries; on planta les Champs-Elysées; on éleva le collège des Quatre-Nations, laSalpêtrière, la colonnade du Louvre, les Invahdes, l'Observatoire, la manufacture des Gobelins, la Bibliothèque royale; on créa de nouvelles aca-
démies. « Les provinciaux et les étrangers afiluaient déjà dans cette grande hôtellerie^ qui comptait plus de 500,000 habitants, le vrai cœur du royaume, disait Vauban, la mère commune de la France, par qui tous les peuples de ce grand État subsistent, et dont le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement. » •
Sous Louis XV, la prospérité de Paris continue; la rue Quincampoix, la place Vendôme, Thôtcl de Soissons, sont les théâtres des folies du système de Law; l'Opéra est dans tout son écîat; le cimetière Saint-Médard voit les extravagances des convulsionnaires. Paris est de plus en plus la ville des lettres et des idées; ses cafés sont célèbres comme ses salons; ses écrivains font l'éducation de la société polie en Europe. On bâtit de nombreux hôtels pour les financiers comme pour les grands seigneurs, mais peu de monuments r^Ugieux ; citons l'École miUtaire, la halle aux Blés , Fhôtel des Monnaies, TégUse Sainte-Geneviève, la place Louis XV ; mais les heux de réunion et de plaisir, comme les théâtres, se multiphent. Paris s'enrichit d'institutions utiles et bienfaisantes sous Louis XVI (marchés, halles, ponts, hôpitaux, écoles, etc.). Le mur d'octroi est construit par les fermiers généraux en 1786.