‹ Guide universel et complet de l'étranger dans ParisChapitre 39 sur 273 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

I. — Impression éprouvée par l'étranger qui voit Paris pour la première fois.

L'étranger qui arrive à Paris pour la première fois éprouve une impression indéfinissable, il se sent comme transporté dans un lieu de féerie: tout le frappe, l'attire, le saisit, rémerveille. Loin de trouver, ainsi qu'au temps de Philippe-Auguste, de Charles IX et encore de Louis XIII, une ville de boue et de fumée, il a devant lui une cité magnifique, où, de même qu'un empereur le répétait de Rome, le granit et le marbre ont succédé aux brin des voies larges et à doubles trottoirs ont rues étroites et tortueuses qui effrayaient r çà et là des palais grandioses, comme le

Luxembourg ; des monuments qui rivalisent avec tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus beau, tels que la Bourse, les Invalides, le Panthéon et la Madeleine. Les uns sont affectés aux sciences, comme le palais de l'Institut et celui des Beaux-Arts, les autres au culte, comme Notre- Dame et Saint-Sulpice, ou à l'administration publique^ comme la Monnaie. Il aperçoit des jardins qui effacent en renommée tous les jardins les plus célèbres des divers pays ; et s'il pénètre notamment dans celui des Tuileries,, en saluant l'obélisque de Louqsor, qui se dresse fièrement sur une superbe place, il a pour perspective le riant tableau des Champs-Elysées, et, au bout d'une avenue délicieuse en même temps qu'imposante, l'arc de triomphe élevé aux gloires militaires de la Révolution et de l'Empire. S'il dirige ses pas vers les boulevards, il découvre cette verdoyante promenade ombragée qu'une femme illustre comparait à la ceinture de la déesse de la beauté ; ceinture ornée d'élégantes façades, de riches bazars, de somptueux établissements, et animée par un océan populaire qui, dans son flux et reflux, va et vient sans cesse.

Ailleurs, il observe de larges quais en pierre de taille, plantés d'arbres et bordant la sinueuse rivière qui partage en deux grandes divisions la métropole actuelle de la civilisation, de la littérature et du goût, divisions que mettent en communication entre elles des ponts d'une construction hardie et solide à la fois. Enfin, il remarque des places, des jardins, des squares, vivifiés par des jets d'eau et des fontaines, ou décorés par des colonnes monumentales, et offrant la nuit un éclat presque pareil à celui du jour. Partout il est sûr de trouver des ressources variées d'amusement ou d'instruction : théâtres, concerts, bibliothèques, salons de lectures, cafés, cercles, hôtels, etc. ; tout se présente à ses regards et ne lui laisse que l'embarras du choix. En outre, la population a une physionomie prévenante et des manières pQlies ; elle est affable et cordiale ; elle vient au-devant de vos moindres désirs ; elle vous aborde avec gaîté, vous donne avec empresse-

ment Tindication que vous demandez; elle vous met sur Theure au courant de ce que vous devez rechercher ou éviter, voir et préférer avant tout ; et cet empressement bénévole et désintéressé, qu'on ne rencontre pas, du moins au môme degré, dans les autres métropoles, se manifeste ici chez des individus de toutes les classes de la société, depuis rhomme opulent jusqu'à Thumble ouvrier. En un mot, l'étranger qui arrive à Paris trouve en y débarquant tout ce qu'il peut souhaiter en plaisirs et en distractions, avec la certitude d'une pleine sécurité pour lui-même et d'une extrême liberté dans ses actions et ses paroles, au sein de ces deux millions d'individus qui l'environnent. Il y réglera ses dépenses au prorata de ses moyens, et, à tout prendre, il y vivra, s'il le veut, à meilleur compte qu'en aucune capitale de l'Europe; aussi, après avoir vu en détail cette Balylone de l'Occident, s'écrie-t-il dans son enthousiasme reconnaissant : Paris est la grande ville du monde ; quiconque l'a visitée une fois veut la* revoir encore, et lui trouve toujours de nouveaux charmes.

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