III. — Configuration et aspect d'ensemble
On peut embrasser du regard l'ensemble de Paris en se plaçant sur le faîte d'un de ses grands édifices, sur l'une des tours de Notre-Dame, par exemple. Quoiqu'on ne se trouve là qu'à 68 mètres au-dessus du sol, on a en revanche une position centrale. Un panorama varié s'y déroule, ayant pour bornes les chaînes de collines qui encaissent une vallée au fond de laquelle serpente la Seine.
L'œil voit la Seine vers le Sud-Est descendre de Charenton, où elle s'est grossie de la Marne ; entrer dans la capitale, dont les fortifications forment l'enceinte ; passer, bientôt après, sous le pont Napoléon, construit pour le chemin de fer de ceinture ; puis, laissant derrière elle les ponts de Bercy et d'Austerlilz, frôler l'ancienne île Louviers, maintenant soudée à la rive droite, et se partager en deux bras pour entourer l'île Saint-Louis.
Cette île, formée elle-même de deux îlots qu'on nommait
l'île aux Vaches et Tîle Notre-Dame, est rattachée à la rive gauche du fleuve par le pont de Constantine et le pont de la Tournelie ; à }a rive droite, par le pont Marie et le pont Louis- Philippe, et elle communique par le pont Saint-Louis à une seconde île plus grande, l'île de la Cité.
L'île de la Cité, qui fut le berceau de Paris, offre assez vaguement, par ses contours, l'image d'un navire, et c'est là, dit-on, ce qui justifie les armes de la ville qui sont : « De gueules au vaisseau équipé, soutenu d'une mer de môme, au chef d'azur surmonté d'une couronne murale de quatre tours. »
Les deux bras de la Seine, avant de se confondre vers l'extrémité occidentale de la Cité, passent l'un et l'autre 50US trois ponts qui relient la Cité à la rive gauche et à la rive droite du fleuve. Ce sont, pour la rive gauche, le pont de l'Archevêché, le pont au Double, le pont Saint- Michel ; pour la rive droite, le pont d'Arcole, le pont Notre- Dame et le pont au Change.
Nous n'en avons pas fini avec les ponts, car, à partir de la Cité jusqu'au point où, en face de Passy, la Seine se bifurque de nouveau pour baigner l'île étroite et longue qu'on nomme l'île aux Cygnes, elle est successivement franchie par des ponts majestueux, qui sont : le pont des Arts, le pont Neuf, le pont du Carrousel ou des Saints- Pères, le pont Royal, le pont de Solférino, le pont de la Concorde, qui se trouve au point le plus septentrional de la courbe décrite par le fleuve du Sud-Est au Sud-Ouest, le pont des Invalides, le pont de l'Aima, le pont d'Iéna, puis, supporté par l'extrémité occidentale de l'île aux Cygnes, le pont de Grenelle. Encore un pont à subir, le pont qui sert au chemin de fer de ceinture, et la Seine traversant une seconde et dernière fois l'enceinte des fortifications, s'avance, en dessinant des sinuosités capricieuses, vers de cliarmants pays : Sèvres, Saint-Cloud, où le Parisien sait bien la retrouver aux beaux jours, et où nous le conduisons dans notre Guide aux environs de Paris. Nous nous bornerons à dire ici qu'après avoir quitté
Paris, la Seine gagne Rouen en se grossissant de TOise à droite, près de Conflans-Sainte-Honorine, au-dessus de Poissy, et de l'Eure, à gauche, près du Pont-de-l' Arche. De Rouen, elle continue à couler vers l'Océan, où son embouchure se développe entre les villes du Havre et de Honfleur. Pour compléter cet aperçu, en ce qui regarde le cours de la Seine, ajoutons que ce fleuve prend sa source dans la forêt de Ghanceau, près de Saint-Seine (Gôte-d'Or), au bas d'un coteau qui fait partie du plateau de Langres. Avant d'arriver à Paris il reçoit : par sa rive gauche, l'Yonne àMontereau, le Loing à Moret, l'Essonne à Gorbeil; par sa rive droite, l'Aube près de Nogent, l'Hières à Villeneuve- Saint-Georges, et la Marne près de Charenton.
Un autre cours d'eau* naturel arrose la rive gauche de Paris, c'est la Bièvre, qui a sa source dans le département de Seine -et-Oise, entre Raviers et Guyancourt, près de Versailles, et qui maintenant, dérivée dans l'égout collecteur général de la rive gauche, traverse la Seine, près du pont de l'Aima, sans se mêler à ses eaux, et va se jeter ensuite dans ce fleuve, en rejoignant le collecteur général de la rive droite près d'Asnières, c'est-à-dire plus bas que Paris.
it existait enfin autrefois un ruisseau qui, descendant de Ménilmontant, tombait dans la Seine, au bas de Ghaillot, entre les ponts actuels de l'Aima et d'Iéna. Ce ruisseau, tari dès le quatorzième siècle, a été le premier égout de la capitale, et on le no^me aujourd'hui l'égout de ceinture. Au commencement de notre siècle, afin d'augmenter la quantité d'eaux potables dont Paris avait grand besoin, on construisit uu canal pour dériver à Mareuil, avant l'endroit où il se jette dans la Marne, un cours d'eau nommé l'Ourcq, qui aboutit maintenant au grand bassin de la Villette, point de partage des canaux Saint-Denis et Saint-Martin, que le canal de l'Ourcq alimente. Le canal Saint Martin, d'un par eours de 4 kilomètres, débouche dans la Seine au J}as du pont d'Austerlitz. Du faubourg du Temple à la Rastille, ce canal a été recouvert et transformé en une magnifique
promenade qui porte le nom de boulevard Richard-Lenoir. Les dix-huit prises d'air et de jour ménagées à la navigation sont dissimulées par autant de parterres entourés de grilles et ornés de jets d'eau. Le canal Saint- Denis va rejoindre le même fleuve à la ville de Saini- Denis, après 6 kilomètres de parcours. La communication par ces canaux remplace la navigation lente et difficile de la Seine, entre Paris et Saint-Denis.
Des collines environnent Paris ; celles du nord abritent la capitale contre les vents froids. Sur la rive droite, les sommets les plus élevés de ces collines sont ceux de Belleville et de Montmartre : ils ont, le premier, 123 mètres, le second i03 mètres de hauteur. Sur la rive gauche, les ondulations du sol sont assez douces au premier plan ; elles présentent, de l'Est à l'Ouest, les sommets de la maison Blanche, de la butte aux Cailles, et du Panthéon, puis s'abaissent vers la plaine de Montsouris, se relèvent à Montrouge, pour redescendre avec la plaine de Grenelle qui rejoint la Seine; mais sur un second plan, au delà de Montrouge, elles offrent le mont Valérien, dont la hauteur est de 136 mètres.
Notre-Dame est le point le plus favorable pour jouir de l'ensemble du tableau de Paris. Les tours de Saint-Sulpice offriront un panorama plus restreint, mais toujours grand et varié ; l'œil y saisira d'ailleurs une quantité de points de vue nouveaux. Si l'on monte sur le dôme, ou, comme on dit, dans la lanterne du Panthéon, la perspective aura également une étendue considérable, on verra môme tout l'ensemble de Paris dans les quatre points cardinaux et dans un imposant lointain. Si l'on se transporte, ou à là butte Montmartre, ou bien sur le coteau du cimetière de l'Est, on pourra suivre les développements de la plupart des quartiers et des grandes rues. Enfin, du haut de l'arc de triomphe de l'Étoile, le spectacle aura encore un horizon trèsreculé.