VI. — Église de la Madeleine
La Madeleine (place de la Madeleine, VIII* arrondissement), véritable temple dans le goût ancien, est le quatrième édifice religieux bâti sur l'emplacement où il se trouve. Le premier remonte au commencement du treizième siècle. A cette époque, il existait au même endroit une église qui portait le nom de la Ville-l'Évéque, à cause d'une ferme que l'évêque de Paris possédait alors en ce lieu. Vers la fin du quinzième siècle, la Ville-FÉvêque était devenue un gros village dont la population considérable nécessita la construction d'une église plus spacieuse : le roi Charles VIII en posa la première pierre en i487. Charles IX y institua une confrérie de pénitents, et s'y fit agréger avec sa femme ; mais l'église ne devint paroisse qu'en 1639. Vingt ans plus tard, elle fut remplacée par une autre, dont Anne-Marie- Louise d'Orléans posa la première pierre : ce nouveau temple reçut le nom d'église de la Madeleine. La population du quartier continuant à augmenter, il fallut ériger un temple encore plus vaste, et c'est celui qui nous occupe, et que Louis XV fit commencer en 1764. L'architecte Constant (d'Ivry) en donna les plans. Il mourut en 1777, et l'architecte Couture les continua. Les événements de 1789 suspendirent les travaux, qui repris qu'en 1808, lorsque Napoléon eut conçuj de convertir cet édifice en un Temple de la Gh à la grande* armée. Tout le monument fut m|
pour recevoir sa structure actuelle, d'après les dessins de Pierre Vignon. A la mort de cet architecte, qui fut inhum^ sous le portail de Téglise, sa succession échut à son asso> cié, M. Huvé, membre de Tlnstitut (Académie des beauxarts). En 1812, les travaux étaient arrêtés ; mais ils furent repris en 1816, par ordre de Louis XVIII, qui destinait la
Église de la Madeleine.
Madeleine à un monument expiatoire en Thonneur de Louis XYI et de Marie-Antoinette. Ces travaux ont depuis lors marché moins lentement, et toutefois ils n'étaient pas finis à la révolution de juillet 1830. C'est à Louis-Philippe qu'il faut rapporter la gloire d'avoir achevé cet édifice.
Ce vaste monument, construit sur le modèle d'un temple grec, forme un parallélogramme de 100 mètres de long sur 42 de large hors œuvre. Il s'élève sur un soubassement de 4 mètres de hauteur. Il est entouré de cinquante-deux colonnes cannelées, d'ordre corinthien, de 15 mètres de
hauteur, de 5 mètres de circonférence et de 2 mètres et demi de diamètre. Ces colonnes sont isolées et ont beaucoup d'élégance. Le péristyle est formé par un double rang de colonnes. Chaque extrémité de Tédifice présente huit colonnes de front, et chaque c6té dix-huit colonnes. Le devant de Féglise offre un perron de trente marches, divisé en deux parties par un paher. L'intérieur est éclairé par trois coupoles^ décorées chacune de quatre apôtres sculptés en bosse .'Aucun jour n'est pratiqué dans les murs ; mais des niches placées dans l'axe de chaque entre-colonnement sont destinées à recevoir des statues. La frise, qui règne tout autour de l'édifice, offre sur tout son développement des anges qui tiennent des guirlandes entremêlées d'attributs religieux. La cymaise supérieure, ou la partie qui est à l'extrémité de la corniche, est ornée de têtes de lion et de palmettes; un bas-relief de neuf figures décore le fronton principal, l'autre fronton est resté lisse ; un espace ménagé intérieurement dans cette partie de l'édilice contient la sonnerie, et remplace ainsi le clocher.
Le fronton^ chef-d'œuvre du sculpteur Lemaire, représente le Jugement dernier. Les figures ont 5 mètres 33 centimètres de proportion. Au milieu du groupe est le Christ ; à sa gauche est la Madeleine, dans une attitude suppliante, implorant le pardon des pécheurs, figurés par les sept péchés capitaux, que repousse un ange armé d'un glaive qui montre une inscription latine : Vœ impiis ! dont le sens est : Malheur aux impies I A droite du Christ est un ange qui vient de sonner la trompette du jugement dernier. Derrière lui sont les Vertus théologales personnifiées ; auprès d'elles un autre ange aide un juste à sortir de son tombeau, sur lequel l'artiste a gravé ces mots latins : Ecce dies salutiSy qui signifient : Voici le jour du salut. Audessus du fronton se lit cette inscription latine : D. 0. M. Sub invocatione Sanctœ Magdalenœ, qui veut dire : Au Dieu très-bon et très-grand, sous l'invocation de sainte Madeleine.
La porte principale, qui fait face à la rue Royale, à
robélisque de Louqsor et au fronton du palais de la Chambre des députés, est un ouvrage unique dans ses immenses proportions, composé et exécuté par Tiqueti, et fondu en bronze sous sa direction, par MM. Richard, Eck et Durand ; elle a 10 mètres de hauteur sur 5 de largeur ; elle représente les dix Commandements de Dieu. Les deux premiers sont contenus dans Timposte ; les troisième, quatrième, cinquième et sixième dans le battant de gauche, et les septième, huitième, neuvième et dixième dans celui de droite. De chaque côté de la porte est une grande niche, où se trouve, à droite, la statue de saint Philippe, par Nanteuil ; à gauche, la statue de saint Louis, par le même.
La galerie de droite, qui regarde les boulevards, a qua torze niches, dans lesquelles sont placées les statues de saint Gabriel, par Duret ; saint Bernard, par Husson ; sainte Thérèse, par Feuchère ; saint Hilaire, par Huguenin ; sainte Cécile, par Dumont ; saint Irénée, par Gourdel ; sainte Adélaïde, par Bosio neveu ; saint François de Sales, par Molchenet ; sainte Hélène, par Mercier , saint Martin de Tours, par Grevenich ; sainte Agathe, par Dantan jeune ; saint Grégoire, par Thérasse ; sainte Agnès, par Dusseigneur ; saint Raphaël, par Dantan aîné.
Le galerie de gauche a dans ses quatorze niches les sta tues de saint Michel, par Raggi ; saint Denis, par Debay fils ; sainte Anne, par Desbœufs ; saint Charles Borromée, par Jouffroy ; sainte Elisabeth, par Cailouette; saint Ferdinand, par Jalay ; sainte Christine, par Valcher ; saint Jérôme, par Lanno ; sainte Jeanne de Valois, par Caillot ; saint Grégoire le Grand, par Maindron ; sainte Geneviève, par Debay père ; saint Jean Chrysostome, par Gechter ; sainte Marguerite d'Ecosse, par Caunoy ; TAnge gardien par Bra.
Les niches faisant face à la rue Tronchet représentent saint Matthieu, par Desprez ; saint Marc, par Lemaire ; saint Jean, par Ramey ; saint Luc, par le même.
Les pendentifs ont été sculptés par Pradier et Roman ; les quatre pendentifs de la coupole, par Foyatier.
Vintérieur de TégUse est remarquable par sa magnifique
ÉGLISES. d9
décoration. Du vestibule on entre dans la nef par une arcade haute d'environ 25 mètres 91 centimètres, large de 14 à 45 mètres. Cette nef est décorée de deux ordres, l'ionique et le corinthien ; la voûte est divisée en trois coupoles semblables, et éclairées à leur sommet par une ouverture circulaire d'environ 5 mètres de diamètre. Cette même nef a huit chapelles, dont deux sous le vestibule et trois de chaque côté : les deux premières servent. Tune aux fonts baptismaux, Tautre aux célébrations de mariages; celles de côté communiquent au chœur par une arcade semblable à celle du vestibule intérieur. Les six grands espaces demicirculaires au-dessus des chapelles latérales sont ornés de peintures représentant la vie de la Madeleine. Autour du mur du rond-point s'étend un grand bas-relief. Le tout est entièrement construit en fer* et en cuivre. Une balustrade en marbre blanc règne dans le pourtour intérieur de l'église et encadre toutes les constructions qui s'adossent au grand mur d'enceinte. Les peintures qui concourent à l'ornement des faces latérales de l'intérieur sont de divers artistes. La grande composition de l'abside est de Ziégler ; ce chef-d'œuvre, dont les figures du premier plan ont trois mètres de proportion, se développe avec beaucoup de clarté. N'oublions pas les deux bénitiers en marbre, sculptés par Lemoine ; ce sont deux chefs-d'œuvre de grâce et de délicatesse, non-seulement les vases, mais les anges qui les soutiennent.
On arrive au chœur par une estrade en marbre blanc, de huit mètres ; au milieu se trouve le maître-autel, surmonté d'un groupe en marbre représentant la Madeleine ravie élevant son regard vers le ciel, et soutenue par trois anges ; deux archanges sont placés de chaque côté, sur des piédestaux, dans l'attitude de l'adoration : ces sculptures sont de Marochetti.
Les douze apôtres sont sculptés dans les trois coupoles.
Les orgues sont au-dessus de la porte principale ; la chaire est à la hauteur de la troisième grande colonne de la travée, et le banc d'œuvre vis-à-vis. Les escaliers inté-
rieurs, au mombre de six, conduisent aux galeries. I /intérieur de Tédifice est voûté souterrainement, ainsi que le pourtour du péristyle.
L'église de la Madeleine a été livrée au culte catholique en 1842.
VII — Église Notre-Dame-de-Lorette.
La jolie église de Notre-Dame-de-Lorette (rue Notre-Damede-Lorette, IX« arrondissement), commencée en 1823 sur les dessins de Tarchitecte Lebas, n'a été terminée qu'en 1837. Cet édifice, oblong, exécuté sur le modèle d'un ancien temple païen de Rome, est décoré intérieurement d'une manière à peu près analogue aux édifices présentement existants dans la capitale du -monde chrétien. Ce bâtiment est oblong, ayant un portique à son extrémité sud, et une projection circulaire à sa partie septentrionale, avec un léger campanile ou clocher s' élevant du point de jonction entre le chœur et la nef. La longueur extérieure de l'église est de 68 mètres, et sa largeur de 32 mètres. La façade ou le fronton qui regarde la rue Laffitte est d'un très-bel effet : elle présente un portique orné de quatre colonnes corinthiennes supportant un riche entablement, dans la frise duquel on lit cette inscription latine : Beatœ Mariœ Virgim Lauretanœ, qui veut dire : A la bienheureuse Vierge Marie de Lorette. Sur le pédiment sont trois statues : la Foi, par Foyatier ; l'Espérance, par Lemaire, et la Charité, par Laitié. Sur le tympan du fronton se voient la Vierge et l'Enfant Jésus, de Nanteuil. Le portique présente une entrée principale, et sur les arrière-corps, à droite et à gauche, sont les entrées latérales plus petites.
L'intérieur de l'église a une grande nef de 8 mètres de largeur sur 30 de long, deux nefs latérales et des chapelles particulières. La nef principale est formée par deux rangs de colonnes ioniques en stuc jaunâtre et d'un beau poli et séparant les ailes qui n'entourent pas le chœur; elle se termine par un hémicycle où s'élève le maître-autel, com-
posé d*un baldaquin que supportent quatre colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux en bronze doré. A chaque extrémité des bas côtés est une chapelle, et outre ces quatre chapelles principales, il y en a six autres de moindre dimension. Toutes ces chapelles sont, comme Téglise, richement décorées.
Au-dessus du porche, formant l'entrée de l'église, est le buffet d'orgues, d'où l'on peut mieux juger de la beauté du plafond de la grande nef.
yill. - Église Saint-Germain-rAuxerrois.
Malgré toutes les incertitudes qui ont plané sur l'ofigme de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois (place du Louvre, [•'•^ arrondissement), il paraît que son vrai fondateur est le roi Chilpéric et que saint Germain en fut le patron. La construction de cette église eut lieu en 606, et saint Landry y fut inhumé en 656. Mais elle ne porta pas d'abord le nom d'Auxerrois : on l'appelait encore, sous la seconde race, Sainl-Germain-le-Rond, parce qu'elle avait été élevée sur un plan circulaire et sous le patronage de saint Germain. Au commencement de la troisième race, le roi Robert, fils de Hugues Capet, et couronné en 990, fit rebâtir cette église, qui avait été ruinée par les Normands dans une de leurs excursions à Paris. Ce fut alors qu'elle prit la désignation de Saint-Germain-l'Auxerrois, pour n'être pas confondue avec une autre église ; mais les historiens de Paris n'expliquent pas d'où est venu le nom d'Auxerrois. En 1423, sous la domination anglaise, cet édifice éprouva une nouvelle métamorphose, qui laissa toutefois subsister l'ordonnance sarrasine de son porche, derrière lequel est placé le buffet d'orgues. Dulaure rapporte que de cette église partit le signal donné par une de ses cloches pour le massacre des protestants à la Saint-Barthélémy, en i572. Déjà, en 1356, ce lieu avait servi de point de réunion et de départ à la fameuse insurrection d'Etienne Marcel, prévôt des marchands, contre les grands d'alors. Le cha-
pitre de Saint-Germain-rAuxerrois exerça longtemps une redoutable prépondérance sur les églises voisines ; elle ne cessa qu'en 1744, époque où ce chapitre fut réuni à celui de Notre-Dame. En 1831, le clergé ayant. eu l'imprudence de tenter de célébrer dans ce temple un service en mé-
Mairie, tour et église Saint-Germain-rAuxerrois.
moire des princes de la famille déchue et du duc de Bordeaux, la population, qui venait de renverser la branche aÎAée des Bourbons pour lui substituer la branche cadette, se porta en masse dans l'église afin d'en chasser les officiants,, et de là, comme elle soupçonnait l'archevêque
d'avoir autorisé la célébration qui venait d'exciter sa colère, elle courut à F Archevêché, qui fut en un moment tout à fait démoli. Le maire du quatrième arrondissement, M. Cadet de Gassicourt, sauva du même sort l'église Saint-Germain- TAuxerrois, qui a été restaurée et rendue au culte en 1838, et dont en 1842 on a réparé le portail.
La disposition intérieure de l'église Saint-Germain- TAuxerrois est régulière : c'est une église cruciforme, comme toutes les vieilles églises, avec une extrémité octogone à Test. Cet intérieur a cinq nefs, dont le bas a été restauré ; la partie postérieure est doublée comme Téglise Saint-Nicolas-des-Champs, dans la rue Saint-Martin. L'aile double renferme à la fois la nef et le chœur, et, dans l'extrémité occidentale, le porche s'étend dans toute la largeur de l'église, où l'on entre par trois portes parallèles, indépendamment de deux portes latérales, dans le transept, qui sont occupés par des chapelles. La longueur du vaisseau est de 80 mètres, et sa largeur, dans la croisée, de 40 mètres ; ses croisées sont remarquables par leurs vitraux peints. Le portail de Saint-Germàin-l'Auxerrois, nouvellement restauré, est une des merveilles gothiques de Paris.
Sur la même ligne que l'église, on a construit récemment la mairie du I" arrondissement, en lui donnant une silhouette analogue à celle de l'église, mais les détails d'architecture sont grecs. — Eîitre la mairie et l'église a été élevée une tour de 10 mètres de hauteur qui reUe entre eux les deux monuments. La statue de saint Germain occupe une niche à l'étage supérieur de la tour. A droite et à gauche, sur les faces latérales, sont placées les statues de saint Denis et de saint Landry.