I . — Palais et jardin des Tuileries
V* ARRONDISSEMEinr.
L'emplacement occupé par le palais des Tuileries était, il y a quatre cents ans, un lieu où il n'existait qu'une fabrique de tuiles, au delà des fossés du château du Louvre :
Église russe. — Yae intérieure.
de là est venu le nom de Tuileries donné au palais môme.
En 1518, François V" acheta une maison qui s'y trouvait, et en fit don à sa mùre Louise de Savoie, pour s'y fixer, Tair du palais des Tournelles, au Marais, lui paraissant malsain ou contraire à sa santé. En 1525, la princesse donna Thôlel des Tuileries à Jean Tiercelin, qui ensuite le revendit à Catherine de Médicis, épouse de Henri II, laquelle en fît sa résidence en 1564. Cette reine Tagrandit encore ; Philibert Delorme et Jean Bullant, ses premiers architectes, le composèrent du pavillon du milieu, des deux ailes contiguës et de deux autres corps de bâtiments ; mais le palais ne devint un peu royal que sous le règne de Henri IV. Son architecte, Ducerceau, le termina par les deux grands pavillons de Flore et de Marsan, le premier, du côté du sud (côté de Teau) ; le second, du côté du nord (côté de la rue de Rivoli). Henri IV fit aussi commencer la longue galerie du quai qui joint le Louvre au pavillon de Flore ; les travaux, suspendus par sa mort, ne furent achevés que sous Louis XIII. A Tavénement de Louis XIV, le monarque ordonna à Louis Leveau et d'Orbay de corriger et effacer les discordances les plus frappantes des façades, et de mettre le tout en harmonie ; et depuis lors peu d'additions notables y ont eu lieu avant 1808. A cette époque, Napoléon fit commencer sur la rue de Rivoli la galerie de jonction septentrionale qui a été achevée sous le second empire. En 1861. on a démoli le pavillon de Flore et la galerie du bord de Teau joignant ce pavillon au pavillon Lesdiguières. Le nouveau pavillon de Flore et la nouvelle galerie, jusqu'au pavillon de Lesdiguières, ont été reconstruits de 1865 à 1869.
Le palais des Tuileries, envahi par le peuple insurgé le 10 août 1792, le 24 février 1848 et le 4 septembre 1870, a été incendié par la Commune révolutionnaire dans les tristes journées de mai 1871, avec les deux pavillons de Marsan (rue de Rivoli) et de Flore (sur le quai)^JjU^gj^ leries de jonction de ces pavillons au palais du^ été, dans les mêmes journées, gravement atteyj
rincendie soit par les projectiles. Toute la partie du palais donnant d'une part sur le jardin des Tuileries, et de Tautre, sur la cour du Carrousel, a été tellement maltraitée par rincendie, que la démolition en est devenue nécessaire.
La gravure ci-après représente une vue du palais des Tuileries, prise de la place du Carrousel (avant rincendie).
Le jardin des Tuileries, qui occupe un carré long d'environ 35 hectares, et qui, sous Louis XIII, était encore séparé du château par une rue qui bordait les fenêtres, est
Palais des Tuileries, va de la place du Carrousel.
dû au dessin et au plan du célèbre le Nôtre, architecte de Louis XIV; il offre deux grandes terrasses parallèles. Tune appelée terrasse des Feuillants, qui longe la rue de Rivoli ; l'autre nommée terrasse du bord de l eau^ qui s'étend le long du quai, et sous laquelle est un passage conduisant aux caves du palais. Toutes deux sont garnies d'un double rang d'arbres ; ceux de la terrasse des Feuil-
lants taillés en berceau, et ceux du bord de l'eau abandonnés à leur propre croissance. A rextrémité de la terrasse du bord de l'eau on a construit une orangerie, et sur la terrasse des Feuillants un jeu de paume. Entre les deux terrasses se trouvent deux belles allées : l'une au centre, qui va du pavillon de l'Horloge à la place de la Concorde, et l'autre qui se trouve auprès de la terrasse des Feuillants, et qu'on appelle allée des Orangers, à cause des orangers qu'on y laisse dans la belle saison. Entre ces deux allées où le beau monde aime à se promener en hiver dans l'après-midi, et en été dans la soirée, se trouve un carré long planté de sycomores, où chaque jour, en été, une musique militaire se fait entendre de 5 à 6 h. du soir. Entre l'allée centrale et la terrasse du bord de l'eau est un autre carré également occupé par des sycomores ou des marronniers. Du côté du jardin réservé attenant au palais se voient, entre des parterres grillés, deux bassins avec jets d'eau, et vers le côté de la place de la Concorde s'offre une plus grande pièce d'eau, aVec. jet plus élevé. A côté de cette pièce est ce qu'on appselle la petite Provence, portion du jardin qui, à l'abri, dés ven|s, froids, au moyen d'une autre terrasse dite du pont tour-{ nant, élevée derrière et donnant sur la place de la Con-i corde, est plus spécialement recherchée par les vieillards .5 enfin , vis-à-vis le pont de Solférino a été pratiqué un passage qui conduit à la rue Castiglione. Une rue doit y ôlr% percée. . > , ">
Le jardin des Tuileries est parsemé de belles stajt^es^ dues au ciseau de nos grands artistes. On y remarqup jift, Phidas Spartacus^ de Foyatier; nn PériclèSyde Debay ; }i^ Thémistocle, de Lemaire ; Y Enlèvement de Cyhèle pflr, Saturne^ de Renaudin ; Lucrèce et Collatin, le Soldat de Marathon; Enée emportant son et tenant son fils par la main. Il y a près Flore de Coysevox ; une Véntis accroupie, 1 Emouleur» du môme. Vénus à la Colombe, 1 carquois, un Chasseur^ sont de G. Coustou ;
lopœmen sont dus au ciseau de David. Pradier a sculpté un Prométhée^ et Ramey, Thésée vainqueur du Minotaure^ Ajoutons des reproductions de l'antique : Laocoon, Diane, Y Apollon du Belvédère, V Antinous, Vénus, Hercule,
Avant de quitter le jardin des Tuileries, nous devons une mention spéciale au marronnier du 20 mars, remarquable par sa végétation hâtive; il doit sa réputation à une aventure arrivée au célèbre peintre Joseph Vien qui, le 20 mars 1746, fut injustement accusé d'avoir assassiné, dans Tîle Saint-Louis, Antoine Lambert, son concurrent au grand prix de Rome. Heureusement pour l'artiste il fut prouvé qu'au moment du crime il était sous le marronnier des Tuileries avec la belle duchesse de Roncevaux.
La cour du palais des Tuileries est clause par une grille en fer qui est assise sur un mur d* appui, et le centre de cette grille offre extérieurement un arc de triomphe donnant sur la place du Carrousel, et érigé en 1806 par l'empereur Napoléon, à l'instar de celui de Septime Sévère à Rome, avec des chevaux pareils à ceux de l'église Saint- Marc à Venise. Ce monument, dû aux dessins de Fontaine et Percier, est haut de 15 mètres, large de 20, épais de 6. n se compose, dans sa largeur, de trois arcades, avec une transversale. Comme il fut élevé à la gloire des armées françaises, il supporte plusieurs statues représentant des militaires de différentes armes : un cuirassier, un dragon, un chasseur à cheval, un carabinier, un grenadier de ligne, un canonnier, un sapeur. Le char à quatre chevaux en bronze, placé au sommet, œuvre de Bosio, est d'un trèsbel elTet. Six bas-reliefs en marbre ornent les façades de ce monument. En voici les sujets. Du côté de la place du Carrousel, à gauche, c'est la capitulation de l'Ulm, sculptée par Cartelier; à droite, c'est la victoire d'Austerlitz, sculptée par Espercieux ; sur les côtés de l'édifice, c'est l'entrée à Vienne, par Deseine ; sur la face qui regarde les Tuileries, l'entrée à Munich, de Claudion : sur la même face, l'entrevue des deux empereurs, de Ramey; sur le côté, à droite, la paix de Presbourg, de Lesueur. Ce mo-
nument ne semble pas assez grand pour l'étendue de la place et des Tuileries , mais en lui-même il est fort élégant.
La place du Carrousel doit son nom à un divertissement ou tournoi qu'y donna Louis XIV en 1662 ; elle était alors très-petite, mais depuis que la galerie du nord est ter minée, Tespace entier se trouvant libre entre les Tuileries et le Louvre, la place du Carrousel est devenue d'une étendue considérable. Elle s'arrête sur la ligne des pavillons de Rohan (rue de Rivoli), et de Lesdiguières (sur le quai). A partir de cette ligne s'ouvre la place Napoléon III jusqu'au Louvre; cette place a deux squares superbes, chacun entouré de grilles.