COMTE- DE SERRANT L'UN DES FONDATEURS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Inlroduclion. — Jeunesse et famille de Baulru. — Mariage malheureux. — L'affaire des Ponls-de-Cé. — Baulru a la cour.— Satires et bastonnades.— L Onosandre.
Guillaume Bautru, corale de Serrant, conseiller d'État ordinaire, introducteur des ambassadeurs, envoyé du roi en Angleterre, en Espagne et en Savoie, ambassadeur vers l'archiduchesse de Flandre, et, de l'aveu de tous les biographes, l'homme le plus célèbre de son temps par ses bons mots et par l'agrément de son esprit, fut membre de l'Académie française dès sa fondation, quoiqu'il n'eût rien écrit ou du moins rien livré sous son nom à la publicité. Si nous ajoutons que ses talents conciliateurs et séduisants, dans les diverses négociations dont il fut chargé, en tirent un des aides les plus a[»préciés des cardinaux de Richelieu et .Mazarin, et que sa conduite brillante devant l'ennemi lui valut plus d'une fois de llalleuses mentions dans la Gazette de /'Va /i ce, les principaux traits de sa physionomie prendront déjà un relief assez vivement accusé.
On peut trouver bien des motifs de critique ou de blâme
dans les procédés violents du premier ministre de Louis XIII ; mais on doit reconnaître que sa politique a véritablement constitué la France et que les hommes qui, formés à son école, ont continué directement ou partagé son œuvre, ont bien mérité de la reconnaissance des siècles futurs: car Mazarin, son meilleur et plus illustre disciple, a définitivement élevé, sur les fondements jetés par Richelieu, Tédifice de la grandeur française. Si, profitant aujourd'hui du fruit de leurs travaux, nous analysons avec une critique souvent sévère les moyens mis en pratique par ces puissants génies; si nous blâmons quelquefois leurs actes de rigueur, parce que nous ne nous |)laçons pas assez au point de vue de la société de ce temps, et que nous ne vivons plus de sa vie, nous devons du moins nous incliner devant la grandeur des résultats, et trouver digne de notre étude la vie des hommes dévoués qui, comme les Bautru, les Servien, les Charnacé, les Brûlart,... contribuèrent au succès d'une entreprise aussi patriotique.
Il ne faut cependant pas s'exagérer le rôle politique de Bautru qui, à une certaine époque et en particulier sous la régence d'Anne d'Autriche, devint une espèce de plaisant de cour, dont les reparties et les bons mots faisaient les délices de la ville et des provinces, comme de nos jours ceux de certain député qui doit la plus grande partie de sa réputation aux saillies que les petits journaux veulent bien lui attribuer. C'est pour cela sans doute que la Biographie universelle de Michaud, après l'abbé d'Olivet et bien d'autres auteurs sérieux, a traité fort dédaigneusement le spirituel académicien ; mais ces biographes, remarque avec raison M. Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire^ ont mal connu le comte de Serrant, qui fut un des plus intimes amis du savant Ménage son compatriote. Or Ménage ne pouvait être l'intime ami d'un homme dont l'unique mérite eût consisté à débiter des plaisanteries et des pointes, à jouer dans le monde le rôle de baladin, à imaginer de grotesques
amusements, et à dégrader son caractère pour plaire à ses hôtes ou aux puissants du jour. Riclielieu ne l'eût certes pas employé dans d'importantes et nombreuses négociations et Mazarin n'eût pas continué à lui accorder sa confiance, si la valeur réelle de Bautru ne les eût engagés à user de ses services, malgré les quolibets dont les envieux de sa faveur se plaisaient à l'accabler. D'ailleurs notre académicien et son frère Nogent qui partage en général près des biographes le même dédain, furent plusieurs fois cités à l'ordre du jour des armées du roi. Cela fait pardonner bien des choses ; et nous estimons avec M. Jal que les bouffons ne sont pas ordinairement des braves.
Qu'on ne s'y trompe pas, du reste. Cette étude, dont le but est de placer la physionomie de Bautru sous son véritable jour, n'a pas la prétention de se présenter comme un acte de réhabilitation complète. La conduite de Bautru fut souvent condamnable; bien des traits de son caractère donnent prise à la plus sévère critique ; et nous ne lui ménagerons, en biographe impartial et consciencieux, pas plus le blâme que les éloges.
La famille des Bautru, originaire d'Anjou, a donné à l'Etat, dit Moréri, « plusieurs personnes d'esprit recommandables par d'illustres emplois. » Elle dut sa principale illustration à Guillaume : nous trouvons en effet peu de noms connus avant lui paimi ses ancêtres, et nous verrons plus tard ses filles et ses nièces s'unir aux Colbert, aux Lauzun, aux Biron, aux Rohan, aux d'Eslrées ; les plus illustres parmi les ducs et pairs, se feront honneur de rechercher cette alliance.
Il est vrai qu'un envieux de lillustration rapide des Bautru, le sieur Guillard, dont le Cabinet historique a publié les notes, il y a quelques années, s'avisa vers la fin du xvii" siècle de s'égayer sur leur origine. Selon lui, leur premier ancêtre connu était un gantier de Vendôme qui vint s'établir à Angers dans le courant du xv^ siècle et dont un fils, reçu avocat, eut plusieurs enfants parmi lesquels on compta un
lieutenant de la prévôté delà ville. Un fils de ce lieutenant serait devenu conseiller au Grand Conseil : de là les premières traces de la noblesse de la famille, uniquement due à un office de secrétaire du roi et à des charges de judicature (1). Quoi qu'il en soit, si la noblesse des Bautru fut acquise par la robe, elle fut, dit un apologiste, conquise par l'épée ; car ils comptèrent bientôt trois lieutenants généraux et plusieurs officiers tués à l'ennemi. Au surplus, le grand Golbert ne descendait-il pas d'un marchand drapier?
Ce qu'il y a de certain, d'après les patientes recherches de M. Célestin Port, consignées en son Dictionnaire historique de Maine-et-Loire (2), c'est que le grand-père de Guillaume, Maurice Bautru, sieur de Matras, en Chahaignes, dans le Maine, et fils de Philippe, sénéchal de Château-du-Loir, se trouvait pauvre étudiant à Angers vers l'année 1620 : qu'il entra comme précepteur chez M^ François Lebret, juge de la prévôté, et qu'il s'acquit promptement l'estime de son protecteur. Celui-ci lui procura, en 1547, la charge de lieutenant
(1) Voy. Cabinet Instorique, t. VI. 1860.
(2) Paris, Dumoulin; et Angers, Laciièse.lef vol. (A-C), 1874, grand in-S". — Nous ne voyons pas que le savant archiviste ail fait usage dans ses notices sur les Bautru, de plusieurs renseignemenis curieux donnés par Guillard. Nous les ajouterons aux siens, parmi lesquels nous relèverons quelques erreurs ou confusions malheureuses, en particulier le second mariage de Guillaume II Bautru, qui neful jamais capitaine des gardes de la Porte, avec Marie Coilon, en 1627. Ce fut son frère Nicolas, comte de Nogent, qui épousa Marie Coilon : aussi, Armand Bautru qui épousa, en 1633, Diane de Caumont de Lauzuu et fut tué au passage du Rhin en 1672, n'est-il pas fils de l'académicien, comme le dit M. Port, mais de Nicolas, son frère.— Nous profiterons aussi des excellents documents consignés par M. Jal dans son Dictionnaire critique de biograpfiie et dlmloire. On sait encore que Ménage a donné sur les Bautru, sur leur généalogie et sur leur famille, de longs détails, dans son livre, assez rare aujourd'hui, intitulé : Vita Pétri Mrodii, questoris regii Avdcgavensis, et Guillehai Menagii, 1675, in-4o, qui fut supprimé après sa mort. Enfin, les recueils manuscrits du fonds Clérembault {Biht. nat.), de la correspondance de Chapelain [Ibid.u et ceux des portefeuilles Conrart {Dibl. de t'Arsenal), nous ont fourni beaucoup de renseignements peu connus ou inédits.
de la prévoie, puis celle du juge des cens du duché d'Anjou, ei lui donna sa fille Françoise, en 1538, après la mort d'une première femme nommée Guyonne de Blavon. Ce Maurice Baulru qui était protestant, se distingua par son esprit, composa plusieurs ouvrages qui n'ont malheureusement pas vu le jour, et mourut le 21 janvier 1565, laissant de ses deux femmes trois fils qui portèrent son nom avec honneur. Celui du premier lit, Jean seigneur de Matras, mort le 23 août 1580, à l'âge de quarante ans, fut, s'il faut en croire Antoine Loisel et La Croix du Maine, une des lumières du barreau du Parlement de Paris (1) ; comme son père, il laissa plusieurs écrils français et latins qui n'ont pas été imprimés. Des deux fils du second lit, l'aîné Guillaume, sieur de Chérelles, père du futur académicien, fut conseiller au Grand Conseil et grand rapporteur de la Chancellerie de France, après avoir abandonné la carrière des armes à la suite d'une sérieuse blessure ; et le second, René Bautru, d'abord avocat à Angers puis au Parlement de Paris, devint en 1580 assesseur au présidial d'Angers puis maire de cette ville en 1604. C'est de lui très-probablement que parle d'Aubigné dans la Confession de Sancy (2).
La plupart des biographes ont affirmé jusqu'ici que Guillaume et René laissèrent seuls une postérité : mais c'est là une regrettable erreur, car Ménage dans sa Vie de Pierre Aijrault, a signalé la descendance du brillant avocat seigneur de Matras. Il est vrai que cet ouvrage est écrit en latin et
(1) Voyez La Croix du Maine et Loisel au Dialogue des avocats. M. Cél. Porl cite en particulier ce passage de Loisel : « Bautru voloit d une plus grande aile qu'eux tous. Je ne diray point qui! fust plus docte qu'aucun d'eux; mais il avoit la langue mieux pendue, et, s il faut le dire, plus angevine. »
{'2) La Confession le fait assister a l'exorcisme d'une démonia(|ue nommée Marthe, (|ui se disait possédée des diables Astaiotli et Beizébud -. et, sans l'usage du bâton qu'il avait en main, il aurait été, dit l'auteur, cruellement frappé parce dernier, malgré les belles objurgations qu'il lui faisait eu grec.
que peu de compilateurs ont eu le courage de l'aborder : il nous apprend que Jean Bautru laissa au moins un fils nommé Jean comme lui, qui fut bailli de Vendôme, puis maître des requêtes de la maison de la reine, se maria et mourut au Mans, laissant plusieurs enfants dont Tun, Jacques, également marié dans la cité mancelle, fut conseiller au parlement de Rouen (1). Mais cette branche des Bautru qui s'éteignit bientôt, car Jacques mourut jeune ne laissant qu'une fille, fit moins de bruit que ses cadettes, dont les membres, dit l'Angevin La Pinelière dans la préface de son Hippohjte, « dévoient devenir l'admiration des seigneurs et des princes et les délices de toute la cour. » Elle passa presque inaperçue.
René eut trois fils qui ont laissé des traces sérieuses dans les Mémoires du temps (2). L'aîné, Charles Bautru, connu sous le nom de prieur de Matras, composa des Éclaircissements sur VEucharistie qui ne sont pas sans mérite : il ne le cédait en rien, pour le talent de dire des bons mots, h son cousin le comte de Serrant, et la chronique de Tallemant des Réaux est riche en hislorietles gauloises dont il fut le héros. Son cadet, Adim Bautru, sieur de Chérelles, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et premier capitaine au régiment de la couronne, est appelé par Ménage « un second Montagne » : il composa des épigrammes et des sonnets, et son dernier frère Christophe, sieur de la Roullerie, fut lieutenant d'artillerie puis capitaine de vaisseau. « Tous les trois, dit Tallemant, ont été fort phiisans en leur espèce (3). »
(1) Voy. Ménage, Vita Pelri yErodli et Guillelmi Menagii, pp. 37 et 139. — Nous remercions M. Henri Chardon d'avoir eu l'obligeance de nous signaler ce passage.
(2) René avait épousé Perrine Ligier de la Menautière, et mourut à Paris le 5 mars \G2H. (Jai, Dict.crit.)
(3) Voy, Tallemant des R-^aux, Historiettes, t. II, p. 137, etc. — Ni M. Jal ni M. Port ne signalent le sieur de la Roullerie. Nous trouvons dans les catalogues d'autographes de 31. Lavcrdet une ordonnance de Louis XIII. contre-signée Drûlart, du \o février 16:23 « pour le payement U faire sur
On voit d'après ce court exposé, que presque tous les Rautru s'occupaient de littérature, et l'on ne s'étonnera point si l'un d'eux parvint un jour aux honneurs académiques.
Les fils de René n'ayant pas contracté mariage, l'espoir de la famille se reporta presque tout entier sur les fils de Guillaume V\ qui commença la grande fortune de sa maison en achetant les terres de Louvaines et du Percher. Deux de ses fils, Guillaume II, comte ou plutôt baron de Serrant, et Nicolas, comte de Nogenl, que l'on confond beaucoup trop souvent ensemble (1), répondirent brillamment à ces espérances et jetèrent un vif éclat sur leur nom. Lui-même était, du reste, par la haute situation de sa magistrature et par son mariage avec Gabrielle Louët, fille d'un lieutenant général d'Anjou (2), fort connu dans le monde politique et littéraire.
ses épargnes au sieur Beaulru, iieiilenanl en son artillerie du Lyoniiois, d'une somme de 1:2,000 I., pour lui donner les moyens de coniiriuer la dépense qu'il fait en sa cour. »
(1) C'est ce qui a causé l'erreur de M. Cél. Port. — Dans les mémoires contemporains, Guillaume est presque toujours appelé Bautru, et son frère Nicolas n'est connu que sous le nom de Nogent. C'est Nogent qui fui capitaine de la porte du roi, et non pas Bautru de Serrant. Ils eurent un autre frère ^ue le pamphlétaire Guillard appelle Le Percher, et deux sœurs: » Tune qui fut mariée, dit-il, à Darouis (d'Harouys), duquel mariage est sorti Darouis d'à présent, voleur de la Bretagne (Il était trésorier général des Etats) ; l'autre, qui épousa un frère de Péréflxe, archevêque de Paris. » Ce Le Percher s'appelait réellement Jean Bautru, sieur du Percher, et fut tué au siège de Clermonl en 1616.
(■2) Nous trouvons "a la Bibliothèque nationale, au IVe \olume des Mélamies de Claircmbaull (1061, f" 139), son contrat de mariage dont voici le préambule (9 mai 1584) :
« Le mercredy, neufviesme jour de may, l'an 1384, après niidy, en la Cour du Roy, nostre Sire, "a Angers, et de Monseigneur duc d'Anjou en droit. Par devant nous, Mathurin Grudé, notaire de ladite cour, personnellement elably : noble homme Guillaume Bautru, sieur de Cliérellcs, grand Rapporteur de France, Conseiller au Grand Conseil du Roy, lils de deffunct noble homme Maurice Bautru, vivant sieur de Mairas et de Chérelles, aussi Conseiller du Roy et LleutenaDt en la Gourde !a prévosté de celte ville d'Angers, Conservateur des privilèges royaux de l'Université d'Angers, et juge des cens d'Anjou, et de Damoiselle Le Brel, aussi présente et établie dans ladite Cour, demeurant a Angers, d'une part; —
C'est à lui qu'Edouard Du Monin adresse des vers latins et français dans son Uranologie. Il le nomme Bautrieu et en latin Bautrieus : « A. M. G. Bautrieu, sieur des Matras, grand rapporteur au Privé Conseil (1). »
On trouve peu de renseignements sur renfance el sur la première jeunesse de Guillaume II, le futur académicien ; sa notoriété était cependant assez grande pour que Bayle Tait fait figurer dans son Dictionnaire critique, honneur qu'il prodigue peu aux personnages du xvii^ siècle; on sait seulement qu'il naquit en 1588, à Angers, ou, selon d'autres auteurs, à Paris; et qu'il se maria de fort bonne heure, car son fils Guillaume III, plus tard maître des requêtes et chan-
Et Damoiselle Marguerite de Querlavoine, veuve de deffunct N.-H. Clément Louet, vivant lieutenant général d'Anjou, maistre des Requestes ordinaire de la Reine Mère el de Monseigneur, et de Damoiselle Gabrielle Louet, sa fille, et dudil deffunct, sieur lieutenant, demeurant audit Angers, d'autre part; — Soumettant lesdiles parties respectueusement et confessant avoir cejourd'iiuy, en traitant le mariage futur d'entre ledit sieur Bautru et ladite Gabrielle Louet, fait et par ces présentes font les accords, promesses, actions et conventions qui s'ensuivent : C'est à sçavoir que ledit sieur Bautru, du vouloir et consentement de Damoiselle Guyonne de Blavon, son ayeulle, et de ladite Le Bret, sa mère, a promis prendre a femme et espouse ladite Gabrielle Louet : et laquelle Gabrielle Louet, aussy avec le vouloir, autorité et consentement de ladite de Querlavoine, sa mère, et de N.-ït. René Louet, son frère aisné. Conseiller du Roy et Lieutenant particulier de M. le Lieutenant de M. le Sénéchal d'Anjou et de N. H. Hector Louet, aussy son frère, a promis de prendre à raary et espoux ledit sieur Bautru, et iceluy mariage solemniser en face de Sainte Eglise Catljolique, quand l'un en sera requis par l'autre.— En faveur duquel mariage, ladite de Querlavoine a promis de bailler auxdits futurs conjoints, dès le jour des espousailles, la somme de sept mille trois cent trente-trois escus un tiers, évalués a la somme de 22,000 livres tournois, en avancement de droit successif, qui compète et appartient, peut et pourra compéter et appartenir "a ladite Gab. Louet, en la succession future de ladite de Querlavoine, sa mère, etc., etc. »
(1) M. Cél. Port se trompe en dis ml que c'est lui qui a été introduit par La Motbele Vayer dans VUexaméron rustique sous le nom de Racémius, par une allusion plaisante au mot grec Boxpuç, qui veut dire grappe de raisin. Racémius est Guillaume Bautru, notre académicien, car il parle de ses ambassades eu Espagne (Voir au dernier § de notre étude).
celier de Philippe d'Orléans, vint au monde en 1017, ou même, s'il faut eu croire une mention de la Gazette de France, en 1607 (1 ). Dans ce dernier cas, Bautru se serait marié dès l'âge de dix-huit ans. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne fut pas heureux en ménage.
Il avait épousé Marthe Bigot, fille d'un maître des comptes, Louis Bigol. sieur de Gastines ^2). Elle n'aimait point le monde, sortait peu, et, rapporte Tallemant, on la donnait pour exemple aux autres en disant : « 0 la bonne mesnagère ! » Mais, ajoute le chroniqueur, « si elle ne sortoit point, c'est qu'elle avoit son galant chez elle (3), » et sa conduite n'était rien moins que régulière. Elle s'oublia même avec un des valets de sa maison, et Bautru, qui s'attendait à trouver d'impitoyables railleurs parmi ses envieux, outre qu'il n'avait pas le cœur tendre, se hâta, remarque piitoresquement M . Jal, d'aller au-devant des plaisanteries en s'immolant lui-même. Bayle raconte qu'il eut le crédit, pour se venger de sa femme par un procès criminel qui la déshonorait, de faire condamner le valet a la corde. Le malheureux fut seulement envoyé aux galères, parce qu'il prouva que son maîlre s'était en partie fait justice en le frappant sans ménagement et en le laissant pour mort. Guillard et Tallemant parlent même d'une autre vengeance très-rabelaisienne et ajoutejit que le jeune Guillaume lll fut élevé jusqu'à l'âge de dix-huit ans, sans que son père voulût le reconnaître. Il n'y consentit que « lorsqu'il sceut qu'il juroil Dieu mieux que luy ! » On en fit à vingt-
(1) La Gazelle de France du 19 septembre 1711 dit que Guillaume Ili vient de mourir a ([ualre-vingl-treize ans. M. Jal pense qu'il faut lire quatre-vingt-trois ans.
(2j Guillard prôlciid que ce Louis Bigol, sieur de Gastines, n'était « qu'un fermier de plusieurs fermes auprès de Saumur et de Montreuille-Beliay. » [Cab. Iiisl.) U était bel et bien maître des comptes, et selon toute vraisemblance, de la grande famille Bigot, anoblie par Charles V, qui a produit tant de rameaux en Berry, en Bretagne, en Touraine et en Vendomois.
(3j Talleoiaut des Beaux, Historiettes, toc. cit.
deux ans un intendant de Touraine. Marthe Bigot vécut longtemps dans la misère à Montreuil-Belay, en Anjou, dans une maison de son père, où son mari l'avait reléguée ; plus tard, en 1644, à l'époque du mariage de son fils, Bauiru lui permit d'aller habiter le château de Serrant, dont il avait acheté la baronnie en 1636 ; mais elle ne vint jamais à Paris.
Des Réaux prétend que ce fut à la suite de cette séparation queBautru se défît d'une charge de conseiller au Grand Conseil pour suivre la cour. Mais le médisant chroniqueur nous semble ici mal informé. C'est le père de Bautru, nommé Guillaume comme lui, qui était conseiller au Grand Conseil, Bautru ne devint conseiller d'État que beaucoup plus tard, lorsqu'il eut rendu d'importants services au cardinal de Richelieu, et nous avons tout lieu de croire que sa jeunesse fut consacrée à la carrière des armes, car on a de lui un portrait gravé par F. Picart, qui le présente jeune encore, au temps de ses caravanes militaires, et revêtu de la cuirasse. Au-dessous de ce portrait, sont gravées les armoiries de la famille : D'azur au chevron d'argent, accompagné en chef de deux roses d''argent et en 'pointe d'une tête de loup arrachée de même (1).
Quoi qu'il en soit, nous trouvons Bautru à la cour de la régente Marie de Médicis, en situation de se préparer un bel avenir. Le maréchal d'Ancre l'aimait beaucoup, et « s'il n'eust pas esté tué, dit Tallemant, il luy alloit faire une affaire qui luy eust valu dix mille escus de rente. » Quelle était cette affaire, le chroniqueur n'a pas jugé à propos de nous le laisser soupçonner; mais le jeune Guillaume avait assez de ressources dans son esprit pour ne pas se laisser désarçonner
(1) M. Céleslin Port remarque que ces armoiries avaient dû être modifiées par UDC alliance, car l'ancien écu, en particulier celui de René Bautru, deuxième fils de Maurice, portait « d'argent au chevron de gueules accompagné de trois roses de même, deux en cbef et une au dedans du chevron, et d'une têle de loup arrachée de sable, en pointe»» [Dict. hist. de Maine-et-Loire.)
par la fortune. On sait que pendant la faveur de Concini, ou mieux de Conchine comme on disait alors, Ricliclieu commença sa carrière de ministre ; il eut pendant quelques mois la fiférance d'une charge de secrétaire d'Étal; et tout porte à croire que, dès cette époque, il remarqua tout le parti qu'il pourrait un jour tirer des talents de Guillaume. On sait aussi comment les espérances des amis de la Reine furent renversées dans cette funèbre journée du 24 avril 1607, où Luynes devint premier ministre par l'assassinat du maréchal d'Ancre.
Malgré leur disgrâce, Bautru resta attaché aux partisans de Marie de Médicis ; et cette constance fut une des causes de sa future faveur. A la malheureuse affaire de Ponts-dc- Cé, le 7 août 1620, il commandait un régiment d'infanterie au service de la reine mère , et il ne tint pas à lui que la déroute ne se changeât en victoire. Mais tous les partisans n'étaient pas aussi braves. — « Pour des gens de pré. Madame, disait Bautru à Marie de Médicis, en voilà assez : pour des gens de cœur, c'est une autre affaire. » — Il commençait déjà à semer çà et là des mots piquants : « Quelqu'un qui estimoit fort M. de Jainchère qui avoit quelque employ en cette guerrette, luy dit : — Qu'est-ce qui est plus hardy que Jainchère ? — Les fauxbourgs d'Angers, répondit-il, car ils ont tousjours esté hors la ville et luy n'en est pas sorty. — Et vers le mesme temps, jouant au piquet à Angers contre un nommé Goussaul, qui estoit si sot que pour dire sot on disoit Goussaut, Bautru vint à faire une faute et en s'escriant dit : — Que je suis Goussaut ! — Vous estes un sot, luy dit l'autre. — Vous avez raison, respondit-il, c'est ce que je voulois dire (1). » Ces reparties couraient par le monde, et Bautru passait déjà pour un des plus spirituels parmi les gens de cour.
« La droslerie des Ponts-de-Cé, » comme l'appelle Des
(1) lAWmvdnl, Uislorietlcs, i. II, p. 120
Réaux, fut une véritable déroute sans résistance sérieuse. La reine mère avait cependant réuni sur ce point huit ou dix mille hommes, rassemblés par tous ceux que la faveur croissante de Luynes et de ses deux frères avait irrités : mais celte petite armée commandée nominalement par le jeune comte de Soissons et réellement par le duc de Vendôme, était dans un désordre extrême ; et si Ton excepte le brillant combat de cavalerie où Saint-Aignan fut fait prisonnier, on se battit mollement. La ville des Ponts-de-Cé fut emportée en une demi-heure et le château capitula le lendemain. Marie se retira dans Angers avec les débris de ses troupes et envoya Richelieu au roi pour traiter de la paix qui fut signée au bout de quelques jours. Tout ressentiment parut dès lors effacé entre la mère et le fils, entre Richelieu et Luynes : une alliance de famille scella le pacte des deux favoris ; et lëvêque de Luçon maria M"*^ de Pont-Courlay, sa nièce (1), à Corabalet, neveu du connétable. Tallemant rapporte encore un mot de Bautru à propos de ce mariage : — « Les canons du côtés du roy, prélendail-il, disaient Combaîet pendant lalgarade, et ceux du côté de la reine Pont de Courlay. » — Richelieu obtint en même temps la promesse d'un chapeau de cardinal qui ne se flt pas attendre, et quatre ans plus tard, devenu premier ministre après la mort de Luynes, il régnait en maître.
Pendant les quelques années qui s'écoulèrent entre la réconciliation de Marie de Médicis avec son fils, et l'élévation de Richelieu au ministère, Bautru vécut de la simple vie de courtisan et ne se fit connaître que par le tour piquant de son esprit, amusant les uns par ses saillies originales, blessant les autres par ses traits malicieux. Peu lui importait de s'attaquer aux faibles ou aux puissants, pourvu qu'il pût placer un mot. A ce métier, on se fait beaucoup plus d'ennemis que de partisans ; et si M. d'Effiat prit à cette
(1) Marie Vignerol, plus tard ducliesse d'Aiguillon.
époque le futur académicien en amitié, MM. d'Épernon et de Montbazon lui firent ressentir assez durement le poids de leur vengeance. « Il n'a jamais pu s'empescher de mesdire, rapporte Tallemant, et comme les chiens ne mordent guères sans recevoir des coups de baston, le pauvre Bautru ne manqua pas d'en avoir, car il n'eut pas la discrétion despargner M. d'Épernon (i)... » On raconte qu'il fit courir un petit volume intitulé: Les hauts faits du duc d' Épernon ; lequel ne contenait que des feuillets blancs. Une allusion cruelle aux affaires de Metz combla la mesure et les Simons, «donneurs d'étrivières de chez le duc, » étrillèrent le médisant d'importance. Mais Bautru plaisantait même sur ses infortunes. Quelque temps après « un de ces satellites passant auprès de luy se mit à le contrefaire comme il cr'oit quand on le battoit. Bautru ne s'en défferra point et dit : Vrayraent. voylà un bon écho ; il répond longtemps après. »
Une autre fois, le marquis de Borbonne, seigneur qui n'avait guère de réputation pour la bravoure, lui fit à son tour administrer une bastonnade. Notre Angevin, sans .s'émouvoir, fit un vaudeville où l'on disait :
Borbonne Ne bat personne.
Cependant il me bastonne !
et mit ainsi une partie des rieurs de son côté. La première fois qu'il se rendit au Louvre après cette aventure, comme chacun ne savait que lui dire : — « Et quoy, s'écria-t-il, croit-on que je sois devenu sauvage pour avoir î)assé par les bois? — A quelque temps de là, Bautru alla voir la Reyne, et il avoit un baston : — Avez-vous la goutte ? luy dit-elle. — Non, Madame. — C'est, dit le prince de Guémené, qu'il porte le baston, comme saint Laurent porte son gril. C'est la marque de son martyre (2). »
(i) Tallemant des Réaux, Historiettes, t. II, p. 130. (21 fd., ihid., l. II, p. I.il.
Tallemant rapporte encore bien d'autres aventures de ce genre, qui montrent quel abus Bautru faisait de son esprit, et comment il eut fort souvent à s'en repentir. Ce fut, du reste, très-longtemps encore, la mode de se venger de traits mordants par le bâton. Boileau en apprit quelque chose et l'on sait que Voltaire fut roué de coups pour une satire.
Une satire aussi faillit attirer à Bautru un fort mauvais parti de la part de tous les Rohan ; et le prince de Guémené était intéressé, pour l'honneur de sa famille, dans la réplique citée précédemment. L'un des Rohan, Hercules, duc de Monlbazon, était un fort sot personnage, prêtant beaucoup à la raillerie et que Bautru ne se faisait faute d'accabler d'épigrammes. Si le médisant se fiit contenté de paroles, l'offensé n'en aurait peut-être pas saisi toute la portée : mais Bautru alla beaucoup plus loin, et dans l'édition du Cabinet satirique qui parut en 1619, on put lire une pièce de cent dix-huit vers, intitulée V Onosandre ou la croyance du grossier^ dans laquelle M. de Montbazon était attaqué directement sous des traits que lui seul pouvait méconnaître. Bautru ne désavoua en aucune façon celte pièce, qui lui fut attribuée tout d'abord : et presque toutes les éditions postérieures du Ca6mef portent son nom textuel au-dessous du titre de la satire. Rien n'est plus plat ni plus ennuyeux que ce morceau, dit l'abbé d'Artigny dans ses curieux Mémoires {\). Nous ne partageons pas complètement cet avis et nous mettrons le lecteur à même de décider la question. Il est vrai que le préambule est assez prosaïque :
Je veux quitter Parnasse et l'Onde Pégasine, Pour aller faire un tour jusques à Terracine, Désireux de chanter les buffles au col tors Ou siffler dans un jonc le prince des butors. Anes, buses et ducs, tenés moy lieu de Muses. Ce n'est pas la saison, qu'icy je vous amuse,
(1) Nouveaux Mémoires d'Iiisloire, de critique et de littérature, par l'abbé d'Artigny. Paris, 1753, t. Vi,p. 184.
Compagnes (rHélicon, à braire les chansons Qu'un las de flaHeieaux font bruire en divers sons \yOnosandre (1), occupé à ne croire qu'un homme Qui sçail parler latin puisse être gentilhomme (2), Méprisant Apollon et ses célestes dons Qui empeschent les gens de vivre de chardons....
Mais on pardonnera cette dureté de vers en faveur de la rime, et Ion remarquera que cela date de 1618, époque où Ronsard était encore en honneur et où le travail de rénovation de Malherbe n'était pas encore arrivé à son épanouissement complet. Le reste de la pièce se lit beaucoup plus facilement, et nous en citerons quelques fragments parmi les passages qui nous ont le plus frappé. C'est en effet la seule pièce de vers connue qui nous reste de l'un des quarante premiers immortels, et Ton avouera qu'à certains égards elle mérite quelque attention.
... Silence par trois fois en la troupe arcadique ! Que l'on cesse aujourd'huy la brayante musique Dans les champs auvergnacs, et qu'on m'aille chercher Sept asnes, mais des grands, que je veux écorcher Pour, sur leur parchemin, escrire la créance D'Onosandre le grand, prince de l'Ignorance,'. .
... Qui croit que le grand Cayre est un homme, et les Plines Des pais esloignés comme les Filippines
... Qui tient que .Mahomet et les Turcs et les Gots, Confrères de Calvin, estoient grands huguenots. . .
... Qui croit que paradis est en forme d'église Et que le Bucentare est le duc de Venise. . .
... Mais après celuy cy, menez, menez le boire Voire sous le licol, ce grand asne en histoire,
(1) Onosandre, dérivé du grec : c'esi-U-dire Vhomme-âne.
(2) M. Ed. Fournier, qui a réédité ccito pièce dans ses Variétés litléraires (colleclion eizévirienne, t. V, p. 292), remarque avec a-propos que la satire intitulée Des contrevéritez de la cour, renferme ce passage : « Le duc de Montbazon ne parle que latin. »
Puisqu'il dit que Priam soutint Agamemnon
Les dix ans de son règne, à grands coups de canon ;
Puisqu'il croit que Paris, par qui mourut Achille
Fut tenu sur les fonds des] bourgeois de la ville
Qui porte ce nom là, çt que le chevallier (1)
Ne doit croire avoir eu cet honneur le premier .
... S'il parle de Brutus en sa grande action, 11 se plaint que César meurt sans confession, Et dit la larme à l'œil : Tant de prestres dans Rome Ont donc laissé mourir sans confesseur tel homme (2) !
.,. Donnés luy des sonnets, odes ou cénolafes Toutes sortes de vers, il les nomme épitaphes. L'esclavon, l'arabic, le turc, le bysamin, Tout langage estranger, il le tient pour latin
... Néant moins, on le voit, ce gros asne, ce buffle, En pourpoint de satin découpé sur le buffle. Marcher en face d'homme et crier que le front. Que la bouche, le nez, et les oreilles, font * La créature estre homme. Abus ! il se mesconte ; La face n'y fait rien. La mer a des poissons Qui ont nostre visage. En cent mille façons Nature industrieuse amis dedans les plantes, Dans les eaux, dedans l'air, dans les voûtes brillantes Le caractère humain, qui pour cela n'ont rien Du feu de Prométhée, ce larcin ancien Sans lequel on est beste. Apprens, grossier profane, Qu'on peut en courte oreille estre un bien fort grand asne ; Mesmc on peut estre bœuf en visage de roy, etc
(1) Le chevalier Paris.
(2) Toutes ces extravagances n'étaient pas inventées a plaisir, et Tallemant, dans l'iiistorielte de M. de Monlbazon, rapporte une foule de traits qui peuvent rivaliser avec ceux-l'a. Ayant remarqué, par exemple, « qu'en parlant desaintPaul, on adjoustoit ; ce }ïrand vaisseau d'élection, il crcut que c'estoit un grand vaisseau appelé Election dans lequel cet aposlre voyageoil. » {Uist., t. IV, p. 8.) Et ailleurs : « Comme c'estoil un liommetoul simple et qui a dit bien des sottises, on luy a attribué et au duc d'Uzès aussy, tout ce qui se disoit mal a propos... 11 est constant qu'il a dit à la Reyne qui lui demandoit quand sa femme accoucheroil : — Que ce seroit quand il plairoit "a Sa Majesté. n{Ibid., t. IV, p. 16, etc.)
Et la pièce se termine après une description pittoresque de Nabucliodonosor. Les curieux qui possèdent quelques notions de riiisloire de la poésie sous Louis XIII, avoueront qu'il se publiait quantité de plus mauvais vers en 1610. 11 est fort regrettable que cette satire qui renferme, il est vrai, quelques passages assez libres, se soit présentée au public en aussi mauvaise compagnie que celle de la plupart des pièces qui composent le Cabinet sattjrique, recueil graveleux qui fut cependant lu par la cour aussi bien que par la ville. VOnosandre n'était point signé ; mais tout le monde connut bientôt le mot de l'énigme, et ceux qui ne pouvaient décemment produire en public le volume aujourd'hui si recherché par certains bibliophiles , colportaient en manuscrit le portrait du duc de Montbazon. Les envieux de la faveur de Bautru près de la reine mère, n'eurent garde de ne pas attiser le feu qui couvait sous la cendre. On souligna devant le duc plusieurs passages qui le désignaient aux yeux les moins clairvoyants : les initiales M. de M. placées entre deux vers, et l'injurieuse épithète du prince de Béthisy, qui lui avait été déjà ouvertement décernée... Les Historiettes de Tallemant rapportent tout le récit de ce scandale, et nous y renvoyons le lecteur. Marie de Médicis, ajoute la chronique, accommoda la querelle avec le bonhomme ; « mais Bautru ne fut pas traité si doucement de la belle-mère que du gendre. Il avoit, dit-on, fait galanteries avec la comtesse de Vertus (1), et il en
(1) Calheriiie Fouquct, fille du marquis de la Varenne-Fouiiuel, foniine de Claude de Breiagne, comte de Vertus (1590-1670). Elle eut deux lils. MM. d'Avaugour et de Goullo, et cinq lilles, dont les plus connues sont: l'aînée, M""' de Monlbazon et M"'' de Vertus. « Elle a de l'esprit, dii ailleurs Tallemant, mais c'a lousjours esté un esprit déréglé. Elle se mesloit de l'aire de belles leltres : ce t|u'il y a de meilleur c'est des choses qu'elle lire des lettres qu'elle a de Bautru, car un y remarquoil son air. L'ne l'ois elle écrivoit a sa fille de Vertus sur je ne sçay quelle froideur qui esloit entre elles, que la grande Ourse et la pelile Ourse n'esioicnl pas si gelées qu'elle... » {IlisL., t. IV, p. '2, 3.)
avoit fait des médisances espouvantables. Elle voulut s'en venger e' pour cela elle s'adressa au marquis de Sourdis qui luy promit, comme il fit, de luy donner des coups de baslon sur le quay de l'escole ; et elle estoit à la Samaritaine pour en avoir le plaisir. Le marquis le traita plus humainement que les Simons, mais il eut pourtant quelques coups... (1). »
Une autre satire du même recueil attribuée par Ménage (2) au fuiui académicien, est intitulée VAmhign. C'est un pamphlet virulent, aux détails obscènes, dignes en tout point des pires pièces du Cabinet satijrique, et dirigée contre Jean du Perron, frère du cardinal, puis son successeur à l'archevêché de Sens ; nous nous bornerons à en indiquer le titre, car elle n'a jamais été signée, même plus tard, comme le fut la précédente, et son caractère n'est pas de ceux qui supportent l'analyse. Bautru composa sans doute, à cette époque, d'autres pièces qui sont restées inconnues, car Chapelain dit quelque part que son confrère à l'Académie 0 avoit fait dans sa jeunesse quelques satires fort ingénieuses et qui ont fait grand bruit. » Nous aimons à croire, pour l'honneur de Chapelain, dont la critique était droite et le jugement très-sûr (3), que F Ambigu n'était pas de ce nombre.
(1) Tallemanl, Historiettes, t. II, p. 132.
(2) Menagiana, édil. de 1693, p. 400 - A ce propos, et sur cet autre passage du même recueil.: « Il est surprenant que pendant quarante ou cinquante ans M, de Bautru ail remply toute l'Europe de ses railleries et de ses bons mots, pendant qu'il y avoit tant de choses à dire contre luy. lUsum fecit, sed ridiculus fuii » {Ibid., p. 240), on lit dans VAntl Menagiana : « Ce que M. Ménage dit là de désavantageux à M. de Bautru, nVmpêclie pas qu'il ne l'ail regardé comme son liéros, puisqu'il a pris plaisir à le copier loule sa vie et qu'il a été son écho dans sa salle, laquelle ne releulissoil que des sales équivoques de ce déterminé courtisan. » {Anti Menagiana. Paris, 1693, p. 37.) Tout cela prouve que le langage de Bautru élail fort libre.
(3) Voir noire Élude sur Chapelain, lieuue de Bretagne et de Vendée, mars "a décembre 1875.