‹ Guillaume Bautru, comte de SerrantChapitre 4 sur 5 · BAUTRU AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

BAUTRU AMBASSADEUR

Mission en Angleterre (IG-25).— Mission a Madrid (1627).— Mariage de Nicolas Haulru. — Guillaume envoyé extraordinaire en Espagne (1628). — Conférences avec Olivarès. — Bautru, ministre plénipotentiaire à Bruxelles (1629). — Troisième mission en Espagne (i632).

Cependant Bautru avait suivi la fortune de Richelieu qui, parvenu au pouvoir, ne tarda pas à lui accorder des faveurs et à utiliser ses services. Dès le mois décembre 1624, quelques semaines après son élévation, le premier ministre dictait celte phrase à son secrétaire Charpentier : « Response à M. Bautru que j'ai receu ses lettres, et que la demande que M. Bautru son frère a faite en mon absence, a réussi à son contentement ; qu'en toute occasion où j'auray moyen de luy tesmoigner mon affection, il cognoistra par effect, que je suis, etc. (1)... »

Cette demande était probablement celle de la charge de capitaine des gardes de la Porte du roi, car Nogent l'obtint vers celte époque ; et Moréri remarque à ce propos une circonstance qui fut, dit-il, un grand bonheur, pour le frère du futur académicien. Le premier jour qu'il parut à la cour, il porta le roi sur ses épaules pour passer un endroit des Tuileries où il y avait de l'eau. Il suflisait, dans ce temps, d'approcher une fois le roi d'un peu près, pour être cité à l'ordre du jour de la postérité (2).

(1) Correspondance de lUchelieu, aux Doc. inéd. sur r Histoire de France, t. II, p. lH).

(2j Gaillard ajoute une autre parlicularilé pour expliquer la faveur du Nogenl près de Louis XIII. « Il fil sa fortune, dit-il, par le moyen d'uu gros chien que le feu roy aimoil, a qui ce prince jelioil toujours les bons morceaux du sa table; un jour, cet animal étant dégouslé. en

Pendant que Nogent gagnait la faveur de Louis XIII, Baulru s'attachait de plus en plus à Richelieu qui, vers la fin de Tannée 1625, le chargea d'une mission délicate en Angleterre. Nos rapports avec cette puissance étaient alors très- tendus. Buckingham voyait avec déplaisir tous les Français qui entouraient à la cour de Saint-James la jeune reine Henriette de France; et comme il eût voulu la convertir à l'anglicanisme afin de passer dans le Parlement pour un protestant plein de zèle, et la brouiller avec le roi , il menaçait de chasser tous les Français d'Angleterre, n'exécutait pas les conditions des traités, et se livrait à une foule de mauvais procédés envers la reine, ses amis, les catholiques anglais et même envers notre ambassadeur. Néanmoins Richelieu voulait le ménager ; mais notre ambassadeur en Hollande, par une fausse interprétation d'une dépêche du ministère, eut le malheur d'indisposer le duc, en lui intimant, de la part du roi, le refus absolu d'entrer en France. Richelieu tenait d'autant plus à réparer cette maladresse, qu'elle avait produit sur-le-champ le rappel des vaisseaux des Hollandais et qu'elle pouvait conduire le roi d'Angleterre k donner des secours aux Huguenots. Après miire réflexion, le cardinal se décida à se servir de l'entremise du duc et de la duchesse de Chevreuse, et pour cela, dit-il lui-même dans ses Mémoires, il « usa de cette dextérité : il fît que le roi, comme lassé de toutes les plaintes qui lui venoient d'Angleterre, fit reproche au duc de Chevreuse que les secrètes intelligences que lui et sa femme y entretenoienl étoient préjudiciables h son service et au bien de la religion, et qu'ayant

ayant trop mangé, ne voulut point d'une perdrix que le roy lui avoit jeltée dans la gueule. Louis, croyant que le cbien était malade, en avoit beaucoup de chagrin. Nogent, qui s'en aperçut, demanda le chien au roy l)our trois jours : ce qui lui ayant esté accordé, il Gst jeusner le chien pendant ce temps la : après quoy il le ramena au Roy, et lui fist manger en présence de ce prince un gros morceau de pain de son que le chien avala bien viste avec beaucoup d'appélit : dont le Roy fut fort aise; et depuis, il fil des grâces a Nogent...» {CabincL Historique, ioiwe VII, 18Gi.)

faille mal, il vouloil qu'il y apportai le remède. Le duc, pour sa juslificalion, conseiitil que Dautru allât en son nom en Angleterre, pour dire de sa pari au roi et h Buckingham ce que Sa Majesté trouveroit bon (1). »

Bautru reçut du cardinal pour sa mission des instructions fort détaillées qu'on pourra lire dans les Mémoires de Richelieu. « Il partit avec charge de dire ingénument qu'il étoil envoyé dudit sieur de Chevreuse à qui on iraputoil en France tout ce qui arrivoit de mal en Angleterre : ce qui avoit fait qu'y voyant les affaires prèles d'en venir h l'extrémité, il avoit désiré voir s'il y avoit lieu de remède pour prendre des mesures sur cela; que ledit duc avoit parlé aux ministres, de tous lesquels il avoit appris qu'ils ne pouvoient croire que Buckingham vînt en France sans apporter tout contentement au roi : qu'y venant ainsi, il seroil bien venu et bien receu;... mais que s'il se met sur les rodomontades, il lui fît connoître vertement qu'il trouveroit qu'on ne les appréhendoit pas, et qu'il éloit à craindre que par là ils nous portassent à faire la paix avec l'Espagne..., etc.. »

Bautru, muni de ces instructions, arriva en Angleterre vers la fin de décembre 162S. Sa négociation fut courte et elle eut un heureux succès, car à son retour il emmena avec lui des ambassadeurs extraordinaires « qui furent le comte de Holland et Carleton : le premier desquels le roi d'Angleterre croyoit agréable en France, et tenoit pour homme entendu à traiter avec les princes étrangers. » Mais ceux-ci ne purent s'entendre avec Richelieu ; la guerre fut déclarée et le gouvernement britanni(iue ayant envoyé près de dix mille hommes au secours de La Rochelle, Louis XIII partit lui-même pour l'armée de l'Ouest.

Dans les premiers jours d'octobre 1627, le maréchal de Schomberg battit complètement les Anglais à l'Ile de Ré; on avertit aussitôt M. de Guise qui commandait dans le Morbi-

(1) Mémoires de liichelieu. Collection Micliaud, t. XXI, p. •'tôK.

han de prendre garde aux fuyards qui pourraient Ijien tenter quelque surprise sur la Bretagne, et « Sa Majesté dépêcha en Espagne le sieur de Bautru, rapporte Richelieu, pour empêcher qu'une grande armée navale qu'on lui avoit promise, il y avoit déjà longtemps, et qu'on différoit de quinze jours en quinze jours à lui envoyer, ne vînt inutilement après qu'il n'en auroit plus affaire (1). »

Bautru fut chargé en même temps d'offrir au roi d'Espagne trente vaisseaux pour joindre à sa flotte et « concourir h telle entreprise qu'il voudroit faire sur l'Angleterre ou sur l'Irlande, au cas où il eût quelque dessein prêt, selon que le marquis de Léganez avoit fait connoilre à Paris en passant pour aller en Flandres. » On était fort mécontent, au camp de Louis XIII, de la mollesse des Espagnols et du retard sans cesse répété qu'ils mettaient dans l'envoi des secours promis, ^"éanmoins,

(l)Mémoires de Richelieu. Ibid.,i.W\, p. 497. — C'estdansTintervallede temps qui s'écoula entre ses deux ambassades, que Bautru, étant tombé malade, aurait reçu de Richelieu la lettre suivante, que deux érudits vendéens, MM. Dugasl-Marlifeux et Fillon possèdent dans leur collection d'autographes, et qu'ils ont récemment publiée dans Vlniermédiaire (livraison du 25 avril 1S73). — « A M, Bautru l'aîné : — (Paris) 11 octobre 1626.— Monsieur, j'envoye sijavoir de vos nouvelles à condition que vous ne dires rien à vos confrères qui se sont trouvés à la sépulture de Théophile, de peur qu'ils pensent que je soye de mesme farine. Vostre cadet dit que vostre âme a plus besoin de purgation que voslre corps ; mais mon polit médecin nous asscure que les pleureurs de Paris ne gaigneront rien à vostre occasion. Je veus croire que c'est qu'il lient la maladie non périlleuse; et non pas ce que dit le P. Guérin, que les gens de bien trouveront plus a rire qu'a pleurer si Je monde se déchargeoit de voslre personne, comme la mer fait de toutes choses impures. Guérisses voslre corps, convertisses vostre àme, et vous assurés qu'en l'espérance de vostre amendement, je suis, Monsieur, voslre très-humble serviteur.— Le card. de Ricuelieu. »

MM. Tamizey de Larroque et Avenel n'onL reproduit celte lettre que sous toutes réserves, dans le tome Ville et dernier de la Correspondance de Richelieu. Elle leur parait peu compatible avec le caractère du Cardinal : elle détonne avec le reste de la correspondance. Le passage relatif au fameux Théophile nous semble en elfel fort suspect. En tout cas, relativement "a Bautru, si non e vera, c bene Irovata.

pour ne pas les froisser, et sur l'avis du cardinal qui voulait intimider davantage les Anglais en faisant à l'Espagne promettre de nouveaux renforts, « Bautru eut commandement de faire de grands remerciements au roi d'Espagne de la volonté qu'il avait eue d'envoyer son armée, ce qui fit un fort bon effet. »

Pendant le voyage de Bautru pour se rendre à Madrid, la flotte espagnole, commandée par Don Frédéric de Tolède, grand amiral, arriva dans le golfe du Morbihan, le 28 novembre, vingt jours après la défaite des Anglais, et le duc de Guise traita les nouveaux alliés, h Vannes, avec la plus grande magnificence. Dès qu'il apprit cette nouvelle, Louis XIII dépêcha un nouveau courrier à M. du Fargis, notre ambassadeur ordinaire en Espagne, pour presser le roi de poursuivre activement avec nous le cours de nos premiers succès, et de donner à Don Frédéric des instructions dans ce sens. En même temps l'évéque de Mende était envoyé h Vannes pour faire les mêmes propositions «a l'amiral espagnol.

La réponse de Bautru se fil longtemps attendre. Plus de deux mois s'écoulèrent avant qu'on apprît de ses nouvelles. Le roi d'Espagne, qui ne voulait pas se compromettre au-delà d'une certaine mesure vis-à-vis de l'Angleterre, hésitait à donner une solution définitive à la question : et Don Frédéric avoua qu'il n'avait quitté les côtes d'Espagne qu'après la nouvelle de la défaite des Anglais.

Enfin, dans le courant du mois de janvier 1628, Bautru arriva de son voyage « d'où pour toute résolution il rapporta une irrésolution de ce dont les Espagnols étoient convenus avec le roi touchant l'Angleterre; ils faisoient de cette affaire unehydre; et y formoient de jour à autre de nouvelles difficultés plus grandes que celles qu'on avoit terminées pour ne venir jamais à une exécution de ce qu'on avoit promis... » Cette grande difficulté était la préséance de leurs généraux sur les nôtres; et « toutes ces choses faisoient assez claire-

ment voir la duplicité avec laquelle ils procédoient et le peu de sincérité en leur union avec nous : mais néanmoins, il nous éloità propos, dit Richelieu, de le dissimuler pour lors. »

On a sans doute remarqué lejeu de mots que fait le cardinal au sujet des résolutions apportées par Baulru et de l'irrésolution des Espagnols. On rencontre souvent de ces bizarreries chez Richelieu . une autre fois il parlera des affaires « présentes et pressantes » de l'État. Serait-ce le goût pour les pointes de ses favoris Bautru et Boisrobert qui marqua son empreinte sur le style du cardinal ?... Nous ne saurions l'affirmer ; mais il y a là une coïncidence qui mérite au moins d'être notée. Ce qu'on ne contestera point, c'est le profond enthousiasme qu'inspirait à Bautru le génie de son protecteur. Nous en avons pour garant ce passage d'une lettre fort curieuse que possédait M. Fossé-Darcosse dans sa belle collection d'autographes et que l'envoyé extraordinaire à Madrid écrivait au cardinal, peu après son retour : — (le

43juin 1628) « Je croyois, en partant du siège de La

Rochelle, avoir veu la plus rare et digne d'admiration de toutes les choses du monde : mais j'ay bien remarqué à mon arrivée h Paris quelque chose de moins commun et de plus grand étonnement, c'est, Monseigneur, d'avoir veu ung applaudissement général pour toutes vos actions et des louanges universelles pour ung homme qui gouverne cet Estât... » Pure flatterie, dira-t-on. On conviendra pourtant que le génie politique du premier ministre pouvait inspirer de sincères élans d'admiration à ceux qui étaient initiés à ses secrets.

A la fin de cette même année 1628, nous voyons entrer sur la scène diplomatique le comte de Nogent, frère cadet de Bautru. 11 s'était marié l'année précéiiente avec une parente des Lefebvre d'Ormesson : aussi les Mémoires d'André d'Ormesson donnent-ils les détails les plus circonstanciés sur ce mariage conclu entre familles de conseillers d'État et de conseillers au Grand Conseil. Nogentépousa, au moisde novembre

iG27, Marie Collon, fille d'un Irésorior de l'exlraordinairc (les guerres, veuve en i>remières noces du conseiller d'Elat Nicolas Le Prévost d'Amboille (i). Il eut l'honneur insigne de voir signer à son contrat le rui, la reine, la reine mère, le cardinal et tous les ministres (2) ; el presque aussitôt Richelieu l'envoya en Savoie pour porter au duc les articles du traité de paix sur le Mantouan, arrêtés entre Louis XIII et

(1) Nicolas d'Amboille était maître des requêtes et iieau-frère d'André d'Ormesson. Marie Collon, que M. Célestin Port donne à tort comme seconde femme h Guillaume Daulru, frère de Nogcnt, avait eu de son premier mariage avec Nicolas d'Amboille, une fille"qui monrut^a Tàge de dix ans. Son mariage avec Nogenl fut plus heureux. Elle laissa plusieurs fils el plusieurs lllles dont nous aurons occasion de parler.

(2) Nous trouvons à la Bibliollièque nationale (Mélanges Clérembault, Mss. n» 1061, t. IV, fo IGï), le contrat de mariage de Nicolas Bautru (15 septembre 1627). — « Par devant Pierre Blosse et Laurent Haultdesens, notaires garde-notes du Roy en son Cliastelet de Paris, soubsignez, furent présens el comparans personnellement : Messire Nicolas de Bautru, chevalier, conseiller du Roij en ses conseils d'Estat et privé, capitaine des gardes de la Porte de Sa Majesté, et gouverneur de Dourdan, demeurant à ta suite de sadite Majesté — el Jeanne-Marie Collon, veufve de messire Nicolas Le Prévost, vivant seigneur d'Amboille, Conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat et privé, Maistre des Reijuestes ordinaire de son hostel pour elle et en son nom d'une part, ladite dame assistée de Simon Collon, son père. Conseiller du Roy, Trésorier de Vexlraordinaire des guerres. — Lesquels en la présence et de l'advis de S. M. la Reyne son espouse, et de la Reyne mère du Roy, nostre dit seigneur, de Madame Charlotte de Montmorency , duchesse d' Angoulême, et de Ms' le reverendissime Cardinal de Richelieu, Nosseigneurs Michel de Marillac, garde des Sceaux de France, le mareschal de Schomberg, et de M^^ le marquis d'Effiat, surintendant des finances de France. . . . de messire Guillaume Bautru, conseiller du Roy en son Conseil d'Estat, frère, el de Maistre Mathieu de Grey, amy dudit sie>ir Bautru, etc.... — Voloritairement recogneurent et confessèrent, recognoissent et confessent avoir fait, feront el font enlr'oulx, de bonne foy, les Iraictés, accords, dons, douaire, promesses, obligations et choses qui en suivent, pour raison du mariage qui, au plaisir de Dieu se fera dudicl sieur Bautru et dame Marie Collon, etc., etc. »

On trouve dans le même recueil un acte de foy et hommage rendu le iO avril 16;}0 a SIk"" le duc d'Orléans, par Nicolas Bautru, pour la terre du Nogent-le-Roy qu'il vient d'acquérir, comme mouvant et relevant en plein iief du duché de Chartres. Ce ne fut qu'a partir de ce moment que Nicolas Bautru prit le nom de Nogent.

le roi d'Espagne. Malheureusement la défaite du maréchal d'Uxelles rendit ce voyage inutile.

Le Montferrat, le Mantouan, la Valteline et les Grisons étaient depuis longtemps de véritables pierres d'achoppement pour la diplomatie; et les affaires interminables des provinces italiennes furent la cause d'un second voyage de Guillaume Bautru en Espagne, vers la même époque que celle du départ de son frère pour la Savoie.

Bautru, dit Richelieu, fut envoyé en diligence à Madrid, « avec toutes sortes de partis imaginables pour contenter l'appétit déréglé du comte d'Olivarès, en laissant quelque lieu au duc de Mantoue de se repaître d'espérance là où ses ennemis auraient les effets » ; et le cardinal lui donna des instructions qui « pouvoient faire voir à tous ceux qui auroient des yeux, » les intentions que la France avait toujours eues de terminer cette affaire à l'amiable, sans en venir aux armes. Il eut ordre de prendre soigneusement garde, après avoir donné part de la nouvelle de la prise de La Rochelle au roi d'Espagne, aux mouvements que ce succès des affaires de France pourrait causer dans son esprit et dans celui de ses ministres.... Mais il serait trop long de rapporter ici toutes les instructions de Richelieu relies sont fort longues, fort détaillées, et l'on peut en lire le texte, ou du moins une très-ample analyse dans les Mémoires du Cardinal. Nous y remarquons en particulier ce passage : «... qu'il laissât passer les boutades dudit d'Olivarès qui avoit une passion déréglée en cette affaire : et après, lui feroit connoilre que, par des moyens doux et convenables à la dignité de tous les princes qui y étoient embarrassés, on en pouvoit sortir au contentement de toutes parties... Que si le comte d'Olivarès par la chaleur de son esprit, se plaignoit de la France, il lui repartiroit civilement et vertement tout ensemble, ce qu'il verroit sur-le-champ être requis par l'occasion...» Enfin le roi, après avoir donné ses instructions par écrit à Bautru, « lui dit encore de vive voix que la principale fin de son envoi

étoil de faire en sorte avec le comte d'Olivarès que ledifférend de Casai et les troubles d'Italie se terminassent à l'amiable par l'entremise des deux couronnes ; et, pour cet effet, qu'après l'avoir entretenu à diverties fois des choses ci-dessus, s'iljugeoit de ses discours qu'il fût pour entrer en accommodement sur lesdits différends, il se pourroit laisser entendre qu'il avoit pouvoir du roi d'écouter et arrêter un traité avec lui,... à condition que le roi d'Espagne s'obligeroit de faire donner dès à présent au duc de Mantoue l'investiture du Mantouan par l'Empereur, sans aucune condition (1). »

La mission confiée à Bautru était fort délicate, et l'on voit par l'énorme détail des instructions que lui remit le cardinal, quel intérêt le premier ministre attachait à sa réussite. Bautru arriva h Madrid le 26 novembre 1628, et entra immédiatement avec Olivarès en d'intéressantes conférences que Richelieu rapporte complètes avec leurs nombreuses péripéties.

La nécessité était si grande, dit-il, que, dès le premier jour, Olivarès chercha un prétexte pour se délivrer de l'obligation de traiter Bautru aux dépens de l'Espagne, « comme jusqu'alors on avoit accousturaé de faire aux ambassadeurs extraordinaires. Le lendemain, 27, Bautru le vit, mais en secret et incognito, n'étant pas l'usage de commencer par autre visite publique que celle du roi » ; il entama aussitôt les négociations qui durèrent plusieurs semaines sans succès ; et Bautru ne fut reçu en audience par le roi d'Espagne que le 1"'' décembre, dans l'intervalle des conférences. Nous ne les racontions pas ici, pour ne pas surcharger celte notice : mais nous noterons au passage certains détails qui permettent de constater quelle était la nature des entreliens des deux négociateurs.

Baulru attaque d'abord Olivarès par la plaisanterie : « Entrant au discours de La Bochelle, Olivarès lui dit qu'il falloit avouer que celte action là le gagnoit sur tout ce qui

(1) Mémoires de Richelieu. Golleclion Michaud, l. XXI (500-565).

s'étoit fait depuis plusieurs siècles, et qu'il s'étonnoit que le Cardinal ne fût pas fou de joie de voir son maître dans La Rochelle, ayant la part qu'il avoii Thonneur d'avoir dans sa confidence et dans ses conseils. 11 répéta par trois fois : Yo me espanto que no se aya huelto loco. Bautru lui répondit qu'il avoit « eu souvent peur que le peu de santé dont il jouissoit lui fît rendre l'esprit, mais que, grâce à Dieu, il avoit le front fait d'une construction que l'on renconlroit souvent dans les médailles des illustres, mais jamais dans cette galerie par où il avoit passé en entrant dans son cabinet : c'éioitune petite galerie toute pleine de portraits de fous et toute sorte de manies. Le rire passé, il lui dit que la prise de La Rochelle donnoit véritablement une grande joie à Sa Majesté très-chrétienne... » Mais bientôt d'Olivarès se fâche, et voulant toujours faire prévaloir l'arbitrage de l'Empereur il soutenait « vertement et détroussement que l'Empereur n'étoit point récusable, et qu'il étoit juge naturel de tous les princes chrétiens. Bautru ne fut pas longtemps sans répondre qu'il y avoit plus de seize cents ans que le juge naturel des rois avoit été crucifié en Jérusalem ; qu'il n'envoyoit ni à Prague ni à Vienne pour juger ses différends, ne reconnaissant autres arrêts capables d'en décider que ceux du Ciel. »

Plus loin, et c'est ici que les notes de Richelieu, copiées sans doute sur celles de son envoyé, deviennent plus particulièrement intéressantes, Bautru dit nettement au comte, « qu'il lui avoit parlé avec des exagérations hyperboliques que, sans le respect particulier qu'il lui portoit, il nommeroil de quelque nom qui leur seroit convenable. Olivarès baissa le ton, et Bautru remarqua que toutes les fois qu'il parloit vertement et ouvertement (1), il caloit aucunement : et lorsqu'il traitoit avec des paroles plus civiles et plus basses, il se gendarmoit et s'évaporoit dans des discours dignes de la

(1) Encore un jeu de mois de Richelieu, dnns le genre de ceux que nous avons précédemment cités.

scène...» Ailleurs, Olivarès ayant dit brusquement « qu'en un mot, le roi d'Espagne ne vouloit pas que le loup entrât dans l'Italie, Baulru lui répondit à l'instant que l'Espagnol étoit le loup, le François le chien, et le pauvre M. de Mantoue l'agneau ; et qu'il en falloit croire le pasteur Jésus-Christ qui avait dit : Paix, mes brebis ; — qu'il seroit bien injuste d'appeler loup celui qui vouloit mettre l'agneau entre les mains du berger ; .. » puis, après un mauvais jeu de mots sur les bullas et les hurlas du pape, on se sépara.

Malgré toute l'activité de Bautru, malgré sa présence d'esprit, ses vives discussions et ses nombreuses audiences, « il ne put en aucune façon tirer du comte d'Olivarès des réponses équitables. Ctlui-ci demeuroit toujours ferme à vouloir que la citadelle de Casai fût déposée entre les mains de l'Empereur, et qu'il demeurât juge par lui-même de tout ce différend... » Voyant qu'il ne pouvait faire entendre raison au ministre espagnol, Bautru demanda son congé après une audience orageuse dans laquelle Olivarès tout en colère « dit que si les François en venoient aux mains avec eux, ils n'auroient pas affaire à des bisognes anglois. Sur quoi Baulru lui répondit que des gens qui venoient de prendre La Rochelle en quatorze mois, n'auroient pas grand'peur de ceux qui assiégeoient Casai, il y en avoit dix, sans avoir encore gagné nul avantage sur ceux de dedans. » Mais les colères du comte s'éteignaient aussi vite qu'elles s'enflammaient :il ne voulut pas encore laisser partir Bautru ; son but était de gagner du temps et d'attendre que de nouvelles complications italiennes vinssent lui donner raison.

Sur ces entrefaites, Louis XIII partit pour l'armée d'Italie, accompagné du Cardinal qui, impatienté des lenteurs du comte d'Olivarès, résolut d'en finir par les armes. Le 44 février 1629, le roi arrivait à Grenoble. Il y reçut un courrier de Bauiru qui lui annonçait qu'après être resté près de trois mois en Espagne, il quittait Madrid sans avoir pu obtenir aucun (( accord raisonnable», ce que témoignait le résumé des

négociations remis au courrier. « Tout le point du différend entre la France et l'Espagne, dit Richelieu, consistoit en ce que nous allions de bonne foi en nostre traité, et voulions trouveraux affaires un bon et réel accommodement. Les Espagnols rusoient et délayoient pour gagner temps, et tâchoient d'esquiver de condescendre à aucune chose qui mît les affaires en état que l'exécution de leurs injustes desseins ne demeurât pas en leur puissance... » Fontenay-Mareuil, fort instruit de tous les secrets diplomatiques de ce temps, donne en ses Mémoires le vrai motif des temporisations espagnoles : « M. de Bautru qui fut envoyé à Madrid, dit-il, ayant eu charge de parler aussi de l'affaire de Casai, offrit des conditions très-raisonnables.... Mais comme elles tendoient toutes à le conserver à M. de Mantoue, ou à le faire acheter si cher que le comte d'Olivarès n'en auroit pas tiré tout l'avantage qu'il avoit jiromis, et qu'on verroit toujours un François au cœur de l'Italie, ce qu'il ne vouloit point, il ne s'en fist rien (1). »

Pendant tout le mois de janvier 1629, Bautru avait fait demander au comte-duc son audience de congé ; et chaque fois, Olivarès l'avait renvoyé au lendemain. Le 2 février, on avait même fait une sorte d'affront à notre ambassadeur. L'audience lui ayant été promise, on lui envoya dès neuf heures du malin, un garde pour l'avertir que Sa Majesté l'attendait-.mais le carrosse de la Reine qui venait habituellement le prendre tous les jours n'était pas à sa porte. Bautru envoya successivement trois de ses gens aux écuries de la Reine en moins d'une demi-heure, et tous les trois furent reçus fort impertinemment par le premier écuyer Don Juan de Bargas; « ce que voyant et jugeant qu'ils diroient qu'il avoit fait attendre le roi et prendroient prétexte de lui refuser l'audience puis après, tant qu'il leur plairoit, il partit à pied de son logis et entra au palais comme dix heures sonnoient.

(1) Mémoires de Fonlenay-Mareu'd. CoUeciion Micbaud.

Le duc en étant averti fit semblant de s'en mettre en si grande colère, qu'on l'entendoit crier de quatre chambres après la sienne, et donna tel ordre pour les carrosses, qu'il trouva en sortant deux carrosses du roi à six mules, deux delà reine et le sien, qui l'altendoient à la porte du palais pour son retour. Depuis ce jour, ils le tinrent encore jusqu'au 12 à lui donner ses expéditions et entre autres son passeport, lequel dès qu'il eut, il partit sans attendre un seul jour pour revenir trouver Sa Majesté (1). » On sait comment Louis XIII ayant franchi les Alpes, reçut le l'^'" mars une lettre du duc de Mantoue qui l'avertissait» de se donner garde d'entendre à quoique pût avoir négocié l'Espagne avec Bautru, parce qu'ils traitoient avec fraude et que, tandis qu'ils prometioient d'un côté, ils faisoient que de l'autre l'empereur s'opposoit à ce qu'ils avoient promis ;...» comment enfin Casai fut délivré, et comment les Espagnols durent quitter toutes les places voisines.

Le cardinal, satisfait de la fermeté que Bautru avait montrée dans ses négociations avec Olivarès, l'envoya vers la fin de 1629 en ambassade ordinaire à Bruxelles, pendant que son frère Nogent était employé à traiter ia paix intérieure avec Gaston d'Orléans.

La cour de l'archiduchesse était alors en grand émoi. La capitulation de Casai et les succès répétés des armées de Louis XIII avaient jeté comme une folle terreur dans les esprits : aussi, à peine arrivé à Bruxelles, le 3 décembre 1 629, Bautru reçut-il la visite des plénipotentiaires de tous les pays

(1) Les recueils d'anecdotes racontent que pendant son voyage en Espagne, Bautru ayant visité rKscurial et on particulier la Bibliotlièque de ce palais, fui frappé du peu de soin et du peu de science du bibliotbécaire. Ayant eu occasion de parler au roi de sa visite, il lui dit que ce fonctionnaire était vraiment un bomme rare, et qu'il pouvait le faire surintendant de ses finances. — Pourquoi donc ? reprit le roi. — Sire, dit Bautru, c'est que comme il n'a rien pris dans vos livres, il ne prendra rien dans vos coffres. — D'autres versions disent : C'est qu'il ne touche point au dépôt qui lui est confié. — Mais le sens est le môme.

près de l'archiduchesse. En moins de vingt-quatre heures, écrivait-il à Richelieu, il en reçut deux a du marquis de Mirabel qui éloit pour lois ministre principal en cette cour, une des princes d'Épinay et du duc de Bournonville qui étoit nommé pour aller ambassadeur extraordinaire en France, de don Carlo Colonna et des premiers maîtres d'hôtel de l'infante, toutes personnes qualifiées et de particulière confidence : tout cela fondé sur l'arrivée d'un courrier qui leur apportoit la nouvelle que le roi avoit le pied dans Tétrier pour partir, et qu'il envoyoit le cardinal devant. La seule crainte d'Italie ne les tourmentoit pas : ils craignoient que, comme ils avoient été ci-devant trompés en leurs mesures, ils le fussent encore cette fois, et que le cardinal ou le roi tournât tête vers eux qui étoienl en si mauvais état, qu'on y pouvoit faire plus de progrès qu'on en avoit espéré lors de la mort du feu roi... »

Bautru se garda bien de dissiper ces craintes; et comme Mirabel essayait de découvrir si le roi avait formé le dessein de marcher sur les Pays-Bas, l'ambassadeur répondit qu"il n'en savait rien. En revanche, il appuya spécialement sur les victoires et la modération de Louis XIII, constatant la bénédiction manifeste de Dieu sur ses armes puisqu'en moins de deux mois il avait, dans le Languedoc, terrassé l'hérésie, « là où il voyoit qu'en même temps en Flandres elle se fortifioil. » La vérité est si forte, dit Richelieu, que le cardinal de Cueva « ne put s'empêcher de dire à Bautru que le roi avoit fait le vrai métier de roi , qui étoit de commander en personne et qu'il falloit avouer que les rois qui faisoient autrement dévoient plus passer pour sénéchaux qui rendent la justice à couvert de la pluie, que pour des princes qui doivent être à la tête de leurs peuples pour les défendre contre leurs ennemis »

Pendant plusieurs mois, Bautru entretint la cour de l'Infante dans une crainte salutaire des armées françaises, qui poursuivaient leurs succès en Italie, et par cette sorte d'inli-

midation, il parvint h contenir les impalicnis de Flandre durant toute celte campagne mémorahie qui se termina au grand honneur de Richelieu. Il revint à Paris vers la fin de Tannée 1G30, au moment où le cardinal venait de déjouer les calculs et les intrigues de ses ennemis, dans la fameuse journée des dupes; et devant cette consolidation delà puissance de son protecteur, il se sentit plus que jamais assuré de l'avenir. En récompense de ses services, il fut gratifié, le 28 juillet 1631, « à la place du sieur Despesse, » de la charge d'Introducteur des ambassadeurs (1).

Nous ne retrouvons Bautru, à la suite de ces événements, que dans le courant de l'année 1632, le 2 juillet, apportant au roi la nouvelle de la paix conclue à Liverdun, le 26 juin, entre Sa Majesté et le duc de Lorraine (2), puis, quelque temps après, accompagnant la cour pendant la campagne du Languedoc, contre les populations du Midi soulevées par Gaston d'Orléans. C'était quelques mois avant la défaite de Montmorency : « Sa Majesté, dit Richelieu, étant sur le point de retourner à Paris, dépêcha le sieur Bautru en Espagne, pour se plaindre des sujets de mécontentement que nous avions de la pari de cette couronne-là, mais en effet pour pénétrer ce qu'on pouvoit espérer d'eux pour la paix de la chrétienté. Il eut charge de leur représenter que depuis quelques années, ils n'avoient rien oublié de ce qu'ils avoient pu pour troubler le repos de la France et la maison du roi parles siens propres; que le marquis de Mirabel avoit fait ce qui lui avoit été possible pour altérer le bon naturel de la reine quiy avoit résisté par sa vertu et sa bonté; qu'ils s'étoient servis du mécontenleraent de la reine mère et avoient fait l'impossible pour la faire valoir contre le roi et rÉtat... etc. » Enfin il lui fut ordonné de s'étudier particulièrement à pénétrer autant qu'il lui serait possible tous les mauvais desseins

(t) Gazelle de France du !«' aoûilC3l.

{21 Gazelle de France du :2.jiiill('l 10:52

qu'on avait eus contre la France, et de découvrir ceux qu'on avait encore, « échauffant souvent le comte d'Olivarès, pour apercevoir la vérité dans ses colères (1). »

Bautru, qui était parti de Béziers, où était la cour, le 1 1 octobre (2), avant Texéculion du duc de Montmorency, n'en apprit la première nouvelle qu'à Madrid, par le comte d'Olivarès lui-même, « qui la lui dit avec grand étonnement, exagérant, comme par pitié, la misère d'un seigneur de cette qualité, » et le comte s'étendit fort longuement sur ce sujet, « s'étonnant que le cardinal étant né vassal et ayant des parens, eiît osé établir un tel exemple en la personne du duc de Montmorency... »

Bautru lui répondit (mais nous croyons volontiers que Richelieu, dans ses Mémoires, parle ici lui-même à la place de son ambassadeur). « que tant s'en faut qu'il y eût eu ancienne mésintelligence entre le cardinal et ledit duc, qu'au contraire, si on choisissoit six des plus grands seigneurs de l'État, de condition égale ou plus relevée que celle dudit Montmorency, on ne trouveroit pas qu'ils eussent reçu tous ensemble tant de marques d'honneur et tant de bienfaits de Sa Majesté que ledit Montmorency, depuis que le cardinal tenoil le rang qu'il possédoit dans les affaires de Sa Majesté. . . » Suit une apologie fort longue, très-complète et très-détaillée de toute la conduite de Richelieu dans cette affaire. 11 nous semble très-élonnant que Bautru, pris à l'improviste par l'importante nouvelle que lui annonçait Olivarès, ait pu sur le champ accumuler tant de raisons spécieuses et surtout faire connaître tant de détails aussi intimes des relations du cardinal avecle duc. Quoi qu'il en soit, Richelieu lui en failhonneur, et, d'après lui, son envoyé extraordinaire termina l'apologie de celle exécution en rappelant à Olivarès « que le grand-père du Roi catholique en avoit fait la leçon sur son propre fils

(1) Mémoires de Richelieu. Collection MicliaucI, t. XXI, p. 4-?0. &] Gaulle de France du 22 octobre 1(332.

unique qui n'étoil accusé que d'avoir écouté les gueux de Flandre ; et que, pour la maison de Montmorency, le comte de Horn, qui en étoit Taisné, eût la tête tranchée à Bruxelles par l'ordonnance du duc d'Albe, sans être accusé d'autre crime que d'avoir consenti à la requête présentée par les gueux. — Et à la vérité, ajoute Richelieu, le cardinal Zapata prouva bien sans y penser la vérité de la réponse de Bautru, auquel et au sieur de Barault, ambassadeur du roi, qu'il trouva dans l'antichambre du roi d'Espagne, il demanda :

— Qui pensez-vous. Messieurs, qui ait fait trancher la tête au duc de Montmorency? — Bautru lui répondit : Ses crimes.

— Non pas tant ses crimes, repartit le cardinal, que la clémence des rois prédécesseurs de Sa Majesté. — Voulant donner à entendre que si, en ces derniers temps, les rois eussent châtié les grands de leur royaume, selon qu'ils le mériioient, celui-ci eût été retenu par leur exemple, et ne fût pas tombé en la faute qui lui a causé la mort (1). »

Bautru resta en Espagne jusqu'au milieu de l'année 1633, discutant toujours et sondant les intentions du comte Olivarès qui n'avait d'autre but que d'éluder les conventions du traité de Quérasque, conclu deux ans auparavant. Olivarès insistait surtout, dit Richelieu, sur la restitution de Pignerol, « qu'il ne pouvoit nommer sans changer de visage et de ton de voix, répétant qu'il ne falloit point parler de traité et retenir Pignerol; qu'ils perdroient plutôt cent Espagnes que de souffrir un tel affront; » et sur ce sujet comme sur tous les autres, l'empereur intervenait toujours, car le comte prétendait que Pignerol était un fief de Sa Majesté Césarée. Bautru avait beau lui répéter « qu'il n'avoit jamais ouï dire que Pignerol fût un fief impérial, mais bien que l'on tenoit en France que c'éloit un fief indépendant du Dauphin de Viennois, et qu'il se trouvoit des actes dans la Chambre des comptes du Daupbiné qui faisoicnl foi de cette mouvance, »

il)Voy. Mémoires el Tt'sidin.ii'. politiiucdi: Hi^liclini.

Olivarès ne voulait pas entendre raison et remontait toujours sur son grand cheval de bataille.

Il est fort intéressant de suivre, dans les Mémoires de Richelieu,, tous ces dialogues souvent très-vifs et trèspiquants entre les deux négociateurs. Ce qui frappe avant tout, lorsqu'on poursuit attentivement cette lecture, c'est la bizarrerie de l'emploi de Baulru. Il avait toujours à discuter, mais jamais à conclure : rôle curieux qui montre de quelle façon Richelieu entendait la diplomatie.

Bautru ne revint en France que vers la fin de 4 633, après être resté plus d'une année en Espagne. Il rapporta qu'il n'avait reconnu dans Olivarès qu'inclination à la guerre et au sang; « que le comte lui avoit donné quelques paroles vaines pour lui persuader le contraire, mais quand il avoit voulu approfondir, les effets le déraentoient. » Il n'y avait donc pas à compter sur la bonne foi d'un ministre qui répondait « par une négative générale » à toutes les plaintes qu'on lui adressait.

Tallemant des Réaux raconte, au sujet de l'un des voyages de Bautru en Espagne, une anecdote qui fera quelquediversion à la sécheresse de tous ces incidents diplomatiques. Il y avait alors à la cour de France un joueur de viole nommé Maugars, « le plus excellent, mais le plus fou qui ayt jamais esté. » Il appartenait au cardinal de Richelieu, et Boisrobert, pour divertir rÉminentissim.e, lui faisait toujours quelque malice. Le cardinal le donna à Bautru pour le mener avec lui en Espagne, compagnon bizarre d'un diplomate auquel étaient confiés les intérêts de la France. Il faisait tant de folies, que Bautru, rapporte Tallemant, s'en repentit dès Linas, village à sept lieues de Paris, vers Orléans. Cependant, comme messire Guillaume aimait beaucoup la plaisanterie, il garda le joueur de viole et le mena jusqu'au Manzanarès. Le roi d'Espagne ayant entendu vanter les talents de Maugars, voulut l'entendre par une jalousie; mais « ce fou dit qu'il ne joueroit point s'il ne voyoil le roy ; et que le roi de France,

qui étoil le plus granJ roy du monde, ne l'avoit point traitlé ainsy. Bautru conseilla au roi d'Espagne de faire habiller quelqu'un en roy, et d'en avoir le plaisir; on fait donc venir un faquin avec des hellabardiers, et on lui avoit ordonné de ne dire autre chose que mu?/ bien. Mangars se tuoit de jouer, et le roi de comédie disoit à tout bout de champ 7nuy hien^ avec une gravité admirable. »

Tels étaient les passe-temps de Bautru h la cour d'Espagne. Nous avons vu, du reste, qu'il plaisantait quelquefois avec Olivarès, lorsque le comte n'était pas en colère. Des Réaux rapporte encore qu'un jour le comte-duc lui montrant son galllnero (poulailler), Bautru repartit que « le roi son maître luy enverroit dellos gallos. L'autre se plaignit qu'on luy envoyoit des bouffons. » Au surplus, n'avait-il pas lui-même une galerie remplie « de fous et mille autres folies? » Et la solution la plus logique de ce problème ne serait-elle point dans ce théorème de mécanique applicable aux phénomènes moraux, que la réaction est toujours égale à l'action? Richelieu, lui aussi, était obligé de prendre, de temps à autre, une once de Boisrobert. Nous allons bientôt voir Bautru tenir compagnie au fameux chanoine de Rouen.

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