XOMS ! AGES I QU JOUTES
JsAS CfUYBT : 4(1 menuisier h&biîaat.
Jeanne Mignon ■ ;?0 sa fera me.
Guillaume Guyet ; Il fils.
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Jacquette I j <'
Remarques. — Guyet est le nom patronymique de la faniilîe Guay qui compte un si grand nombre de représentants dans la vieille paroisse de St-Joseph. Jean Guyet arriva en Canada en 1646, et fut de suite envoyé par les jésuites dajis la mission des Huroni. (Jourfial dus yisuites). Guay esi originaire de Saintonge, ia patrie de Charnpiain. Son premier enfant fut le filicul du gouveriicur de Lauzon.
1 Conc-asion du ^7 octobre 1649. — Greffes d'Audouard et de Beimen.
2 Registre des ln?iiiuutions du Conseil supérieur. IG juillet 1865.
Cette tentative d'établissement des libres enfants de la république helvétienne en Canada est une page inconnue de notre histoire. La Grande Anse^ devenue aujourd'hui Sainte-Anne de la Pocatière, n'a gardé aucune trace du Canton des Suisses Fribourgeois. Mais ■ si les Tisseau, les Guencherardi les Cahusin, et les Eimé sont disparus sans faire souche, les Miville, en revanche, sont très répandus, dans le district de Kamouraska, sous le nom de Mivilledit-Déchênes. Un des fils de Pierre, Jacques Miville, fixa sa demeure à la Rivière-Ouelle et c'est de lui que descend cette nombreuse famille. Pierre Miville ne parait pas avoir abandonné la côte de Lauzon et il devint seigneur du lieu appelé Bonne Kencontre, dans la seigneurie du Saut de la Chaudière '.
Le peuplement de la côte de Lauzon s'opéra lentement. Le sol rocheux de la falaise qui borde le fleuve était moins propice aux défrichements que les prairies plantureuses de Beaupré. L'ile d'Orléans, par sa position au milieu
1 Greffe de Becquet — le 2 nov. IG83 — Un des descendants de Pierre Miville est mort ù la Louisiane, en I8'26, à l'âge de 120 ans 1 1. abbé Ferland). La femme de Pierre Mitille est vraisemblaldeniejit la première personne qui tTi(inhnnK'e dans le cimetière de la Pointe Lévy (en IGTGj. 11 est dit aux registres qu'elle ITu inluunée ii Lévis dans le cimotière de 1 égli.-^e <iui se fiiit {qm n^ eo/iatrui'.) en lu dite côte de Lauzon.
du fleuve, était pTotégée contre les incursions des sauvages. Dans Beauport, le seigneur G-iffard amène luie petite colonie de Mortagne, l'endroit de sa naissance. Maisonneuve se dirige sur Montréal avec une troupe de colons choisis. Dans les autres seigneuries, les soldats licenciés se groupent autour de leurs anciens officiers. Là, la bourgade se trouvait formée tout à coup. Ici, la colonisation, lai&sée à l'initiative privée, sans direction, fut tardive : de petits groupes détachés sans cohésion, mais aucune migration organisée.
L'arrivée de Lauzon, en 1651, semble fai?e naitre une ère nouvelle. Le roi menaçait de confisquer les domaines qu'il avait concédés. Il fallait bien tenter un effort. Lauzon s'était taillé une large part dans cet immense ^ays, mais, venu au Canada, pour essayer de refaire sa fortune \ comment pouvait-il trouver des censitaires auxquels il fallait souvent payer les frais de traversée et avancer les premiers déboursés ? Il pouvait tout au plus accaparer à leur passage à Québec quelques colons indécis. Il parait, cependant, s'être occupé sérieusement de coloniser la côte Lauzon '.
1 L'abbé F'aillon. Hittoire de la colonie française.
2 De 1057 à Ki'Uj, jilnsiwjrs famillos prirent des terres djins
Pour faciliter sa tâche, de Lauzon découpa sans compter, dans la carte de la seigneurie, de larges domaines qu'il distribua aux communautés ou à des personnes aisées. Celles-ci, opérant sur une moindre échelle, pouvaient attirer plus facilement les colons. On a vu, dès 1648, les jésuites prendre possession d'une étendue de terre considérable '. Ces religieux y attirèrent quelques-uns de leurs anciens serviteurs : les G-uay et les Amyot \
Entre 1650 et 1653, les ursulines et les hospitalières eurent des domaines assez étendus sur les bords des rivières Etchemin et Chaudière. L'ancien gouverneur d'Ailleboust obtint pour sa part, en 1653, un fief de huit arpents de front sur cent soixante arpents de profondeur, dans la plus belle partie de la seigneurie, en
Lauzon, si l'on en juge par la présence des Lauîîoa à Québec durant celte période et par le recensement de KMu. La famille Lauzon prenait des terres sur tous les points de la contrée. Elle n'en a colonisé qu une seule: la côte Lauzon et un petit fief (Lirec) dans l'ile d'Orléans. Ce qui lui en restait vers IG^iO, fut vendu moyennant quelques francs. Les Lauzon étaient alors ou décédés ou re passés en France. (Benjamin Sulle. Jlistoire des Canadienszfrançaiit. }
1 Près de la moitié de la ville de Lévis s'élève sur l'ancien fief des jésuites.
2 La famille Guay a fait souche. Les Amyot prirent une autre direction. Un ruisseau qui tr.averse la paroisse de Saint- David de Laubcrivière, près de Lévis. rappelle le souvenir de cet «ncieu colou.
face même de Québec \ La même année, Jean Bourdon, sieur de Saint-François, ingénieur de la colonie, devenait propriétaire d'un splendide héritage qu'il donnait plus tard aux ursulines pour la dot d'une de ses filles qui se fit religieuse dans cette communauté =". Ce domaine appartient aujourd'hui à la fabrique de Saint- Joseph de la Pointe de Lévy. M. de Maisonneuve, le fondateur de Montréal, devenait luimême l'objet des faveurs de Lauzon, car il paraît avoir eu à la Pointe de Lévy quelques arpents de terre. Ceci expliquerait pourquoi l'abbé Paillon dit que de Lauzon voulut faire établir les colons qu'amenait de Maisonneuve dans ses seigneuries 3.
ï C'est le fief Villemay, qui prenaat son iront au fleuve court jusqu'à Saint-Henri, sur une largeur de plus de vingt arpents, depuis la c6 e Shaw jusqu'à la côte Tibbits. D'Ailleboast en mourant légua cette magnifique propriété aux religieuses hospitalières. Les héritiers Robertson en retirent aujourd'hui les rentes. Cette terre portait aussi autrefois le nom de la Citière. C'était le titr» de l'un des fils de Lauzon.
a Les Ursulines de Québec. — Sur les hauteurs de Lévis, où campèrent autrefois les réguliers anglais qui construisirent les forts, se trouve au pied d'une colline une petite nappe d'eau sans issue qui porte \e nom ûe mare à Fapon. La tradition veut que cet étang ait été creusé sous l'ancien régime, par un riche français qui avait là son château au milieu des bois. On raconte même avoir trouvé en cet endroit les ruines d'une maison ancienne. Il y a toujours quelque chose de vrai au fond de ces anciennes légendes. Cette mare se trouve située sur le domaine que possédait autrefois l'ingénieur Jean Bourdon. Dans le cours du temps, l'étang de bourdon ne serait-il pas devenu la mare à Popon ? On trouve des transformations de noms plus étranges.
.^ Tome If p. 241 — Hi$l. de la colonie /rançoise av Conuda.
Lauzon qui s^était vu enlever, bien malgré lui, l'île de Montréal dont il était le propriétaire essayait peut-être de cette façon à faire avorter les projets de Maison neuve.
Avec ces grands propriétaires arrivent de nouveaiax colons. Ce sont les Sevestre, les Gagnon, les G^authier la Chesnée % Charles Amiot, Etienne Dumetz, (Deniers), Jean Pré, Gabriel Lemieux, Louis Bégin, Guillaume et André Albert, Toussaint Toupin. Jean Migneron, Jean Durand, François Becquet, Louis Duquet, Charles Courtois, Martin Gueudon.
D'autres durent s'établir encore dans l'intervalle qui s'étend de 1648 à 1666. Quelquf^s-uns de ces colons arrivaient directement de France, plusieurs étaient déversés de Beaupré, de Beauport ou de l'ile d'Orléans '.
En 1653. la côte de Lauzon possédait déjà assez d'habitants pour être représentée dans le
1 Le "27 septembre I65'2, la maison de M. de la Chesnée se brûle Il ;a pointe de Lauzon et sa tille de 3 à 4 ans }' est brûlée. Journal des Jésuites.
« Ces seigneuries, très promptement peuplées, formèrent de bonne heure des émigrants pour le reste de la colonie et peuvent être oonsidéiées comme iea pépinières de la coloni^t. (Rameau )
corps des syndics qui fat établi à Québec, d^t honneur appartint à François Bissot ^
Le dénombrement fait en 1667 paraît plus régulier. La population de l'année précédante qui nous donnait 13 âmes se troave maintenant élevée au chiflfre 113. On pourrait attribuer ce rapide accroissement au fait que le régiment de Carignan fut licencié à cette époque, ou encore à l'établissement sur les bords de la rivière Richelieu, des forts de Sorel et de Chambly destinés à arrêter les incursions des Iroquois. Tout cela a de la vraisemblance. Il n'y a pas de doute que les retranchements du Richelieu donnèrent de la confiance aux habitants désireux de s'établir sur la côte sud. Cependant, comme le relevé de 1667 donne 236 arpents de terre bOUS culture dans la côte de Lauzon, il est impossible de croire que ces défrichements aient été faits dans l'espace d'une seule année.
< Les syndics ou procure ois syndics, dans les affaires elles procès, représentaient les corps qui les avaient élus. Cette élection se faisait au scrutin. En août 16)3 fut faite et déclarée la nomination de M. d'Ailleboust an syndicat
Thomas Hayot adjoint du ca[i Rouge v c unpris Sillery, M de Tilly de la côle Sto-Geneviève, M. Denis, de Québec, le sieur La Mêlée (Cre\ier) de la côte .V.-D. des Anges. Guil. Pelletier, Beauport. François Bélanger, Longue Pointe, Pierre Picard, cap Tourmente, M. Buissot, de la '-ôte de Lau/,on. [Joamnl des J''suiVjs.j
Chaque colon paraît avoir pour sa part une moyenTie de dis arpents en valeur. Ceci implique un travail assez long et un établissement relativement ancien.
Le sieur Guillaume Couture apparaît, cette année de lôôT, avec sa femme et neuf enfants. Il a vingt arpents sous culture et six bestiaux.
Denis Buquet et Pierre M.iville le devancent de dix arpents. Ceci s'explique aisément par les nombreux voyages de Couture.
Neuf provinces de France nous donnent ces premiers colons. La Normandie et la Saintonge marchent en tête de colonne. La Normandie, n'est-ce pas la patrie de Couture ? Bégin, Bequet, les Demers, les G-ueudon, les Pourveu, les Bissot ont suiri leur compatriote. De la gainlonge, la patrie de Champlaiu, nous arrive Jean Q-uay. L'île d'Oléron, voisine de Brouages, noue donne Jean Chauveau et ses deux beauxfrères Guillaume et André Albert. Les membres d'une même famille se recherchent et se groupent. La Boauce nous envoie Jean Huard et Jean-Bte Halle, dont l'un des fils devait ouvrii la liste des élèves du petit séminaire de Qaébec.
L'Anjou, la Haute-Bretagne, l'Angoumois, rUe de France, nous donnent chacun un représentant ; le Maine et le Poitou chacun deux. Pas un seul colon nous est venu encore du Dauphiné, la patrie de Lauzon.
Ce dénombrement de 1667, intéressant à plus d'un titre, nous apprend que deux riches marchands, bourgeois de Québec, exploitaient des fermes à la Pointe de Lévy. On rencontre Français Bissot, une ancienne connaissance, et Eustache Lambert \
Ces deux bourgeois étaient des personnages importants dans Québec. Eustache Lambert est la souche de la famille Lambert-Dumont qui compte des alliances dans les premières et plus anciennes familles du pays. Il fut le premier commandant de milice en Canada. En 1653, il commandait le camp volant envoyé à la défense des Trois-Rivières, lorsque cette ville fut assiégée par cinq cents Jroquois. Un de ses petits fils, Louis-Joseph Lambert, était colonel
» Lambcit avait pour fermiers Pierre Bcrgerou et ses culaut: «lui plus tard deviureut des colons et ont laissé une nombreuse descendance Cette ferme de Lamt)ert comprenait près de la moitié de la paroisse de Saint-Romuald.
Bissot avait \u)u\- domestiques J^ixn Gué, Maitiu lientilé et Pierre Perot.
de milice de la côte du Sud pendant la guerre de 1759 ^
François Bissot, sieur de la Rivière, avait épousé une Couillard, petite lille de Guillaume Couillard, un des premiers colons de Québec. Il eût de ce mariage une descendance nombreuse et distinguée. Une de ses filles, Claire- Françoise, épousa Joliette le découvreur du Mississipi ^ Une autre, Catherine, épousa Etienne Charest qui devint seigneur de Lauzon. Jean-Baptiste Bissot, sieur de Tincennes, s'est distingué dans l'armée. Un de ses frères fut seigneur du cap St-Claude et de Vincences, dans Beaumont.
François Bissot avait entrepris aux iles Min-
I II mourut en janvier 1760, à ITigc de 67 ans. Il fut euU^rré le 21 de ce mois dans l'église de la Pointe Lév^}', par le frère récollet Didace Cliché en présence du sieur Levrard, bourgeois de Québec. En 1751, Lambert était capitaine de milice. Il maria, cette même année, sa fille Geneviève à Jacques de la Fontaine de Belcour. conseiller au conseil supérieur de Québec. Celui-ci était veuf de Charlotte-Joîiette Bissot. Lambert avait pour épouse une de Villeray. — La famille du docteur Thomas Lambert, de Saint- Hoiiiuald, se greife ù cette branche. M Etienne Lambert, cultivateur, de Saint-Jean Chrysostôme, possède une ancienne épée française et une dague avec poignée d ivoire très biert travaillée. Sur la lame de l'épée on lit la devise ; Aut vincere aut mori. Nous en connaissons qui préféreraient cette vieille épée, cette dague et un bon fusil de chasse de l'ancien temps à des panoplies du moyen âge.
■i Elle a donné son nom t\ la paroisse de Ste-Olaire, dans le comté de Dorchester.
gau une grande exploitation des pêcheries en société avec Joliette. A l'instigation de l'intendant Talon, il établit à la Pointe de Lévy avec Etienne Charest une tannerie qui fut très florissante dans le temps. C'est sur le domaine de Bissot qui devait s'élever plus tard la première église de la Pointe de Lévy.
Ces grands propriétaires, ces colons de bon ire famille n'habitaient pas sur leurs terres. Leurs exploitations étaient données à des fermiers pour les faire valoir. Bissot et Lambert, retirés dans Québec, s'occupaient de négoce ou de pêche. Leurs navires échringeaient les mol u es et les huiles des cétacés du golfe avec les eaux de vie et les sucres des îles d'Amérique.
Le premier vrai colon, le premier habitant sérieux d'un établissement, c'est celui qui s'avance, hache sur le dos, à travers la forêt, pour abattre les bois et s'élever une chaumière. Elle était rude la tâche de ces pionniers courageux. A l'isolement, aux rudes hivers, à toutes les misères des commencements d'une vie de défricheur, venaient se joindre les alertes continuelles d'un sauvag't^ implacable. Comment se garer des embuseadi^s dans ces h ibitations isolées ? Le roi avait cru obvi^n- à ces dangers
en obligeant les habitants à grouper leurs demeures. Mais ces plans excellents sur le papier n'étaient point de si fasile exécution.
Le laboureur choisissait son exploitation où la terre lui semblait bonne : voilà tout. C'est le fusil en bandoulière que l'on promenait la charrue à travers les troncs d'arbres calcinés. Les femmes faisaient le guet, et donnaient l'alarme. Dans ces temps héroïques, on partait à la conquête d'une habitation, comme les soldats pour une campagne. Dans les postes avancés, des sentinelles veillaient sur les points élevés. A la moindre alerte on se repliait sur le gros du Alliage. A l'époque des semences et det* récoltes, on dispersait les soldats dans les . côtes pour aider aux habitants. Quatre coups de canons tirés des forts annonçaient le danger. C'était le signal de retraite et tout le monde rentrait des champs \
ï Manuscrits de la Nouvelle France, p. 507 — p. 51 1.
li arriva alors ce qui arrive toujours. Le danger commun rassembla ces hommes eu une étroite union. Dans cRaque paroisse, les colons composèrent une communauté qui avait ses . officiers et son administration particulière. Tout était réglé sur le pied de guerre, de façon que la population valide de chaque canton formait, à elle seule, le contingent d'une compagnie, ayant son chef désigné d'avance et prêt à marcher au premier signal. Tous les habitants en état de porter les armes étaient soldats. On dirait d'une grande famille militaire, organisée comme autrefois les petites marches et les grandes manses germaniques du moyen âge. Le capitaine de milice" était choisi par les colons eux-mêmes. Il faut qu'un Canadien soit convaincu de ia valeur de son capitaine pour qu'il lui obéisse, dit la Potherie \ Avec un chef connu ces braves gens pouvaient faire des prodiges. En 1775, la population des campagnes refusa de marcher parce qu'on lui avait envoyé des officiers pour les commander. *' Lais&ez-nous choisir nos chefs, comme du temps des Français, disaient-ils, et nous irons au combat."
J Tome. 1; pagfi 39. Hut de i Arn. Sipt.
Louis XIV, lui-même, régularisa cette organisation '. Pour que les miliciens fussent toujours prêts à voier à l'ennemi il ordounait de les assembler une fois tous les mois afin de les exercer au maniement des armes. Les capitaines de milice étaient pour ainsi dire les chefs de l'organisation municipale dans chaque bourgade. Ils devaient percevoir les impôts, exécuter les ordonnances des gouverneurs et des intendants, surveiller la confection et l'entretien des chemins sous le commandem^nit des grands voyers.
Les colons de la Pointe-Lévy choisirent pour leur premier capitaine de milice, Guillaume Couture. Celui-là, ils connaissaient sa valeur : il avait fnit ses preuves. On lui donna comme capitaine de quartier Pierre Miville.
A l'organisation militaire vient se joindre l'administration de li justice, pour terminer les différends qui pouvaient survenir entre les particuliers.
Liuzon, en arrivant dans le pays, avait nommé son iils aine grand sénéchal de la Nouvelle-
I Ordonnance du 3 avril 1669. [Rg . des or îns du Roi poujr les Cics des Inhs foL 115).
France. C'était le chef du service judiciaire devant qui devait se vider en définitive toutes les querelles. Mais comme il était impossible de penser à la centralisation pour l'audition de tous les procès, il fallut recourir comme en France à la justice seigneuriale. Dans chaque seigneurie un juge fut établi pour prononcer en première instance et on pouvait appeller de sa sentence à la sénéchaussée de Québec et plus tard au conseil Souverain. Outre le juge, il y avait encore un procureur fiscal et un substitut qui remplissaient les fonctions d'officiers de police et de juges d'instruction pour informer des délits, enfin un greffier et des sergents. Le procureur fiscal citait devant le juge ceux qui contrevenaient aux ordonnances ou qui nuisaient injustement aux intérêts d'autrui. Couture eut l'honneur d'être le premier juge sénéchal de la côte de Lauzon. Jean Huard, 1 ancêtre d'une famille connue, était procureur fiscal, Nicolas Metru, notaire de la seigneurie, et Claude Maugue agireiit tour à tour comme greffier.
On conçoit que la procédure devant cette cour de colon n'avait rien de compliqué. On n'allait pas jusqu'à tenir audience au pied des grands arbres de la forêt comme au temps do
Saint-Louis, mais le dimanche, à l'issue de !a grand'messe, le juge entendait les parties et leurs témoins. Un créancier voyait-il son débiteur dans la salle du tribunal, il profitait de l'occasion pour le citer devant le juge. Dans ces temps aux mœurs naïves, les avocats étaient rares et chacun plaidait sa cause. Les notaires ou les huissiers se risquaient parfois jusqu'à prononcer une harangue. En l'absence de leurs maris, les femmes intentaient les actions, comparaissaient à l'audience et plaidaient comme les hommes. Inutile de dire, ajoute M. T.-P. Bédard à qui nous empruntons quelques uns de ces derniers détails/, que dans ces circonstances les causes étaient plus longues.
" L'ordre social, dit l'abbé Faillon, demandait que ceux qui procuraient ainsi le bien public fussent respectés des autres colons. Dans cette vue et aussi pour leur témoigner lui-même sa satisfaction particulière, Louis XIV avait ordonné d'attribuer dans chaque paroisse quelque marque d'honneur aux habitants principaux qui prendraient soin des affaires et pour cela de leur donner un rang distingué soit dans l'église ou ailleurs."
j. Dans la âfineri.r du 16 août 1884.
"C'est le fusil en bandoulière que l'on promenait la charrue à travers
r«l„rT" K° ? Tic^"^^- ^** **""*' faisaient le guet et donnaient 1 alarme . chap. S-p.l06
Ces règlements devaient être la source de bien des miwères et de futiles disputes,
La France arait voulu transporter au Canada toutes les rouages d'une administratioii qui pouvait être excellente pour un pays ancien, mais peu convenable pour une coiitrée nouvelle. On voulait transplanter en Amérique une petite France à rimag<- de l'ancieMne, sans compter avec les diliérences des lieux et des climats. Le système autoritaire et centralisnteur croyait pouvoir commander à deux milles lieues de distance un pays qu'il ne connaissait pas comme s'il se fût a^ii de réglementer Pontoise ou Marly. Le tort de notre ancienne mère-patrie fut de n'avoir jamais voulu écouter les conseils des enfants du pays.
De nicme que les brillants officiers des réguliers avaient voulu faire dans les forêts d'Amérique la guerrt» européenne ', l'administration civile entreprit d'introduire au Canada toutes les qu(^reiles futiles du cérémonial et di' l'étiquette des cours de France.
On peut dire sajis (.-xagération que près d'un
' •\' fut \a iuutc ({w l'or, coiiiiDit diui'^ lu pi-t-mi^iv cxpi'-itition du ifLr,iiiiL-rii dv (.'jiii-iiaii. VAla fut coniinutllomcnt lépétét^ depuis
Ir. baron Qi-sW.-'.'j iijssu'à Mun'rjvio
tiers des EdiU et Ordonnances réglementent sur les honneurs à rendre dans la colonie. Leys registres et les mémoires manuscrits du temps sont remplis du bruit de ces chicanes oiseuses.
Chaque haut personnage avait sa petite cour où la foule des courtisans cherchait à nouer et à défaire des intrigues. La moindre des cérémonies avait son programme. Pour les fenx de Ja b^aint Jean, par exemple, une ordonnance statuait à qui, de quelle façon et combien de torches seraient présentées.
Ces distinctions de haut goût s'étendaient à tous les échelons de la hiérarchie. C'est Coibert qui écrit à Frontenac pour lui expliquer pourquoi il ne doit pas le traiter de monseigneur, mais seulement de monsieur '. On discute gravement, dans plusieurs mémoires, si les officiers, dans un défilé de troupes devant le gouverneur, doivent saluer de la pique ou si cet honneur n'est dû qu'aux princes ou maréchaux de France ^. Que dire des querelles à propos de la présidence du conseil ? Le gouverneur veut avoir le pas sur l'intendant, celui-ci traite de haut les conseillers. Le militaire jalouse le
» Letlre du 14 mars 1675. Manmcrit*.
2 P. 602. Monuicri/s
fonctionnaire civil et la magistrature. La troupe régulière se rit de la milice. L'état veut la suprématie sur le clergé. Les colons maugréent contre les Français de France qui, .disent-ils, ont tous les honneurs. Les Français pestent contre les Canadiens. Les capitaines de milice et les officiers de justice des seigneuries veulent précéder les raarguilliers \ Jusqu'aux bedeaux qui se querellent avec les chantres d'église.
C'était surtout dans les cérémonies religieuses, où les corps de l'état avaient le plus souvent occasion de se rencontrer, que les règles d'étiquette devaient être le plus difficilement observées. Chacun voulait avoir le premier rang.
Dans la cathédrale de Québec et à Montréal, le gouverneur général et l'intendant avaient chacun un prie-Dieu, dans le chœur. Le gouverneur se plaçait à droite, l'intendant à gauche. Le gouverneur était encensé après l'évêquc et avant le chapitre. Dans les processions, il suivait immédiatement le dais, précédé de ses gardes, des sergents et des huissiers ^ Lorsque le conseil supérieur assistait en corps à l'église,
I Edits et ordoimances vol. 1 p. 65.
3 Un édit (in roi passé en 1716 règle minutieusement tout ce (•éi-émoiiial.
le bedeau devait annoncer aux conseillers le temps où il fallait marcher dans les processions pour l'adoration de la croix, la présentation des cierges et des rameaux. Le pain bénit devait leur être distribué immédiatement après les ecclésiastiques et les chantres du chœur. Malheur à celui qui osait enfreindre les lois de cette étiquette.
Quand le gouverneur et l'intendant allaient entendre la messe dans les églises de la campagne, ils y faisaient porter leurs sièges et carreaux dans le lieu le plus éminent.
Dans ces endroits, le pain bénit était d'abord présenté au seigneur haut-justicier, ensuite au capitaine de la côte et aux juges de la seigneurie. Dans chaque bourgaci*?, il devait y avoir une division générale des habitants. Les principaux qui prenaient soin des allaires avaient le premier rang, ils étaient suis is de ceux qui avaient le plus grand nombre d'enfants, à moins qu'ils n'en fussent empêchés par quelques graves raisons \
On s'étonne, aujourd'hui, à bon droit, que tous
I E>hls et Or loinxnwr.^ passim.
ces honneurs aient été si souvent le sujet de querelles et de discordes telles qu'elles nécessitaient même l'intervention du roi. Notre temps s'ac-commode mal de cette étiquette et de ces distinctions. Dans le siècle autoritaire de Louis XIV, sous la gouverne de Frontenac, ces détails marchaient de pair avec les questions d'état. La fo'orme, comme dit l'avocat bègue de Beaumarchais, faisait bien trop souvent la loi.
Les écrivains anglais et, surtout, ceux de la Nouvelle- Angleterre, n'ont pas manqué de jeter du ridicule sur cette cour improvisée au milieu des forêts du Nouveau-Monde, en voyant nos gentilhommes campagnards porter l'épée et transformer le château Saint-Louis, en Œil de Bœuf. Ceux-là, avant de pleurer sur nous, devraient plutôt se souvenir des discussions fameuses qui signalèrent les réunions des puritains, leurs ancêtres. L'histoire se moque à bon droit de l'empereur romain qui faisait assembler le sénat pour savoir s'il devait manger un turbot à la sauce blanche ou au beurre noire. Que dire quand on voit la législature de la Nouvelle-Angleterre délibérer gravement sur la coupe de la barbe, s'opposer à la coutume de porter des cheveux longs et se servir d'un texte de saint Paul pour appuyer les arguments
qu'elle employait pour condamner cet usage comme immoral et digne de la plus sévère censure ? Winthrop nous raconte que les députés de Boston invoquèrent l'exemple de Josaphat, d'Ochosïas et de Pharaon Néchao pour savoir B*ils devaient prendre part ,à la querelle de d'Aulnay et de la Tour. S'il nous était permis de feuilleter les archives de nos voisins, on y trouverait des procès de sorcellerie dont les détails ne sont pas de nature à nous faire dire que les premiers yankees avaient cet esprit large et sans i)réjugés que l'on veut bien nous faire croire.
Dans ces petites querelles qui troublèrent si fort les commencements de la colonie, on peut voir en germe une grande question qui a passionné, de notre temps, bien des esprits. Il s'agit de savoir qui l'emportera de l'Eglise ou de l'Etat. Frontenac, en accordant les honneurs à ses capitaines de milice et à ses officiers de justice, voulait prendre à parti les marguilliers et atteindre ainsi les ecclésiastiques qui participaient à l'administration temporelle des églises.
C'est là le but continu des nombreuses ordonnances qui signalent son règne. Ce grand seigneur, éloigné malgré lui de la cour, regret-
tant peut-être les splendeurs de Versailles, où brillait son épouse avec les Sévigné et les Montespan, rêvait dans les forêts d'Amérique à l'autoritarisme et à la suprématie de ses offi.ciers. L'administration de ce gouverneur, si grande et si glorieuse, gardera tache de cette lutte mesquine. Frontenac aurait pu mieux employer son énergie et son activité. Ces piqûres n'étaient pas dignes d'un esprit aussi large que le sien, de celui qui faisait répondre d ses ennemis par la bouche de ses canons.
Les honneurs, dont M. de Frontenac tenait à faire si large part aux officiers de la justice, n'étaient pas— on îe comprend — de nature à plaire aux marguilliers. M, Jean Aubuchon, marchand à Montréal et pour lors marguillier, eut à ce sujet maille à partir avec îe procureur fiscal dont il refusait de reconnaître la préséance. Celui-ci porta plainte.
Le conseil, toujours empressé de maintenir ses prérogatives, saisit cette occasion pour promulguer de nouveau à grand bruit les volontés du roi par toutes les paroisses et seigneuries, n arrêta en outre qu'à l'avenir les officiers de justice auraient un banc après le seigneur et que le pain bénit, la paix, l'encens, la quête, les rameaux leur seraient donnés avant les marguilliers.
C'est alors qu'eut lieu, un procès fameux dont nous croyons devoir relater les péripéties. Les personnages qui y prirent part, l'importance des questions en jeu, le rôle que dut y prendre Couture sont pour nous des légitimes raisons de croire que cet épisode peu connu do noire histoire trouve ici naturellement sa place.
L'arrêt du conseil, affiché à Québec, à Montréal, aux Trois-Eivières, au cap de la Madeleine et à Champlain n'avait pas eu les honneurs de la publication à la Pointe de Lévy.
Le jour de Pâques, l'huissier Génaple s'y était rendu, mais les habitants lui signifièrent quelque peu violemment leur intention bien arrêtée de ne point l'écouter. Il s'ensuivit une bagarre et Q-énaple dressa procès-verbal. Les procès-verbaux d'alors étaient aussi funestes que ceux d'aujourd'hui. Maître Maugue, un des mutins, fut arrêté et logé dans les prisons de la ville, Q-énaple, qui cumulait avec le métier de menuisier la profession de notaire et la charge de geôlier, se trouva à avoir sous sa garde un de ses persécuteurs. Cette scène se passait au mois d'avril 1675, le jour de Pâques.
Guillaume Couture, mécontent de ses justiciables et contre qui la querelle semblait montée vu qu'il était juge sénéchal, porta plainte à. M. de Frontenac. L'huissier Grénaple accusa le curé, les marguilliers et les habitants de la Pointe-Lévy de lui avoir fait violence et d'avoir désobéi aux ordres du Conseil.
La Pointe de Lévy avait alors pour mission-
naire un prêtre vaillant et dévoué. C'était l'abbé Thomas Morel. M. Parkman, dans son histoire de l'ancien régime au Canada, le présente comme le type de nos anciens curés.
Sur les dépositions*de Couture et de G-énaple, M. Thomas Morel fut assigné à comparaître devant le conseil.
La simple querelle commencée à Montréal par le marguillier Aubuchon tournait au tragique. Les questions les plus graves furent agitées. On vit se renouveler alors la scène qui avait eu lieu l'année précédente quand l'abbé Fénelon fut assigné pour un sermon prononcé dans l'églige des su piciens à Montréal,
Au jour fixé pour l'audience, M. Morel comparut. L'histoire ne nous dit pas qu'il entra au conseil le chapeau sur la tête comme Pavait fait l'abbé Fénelon, l'année précédente, mais il déclina la compétence du tribunal et demanda à être entendu devant ses paira, par M. Henri de Bernières, son grand vicaire et son juge.
Le conseil , quelque i)eu embarrassé, après deux mois de délibération, rejette les préten-
tious de M. Morel, malgré le procureur-général M. Ruetto d'Auteuil, et lui ordonne de comparaître devant M. de Peyras^ que l'on appointe commissaire-enquêteur. Ordre est en même temps donné à M. de Bernières de remettre au greffe les informations qu'il a prises.
M. Morel est en mission et M. de Bernières, se basant sur l'ordonnance de Melun, déclare en son nom qu'il désire savoir si le conseil juge Tofïense dont il est accusé un cas privilégié et ajoute qu'il ne se croit justiciable que de l'officialité.
Après plusieurs réunions, le conseil ne peut s'entendre. M. de Peyras veut que M. Morel soit contraint par corps à comparaître ainsi que le greffier de l'officialité, Duquet, pour produire les dossiers. Il accuse le procureur-général de no pas faire son devoir et insinue qu'il y a uniformité entre ses réponses et celles des ecclésiastiques. C'est ainsi que pensent le gouverneur et M. de Vitray. Cependant M. Dupont défend le procureur-général et trouve que Ton ne peut arrêter M. Morel sans connaître les accusations portées contre lui. M. de Tilly veut temporiser et demande à ce qu'un nouveau délai de trois jours soit donné à M. Morel pour comparaître. On se range de son avis.
Le délai s'écoule. M. Moral ainsi que le greffier est absent. On se décide de l'arrêter, malgré M. Dupont, qui veut que l'on étudie si le cas en litige est purement royal, ou s'il est mixte ou ecclésiastique.
Après vingt-deux jours de délibérés et d'hésitations, on se décide à l'arrestation. On voit l'embarras des conseillers par les précautions oratoires qu'ils font consigner au cahier des registres : —
Comme l'arrêt de coutraiate par corps d'un ecclésiastique, y est-il dit, est d'une espèce nouvelle pour le Canada et qui ne s'y est pas encore vue jusqu'à présent, le conseil qui n'use de la sévérité quil exerce contre le dit Sieur Morel qu'après y avoir été forcé par les désobéissances réitérées qu'il a porté aux arrêts et ordonnances du conseil données contre lui et en maintenir l'autorité et celle de la justice royale dont il est le dépositaire sans avoir aucun dessein de blesser la considération qui est due au caractère de prêtrise dont le dit Sieur Morel est revêtu, a trouvé à propos de dresser la présente instruction, pour servir de règle aux huissiers qui seront commis pour l'exécution du dit arrêt et afin que dans icelle ils ne fassent rien qui puisse porter du scandale et blesser la considération qu'on doit avoir pour Tordre de la prêtrise.
Cette phrase cauteleuse, pleine de précautions, fournie de propositions incidentes, saupoudrée du respect dû à l'autorité royale et au caractère de la prêtrise, n'est certainement pas l'œuvre d un greffier habitué à façonner un
plumitif. Rien que dans sa conformation on peut saisir l'embarras de celui qui en fut l'auteur.
Certes, ce n'était pas la première fois que le civil avait maille à partir avec le religieux. La rivalité de l'Eglise et du gouvernement, l'année précédente encore, avait fait éclater le procès fort bruyant de l'abbé Fénelon. Mais cet ecclésiastique avait été mis aux arrêts, pendant qu'il était au conseil et qu'il s'obstinait à refuser de répondre aux interrogations
Aujourd'hui, il s'agissait d'aller appréhender au corps un ecclésiastique, dans sa propre résidence, et de lui faire traverser les rues de la ville entre deux recors.
Tempérament bilieux, esprit autoritaire, Frontenac avait pu se laisser emporter lorsqu'il vit l'abbé de Fénelon se couvrir en sa présence pendant qu'il présidait le conseil. L'abbé Morel avait décliné respectueusement la juridiction du conseil : il n'avait point fait d'éclat. Ses nombreuses missions lui avaient attiré l'estime et le respect. Que dirait Mgr de Laval, alors en voyage en France, à son retour, en apprenant le traitement que l'on avait fait subir à un prêtre de son séminaire ?
Le conseil, désireux de sauver la forme, protesta qu'il ne voulait point commettre de scandale, mais il fit arrêter Fabbé Morel.
Les huissiers eurent ordre de se transporter au séminaire de Québec, lieu de la résidence de M Morel, de demander à lui parler. Voici quelles étaient leurs instructions : " S'il se présente, il lui sera fait commandement de suivre les huissiers ; s'il obéit, il sera conduit, avec le moins de scandale que faire se pourra, et sans user d'aucune violence, dans une des chambres du château de Québec, afin qu'il soit en lieu plus décent et moins incommode que les prisons ordinaires du conseil. Si, après avoir entendu le commandement des huissiers, M. Morel ne veut pas obéir, on se contentera de dresser procès-verbal du refus et de sa désobéissance et d'en faire rapport.
** Si M. Morel ne se présente pas et qu'on dise qu'il soit absent, ils demanderont le supérieur pour faire perquisition et recherche dans tous les lieux du séminaire.
*' Si le supérieur refuse ou que d'autres veulent s'opposer à cette recherche, les huissiers, sans user de force ni violence, se contenteront
de faire un bon et fidèle rapport par écrit de ce qui leur sera dit et fait."
Munis de ces instructions, les recors se présentèrent au séminaire. M. Morel s'y trouvait et se laissa conduire au château, sans protester. M. Provost, le major de la ville, avait reçu ordre de le recevoir et de lui laisser toute liberté de s'y prononcer.
Le notaire Romain Becquet, greffier de l'officialité, ne fat pas aussi heureux. Arrêté pour n'avoir pas voulu livrer le dossier de son tribunal, il fut écroué dans la prison commune, sous la garde de son confrère Grénaple, en compagnie de Maugue qui pratiquait lui aussi le notariat à la côte de Lauzon.
M. Morel était déjà détenu au château depuis six jonrs, lorsque M. Jean Dudouyt, prêtre da séminaire, prenant le titre de promoteur de l'officialité de Québec, demanda que son confrère fût rendu au juge ecclésiastique pour qu'on procède devant lui conjointement avec l'autorité civile. Cette requête fut rejet<'e mais le conseil prit note ds la qualité de promoteur de l'officialité de M. Dudouyt.
Cependant Komain Becquet, notaire royal, dans l(^s loisirs que lui procurait son incarcération, calculait les émoluments qu'il aurait pu faire, étant libre et dans son étude. Il fit remarquer au conseil qu'il était officier public, qu'il était chargé d'un grand nombre d'affaires, que tous les autres notaires de la ville étaient alors en voyage et que Ton devrait l'élargir à sa caution juratoire.
Le gouverneur, loin de s'attendrir sur son sort, demanda que Becquet fut resserré davantage, parce qu'il paraissait y avoir connivence entre les ecclésiastiques et lui pour ne pas remettre les papiers. AUn que le public n'eiit pas ii souifrir de l'opiniâtreté de Becquet, il fut décidé qu'une personne capable et sans reproche serait nommé pour recevoir les actes jusqu'à ce que les autres notai r<^s fvissent de retour à la ville.
Le conseil, persistant toujours à détenir M. Morel, le 22 juillet suivant, M. Dudouyt communiqua copie des bulles de Mgr de Laval et des lettres patentes du Roi donnant juridiction ecclésiastique à l'évêque de Québec sur tout le Canada de préférence à l'évêque de Rouen qui avait cherché à maintenir son autorité en envoyant au pays l'abbé de Queylus.
Depijis quinze ans, disait M. Dudouyt, Mgr de Laval, par lui-raème, ses grands vicaires et oificiaux, a exercé cette juridiction sans conteste. Pourquoi rejeter notre demande de renvoi devant l'ofiicialilé ?
N'est-ce pas traiter rigoureusement M. Morel que de le retenir pius longtemps en prison sur un sujet qui, le mérite assez peu ? M. Morel est très utile au service de Dieu. Les lieux éloignés où il avait coutume d'aller en mission pour y faire les fonctions curiales souâriront de son absence. 11 n'y a pas de prêtres au séminaire pour pouvoir y suppléer. Tous sont employés dans d'autres missions.
Que le conseil examine si M. Morel est coupable de quelque faute, et s'il est coupable, .si son juge ecclésiastique n'en peut pas connaître. L'affaire dont il s'agit est personnelle. Voici un huissier qui verbalise sans témoins. Il prétend que M. Morel l'a empêché d'afficher son arrêt et qu'il n'a pas voulu en recevoir la signification. Cette signification était faite le jour de Pâques. Il semble qu'en choisissant ce jour on a commis une faute repréhensible. Il n'est pas permis de faire des affiches et de les signifier le jour de Pâques quand toutes les affai^f^s doi-
veut cesser pour ne s'occuper que du service divin '. Cette contestation devrait être un cas privilégié et l'ordonnance de Melun y est applicable.
Le conseil n'est pas composé comme il devrait l'être pour juger de cette matière. L'évêque est absent. Le roi, par son ordonnance de 1(370, donne le droit aux ecclésiastiques à qui il est intenté des procès criminels de demander d'être jugés au Parlement, toute la grande chambre assemblée, — cette chambre comprend huit présidents et vingt-neuf conseillers dont dix sont clercs. Ce qui laisse à entendre que les sujets ecclésiastiques ne doivent pas être traduits devant des juridictions où il n'y a pas un nombre déjuges engagés à soutenir les privilèges de l'Eglise.
Telles étaient les raisons invoquées par le grand vicaire. Elles furent jugées fort valables, car le conseil finit pur élargir M. Morel, à la caution de MM. de Bernières et Dudouyt.
On suivit dans le procès de M. Morel le
1 Lu |in)(liin)ation des ordonnances du conî^cil se faisait an son .1 taiiili(.ur \ Il (jue lii Ironipette n'était pus en usage dans la coloi'.- {\ii:<: des onl. de rinteiidant, 8 mars 1727 )
même système de défense qu'avait adopté l'abbé de Fénelon, celui de récuser les juges. Ce dernier avait prétendu qu'il ne pouvait être jugé ni cité que par l'évêque. Pour M. Morel, on invoqua l'officialité. Ce qui laisse croire que ce tribunal ne fût institué qu'à la suite du procès de l'abbé Fénelon.
Le conseil, qui ne demandait pas mieux que de s'abstenir dans une quesrion aussi délicate, fit sans doute droit sur les causes de récusation, car il n'est plus question du procès de l'abbé Morel dans les registres '.
L'abbé de Fénelon dut passer en France '^ et reçut l'ordre de ne plus retourner au Canada. L'abbé Morel, toujours infatigable, continua ses missions au sud du fleuve Saint-Laurent. Dans le Plaii général de f estât présent des Missions du, Canada, fait en l'année 1683, et qui servit de base au mémoire que Mgr de Laval présenta au roi, l'année suivante, sur la fixation d'un certain nombre de cures, il est dit que M.
ï Les détails de ce procès sontempiuatés q.\\x Juye mentit et D^liù'iralions du Cunneil supérieur \}ouv 10 7."*. (Vol. maiius. déposé au seciétariat de la province.)
2 II y décéda en 1679. On sait que Sun frère, le célèbre évoque de Can»l)rai, avait eu, lui au.*si, l'idée de se cousacrer aux missions du i.^iu.ida.
Morel desservait vingt-sept lieues de pays le long du grand fleuve, depuis la Rivière-du- Loup jusqu'à St-Thomas '.
^ L"abbé Tang:Hay dans son Rf^purtoire du Clergé àxi ^Vid M. >forel arriva à Québec le 22 août IBtil (3 et 4i Journal dfs J^smles. Le mémoire de Mgr de Laval dit: Monsieur Morel, prestre âgé de 48 ans, venu de France en IGfiO. On peut voir dans ce mémoire quelle était la population de la rive sud, depuis Saint-Thomas en descendant, en 1683.
A la Rivière-du-Loup, qui est à 37 lieues de Québec, qui appartient à Monsieur de la Chesnaye, il y a 4 âmes.
Camouraska où il n'y a qu'un habitant.
La Botitt'illerie, qui est à '2") lieues de Québec, il y a S familles et i'À) âmes.
La Combe, qui contient une lieue et demie, il y a •') faKiillés et 41) âmes.
La seig-neurie de Monsieur de St. Denys qui contient deux lieiies, il y a deux familles et onze âmes.
La seigneurie de l'Anglois, il y a deux âmes.
La seigneurie de (Geneviève L'Espinay, (lui contient une lieue, il y a trois familles et cinq âmes.
Bonseconrs ilslet), seigneurie du Sieur Bellanger, qui contient une lieue et demie, il y a sept familles et il âmes
L'isle aux. Grues, il y a trois familles et quin/.e âmes.
L'isle aux Uyes, il y quatre familles et dix-huit âmes Ces deux iles sont éloignés de terre ferme 'le deux lieues.
Le Cap Si. Ignace qui contient une lieue, il y a r2 familles et 47 unies.
La seigneurie de Gamache et de Bellefontaine qui n'ont pas ensemlile demie lieuo, il y a 4 familles et 23 âmes.
La seigneurie de la rivière «lu sud (St. Thonuis) autrement dite VEpiuay, qui contient une lieue et demie, il y a dix familles et vingt âmes.
H y avait dans toute l'étendue de cette mission G3 famiilcs et 328 âmes. Le uiis.sit)nnaire ne i»ouvait se rendre dans ces endroits qu'en canot
Ce recensement fut fait ]!ar les curé:> et lis missionnaires. [Aùeillf. de I84i), nos I* et seq.)
lie mo\/ainiUf signifie éfablisserntrnt et âme est synonyme d'une per.~unrie en âge de coniniunler.
Dans l'automne de 1687, au retour d'une mission qu'il fit à Champlain, il tomba dangereusement malade et mourut à Québec, le 23 de novembre. Son corps repose dans la cathédrale dont il était un des chanoines.
L'abbé Morel, arrivé au pays en 1660, mourait après un quart de siècle d'infatigable apostolat. Desservant tour à tour de la côte de Beaupré, de l'ile d'Orléans, de la côte du sud, il eut sous sa garde pendant près de quinze ans une étendue de plus de trente-sept lieues de pays.
Les péripéties de cette lutte aux honneurs suscitée par une poignée de colons perdus au milieu des bois forment un piquant épisode des mœurs du temps.
Guillaume Couture, homme do bien craignant Dieu, lidèle compagnon d'un martyr de la foi, celui que la mère de l'Incarnation appelle le bo)i, Couture, se trouve le premier colon qui donna lieu à la contrainte par corps contre un ecclésiastique dans le pays. Ce n'est pas l'incident le moins bizarre de ce procès curieux.
D'une bagarre commencée sur les côtes de la Pointe de Lévv, suri»it le tribunal de Votlicialité.
VÎII
L'histoire ne nous dit pas si le juge sénéchal, après cette longue contestation qui dura près de quatre mois, eut tous les honneurs dus à son rang. Ceci ne l'empêcha pas cependant de continuer à s'occuper du bien être de ses justiciables.
Au cours même du procès intenté à Tabbé More], le 16 juin 1675, il se plaint au conseil que le service divin ne se fait à la côte de Lauzon que pendant cinq ou six mois de l'été, et, cependant, les dîmes sont payées exactement par tous les habitants du lieu. Il demande qu'il soit ordonné au grand vicaire de Bernières de faire faire le service tous les dimanches et jours de fête ou pour le moins de quinzaine en quinzaine. Il veut que chacun puisse s acquitter de ses devoirs de chrétien et du culte que fon doit d Dieu. Comme capitaine de milice, il pourra aussi faire publier plus aisément les ordonnances du conseil.
Couture voulait avoir un curé résidant, mais ses vœux ne devaient point se réaliser encore.
L'ordonnance de 1675, cause d'un si grand énioi parmi les colons de la Pointe de Lévy, nous donne naturellement à supposer qu'il y avait déjà dans le temps, en cet endroit, uiic église et toute une organisation religieuse de paroisse. En efïet, ce sont les marguiiliers qui s'opposent à la publication de l'huissier Grénaple et qui ne veulent point donner la préséance aux officiers de la justice dans les cérémonies. Où était ce premier temple de Dieu sur la côte sud? La Cabane des Pères servait-elle d'église, ou comme c'était l'habitude dans les premiers temps, oîFrait-on le sacrifice dans la maison d'un habitant ?
A défaut de documents précis, le chercheur a recours aux preuves de circonstances. L'archéologie comme toutes les sciences humaines procède par tâtonnements. Elle étudie les origines, les coutumes, elle consulte la tradition et les vieux manuscrits, fouille le terrain, déblaie les ruines, scrute les pierres.
V\i\e, vieille légende, racontée volontiers par les anciens, veut que la Cabane des Pères ait servi d'abord d'église. Plus tard, sur la grève de Saint-Joseph, dans les chantiers de M. Chnrland, les premiers colons auraient élevé le prc-
mier temple. Etudions ce qu'il y a de vraisemblable dans cette tradition orale.
On a vu le premier mariage fait à la Pointe de Lévy, dans la maison de Couture. A Saint- Nicolas, en 1686, le missionnaire baptisait dans la maison d'André Bergeroi^, et y disait la messe. Dans les premiers temps, les habitations se trouvant éloignées les unes des autres, les missionnaires allaient par les côtes exercer leur ministère. Ils portaient avec eux leur chapelle et inscrivaient les naissances, mariages, décès sur des feuilles volantes ou dans un cahier qu'ils déJ)osaient là où î!s finissaient par s'arrêter ^
Les premiers qiii desservirent la côte de Lauzoïi furent les jésuites. De grandes concessions de terres leur furent données par les gouverneurs dans cette seigneurie " parce qu'ils avaient exprimés le désir de faire tout en leur pouvoir pour donner l'assistance spirituelle aux censrtaires " ^
i Plus tard nous aurons les maîtres décole ambulants qui iront distribuer par les côtes les faveurs de l'abécé. M. de Gaspé nous décrira ses notaires antiques " passanc tous les trois mois cJiargés de leur étude précieusement conservé dans un sac de loup-marin."'
'^ '21 janvier 1650 — Octroi de Jean de î.au^ou.
Les annales de Tordre notent quelques unes de? missions que ces religieux firent à la Pointe de Lévy '. Il est vraisemblable de croire que le sacrifice était alors offert dans le cabanon élevé sur le rivage eu face de Québec,
En 16B0, il n'y avait pas encore d'église à la côte de Lauzon. Cette année là, on comptait huit églises dans le gouvernement de Québec : l'église paroissiale, celle des jésuites, les églises des ursulines et des hospitalières, celle de Sillery, celle de Château-Richer, celle de Ste- Anne du Petit-Cap et celle de Sl-Jean, situé tout auprès de Québec. Ces deux dernières construites en bois, à l'exception des fondements et les six autres en pierre : le Châteaji-Richer, Sainte-Anne et Saint-Jean tenaient lieu de paroisses, quoique non encore érigées canoniquement ^
1 (I652i. — Le 30 mars ie P. Dritilleltes arrive h la pointe de Lauzon, avec Jean Gueriii, après bien des fatigues, retournant de la Nouvelle Angleterre et de la mission des Abanaquinois. Le lendemain, jour de Pâque, il dit la messe aux habitants de la dite pointe et le vent et les glaces le retinrent jusqu'au mercredi, qu il passa à Québec. (Journal des Jésuites.) Le P. l)ruillettes avait été négocier une alliance avec les colonies de la NouvcUe-.Anglcterre. {No(fi. dfi r auteur.)
(1600) Le 27 janvier, le P. Raguoneau alla en mission h. lai»oinle de Levy, la rivière étant prise devant Québec, dès le '20 ou environ. {Journal dcfs Jésuites.)
2 Arch. de la propagande, vol. America, art. Canada. '2')f). Piolatio niissionis IGGO nrl. 30 fol 10 -cit. pur Paillon MI p. 373.
Au mois de novembre 1665, Mgr de Laval faisait sa première visite pastorale à la côte Lauzon. Il était accompagné de M. de Mezeray et de deux petits sauvages \
L'abbé de la Tour, dans son esquisse sur la vie de Mgr de Laval % nous dit que l'église de Saint-Joseph sur la côte de Lauzon, fut bâtie en 167*7, par M. Morel, curé 3.
Ce fut évidemment le premier temple élevé sur la rive sud. Cette église bâtie de pierre, longue de quarante pieds, s'élevait à une lieue de Québec ^
Elle faisait honneur aux premiers colons de Lévis. Mgr de Saint-Yalier qui la visitait eu 1686 dit que " c'est une chapelle des plus propres et des mieux bâties du Canada et qui est dédiée à Dieu sous l'invocation de Saint- Joseph, patron de toute la Nouvelle-France 5."
1 (1665), le 4 novembre Mgr de Laval va faire sa visite à la côte d'Orléans et à la côte de Lauzon, avec M. de Mezeray et 1 petits sauvages, le 19 il en retourne. [Journal des Jésuites.)
2 Page 170.
3 Ce fut aussi M. Morel qui, en 1660, construisit la première église en pierre de Sainte-Anne de Beaupré.
4 Plan des missio7is du Canada, par Mgr de Laval.
5 Eslat présent de r Eglise et de la colonie française dans la Noiivtilc-France (IG85-1G87) par Mgr l'Evèque de Québec.
On a retrouvé autrefois, dans les chantiers de M. Charland, à la grève, les ruines d'un édifice assez considérable. Les anciens veulent que ce soient là les vestiges de la première église. Pour notre part, nous sommes enclin à croire que c'étaient les pierres de fondation d'une ancienne tannerie élevée par Bissot, à l'instigation de lieutenant Talon, ou encore les ruines du manoir du seigneur Charest. Nous pensons fermement que l'église bâtie en 1677 fuV cellelà même, incendiée en 1830. Car, enfin, si un autre temple avait été élevé après celui de 1677, il nous resterait dans les archives de la cure, à l'archevêché ou aux greffes de notaires, quelques indications. L'église de 1677 fut élevée, croyons nous, à l'endroit même où est située celle qui existe maintenant '.
L'église de 1677 s'élevait sur la ferme de François Bissot, voisine de l'habitation de Guillaume Couture ^
1 L'église actuelle fut construite en 1830, sur les ruines de la vieille église, incendiée dans la nuit du 14 février, cette même année. Le chemin passait au pied du mur de Tancien temple. On jeta les fondations du nouvel édifice quelques pieds plus loin.
« La terre de Couture fut jusqu'à dernièrement la propriété des héritiers François liourassa — En IT'il, une des descendantes de Bissot, Geneviève Charest, donnait cette partie de terrain oii sont construits l'église, le presbytère et le couvent à la fabrique de Saint-Joseph. (7 mars I7'2l, greffe de Barl^et, notaire royal).
C'est au mois do juillet 1679, que M. Claude Volant de Saint-Claude, prêtre, ouvrit les registres de la côte de Lauzon '.
M. de Saint-Claude était né au pays. Lui et son frère* Pierre avaient ouvert la liste des étudiants du petit séminaire de Québec. Le nouveau missionnaire rencontra, à la côte de Lauzon, Jean-Baptiste Haslay (Halle), son ancien camarade, qui lui aussi était entré au séminaire à l'ouverture de cette institution, le huit d'octobre 1668 \
Agé de vingt-huit ans, M, de St-Claude avait une rude tâche à remplir. Il devait desservir vingt-cinq lieues de pays : Beilechasse, la Durantaye, Beaumont, Montapeine, la côte de Lauzon, Villieu, Sainte-Cioix, J^otbinière, jusqu'à la rivière du Chesne. Son frère jumeau Pierre desservait pour sa part depuis Saint-Jean Deschaillons jusqu'à Sorel.
Certes, les missionnaires de ces premiers temps se taillaient large besogne.
I i c preiuici acte inscrit est daté du 5 juillet 1679. C'est le mariage de Jean Coudé, de la Rochelle, et de Marie Chauveau, âgée de quatorze ans, fille de Joan Chauveau et de Marie Albert, de Saint-Pierre d'Oléron.
- J.-Bte llaslay, de la côte de Lauzon, figure au nombre des six îtremiers élèves du séminaire. lien sortit le 20 octobre 16(39. [Ahe'^le de 18W;
Dès lors, la côte de Lauzoïi comprenait cinquante-cinq familles et trois cent trente-huit âmes disséminées sur un parcours de six lieues, le long du fleuve.
L'église de la Pointe de Lévy servait de temple aux colons,. depuis Berthier jusqu'à St-Jeandes-Chaillons.
M. de St-Claude avait fait sa résidence à la côte de Lauzon et il était en pension chez un habitant '.
A M. de Saint Claude, succèdent tour à tour les récollets G-eorge Harel ^ et Ambroise Pellerin, M. Morin et M. Pinguet, plus tard chanoine du chapitre de Québec.
1 Voici quelle était la population desservie par M. de St. Claude en 1683.
Bellechasse (Berthier), 4 familles et 17 âmes.
La Durantaye (Saint-Michel), .... VZ familles et 63 âmes.
Beaumont, , 17 " 66 "
Montapeine, 7 " 41 "
Lacoste de Lauzon (Poiiite-Lévyi. ô5 familles et 338 âmes.
Villieu (Saint-Nicolas) 4 " 10 "
Sainte-Croix 5 " 29 "
Lotbinière, 12 " 01 "
Total 116 familles 627 âmes.
2 II signe Georgius Harel. Il rédige les actes, de naissance, mariage et sépulture en latin
Ce n'est qu'eu 1690 que le brave G-uillaume Couture pût saluer dans le presbytère, construit depuis quatre ans, le curé résidant qu'il appellait de ses vœux depuis 1675. Celui-là n'était pas le premier venu, car Philippe Boucher, fils du gouverneur des Trois-Rivières, appartenait à une des familles les plus distinguées du pays.
Depuis le jour où le vaillant pionnier était venu planter sa tente sur la rive déserte de la Pointe de Lévy, la solitude s'était peuplée.
La ligne des forts du Ivichelieu, le poste avancé de Montréal, le régiment de Carignan, un avant-garde de sauvages chrétiens jeté sur les bords de la rivière Chaudière avaient tenu riroquois en respect. Le colon plus en sécurité avait défriché la côte sud.
Autour de l'église qui s'élève, les maisons se groupent, le village se forme, la population augmente. Le temps des luttes incessantes est passé, c'est le tour du laboureur.
Chaque année nourelle apporte de nouveaux^ censitaires à la seigneurie.
Le dénombrement nominal de 1681 donne à
la côte de Lauzon une population de 29a âmes ' avec à peu près 508 arpents de terre sous culture. Chaque famille possède un fusil et un pistolet. Cette simple indication du recensement peint la vie toute de luttes des premiers colons. Un plan du gouvernement de Québec, qui fut dressé entre les années 1685 et 1709 p*^r le lieutenant des troupes Decalogne, nous montre que toutes les terres qui bordent le fleuve étaient alors défrichées ^
Le vaillant Couture, âgé de 64 ans 3, a vu sa famille s'augmenter. Il ne peut plus, maintenant comme autrefois, entreprendre au service de son roi de longs et pénibles voyages. S'il veut pourvoir â la subsistance de ses nombreux enfants, il lui faut surveiller son exploitation.
Dans les manuscrits qui nous ont été conservées, les intendants et les gouverneurs harcèlent les ministres de demandes de faveur. Chacun fait valoir ses mérites. Les uns, énumè-
> Ce déaoïnbrenK'ut n'est pas exact Un état des cures et missions que Ion peut faire en Canada, dressé en IGS.'J, donne à la côte de Lauzon '^yVl âmes. {.Uan'iicrila delà XouoeUe-Ffunce, p. p.
- Mannarrits de lu hihliitlhf-qtie d'Offawa.
?> r>"ap!èj le itMjeMsemeiit de 168! et l'abbi'- Tuiigiu/.
rent leurs blessures et leurs longs travaux* et demandent la croix de Saint-Louis, les autres aspirent à la capitainerie ou veulent une lieutenançe pour leurs fils. Les vieux désirent des pensions, les jeunes espèrent des appointements '. Cette course au clocher se continue d'année en année. Certes, plusieurs de ces avides chercheurs, pour leurs actions d'éclat ou des coups d'audace heureuse, méritaient récompense, mais combien d'autres, avec une médiocrité sage et intrigante, triomphaient du vrai mérite qui se cache? Coutiire, l'interprète pendant plus d'un demi-siècle de la farouche nation iroquoise, l'ambassadeur qui traite de puissan(;e à puissance, le compagnon des missionnaires et des découvreurs, ne demande ni l'anoblissement, ni de grandes concessions.
Ses anciens camarades, les voyageurs-interprètes, ont obtenu les faveurs du pouvoir. Godefroy a reçu des lettres de noblesse. Marsolet, Joliette, Nicolet ont eu de larges octrois de terre. Le bon Gruillaume s'est contenté de Kon petit domaine de la Pointe de Lévy. En vertu des privilèges accordées par le roi aux
1 Souvenez-vous que tous les hommê> deinandent des places. Un tie consulte que stn» bsoin, tri j'inidis ^on tjileiir. {Harolas in NctfJoU'or, /"' Ci /'oiita'nesy
"A ces charges importantes. Couture ajouta encore l'office de notaire", chap. 8-p.l45
décoiivreurs, Couture, qui avait le premier pris possossiou de la baie d'Hudson, aurait pu prétendre à un titre nobiliaire. Grodefroy était dovenu le sieur de Linctot,de Tonnancour, Jolielte, sieur d'Antieosti. Coiiture, au recensement de 1681, prend le titre modeste de charpentier. La seule faveur qu'il obtint, peut-être, pour tous les services qu'il avait rendus, fut la pension annuelle de 300 livres que le roi accordait aux habitants qui avaient donné dix enfants à leur pays '.
Couture, jusqu'à sa mort, paraît avoir exercé les charges importantes que ses concitoyens lui avaient confiées. Il sut justilier l'opinion avantageuse que l'on avait conçu de son intelligence et de sa sagesse.
La charge de juge d'une seigneurie n'était pas une sinécure. Il fallait décider les contestations, présider aux inventaires, apposer les scellés, remplir l'oflliee de nos coroners d'aujourd'hui. Et, c'est une chose connue, il régnait
1 l*m- ranêt do 1070, le roi HCcoidaitHu.x Imbitaiitsciui uuruitiiit M) eiiittiUs vivants, uoa prêtres, religieux ou religie\ises, uue \)Ciïsion de 300 livres par au, et à ceux qui étaieut père de l'i, une )»ensiou de 'lOO livres. A tous les garvons qui se niarieraiout ii vingt ans et aux tiauoéea de 10 ans et au-dessous il donnait à chacun "20 livrts le jour des M(jc'»is, eu qui était appelé le preartif du roi
alors un esprit de chicane assez remarquable. Nos ancêtres, venus pour la plupart de Normandie, voulaient conserver la réputation de plaideurs, acquise aux Normands de temps immémorial ' Que faire pendant nos longs hivers à moins de plaider ? L'on s'acquittait de son devoir, paraît-il. Un chercheur de statistiques nous dit, par exempl(\ que du 26 septembre 1663 au 23 août 1664, il n'y eut pas moins que 424 causes dans k seule juridiction de Québec, pour une population d'à peu près 1500 perso7ines. C'est-à-dire qu'il y eut presque un procès pas quatre habitants ^
La justice, sans doute, se rendait d'une façon paternelle. Mais, avec une autorité aussi étendue que celle qu'ils possédaient, les juges pouvaient parfois ignorer la loi et oublier l'équité. Les plaideurs en appelaient souvent de leurs sentences au conseil Souverain. Nous pouvons dire que les justiciables de Couture semblent avoir été satisfaits de son administration. En effet, on trouve aux registres du conseil qu'une seule plainte contre lui. On l'accusait d'avoir
I S'il faut en croire la IciTiiiidc, nos hiaves cousins noimands font suivre, dans la prière du soir, l'oraison dominicale de l'invocation suivante : Mon Dieu je u.e vous demande pas de bien, mettez moi seulement à côté de quelquan qui en posx>de. Ceci doit être une vilenie de parisien.
■* Dans la Mintrot du 16 août 1884.
eurchargé les frais dans une enquête qu'il avait été obligé de tenir sur le cadavre d'un nommé Nicolas Pré, fils de la femme Rochon, trouvé dans les bois, près de la rivière Etchemin. Le conseil déclara que Couture était à l'abri de tout reproche '.
Guillaume Couture déposait la toge de juge pour prendre le commandement de la milice. En sa qualité de capitaine de la côte, les proclamations et ordonnances du gouverneur lui étaient adressées. Il les devait faire lire et afficher aux portes des églises et les mettre à exécution. Cet officier commandait encore les corvées, présidait aux dénombrements, surveillait les travaux des chemins, convoquait les assemblées des habitants.
A ces charges importantes, Couture ajouta encore, s'il faut en croire un acte trouvé au greÔe de Metru, l'office de notaiie *.
L'année même où Couture saluait le premier
I Arrêt du 26 août 1674, vol. II.
' Greffe de Nicolas Metru — 16 Nov. 1684 — Jean Durant vend à Etienne Charest un certain terrain lui appartenant en vertu d'un contrat passé devant Mtre Guillar.me Couture, Ion nutaire, en date du 17 octobre 1665. — On ne trouve cependant au greflr«î des notaires aucun des actes de Couture.
curé Tésidaut de la Pointe de Lévy, avait lieu l'attaque de Phipps contre Québec.
Après avoir tenté en vain une descente à Beauport et à Tan se des Mères, les Anglais essayèrent d'aborder à la côte de Lauzon. Les Canadiens qui s'y tenaient en embuscade les repoussèrent vigoureusement. A la Pointe de Lévy, comme à la Rivière-Oiielie et à Beauport, les miliciens firent leurs devoirs. Guillaume Couture, alors âgé de 73 ans, entouré de ses fils, devait se trouver à la tête de ceux qu'il avait si longtemps commandés. Le vieillard et l'enfant dans ces temps chevaleresques se coudoyaient sur les champs de bataille. A Beauport, Juchereau de St-Denis, âgé de 60 ans, commandait ses censitaires. Le vieux Couture dut faire parler éloquemment les quatre fusils que lui donne le recensement de 1681.
Au reste, l'ancien voyageur était encore plein de vigueur. On le voit régulièrement assister aux sépultures, aux mariages, aux naissances de ses proches et de ses amis. Sa signature dénote une main ferme. Les spirales du paraphe sont aussi déliées, aussi sûres que celles inscrites, plus d'un demi-siècle avant, sur la donation de biens à la vieille mère. La belle écriture
moulée de Tun des fils, Charles Couture, que l'on retrouve aux vieux registres paroissiaux, prouve que le juge sénéchal avait trouvé moyen de donner à ses enfants une bonne instruction.
Le 13 juin 1695, l'on trouve le nom de G-uillaume Couture pour la dernière fois aux registres. Jl assiste au mariage du cadet de ses enfants, Joseph-Odger Couture, avec Jeanne- Marie Huird, fille de Jean Huard, procureur fiscal de la seigneurie. Parmi les invités de la noce,on voit Charles Couillard, écuyer, seigneur de Be^umont, Etienne Charest qui devait plus tard acheter la seigneurie de Lauzon, Nicolas Metru, notaire et greffier de la sénéchaussée seigneuriale. On qualifie encore Gruillaume Couture déjuge de la côte. Il eut pour successeur Jacques de la Lande, un riche propriétaire de pêcheries du golfe, un des sociétaires de Joliette, et qui avait épousé la veuve de François Bissot.
On ne peut retracer la date précise du décès de Couture. L'abbé Tanguay et l'abbé Ferland le font mourir en 1702. Comme l'on ne trouve ni à Québec, ni à Lévis, ni aux environs, son acte de sépulture, on doit supposer que la date donnée par ces deux autorités esl approxima-
tive. On ignore pareillement l'année où mourut Jolieîte,
On trouve au greffe des notaires, en 1702, Tindication d'uvi iuA^entaire des biens du sieur Cousture,peut-être s'est-on appuyé sur cette note. D'après les manuscrits du temps, on voit que la petite vérole fut si violente à Québec, en 1702, qu'il y mourût environ le quart des habitants ', Couture fut-il emporté par cette maladie contagieuse, c'est ce que nous ignorons. Son corps repose sans doute dans le vieux cimetière de la Pointe de LéA^y, sous les morts de deux siècles, à côté de sa fidèle épouse, Anne Aymard, qui l'avait précédé de deux ans dans la tombe (le 16 janvier 1700.) Le vieil interprète, celui qui avait le premier conclu un traité avec les barbares Iroquois, mourait un an après la uonclusion de la grande alliance qui se fit à Montréal, sous de Callières, entre fous les sauvages. Pour l'accompagner dans les pays de chasse de l'autre monde, deux des chefs les plus renommés des tribus indiennes, Kondiaronk et G-arakonthié, mouraient à peu près en même temps que lui.
S'il faut en croire l'abbé Ferland, Couture
' MaiiusciUx -7/' lt> KoHvelU-Fravce, t. I, p. 605.
était âgé de 94 ans. L'abbé Tanguay lui donne l'âge encore respectable d(3 85 ans.
Ce vénérabk' patriarche, chargé d'années et de mérite, s'endormait laissant après lui dix enfants, trente-neuf petits enfants et cinq arrière-petits enfants.
" Les noms de Couture, de Groupil, de Brigeart, de Lalande et de cent autres, nous dit Tabbô Tanguay \ rappelleront toujours le courage de ceux qui combattaient pour la vérité aux premiers siècles de l'église. La religion, plus riche que l'état, récompense tous ceux qui se sacrifient pour elle. A ceux-ci, elle décerne la couronne des martyrs ; à leurs enfants, aux autres parents, elle laisse une gloire qui brille encore après plusieurs siècles."
I ItitroJiicUou au JJi'it'jnnutre ^'''néa/'<//t'/i-/.; j». Xi.
La descendance de Couture s'allia aux meilleurs partis. En groupant les noms, on trouve rassemblés par les alliances : Couture, Nicolet, Marguerie, Olivier le Tardif, Marsolet. Ceux qui avaient couru ensemble les mêmes dangers sentaient naître entre eux des sympathies qui ne pouvaient plus se rompre. L'amitié contractée au milieu des bois se continuait au foyer, dans les relations heureuses de la vie domestique.
L'aîné des enfants de Couture, Jean-Baptiste, né en 1660, se maria à l' Ange-Gardien avec Anne Marette. Il paraît s'être établi dans l'île d'Orléans.
Anne, née à Lévis le 22 janvier 1652, baptisée à Québec le 10 avril, eut pour parrain M. de Kepentigny, lieutenant du gouverneur de la Î^^ouvelle-France, et. pour marraine Anne Desprez, l'épouse du grand sénéchal Jean de Lauzon. Elle épousa en 1669, Jean Côté, qui avait eu pour mère une des filles d'Abraham Martin dit l'Ecossais, pilote royal, un des premiers propriétaires a Québec. Martin a eu l'honneur do
léguer son nom au champ de bataille où se rencontrèrent les armées de Wolfe et de Montcalm : les Plaines d'Abraham.. Une des filles d'Anne Couture fut religieuse hospitalière sous le nom de mère saint Paul. Son fils aine, Jean-Baptiste Côté, devint seigneur de l'ile Verte.
Le troisième des enfants de Couture, Louis, est né en 1654. Les registres ne mentionnent que son baptême. Marguerite, née en 1656, épousa Jean Marsolet, un des fils du célèbre interprète Nicolas Marsolet.
L'époux de Marguerite Couture était sieur de Bellechasse. Il a donné son nom à cette partie de la côte du sud du Saint-Laurent, aujourd'hui Berthier de Bellechasse. Marguerite Couture est morte en 1690 sans laisser de postérité.
Marie, née en 1658, épousa en premières noces (1678) François Vézier dit La verdure qui mourut en 1683, le 7 juin, sans laisser d'enfants. Vingt-et-un jours après la mort de Yézier, Marie Couture épousait Claude Bourget, bourgeois de Québec.
Charles, né en 1660, épousait en 1690, Marie
Hiiard, fille de Jean Huard, procureur fiscal de la seigneurie de Lauzon. C'est l'ancêtre des Couture dit Lafrenaye.
Gruillaume, né en 1662, épousa Marie-Madeleine Côté.
Louise, née en 1665, fut l'épouse (1688) de Charles-Thomas Couillard, seigne.ur des Ilets et seigneur de Beaumont. C'est la souche des Couillard de Beaumont, Charles-Thomas Couillard était le neuvième enfant de Gruillaume Couillard qui fut, avec Hébert et Martin, le premier à coloniser le rocher de Québec. Par ce mariage Louise Couture devenait l'alliée de Jean Nicolet, de François Bissot, d'Olivier le Tardif et de Jacques de la Lande. Une des filles de Louise unit son sort à un Morel de la Durantaye. Le mariage de Louise Couture nous fournit un exemple des bizarres relations de parenté qui peuvent se rencontrer parfois dans un pays peu populeux et où les alliances roulent dans un cercle nécessairement restreint. Olivier le Tardif, lorsqu'il maria Barbe Aymart, belle-sœur de Gruillaume Couture, était A'euf de Louise Couillard. belle-sœnr de Louise Couture. Celle-ci, nièce d'Olivier le Tardif, était aussi su belie-sœur.
Eustache Couture, né en 1667, est la souche des Couture dit Bellerive. Il se maria, en 1695, à Marguerite Bégin, fille de Louis Bègin, un ancien colon de la Pointe de Lévy. Françoise Huard, fille de Jean, fut sa seconde femme.
On a vu, en cette même année 1695, le vieux Gruillaume Couture assister au mariage du plus jeune de ses enfants, Joseph-Odger, né en 1670, avec Jeanne- Marie Huard. Joseph-Odger Couture porta le nom de Couture de la Cressonnière. C'est de lai que descend l'honorable G-eorge Couture, conseiller législatrf de la division de Lauzon.
Les descendants de Gruillaume Couture sont très répandus, surtout dans le district de Québec et dans celui de G-aspé.
Dans le seul comté de Lu vis, le clan de Couture comprend, en 1884, cent douze électeurs.
Monseigneur Turgeon, archevêque de Québec, et Mgr Bourget, ancien évêque de Montréal, descendent par les femmes, du compagnon du père Jogues \
1 L'abbé Feiiand Hi^loire du Canada, p. HIT, t^me l.
Gruillaume Couture devait donner à ses 'fils le goût des voyages et des aventures. Onze ans après son expédition à la baie d'Hudson, en 1672, un de ses fils ' se dirigeait vers ces mêmes parages. L'intendant Talon, apprenant que les Anglais renouvelaient leurs prétentions sur ce territoire abondant en fourrures précieuses, résolut de ne point négliger ce pays limitrophe du Canada. La mission d'aller reconnaître ces lointains pays fut confiée au père Albanel, ancien missionnaire de Tadousac, à M. de Saint- Simon, gentilhomme canadien, et au fils Couture. Partis de Tadousac, bien fournis par l'intendant de tout ce qui était nécessaire au succès du voyage, les voyageurs remontèrent le Sag«enay pour suivre la route par où les sauvages du nord descendaient de la baie d'Hudson. Après avoir hiverné au laç Saint- Jean, les trois Français en repartirent le 1er juin 1672, conduits par seize sauvages. Le vingt-huit du même mois, ils rencontrèrent à l'entrée d'un petit ruisseau une berge de dix ou douze tonneaux qui portait le pavillon anglais et la voile latine. Pour se dérober à l'ennemi, ils se cachèrent dans une maison déserte. ''Enfin,
ï Les anciens manuscrits nous disent un fils du sieur Guillaume Couture, sans donner le nom de baptême. Ce dut être l'ainé, Jean-Baptiste, qui avait alors '22 ans.
ils p.urent apercevoir cette mer qu'ils avaient tant recherchée ainsi que la fameuse baie d'Hudson et, le neuf de juillet 16*2, ils y arboraient les armes du Roi. Le 18, ils arrivèrent à une autre rivière, où ils étaient attendu» de 200 sauvages et, le lendemain sur Jes deux heures de l'après-midi, ils plantèrent les armes du Roi pour servir de sauvegarde à tous ces peuples coiiti-e les Iroquois \" Dans un grand conseil, le père Albanel expliqua le but de son voyage aux naturels du pays et leur fit des présents. D'après l'abbé Ferland, les voyageurs étaient de retour au lac Saint-Jeau à la fin de juillet.
Au printemps de 1687, le fameux explorateur de la Salle, s'en alï^ant à la recherche de l'embouchure du Mississipi, fut lâchement assassiné dans les bois par trois de ses compagnons de voyage. Son frère Cavelier, qui le suivait avec un de ses neveux et le père Anastase, découragé, perdu dans un pays inconnu, sans ressources, résolut de se rendre aux Illinois. Le 20 de juillet, comme les voyageurs arrivaient au pays des Arkansas, ils rencontrèrent deux français, l'un nommé Delaunay et l'autre nommé Couture. Ils avaient été envoyés aux Arkansas
i Rel-dinn de inT^.
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par le chevalier de Tonti, au retour d'un voyage qu'il avait fait lui-même jusqu'à l'embouchure du Mississipi où de la Salle lui avait donné rendez-vous. Ils paraissaient décidés à s'établir en ce lieu, n'attendant plus aucune nouvelle de M. de la Salle, dont Gavelier leur apprit la mort tragique. Couture se décida à les accompagner. Ils partirent le 27, descendirent la rivière des Arkansas et, le même jour, virent pour la première fois le Mississipi. Le 22, leur conducteur Couture prit congé d'eux \
Ce Couture doit vraisemblablement être Louis, le troisième des enfants de G-nillaume, dont on trouve le baptême aux registres, sans aucune autre mention. Nous laissons aux antiquaires qui s'occupent de l'histoire des Canadiens de l'Ouest, le soin de rechercher ce qu'est devenu cet enfant prodigue.
Tous les autres enfants mâles du premier colon de la Pointe de Lévy ont fait souche et leur descendance est répandue dans la province.
En 1725, le cadet d»» la Camille, Joseph-Odgcr
» Ffil:uiti, ioiivf. il; juigc Hy».
Couture, était capitaine de milice de la côte de Lauzon '.
En 1751, c'est à un Couture que rnitendaiit Bigot donnait l'ordre de se rendre au fort de Frontenac pour y construire un bâtiment pour le service du roi ^
Voyageur, colon, capitaine de milice, maître charpentier du roi, chacun des fils voulut conserver la bonne renommée du premier colon, Guillaume Couture.
1 Ordonnance de a intendant^, ITÎt p. 8'2.
2 Ordonnance des intendants. 4 mai 1751, vol. 38, p. G8 Voir ai»peodice.