H LE RÉALISME APPLIQUÉ A LA PSYCHOLOGIE
modifiés1. » Or, Guillaume de Champeaux met-il son point de départ dans l'idée de la substance? la définit-il comme Spinoza? Quel est le texte des Sentences, ou des Fragments, nu de tout autre de ses manuscrits, qui contienne cette division de tout en substance, attributs et modes, que Spinoza déclare si essentielle dans sa doctrine? Où trouver dans Guillaume ces « modes éternels et infinis que Spinoza conçoit entre la substance immuable et ses modes changeants, et qui se décomposent en plusieurs séries, cette Intelligence infinie qui n’est ni la pensée divine, ni la pensée humaine, cette Idée de l’étendue, espèce d'âme du monde, qui flotte indécise entre la nature naturante et la nature naturée *? »
Donc, si Guillaume de Champeaux et Spinoza présentent quelque analogie dans la tournure de leur esprit, ils diffèrent complètement l'un de l’autre et par leur méthode et par leur système.
Mais, si ^Guillaume de Champeaux n’est pas spinoziste dans la forme, n’est-il pas panthéiste par le fond de ses idées ? Nullement ; et Abélard tombe dans une erreur singulière, lorsque, dans scs Petites gloses sur Porphyre, il décrie ainsi le réalisme : « line grave hérésie est au bout de la doctrine du réalisme : car, avec elle, la substance divine qui est reconnue pour n'admettre aucune forme, est nécessairement identique à toute substance quelconque ou à la substance en général... El non-seulement la substance de Dieu, mais la substance du phénix, qui est unique, n’est dans ce système que la substance pure et simple, sans accident, sans propriété, qui, partout la même, est ainsi la substance universelle. C’est la même subatance qui estrai-
' /le Dieu, propos, lfi.
* Voir les propos. 21. 22, 25. 50, 51 rte V Ethique, 1r* partie.
sonnable et sans raison, absolument comme la mémo substance est à la fois blanche et assise, car être blanc et êlre assis ne sont que des formes opposées, comme la rationalité et son contraire : et puisque les deux premières lormes peuvent notoirement se trouver dans le même sujet pourquoi les deux secondes ne s'y trouveraient-elles pas également 1 . »
Sans doute il y a un faux réalisme; un réalisme qui, partant de l'unité absolue delà substance, s’en va d'abîme en abîme, confond l'être de la créature avec l’être du créateur, nie les analogies pour ne plus admettre que l'univocité universelle, abolit la personnalité dans l’homme, détruit les individus eu les sacrifiant à l’espèce, sacrifie ensuite les espèces elles-mêmes à l'unique et universelle essence, et se perd ainsi dans le panthéisme. C’est là le réalisme d’Amaury de Bène et de David de Dinant, mais ce n’est nullement celui de Guillaume de Champeaux. Méconnaître cette différence, c'est confondre le commencement du douzième siècle avec son milieu et ignorer le mouvement considérable qui s'est produit dans les esprits pendantcct intervalle. Amaury de Bène n'est pas seulement l'exagération de Guillaume de Champeaux, comme l'a dit M. Saint René Taillandier* ; il en est la falsification par l’introduction d’un principe hétérogène et corrompu, que le réalisme de celui ci n'a jamais connu.
Loin de moi, assurément, la pensée d'invoquer la justification qu’on a 'entée dans les Mémoires de Trévoux 5 ; elle n’est qu’un sophisme, et de plus, un sophisme en dehors de la question. Marchons simplement et directement à l’at-
’ Cil*' par M. Ch. de Itémusat, AbSlard, I. II, p. 91.
* Scol Erigène. p. 239.
Mémoires de Trévoux, novembre 1138, art. CXX : Réponse du P. Merlin, jésuite, à l'accu-ation de tpinoii-nie intentée par Bayle à Guillaume de Champeaux et aux Scotistes, p. 2230-2263