‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 21 sur 162 · I.b HtAUSMÜ API’l.lylt A LA l'SVCIIOUM.IL · texte numérisé non relu

I.b HtAUSMÜ API’l.lylt A LA l'SVCIIOUM.IL

Or, ces deux chefs d'école, eu même temps qu'ils enseignaient le panthéisme, se prétendaient réalistes. Frappés de cette coïncidence, emportés surtout par la tendance que l'on a depuis quelques siècles de vouloir retrouver de l'alexandrinisme, du néoplatonisme et du panthéisme partout, des auteurs modernes ont consenti à regarder le réalisme comme le germe du spinozisme. C'est Bayle qui a commis le premier cette confusion cl celte calomnie, lorsqu’il a déclaré Guillaume de Champeaux l'ancêtre de Spinoza*. M. Rousselot* et M. llauréau" ont cru devoir répéter cette accusation après lui ; Saisset a vu aussi, dit-il, dans le nominalisme et le réalisme deux formesdu dualisme et du panthéisme *; et M. Nourrisson lui-même accuse à son tour le nominalisme et le réalisme d'aboutir, lorsqu’on les presse, à un panthéisme a\éré3.

Que Guillaume de Champeaux soit l’ancêtre de Spinoza, rien n'est plus erroné. 11 est vrai que ces deux esprits étaient faits, pour ainsi dire, avec de la géométrie, et qu'ils auraient pu lutter ensemble dans la recherche de la précision cl de la méthode. Mais c’est là leur unique ressemblance. — Spinoza est un pur spéculatif, bannissant l’expérience de sa méthode et les faits de son système. Guillaume, lui aussi, est un esprit spéculatif, mais sc basant sur l’expérience et construisant toujours ses théories avec des faits comme avec des principes ; cette expérience et ces faits pouvaient

1 Voir son Dictionnaire, art. Abélard.

* M. Bouscelul, ouvr.cilé , 1. 1 1 1 . p. 327, dit : « Pourquoi Gcrsou repousset-il le réalisme? Parce qu’il y voit la doctrine de l’unité de substance, doctrine qu’il traite de folie; parce que le réalisme débarrassé de tout son attirail d’école, n’est rien moins que le panthéisme d'Amaury de Chartres et de David de Dinant ; parce que le réalisme reproduit la philosophie dont le principe sert de base à la secte des Albigeois, » etc., etc.

r* M. Hauréau, ouvr. cité, t. I, p. 231-233, 275-270, etc.

% Philosophie du clergé, p. 71.

5 Tableau des progrès de la pensée humaine, p. 242.

n'avoir souvent chez lui qu’une place très-secondaire, mais du moins ils faisaient partie essentielle de sa méthode. — Spinoza tombe à chaque instant dansle paradoxe. Guillaume, tout en ayant changé la première explication de sa doctrine, n’a jamais changé sa doctrine elle-même, et la contradiction lui est inconnue. — Spinoza présente dans les théories de l 'Éthique un côté mystérieux qui rappelle les traditions delà philosophie orientale1. Guillaume est un esprit éminemment occidental et ne touchant en aucune façon à Alexandrie. — Pour Spinoza, Dieu est la monade suprême, dont toutes les monades finies ne sont que des fulgurations continuelles. Pour Guillaume, elles ne sont au contraire que des images et des vestiges de Dieu. — Spinoza admet a\ec la kabbale l’idée de l’émanation’. Dr, où la trouve-t-on dans Guillaume? Guillaume dit-il une seule lois avec Spinoza que la nature soit un ensemble de modes dont Dieu est la substance? — La base du système de Spinoza, c’est sa définition de la substance. Or, pour lui, la substance, c’est l'être, non pas tel on tel être, non pas l'être en général, l’être abstrait, mais l'être absolu, l'être dans sa plénitude, l’être qui est tout l'être, l’être hors duquel rien ne peut être ni être conçu3. Dans son système la substance seule est l'infini en soi : « J’entends par substance, dit-il, ce qui est en soi etest conçu parsoi, c'est-à-dire ce dont le concept peut être formé sans avoir besoin du concept d'aucune autre chose’. Il est de la nature de la substance de se développer nécessairement par une infinité d’attributs infinis infiniment

' Voir Y Inlrixhirlion do Saine! aiiT (Envres de Spinoia, I. I, p. 22 1; Paris, 18CI .

* Ibid , p. 22.V22C..

'• De la Mfurme de l'entendement, t. III. p. 528.

* Ethique. 1” partie, définit. 5.

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