‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 43 sur 162 · DE U VIE ÉPISCOPALE DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX. 4M · texte numérisé non relu

DE U VIE ÉPISCOPALE DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX. 4M

Or, le 20 mai 1115, la mort d’Hugues avait rendu vacant le siège de Châlons-sur-Marne. Hugues avait etc très-aimé de son église. Un jour, à la suite de quelques difficultés qu’il avait eues avec Albéric, seigneur de Moëslain en Perthois, il fui fait prisonnier. Aussitôt le peuple chàlonnais s’arma pour lui reconquérir sa liberté. A cette nouvelle Albéric s’enfuit, emmenant l’évèque avec lui, dans un château qu’il avait près de Tool. Pihon, évêque de Toul, assembla immédiatement les seigneurs de son diocèse, et sur leur menace, Albéric relâcha Hugues et s’engagea meme à lui donner toute satisfaction Cependant vers la lin de son épiscopat, Hugues avait laissé son esprit se ralentir au point d’en faire douter. Les Chàlonnaisen furent humiliés, et, à peine eurent-ils déposé son corps sous la dalle de la cathédrale où sa tombe avait été préparée, qu’ils songèrent à lui donner pour successeur le philosophe le plus célèbre cl le plus pieux de celle époque, Guillaume de Champeaux. Ils le choisirent en effet par une élection régulière, et Guillaume accepta.

Laissant le soin de sa communauté de Saint-Victor à son disciple Gilduin, il partit pour Châlons. Quelque temps après son arrivée, il se tint dans le palais de cette ville * une assemblée où se rencontrèrent le roi Louis VI, Raoul le Verd, archevêque de Reims, Lisiard, évêque deSoissons,

Pontife promulgua une décision conforme aux décréta de ses prédécesseurs, sur la libre élection des pasteurs, et sur la nécessité de réprimer les présomptueux envahissements des puissances séculières h l’égard des dignités ecclésiastiques. Voir Essai sur la fondation de l abbaye de Saint-Victor, par M. Hugonin, p. G. — Voir aussi ce qui s’était passé à la conférence de Châlons-sur-Marne, tenue quelques jours auparavant et présidée par le pape lui-méme. Suger, Vila l.udovici Grossi. Dom Bouquet, t. XII, p. 11).

4 Voir M. L. Barbat, ouvr. cilét t. I, p. 2i.V‘21G.

* La charte donnée à cette occasion porte à la lin : « Actnm Cat ilauni in palatin publico, » etc.

Vves de Chartres, Galon de Paris, Ma nasses de Meaux, Jean d'Orléans, Godefroy d'Amiens, Hunibaud d'Auxerre, Philippe de Troyes et Humbert de Senlis. C’est dans celle assemblée que Louis YI donna les lettres patentes qui forment la charte de fondation de l’abbaye de Saint-Victor de Paris, et qui nous révèlent, parmi les détails de la physionomie de celte abbaye, son caractère patriotique * ; caractère qui, du reste, était commun à presque tous les ordres religieux de ce temps-là, et qui, loin de se perdre, ne faisait que se confirmer sous l'approbation qui leur venait du pape et qui a été si justement appelée une confirmation *.

C'est alors qu'eut lieu la consécralion épiscopale de Guillaume de Champeaux1, sans aucune approbation préalable de la part du pape : l'approbation du métropolitain suHisait alors, excepté dans le cas d'une irrégularité dont la dispense fut réservée au pape. Comme la consécralion épiscopale revenait de droit au métropolitain, même en présence du légal *, il est hors de doute que Guillaume de Champeaux reçut l'épiscopal des mains de son métropolitain Raoul le Verd, archevêque de Reims. Raoul le Verd

1 On lit en effet ces paroles: « ... Consultu archiepiscoporum cl episooporum et optimatum regni nostri canonicos regulariter viventes ordinari volui, tjui vidcliccl tain pro nobis quam pro salute regni nostri Dei mise riront iam implorarcnt .. 0

1 Li bulle de confirmalion de l’abbaye de Saint-Victor fut donnée, à la prière du roi, par le pape Pascal II, le l*r décembre 1H4. Gilduin. qui n'était que prieur devint alors abbé. — C’est le témoignage de Pierre Garnier dans son Histoire des évêques de Châlons-sur-Marne .

3 En effet, la charte que Louis VI donna dans l’assemblée de Cldllons en faveur de l’abbaye de Saint-Victor de Paris est signée de tous les évêques qui furent présents à cette assemblée, excepté de Guillaume de Champeaux. Cette exception ne saurait être motivée que parce que Guillaume de Champeaux n’était pas encore consacré, et que, comme tel, il ne pouvait signer avec les évêques.

4 C'est ainsi qu’Ébale, le successeur de Guillaume de Champeaux, fut sacré par Raoul le Verd, au concile de Soissons, en présence du légat Conon, évêque de Prénestc. — Cf. Natal. Alex., t. VI, p. ‘259, et t. VII.

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avait été auparavant trésorier de l'église de Reims, et professeur dans cette même ville. Il a laissé dans l'histoire la réputation d’un homme remarquable par sa doctrine et par sa probité l *; et Orderic Vital, après avoir loué ses goûts studieux, son érudilion, son éloquence, l'appelle le père et l'instituteur des moines et des clercs, le défenseur des pauvres et de tous ses sujets1.

Mais le lieu où se fit cette ordination est resté fort douteux. Ordinairement l’évêque de Châlons était sacré à Reims ; cl c’est meme pour cette raison qu’il faisait sou entrée à Châlons par la porte Saint-Jacques, où les autorités civiles et militaires allaient l'attendre3 4. Cependant il nous semble plus probable que Guillaume de Champeaux ait été ordonné à Châlons même. — Lorsque Mgr de Saulx-Tavannc, évêque-comte de Châlons, vint à Vertus, le 22 mai 1726, Pierre Garnier, ce prêtre vénérable qui passa dans l’étude les quarante-trois années pendant lesquelles il fut curé de Fèrebrianges, lui fit hommage d’une Histoire des éviques de Châlons-sur-Marne qu'il avait composée d’après les documents conservés jusque-là \ Or, dans cette histoire si digne de foi à tous égards, on lit celte phrase : « Le roi Louis le Gros confirma rétablissement de Saint-Victor dans une assemblée de plusieurs évêques et seigneurs, tenue à

1 tifill. cljrixt., t. IX, |». 80-81 : « Insignis doctrinæ et probitatis virum. a Cf. Ilixt. litt. de la France , t. VII, p. 88, 00 ci 91.

* « Hadtilfus cognomento Yiridis, Bemorum archiepiscopus, erudilione et facundia inter paires præcipuus sludiisque bonis nostro lemporc laudabilitcr dedilus, pnler et institulor monachorum et clericorum, patron us et defensor pauperum et omnium sibi subjeclorum, post multa laudabilia opéra iu scncctulc bona defunctus est. » Orderic Vital.

3 Voir Histoire de ta ville de C hâio ns-su r - Ma nie et de ses mouuments, par b. Barbat, 1. 1, p. 195.

4 Cette histoire manuscrite appartient à la Bibliothèque du Chapitre de la cathédrale de Châlons-sur-Marne. — Pierre Garnier mourut le 15 mai 1756. Il avait donc été nommé curé de Fèrebrianges en 1695.

ut C0NSÊCIUT10N ET C01IMEXCEMEM

Chàlons à l'occasion du sacre de cet évêque par ltaoul, archevêque de lleims, Lysiard de Soissons, » etc. N’esl-cc pas dire que le sacre s'est fait à Chàlous même ? car, si le sacre devait se faire à Reims, pourquoi faire venir à Châlons l'archevcque de Reims, les évêques de Soissons, de Chartres, de Paris, d'Orléans, de Meaux et de plusieurs autres villes également éloignées? — De plus, lorsqu'un évêque était élu, on profitait habituellement, pour l’ordonner, de la tenue d'un concile ou d’une réunion épiscopale. C'est ainsi que le successeur de Guillaume de Champeaux, Cbaleful ordonné au concile qui se tint à Soissons en 1121 . Il n’était nullement obligatoire de faire l’ordination à l’église métropolitaine. Pourquoi dès lors aurait-on misions les évêques réunis à Chàlons dans la nécessité de se transporter jusqu’à Reims? — Enfin la Gallia christ iana qui rapporte les ordinations épiscopales faites à Reims par Raoul IcYerd, particulièrement celle de Barthélemy, évêque de Laon, en 1113, ne mentionne pas plus celle de Guillaume de Champeaux que celle d'Ehalc'. 11 parait donc [dus probable que Guillaume de Champeaux ait été sacré à Chàlons.

« 11 commença son brillant épiscopal par In réforme du Chapitre de la cathédrale et de son clergé *. »

Les chanoines de Chàlons, à celte époque, menaient la vie de communauté et portaient même le nom de congré-

* Cf. T. IX: p. 80-81.

* llisloire de la fille de Chiions, par L. Barlal, 1. 1, p. 21U.

UK I,A VIE ÉPISCOPALE DE GUILLAUME DE CHAMPEAUX. 415 galion *. Cependant leur régularité n’était pas exemple de tout reproche ; des abus s’étaient glissés dans leur genre de vie. « Aussi, rapporte dom J. François, l'un des principaux soins de ce grand homme fut-il de les réformer5. » Et comme rien ne persuade et n’cntrainc autant que l’exemple, il ne craignit pas de se faire semblable à eux, vécut en commun avec eux, leur montra qu’il était leur frère, afin qu’eux, à leur tour, lui montrassent davantage qu'ils étaient ses lils. Du reste, ses goûts le portaient à la vie cénobitique, et il dut être heureux de retrouver à Chàlous, près des murs de sa vieille cathédrale, au milieu des grands arbres qui ombrageaient son évêché, une famille qui lui rappelât cette autre famille qu’il avait laissée à Paris, près de la Cella velus , dans sa chère solitude de Saint- Victor. Que de fois, en regardant les eaux qui coulaient à scs pieds, ne dut-il pas songer qu’en s’éloignant de lui elles allaient baigner les murs de Saint-Victor I et que de fois aussi son cœur fraternel ne dut-il pas les charger pour eux de scs vœux et de son amitié ! Mais ce souvenir, loin de l’assombrir, le dédommageait doucement de la séparation ; sa conversation était enjouée, et même, à en croire l’éveque de Chartres, Jean de Salisbury, il se laissait aller jusqu’à l'hilarité5. Toutefois celte affabilité ne lui faisait rien perdre du respect qui lui était dû; car il avait une grande autorité sur ses chanoines *.

Pour les (aire tous jouir des avantages de la vie commune, il ne se contenta pas de ne voir résider à Chàlons que le grand archidiacre, mais il y manda aussi les ar-

1 Vuir l' Histoire du diocèse de Châlons-sur-Marne, par Dom Jean François, p. 230.

* Ms. cite, p. 257.

5 « ... Ililaris memoriæ Guilielmus de Campellis, a etc. Iil>. lit, c, ix.

* Voir L. Barba!, ouvr. cité, p. 230.

chidiacrcs externes. Leur présence eut pour second résultat d'ajouter à la solennité du culte. Il leur assigna eu effet les principales places aux quatre extrémités du chœur ; en sorte que chacun des quatre archidiacres était préposé comme doyen à l une des quatre dizaines de chanoines qui composaient alors le clergé de la cathédrale *. Et dans les processions ils marchaient immédiatement devant l'évêque, et faisaient les fonctions de diacre et de sous-diacre quand il officiait pontificalemenl.

Cependant la source dans laquelle il alimentait sa charité, sa piété et son zcle pour le culte de Dieu, était toujours l’étude. Ici comme à Paris, il poursuivait la vérité par des recherches assidues et lui consacrait la meilleure part de sa vie. Lorsqu'il croyait l'avoir découverte, il ne pouvait sc résigner à en être le possesseur égoïste. Aussi, soit par suite du besoin généreux qu'il éprouvait de lui faire un royaume dans l’esprit d’autrui, soit parla conviction dans laquelle il était que le clergé ne peut, même en temps defoi, soutenir sérieusement la religion que par la science, faisaitil lui-même à loulle clergéde la ville un cours public d’Écriture sainte et de théologie. Il expliquait l’Ecriture, dit l’ancien manuscrit de la cathédrale dont parle dom J. François, « avec autant de zèle cl d’onction que de profondeur et d’éloquence*. » Quant à la théologie, il l’enseignait avec une célébrité qui retentissait jusqu'au nord de la Belgique, qui faisait écrire à l’abbé Rupert ses deux livres De la volonté de Dieu et De la toute-puissance de Dieu, le tirait liii-mème de son monastère et l'amenait jusqu’à Chàlons pour y dis-

1 Dom J François rapporte que de «on temps ils occupaient encore les memes places. Or, il naquit le 20 janvier 1722 cl mourut le 22 avril 1791. Voir son Histoire du diocèse de Chàlons, p. 227, et l'ancien Ms. latin de h cathedra le auquel il renvoie, n. 7.

* N. 6. — Voir ouvr. cité, p. 227

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