‹ Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au 12e siècleChapitre 58 sur 162 · DANS LA QUERELLE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

DANS LA QUERELLE DES INVESTITURES

s’écria : « Qu’on me serve ainsi ! Je n'en demande pas davantage. — Donc, reprit l’évêque, si vous voulez réellement renoncer aux investitures, restituer les biens de l’Êglisc et de ceux qui ont travaillé pour elle, assurer à tous une paix franche et loyale, nous nous emploierons avec l’aide de Dieu à terminer ce différend. » L’Empereur, ayant pris conseil des siens, promit de le faire, s’il trouvait de la part du pape fidélité et justice, et si on lui rendait, à lui et aux siens, une vraie paix avec les terres qu’ils avaient perdues dans cette guerre. Guillaume en demanda quelque assurance, et l’Empereur lit serment par la foi chrétienne, entre les mains de l’évêque et de l’abbé, d'observer sans fraude ces articles. Après lui, l’évéque de Lausanne, le comte palatin et les autres qui l'accompagnaient, tant clercs que laïques, firent le même serment. Avec cette assurance, l’évêque de Eludons et l’abbé deCluny retournèrent vers le pape. C’était le 6 octobre. Calixte était à Paris pour s’entendre avec le roi au sujet du concile qui allait s’ouvrir à Reims. « Plût à Dieu, dit-il aux négociateurs, que la chose fût déjà faite, et faite sans fraude1 ! » Puis, ayant pris conseil des évêques et des cardinaux, il renvoya à l'Empereur les mêmes députés, et avec eux l’évèque cardinal d’Ostie et le cardinal Grégoire. Ils avaient ordre de faire rédiger par écrit les promesses de l’Empereur et de les signer de part et d’autre. Ils rencontrèrent l’Empereur enlreV crdun et Metz, et lui dirent que le pape le recevrait volontiers aux conditions convenues. L’Empereur en témoigna de la joie et jura de nouveau entre les mains des quatre députés ce qu’il avait juré à Strasbourg, à savoir, que le vendredi 24 octobre, il exécuterait à Mouson, en présence du pape,

1 Cf. Patrol., t. CLXI1I : Il entant* cvmmenlarioliu. Ilcsson était un des clercs qui asaisLiicnl à toute celle négociation.

la convention que l’on avait rédigée par écrit1. Les conditions de l’accord ayant été ainsi réglées et le jour de la conférence arrêté, les députés vinrent à Reims où le pape s’était déjà rendu pour tenir le concile.

Il s’ y trouva des évêques d’Italie, d'Allemagne, d’Espagne, de France, de Bretagne, d’Angleterre* et de toutes les provinces de l'Occident. On y compta quinze archevêques, plus de deux cents évêques et un pareil nombre d'abbés5. Adalbcrt, archevêque de Mayence, y vint avec sept évêques cl une escorte de cinq cents chevaliers; et sa venue, dit un historien, lit si grand plaisir au pape, qu’il envoya au-devant de lui Hugues, comte de Troycs, avec d’autres troupes. On y vit aussi Louis le Gros accompagné d’un grand nombre de seigneurs français. La comtesse de Poitiers, liildcgarde, y parut également avec ses suivantes, pour se plaindre de ce que le comte Guillaume, son époux, l’avait abandonnée et avait pris à sa place Maubergeon , femme du vicomte de Chàtellerault.

Quand le pape cul ouvert le concile, ce fut l’évêque d’Oslic qui exposa en latin à l’assemblée tout ce qui s’était passé, et Guillaume de Châlons qui donna les mêmes explications en français pour les laïques qui étaient présents*. Le 21 octobre, deuxième jour du concile, les évêques sciant prononcés pour que le pape se rendit à l’entrevue que l’Empereur lui offrait à Mouson, Calixte partit et y arriva le 23. Le vendredi 24, l’évêque d’Oslie, le cardinal Jean, Guillaume de Champeaux, l'évêque de Viviers, et l’abbé de

1 Voir la teneur de celte convention dans Lablte, t. X, p. 872.

4 Le roi d’Angleterre, tout en permettant aux évêques et aux abbés de set États d'aller à ce concile, leur avait dérendu de consentir à aucune nouveauté contraire aux privilèges de son royaume.

s « Quadringcntæ viginti quatuor virgæ. » Ibid.

* Cf. Uaroniuÿ, ann. 1119. — Menai, t. XXI. — Fleury, //is/., liv. LXVIl, n 5 et 5.

DANS LA Qi: ER ELLE DES INVBSTITDRBS. «5

Cluny se dirigèrent vers le camp de l’Empereur, Introduits en sa présence, ils commentèrent par lire les deux écrits qui devaient servir de base au traité. L'Empereur se récria, et commença à soutenir qu’il n’avait rien promis de tout cela. L’évêque de Chàlons, animé du zèle de Dieu et armé du glaive de la parole, lui répondit avec vigueur: « Prince, si vous voulez désavouer cet écrit que nous tenons en mains, je suis prêt à jurer sur les reliques des saints ou sur l’Evangile que vous êtes tombé d'accord avec moi sur ces articles. » Comme le témoignage de plusieurs assistants venait à l'appui de ces paroles, le prince se vit contraint de rcconnaître ce qu’il avait nié d'abord. Mais alors il se rejeta sur scs conseillers qui lui avaient arraché une chose contraire à l'honneur de sa couronne. — « Vous nous trouverez toujours francs, reprit l’évèque. Non, le pape n’en veut pas à l'honneur de votre couronne, comme vous l'insinuent des artisans de désordre. Il engage au contraire tout le monde à vous servir dans la limite du droit. Si vous regardez comme un préjudice de ne plus vendre les évêchés, sachez, au contraire, qu'il y a profit à abjurer ce quioffensc Dieu. » Ce langage étant sans réplique, l’Empereur Henri commença à parler plus doucement et demanda à réfléchir jusqu'au lendemain matin, alléguant qu’il voulait en conférer avec ses barons. Sa conclusion fut qu’il voulait bien être absout, mais sans venir pieds-nus recevoir l'absolution. Le pape, en apprenant ces tergiversations, désespérait de la paix de l'Église et voulait partir sur-le-champ ; mais afin d'éviter tout prétexte à l’Empereur, il déféra au conseil de sages amis en attendant encore, et lui renvoya, le samedi matin, l’évéquc de Chàlons et l’abbé de Cluny pour savoir ce qu'il avait déterminé. Aux paroles pacifiques de l’évèque de Chàlons l'Empereur répondit en s’empor-

ROLE L)l, GUILLAUME DE CHAMl'EAUX

tant, disant qu'il lui fallait un plus Ion;; délai, qu’il voulait une diète générale, attendu qu’il ne pouvait pas renoncer aux investitures sans l'assentiment des princes de son empire. — «Ce sont toujours de nouvelles défaites, reprit l’évêque, pour éluder vos promesses: dès lors nous n’avons plus rien à faire avec vous. » Il rompit ainsi et vint rapporter ce dénoùmcnt au pape, qui aussitôt quitta Mouson et revint à Reims terminer le concile*. C’était le dimanche, 20 octobre, au matin.

Le mercredi suivant, la séance du concile fut agitée et dura jusqu’à la nuit. Il s’agissait de décrets a formuler contre la simonie, les investitures, l’incontinence des clercs, les usurpations des biens ecclésiastiques et la transmission des bénéfices par droit d’héritage. C’est surtout le décret contre les investitures qui fut l’objet de vives discussions. Il était conçu en termes généraux qui comprenaient toutes les églises et tous les biens ecclésiastiques ; en sorte qu’il semblait enlever aux seigneurs laïques les droits de patronage, les dîmes et les fiefs ecclésiastiques qu’ils possédaient depuis longtemps. Leurs réclamations furent si unanimes et si opiniâtres, que le pape consentit à modifier les termes de ce canon, et à les restreindre à l’investiture des évêchés et des abbayes. Cet article ainsi modifié fut publié le lendemain avec les autres, aux applaudissements de tout le concile*. On renouvela aussi le décret souvent porté sur la Trêve de Dieu. Après un savant discours du B. Oldegaire, évêque de Barcelone, sur la dignité royale et sacerdotale, on apporta dans la salle de la séance quatre cent vingt-quatre cierges allumés qui furent distribués aux évêques et à tous

1 lleston Comment., loc. cil.

* « Nous liélentluns absolument de recevoir d’une main laique l'investiture des t'rêciit's cl des abbaye t. a A|i, Labb. cl Cosse rt., t. X, p. 804.

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