SES PREMIÈRES ÉTUDES ET SON PROFESSORAT
qu’Othon, évêque de Strasbourg, avait donné à l’empereur Henri IV. Plusieurs prêtres, soit pour mener une vie pénitente, soit pour ne pas communiquer avec ceux qui persistaient dans leur obéissance à l'empereur excommunié, se retirèrent dans les bois. Manégold en rassembla quelquesuns autour de lui ; et afin de mener avec eux la vie religieuse, il lit construire un monastère à Morbac ou Murbacb, dont il fut le premier supérieur. Telle fut l’origine de la congrégation des chanoines réguliers de Murbacb1. Manégold avait encore un caractère égal à sa science et à sa piété : car plutôt que de renoncer à la noble indépendance de sa parole, il aima mieux s’exposera la colère de l’Empereur, qui en 1098 le fit jeter en prison*.
Pendant son séjour à Paris, il eut plusieurs disciples, dont deux seulement ont su transmettre leur nom à la postérité, Gérard de boudoir’ et Guillaumcde Champeaux.
1 Fabricius dit en effet : « Verisimilc etiam clarissimo Muratorio visum de eodem mculionein üeri in Anaalibus. » Puis, après avoir cité le leite de Mur.itori, il ajoute : « Fuit hic master Mmcgoldus do I.utcnbacli inter primos canonicos et prepositus canonicorum régula ri um Murhacensium in Alsatia. » Ijoc. cit. — Est-ce ce même Manégold qui fut chanoine cl scolastique de Paderbonr à qui Wiluld, ablié de Stnvelo et de Corbie, écrivit sur Guillaume de Champeaux (voir Introd .. p. 6}? 5ous ne le croyons pas. Car Ja ÜV lettre de Wibuld ayant pour objet une affaire arrivée en 1149, la 1 47e, qui est une réponse à la 116*. doit être datée au moins de 1149. Or, si le maître de Guillaume de Champeaux eût encore vécu 4 cette époque, assurément son âge et sa science eussent interdit J» Wihald ce ton de conseiller et même de protecteur que nous lui voyons prendre dans la lettre dont il a agit. Cf. D.Ceillier, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, t. XIV, p. 531, cl», \xxix. — Mignc, Patrol. eues., t. CLXXXIX, col. 1*249-1*257.
1 « Strenuus assertor veritatis fuit, a qua nec promisati nec minis schiimalici regis flccti potuit; quinimo in dissensione ilia quæ inter (iregorium YII et Hcnricum IV exorta fuit, pro tuenda justitia laboravit usque ad vincula. » Fabric., Biùliol. med. et inf. fat., IV, 12. — Cf. Migne, Patrol. curs., t. CI.V, col. 147 sq. — Anonymus Mellicensis, cap. 105. — Helyot , Hist. des ordres religieux y II* partie, ch. xv, t. II, p. 104-100.
" M. I,. Maitrc pense, sans toutefois eu donner la preuve, que Manégold n'alla pas directement de Paris en Alsace, mais vint auparavant à Loudun,
Si nous songeons à toute l'influence qu'exerce sur nous notre premier maître, peut-être ne trouverons-nous pas téméraire d'attribuer à Hanégold une partie de cette science universelle, soit naturelle soit tliéologique, que nous trouvons dans Guillaume de Champeaux, et surtout ce Fond sérieux, ce caractère méditatif, ces teintes allemandes, ces habitudes d’abstraction, ce regard scrutateur, ce langage quelquefois légèrement nuageux, en un mot cet air tant 6oit peu germanique qui est resté empreint sur sa physionomie malgré les coups de pinceaux qu’y ont donnés ensuite Roscelin et Anselme de Laon.
Roscelin fut son deuxième maître1. Il enseignait à Compiègne avec une hardiesse qui attirait sur lui les regards de toute la France. Dès 1089, il avait embrassé sur les universaux une opinion qui dépassait celle de Rhaban Maur et même celle de son maître, Jean le Sourd*. C’était la formule extrême du nominalisme. Il la défendait avec vigueur, affectant pour l’abstrait et le transcendant Vin mépris qui lui donnait une grande apparence de bon sens et le Taisait passer pour un esprit robuste, très-peu sensible aux chimères de l’imagination, et assez maître de lui pour ne compter qu’avec les réalités dont on peut constater évidemment l’existence. A cette espèce de positivisme s’ajoutaient, comme charmes, son amour de l’indépendance, sa préférence des arguments de raison aux textes de la tradition, et l'application immédiate qu’il faisait
en Poitou, où il aur.iit eu Géra rd pour élire. Ecoles épiscopales et monastiques, p. 99 et 137.
1 M. Rousselet. ouvr. cité, t. I, p. 249, dit : t Quoique les preuve» de fait manquent, on ne peut guère en douter.» — M. Frédéric Sauluier le regarde comme certain; Roscelin, sa vie et ses doctrines, Paris, 1835, p. 8.
* Cf. Du Boulay. Ilisl. unir. Paris., t. I, p, 443. — Cousin, Fragm.. Philos, du moyen âge, p. 9(5-97.